EFFETS SUR LES SÉCRÉTIONS STOMACALES
miner aussitôt l'écoulement d'un mince jet de suc gastrique. Aussi, ne considérant que ce fait quasi-mécanique, certains auteurs, avec Chittenden (*), prétendent-ils que les doses non toxiques d'alcool (celles de la consommation courante) n'ont aucune action retardante sur la digestion, et que, en particulier, le pouvoir du suc gastrique et celui du suc pancréatique ne seraient en rien modifiés. Pour eux, à faible dose, c'est-à-dire jusqu'à 3 p. loo, l'alcool serait même un accélérateur de la digestion ; il est vrai que, d'après Bûchner, de petites doses, même de vin et de bière, interviennent pour la ralentir (^),
Pour Gluzinski, l'alcool pris en petite quantité favorise la sécrétion du suc gastrique, lorsqu'il disparait de l'estomac ; au contraire, dans les premiers moments de son ingestion, il entrave la digestion: les albuminoïdes extraits ne présentent aucune modification, et le suc aspiré n'est pas actif en digestion artificielle. Gluzinski conclutque, pourfaire coïncider la deuxième phase, celle d'exagération sécrétoire, avec la période digestive, il faut donner l'alcool avant le repas — au moins une demi-heure auparavant (^).
Telle est la raison d'être apparente de l'alcool apéritif.
Pekelharing, en employant le lavement alcoolisé à 5 p. loo, a montré qu'on provoque ainsi, chez le chien, une hypersécrétion caractérisée par ces deux contrastes : diminution de la pepsine, élévation considérable de la proportion d'acide. La puissance digestive du suc ne se trouve réellement accrue que d'un excédent d'acide chlorhydrique (*).
Or, on ne saurait ici trop se mettre en garde contre des interprétations hâtives. La stimulation musculo-nerveuse, la sécrétion muqueuse ne sont en rien des phénomènes favorables; elles témoignent uniquement d'une défense instinctive du viscère contre l'agent irritant : on observe les mêmes effets avec un acide, par exemple.
I') Id Riley. Alcool et Estomac. Good Health, 1899, n« 7.
Cj BQchxer, Arch. f. klin. Med., vol. ag, p. 537. — Voy. aussi Hueppe. Handbuch der Hygiène, p. 33o.
('} Cité dans la thèse de G. Lyon sur le soc gastrique, p. 14a. — Voy. Boas. Tbérap. des mal. de Testomac, Leipzig, 1891. p. 368.
(*) Pekelharing. Kcderl. tijdskhr. von Geneesk. , 190a (Rés. in Trib. rfiéd., 5nov. 1902).
Ce qui est vrai, c'est que plusieurs des fonctions stomacales
— sécrétion d'un suc gastrique eflîcace (glandes) ; absorption stomacale (vaisseaux); mouvements de Torgane (musculature)
— sont simultanément compromises par Talcool.
On attribue à CI. Bernard la démonstration suivante, toute simple. Placez dans 3 verres un morceau de sucre concassé; dans le n** i, versez de Teau ordinaire ; dans le n** a, du vin, et dans le n°3, du cognac. Le suc du n® i est dissous en id minutes, celui du n**2(vinj, en 55 minutes, et il faut de i5à i8 heures, pour fondre le sucre dans le cognac. On est en droit de conclure que les choses se passent ainsi dans l'estomac, et que la présence d'alcool, en y retardant l'hydratation, ralentit la digestion .
On a dit encore : Talcool conserve les matières organiques, en arrêtant leur décomposition, c'est-à-dire les fermentations. Or, la digestion n'est-elle pas une série de décompositions organiques, par fermentation?
L'alcool détermine des altérations passagères ou durables, dans les cellules des glandes pepsinifères, dans les muscles de l'estomac, dans les parois des vaisseaux de cet organe. 11 provoque des troubles vasculaires dans la muqueuse gastrique, soit en modifiant, par l'intermédiaire de la circulation, les extrémités périphériques des nerfs vaso-moteurs, ou les plexus ganglionnaires inlrapariétaux, ou le ganglion du sympathique thoraco-abdominal, ou les parties du myélencéphale en rapport avec les extrémités centrales de ces nerfs ; soit par des actions réflexes donnant lieu à des constrictions ou à des dilatations vasculaires; soit enfin par suite des lésions qu'il produit dans le foie, et qui donnent lieu à des stases sanguines au niveau de la muqueuse stomacale (^).
A un degré de concentration prononcé, Talcool tombe, comme un feu liquide, dans l'estomac ; c'est un véritable corps étranger difl'usible. Chez les sujets à muqueuse sensible, on note des effets d'intolérance, et, en premier lieu, le vomissement.
Les inconvénients sont donc autrement grands que ne Test le faux bénéfice momentané. En réalité, la présence de Talcool dans Testomac, a pour effet de ralentir la peptonisation, c'est-
V' VuLPiAN, Les vaso-moteurs, t. 1, p. 456.