DIFFICULTÉS DE V EXPÉRIMENTATION
étant donnée une quantité i d'alcool, puis une quantité 2, puis 3, puis 4» ^tc, quels seront les effets physiologiques obtenus? aura-t-on respectivement des effets i, puis 9., puis 3, 4» etc. ? On sait pertinemment que non. Il y a à tenir compte de la loi du minimum, en raison de laquelle un toxique donné ne saurait agir qu'à une dose minima (variable avec chaque toxique) ; et il y a à tenir compte aussi de la loi des maximums^ en vertu de laquelle, une dose double n'agissant que faiblement, par exemple, une dose triple pourra avoir une action excessive. En deçà, rien; au delà, trop. Il y a à tenir compte, enfin, de certains effets d'accumulation : une, deux, cinq, dix doses successives resteront, parfois, sans effet, alors qu'une dernière dose rendra brusquement efficace l'effort des actions latentes antérieures.
Le médecin se refuse à accepter les données théoriques des physiologistes, sur le minimum toxique. Voici, en effet, ce que nous dit la théorie, au sujet de l'alcool. « De mes « nombreux dosages, dit Gréhant(*), je puis conclure que « Tingestion dans Testomac d'w/i centimètre cube d'alcool "( par kilogramme, maintient dans le sang un millième environ •c d'alcool ; nous pouvons admettre qu'une aussi faible pro- « portion est inoffensive ; par conséquent, il est facile de cal- «< culer ce qu'un homme du poids de 65 kilogrammes peut •< consommer de vin à xo p. 100 d'alcool, pour ne pas atteindre, « ni dépasser cette proportion d'un millième d'alcool dans if le sang. Il pourrait, à midi et à sept heures, par exemple, « ingérer 65o centimètres cubes de vin à 10 p. 100, ce qui « ferait 65 centimètres cubes d'alcool absolu pour 65 kilo- '< grammes; mais, pour la pratique, je conseille de ne pas « dépasser 5o centimètres cubes, soit un demi-litre de vin à 't chaque repas, et d'ajouter au vin un volume égal d'eau.
« Dans ces conditions, il ne se produira pas d'accumulation « d'alcool dans le sang et dans les tissus (^). »
f'i Gréhant. Dangers de l'alcool. Rev. 8cientif.,^S mars i9o3. p. 387.
['; Ce n'est pas ici le lieu de discuter ce qu'un tel énoncé o de critiquable. Je veux, simplement, comme médecin, faire remarquer qu'il s'agit lu d'une dose théorique, pour un homme théorique. Qu'on retienne bien d'ailleurs, que Gréhant présente ces doses comme à la limite de Vinnocuilé possible. Il ne s'agit donc pas. comme le font certains, de les prendre comme des doses formellement utiles.
b. Quand on envisage un produit simple, l'alcool éthylique pur, par exemple, on peut accepter que, dans des conditions idenli((ues, son action est une, toujours semblable à elle-même. Mais, en pratique, les faits sont plus complexes, et cela surtout parce que les alcools de consommation étant chargés d'impuretés, en quantité variable, ne sont pas exactement comparables entre eux. D'où la nécessité, en physiologie, de considérer la qualité du toxique.
La qualité du produit alcoolique ingéré nous est connue d'après les chapitres précédents, où Ton a démontré la présence presque constante, à côté de l'alcool éthylique, d'alcools homologues, que la toxicologie a hiérarchisés au point de vue de l'activité toxique.
A ce propos, il nous semble utile de revenir sur la toxiphysiologie des alcools et des mélanges d'alcools.
La puissance toxique de ces produits, on le sait, est en corrélation avec leur composition même, avec leur poids atomique, avec leur volatilité, avec leur point d'ébullition (lois de Rabuteau, de Dujardin-Beaumetz et Audigé), avec leur solubilité (Ch. Richet). Ce dernier auteur, s'appuyant sur les modifications du système nerveux sous l'influence des divers alcools, a même pu formuler un certain nombre de lois générales, qui servent à prévoir quelques propriétés physiologiques de tel ou tel liquide alcoolique, d'après ses propriétés physiques générales :
1^ la toxicité est d'autant plus grande que la substance alcoolique envisagée est moins soluble dans l'eau ; si elle est soluble dans l'eau, elle est plutôt ébriogène (tel est l'alcool éthylique) ;
2° si la substance alcoolique est très volatile, elle est plutôt anesthésique; si elle est peu volatile, elle est plutôt convulsivante (tels sont les alcools dits supérieurs) ;
3° la durée de ses effets est inversement proportionnelle à sa volatilité, l'élimination étant d'autant plus facile que la volatilité est plus grande.
Dans le même sens, Averton a établi que, parmi les divers isomères de l'alcool, ce sont toujours les isomères les plus solubles dans l'eau, qui sont le moins hypnotiques, tandis