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EFFETS SUR LES ECHANGES ORGANIQUES

jtonnant, donc, que les combustions organiques subissent un tard sous Tinfluence de Talcool?

Jaillet(Zoc. cit.) compare très judicieusement, au point de vue tuel, Talcool au glucose : tous deux, pour se transformer en )■, se servent de Toxygène destiné aux échanges, et ralentisnt la nutrition. Ce ralentissement se traduit par la diminution

l'urée — diminution réelle, en totalité — , à peine masquée r la fugace diurèse du début. Rabuteau a prouvé cette dimiitîon, et Fokker a montré, de plus, que les oxydations des itières albuminoïdes, sous Tinfluence de Talcool, diminuent I la môme manière qu*à la suite de Tingestion des corps gras du sucre.

Voilà comment s'est établie la notion de Talcool aliment épargne, notion physiologiquement exacte, mais qui, dans

pratique, doit être corrigée, atténuée, par cette consiïration que Talcool est très médiocre en épargne, comparé IX corps gras, comme Ta établi Rosemann (voy. p. i38 : l'alcool t-il un aliment ?). Rosemann, a aussi démontré, d'ailleurs, favec l'alcool, le ralentissement de la nutrition est moindre l'on ne Ta dit et cru. Sur un médecin qui s'est souis aux expériences, pour '6 périodes de dix jours, l'une de gime ordinaire, la seconde de régime à l'eau, la troisième j régime à 75 centimètres cubes d'alcool à 90* dilués dans litre 1/2 d'eau, il a constaté que l'élimination de Tacide rique avait varié :

Régime ordinaire et sans alcool, de o,5o à 0,98

Régime de Talcool (3'^ période), de o,55 à 0,97

Chauveau (-) a montré que le quotient respiratoire (rapport aire CO- éliminé etO fixé) s'abaissait, lorsqu'on substituait la )nsommation de l'alcool à celle du sucre, et que, avec l'alcool, j travail musculaire diminuait de valeur, pendant que le poids u sujet en expérience fléchissait.

En un mot, l'alcool diminue les échanges et la nutrition énérale.

(*) Rosemann. Deutsch, med. Woch., 190 1. n» 3a, p. 53 1. (*j Chauveau. Acad. des Se, i5 janv. 1901.

iio PHYSIOLOGIE

Système nerveux. — On est amené à conclure de tout ce qui précède, que l'alcool, à dose tant soit peu toxique, se comporte comme un stimulant hypothétique, dont l'action définitive est de ralentir ces grandes fonctions de l'organisme : digestion, respiration, circulation, nutrition. Il paralyse directement les éléments anatomiques, ou trouble leur fonctionnement, par rintermédiaire du système nerveux, qui est le réactif par excellence des intoxications. C'est, d'après la définition de Gaule, un poison du protoplasma, ayant tout d'abord effet sur le système nerveux (*). Pour cet auteur aussi, tout se résume en ces deux contrastes physiologiques : excitation apparente, dépression réelle,

« Pour le' grand public, et même pour nombre de médecins, « nous dit Gley (=^), l'alcool est un excellent stimulant, sinon le « stimulant type, et le meilleur de tous. En ce sens, il agirait « surlacirculation, sur la respiration, sur les systèmes muscu- « laires et nerveux. Je veux montrer, tout au contraire, que la « théorie de Schmiedeberg sur l'action paralysante de Talcool « doit être absolument admise aujourd'hui C*).»

1° Action générale de C alcool sur le système nerveux central, « — C'est un préjugé répandu que l'alcool favorise les fonc- « tiens cérébrales; au vrai, il les paralyse (*). Cotte action parait lysante réalise, en quelque sorte, la section des centres « supérieurs, les séparant du bulbe et de la moelle, de telle « sorte que ces derniers, soustraits dès lors au contrôle nor- (( mal des précédents, peuvent librement manifester leur acti- « vite : de là, les symptômes connus de l'excitation médullaire... « Si on fait absorber un peu d'alcool à des pigeons (^), ces ani- « maux présentent une période d'excitation ; enlevons-leur les « hémisphères cérébraux (opération aisée, à laquelle le pigeon « survit en bonne santé), la même dose d'alcool ne produit « plus, d'emblée, que des phénomènes paralytiques. La période

Cl J. Galle. Congrès, de Bâle, août i8<)5, G. R., p. 24.

{') Voy. R. B. in die AlkohoITrage. MaUi Ucleniiis. lénn, 1908. Gl. Bernard. Baer, Antilie, Schmiedeberg et BUnge, Kraeppeliu, >'othnagel, etc. (') Gley. Compte rendu VU» Congrès, loc. cit.

(*) Schmiedeberg. Lehrbuch der Arzneimittellehre. Leipzig, 189:), 3* ëdit. (') Baraty>'Ski. Arch. soc, biol. Suint-Pétcrsbourg, 189.5. T. III. p. 167.

V ALCOOL paualyse les centres cérébraux m

« d'excitation observée tenait donc seulement à la suppression « de rinhibition normale des centres cérébraux sur les centres « bulbo-méduUaires, par suite de la paralysie de ces centres « cérébraux, atteints les premiers par le poison. Sur les ani- « maux à cerveau intact, les phénomènes de dépression ner- « veuse sont d'abord masqués parlesefTets de cette libération « des centres médullaires ; sur les animaux privés de leurs « hémisphères cérébraux, la moelle tombe directement sous « Finfluence de la substance toxique, et cette influence est M encore ici, paralysante. » Gley, à qui nous empruntons cette citation, montre à quel point cela est comparable à ^ce qui se passe dans la chloroformisation.

C'est dans le même sens, et en insistant bien sur la hiérarchisation et sur la subordination des fonctions nerveuses, qu'interprètent Schmiedeberg et Bùnge.

Overton, de Zurich, au cours de travaux fort remarquables, a constaté que nos cellules peuvent se garer de la plupart des produits nuisibles, sauf l'alcool, l'éther, le chloroforme, qui les pénètrent très aisément. En cas d'imprégnation de l'organisme par l'alcool, ce sont les éléments les plus compliqués, qui arrêtent leurs fonctions les premiers (^).

Le professeur G. Pouchet a fait ressortir aussi que l'alcool est à étudier avant tout dans son action sur le système nerveux, car c'est par celui-ci que se révèlent les modifications de l'organisme humain.

L'expérimentation sur les animaux nous apprend, tout d'abord, que l'ingestion, en une seule fois, de 40 à 5o grammes d'eau-de-vie, à 45 p. 100 d'alcool absolu, déterminent la série de symptômes suivants. Les animaux deviennentd'abord silencieux, leur démarche est incertaine et vacillante; il y a paralysie postérieure, anesthésie, résolution musculaire, état de sommeil. A cette période, chez le chien, le pouls est accéléré jusqu'à 216, large, bondissant; mais avec le sommeil, il se ralentit, tombe de 216 à 60 — et même 42 — , devient de plus en plus petit, au point d'être imperceptible. La respiration, qui, au début, était ample et facile, devient irrégulière, sac-

l'j Overton, de Zurich, Etude sur la narcose, léna. 1901.

cadée, et, au lieu de 60 mouvements, n'en donne plus que 5.

Cette dose de ^o à 5o grammes n'est pas mortelle, d'habitude. Au bout de quarante minutes, une heure au plus, de sommeil, il y a réveil progressif.

Donc, expérimentalement, chezranimal: i"* excitation ^incQvHtude des mouvements, accélération du pouls et de la respiration, contraction pupillaire ; 2® perversion, résolution musculaire, irrégularités du pouls et de la respiration, dilatation pupillaire, avec intermittences de contraction ; 3° collapsus ; — c'est-à-dire anatomo-physiologiquement parlant : excitation, perversion, puis destruction des fonctions de l'axe cérébro-spinal. On peut dire que les effets nuisibles commencent dès que l'alcool imprègne la cellule nerveuse, en aussi petite quantité que ce soit. A partir du point de tolérance, il est très probable qu'il se produit une altération chimique de la" cellule nerveuse (dissolution de matière grasse phosphorée, perte de l'eau intracellulaire), ou, en tout cas, un ensemble de modifications qui marquent la limite de son action utile et de son action nuisible (*).

Deux considérations dominent Thistoire de l'intoxication nerveuse : d'une part, la quantité et la nature du toxique ; d'autre part, l'état du système nerveux, ses aptitudes, ses prédispositions.

En ce qui concerne la nature du toxique, nous savons que certains produits, les vins par exemple, sont relativement peu nocifs pour le système nerveux ; que l'alcool l'est davantage; que Falcool uni aux essences, et les essences par elles-mêmes, sont extrêmement nuisibles.

Quant aux aptitudes du système nerveux, elles varient tellement de l'homme à l'animal, et il y a, en particulier, une telle distance de nos manifestations psychiques, si développées, à la simple ébauche de ces manifestations chez les animaux, qu'il n'est guère possible, en cette matière, de tirer un sérieux profit de l'expérimentation in anima vili. L'observation est seule capable de nous renseigner avec quelque précision. (v. plus loin : Facultés intellectuelles^ p. 117).

(') POUCHET, loC. cit.j p, 198.

V ALCOOL DIMINUE LE TRAVAIL MUSCULAIRE Ii3

2** Motricité. — C*est, parmi les phénomènes nerveux, celui qui se prête le mieux à une étude expérimentale. Rappelons brièvement les conditions d'expérience. On se sert d'un ergographe (celui de Marey ou celui de Mosso, peu importe), et l'épreuve consiste à accomplir une unité de travail, (ergogramme, élévation d'un poids avec l'index), avec un rythme plus ou moins soutenu, tandis qu'un appareil enregistreur donne le tracé du travail accompli. La hauteur progressivement ou brusquement décroissante des traits, indique le degré d'énergie, ou trahit la fatigue.

Destrées, de Bruxelles, faisait prendre des doses moyennes d'alcool: 40 à 5o grammes. Immédiatement après l'ingestion, il notait, pour quelques instants, une somme de travail un peu plus considérable ; mais, au bout de vingtà vingt-cinq minutes, l'efFort devenait inférieur. Scheffer, d'Utrecht, a aussi donné le chiffre d'une demi-heure, comme limite de l'effet excitant. Gilbault (^) , au laboratoire de physiologie du professeur Abelous, de Toulouse, a varié les épreuves à l'infini, tantôt buveur d'eau, de café, tantôt s'excitant avec le kola et aussi avec l'alcool. Le résultat, avec ce dernier produit, a été négatif. Non seulement le travail effectué séance tenante était inférieur, mais, le lendemain, à l'ergographe, le travail fourni était moindre. L'auteur note également la rapidité d'accoutumance au besoin d'alcool, qui semble favoriser une période d'excitation initiale.

D'autre part, Gioffredi (^) a montré que dans une première phase, sous l'influence de l'alcool, la période d'excitation latente est diminuée pour le nerf moteur, ce qui semble indiquer que ce nerf est excité ; mais, bientôt, à l'état permanent, cette période est considérablement allongée ; Texcitabilité du nerf se trouve donc, en réalité, diminuée.

Les professionnels du sport savent que l'alcool ne donne ni force, ni résistance. Jacquet et F. Regnault ont constaté que les champions cyclistes ne prennent aucune boisson alcoo-

(') Gilbault. Les excitants musculaires. Compte rendu in Trib» méd,, aS avril 1900 p. 3a8.

(*) GiOFFKEDi. Riforma med., 1897.

Triboulet, Mathiku et Mignot. Traité de l'alcoolisme. 8

Ii4 PHYSIOLOGIE

lique, pendant les courses et pendant les périodes d'entraînement. En temps ordinaire, ils boivent peu de vin ; ils s'abstiennent d apéritifs, d'absinthe et d'eau-de-vie. Un verre de vin ou un petit verre d'eau-de-vie, après une courte période d'excitation, cow/?e les jambes. S'il leur arrive de prendre du Champagne, l'action en est fugitive ; et, comme il est nécessaire de renouveler les doses toutes les vingt minutes, c'est l'ébriété qui arrive (^).

M. L. Schnyder (-) a étudié l'action de l'alcool sur la force musculaire, au moyen de Tergographe de Dubois, de Berne. L'alcool était donné sous forme de vin de Bordeaux, à la dose de i5o centimètres cubes (soit i6*'*',7 d'alcool pur), prise quinze minutes avant le travail, l'estomac vide.

Les conclusions de-cette étude sont les suivantes : i"* l'alcool a une action favorable sur la force musculaire quand il est pris à jeun, en petite quantité, mais à la condition que, par suite des conditions physiologiques antérieures de rindividu,la réserve de forces de l'organisme soit, en quelque sorte, épuisée;

2** cette action favorable reste cependant au-dessous de celle d'un aliment de même coefficient isodynamique. En plus, elle est contrecarrée par l'action paralysante de l'alcool sur le système nerveux, action qui, suivant l'état physiologique de l'individu, est plus ou moins prononcée, et peut se traduire par des résultats en apparence contradictoires ;

3° mais si l'organisme, par suite de l'ingestion d'autres substances alimentaires, dispose d'une réserve de force suffisante, l'alcool n'a plus de valeur comme producteur de force; au contraire, ses propriétés paralysantes deviennent prépondérantes et amènent une diminution de la production du travail. En somme, conclusions absolument contraires à la théorie de « l'alcool aliment de force musculaire ».

En opposition avec le bénéfice, si minime, si court, et tout d'apparence, que donne, au début, l'ingestion, rappelons que

(•) Jacquet et F. Regkault. Soc. méd. hôp., ai jnnv. 1899, p. 744.

(*) Schnyder. Arch. f. die ges. Physiol., Bd 93, 1903. Rés. in Rcu. seientif,, 14 mars 1903, p. 347.

V EXCITA TION MOTRICE PAR V ALCOOL 1 1 b

Chauveau [loc. cit.) a prouvé la diminution de la valeur du travail musculaire, avec l'usage de Falcool.

PourTissié, de Bordeaux, l'alcool, en qualité d'anesthésique, a surtout le pouvoir de masquer la sensation de fatigue, de s'opposer à la perception de la faiblesse douloureuse.

Comment expliquer l'excitation motrice par Talcool ? la question n'est pas sans intérêt, pour fugace que soit cette excitation.

Féré, dans la monographie si intéressante, où il traite de rinfluence de l'alcool et du tabac sur le travail, donne cette interprétation : « Le goût de Talcool s'explique surtout par « une excitation passagère, plus marquée dans la période « d'hyperexcitabilité de la fatigue. Cette excitation parait « due surtout à l'irritation des organes sensitifs et particu- « lièrement du goût. J'ai déjà indiqué que le liquide introduit « directement dans l'estomac (par la sonde) produit une dé- « pression immédiate du travail. Par les tracés, on peut voir « que les excitations (travail produit, ergogramme), se mon- « trent plus fortes et plus durables avec les dégustations « qu'avec l'ingestion. »

Pouchet, après Lander-Brunton, dit de môme (^) :

« Un point fort intéressant, et sur lequel on n'a pas assez « insisté, c'est le rôle joué dans ces cas par la circulation céré « brale, modifiée d'une façon plus ou moins accentuée, grâce à « l'action propulsive que l'alcool exerce par l'intermédiaire des <( extrémités terminales des branches de la cinquième paire « (trijumeau) ; je veux parler de l'excitation que Talcool, à Tétat « d'eau-de-vie, notamment, détermine lorsqu'il est introduit « par la bouche.

(t II doit se produire, en eflet, par suite de cette excitation « propulsive, une modification assez intense de la circulation « cérébrale. L'eau-de-vie parfumée agit au maximum, comme « agissent d'ailleurs les substances diverses que nous prenons « l'habitude de mâchonner, de sucer, de priser, au cours du « travail intellectuel qui requiert une certaine stimulation (*). »

Si, des rations dites moyennes^ l'on passe aux doses fortes^

\*) PoucHitT, loc. cit., p. 204.

('} Gh. Féhé. Arch. de NeuroL, 1901, n» 71, p. 10 ù 16.

ii6 PHYSIOLOGIE

l'intoxication aboutit à la paralysie musculaire, avec Tévidence que chacun connaît ou prévoit.

Chez ranimai, à l'agitation, ^ux sauts du début, succède l'accalmie : le sujet tremble sur ses membres ; il feint du train postérieur; puis, peu à peu, celui-ci chancelle, et Tanimal ne peut marcher qu'en rampant. Successivement, le train antérieur se prend, Tanimal tombe sur le flanc, et la résolution complète se fait dans toute la musculature.

Il en est de même pour Thomme : loquacité, verbiage, gestes, activité exagérée ; puis, lourdeur, fatigue, embarras de la marche, incoordination (steppage), faux pas, titubation, dérobement des jambes, chute et coma.

3* Sensibilité. — Il est difficile d'apprécier mathématiquement la période d'excitation sensitive ; en tout cas elle est fort courte, car Talcool est avant tout un puissant anesthésique, et c'est, peu après son ingestion, la diminution, puis, plus tard, l'absence de réaction que l'on constate. On a pu croire que, sous l'influence de l'alcool, la période d'excitation latente (intervalle entre l'excitation et la réaction motrice) était diminuée ; il suffît d'attendre quelques minutes pour voir une augmentation considérable de cette période. Richct et Gley ont signalé, depuis longtemps, un retard dans la perception des sensations.

En ce qui concerne la transmission et la réception des impressions sensitivo-sensorielies, de nombreuses expériences ont montré que l'alcool augmente notablement le temps de réaction des sensations; d'où le retard qu'il détermine dans la perception des impressions tactiles et auditives. Par une singulière illusion, le sujet sur lequel on expérimente, s^imagine, au contraire, que ses sensations sont extrêmement rapides. Cela tient, sans doute, à ce que les centres nerveux supérieurs ou cérébraux, que l'alcool paralyse progressivement, ne peuvent plus contrôler avec exactitude le fonctionnement des centres inférieurs, bulbo-méduUaires, comme ils le font à l'état normal, apprécier d'une manière correcte les diverses conditions de ce fonctionnement : intensité, durée, etc. Tout cela va j s'accentuant avec la progression de l'ivresse.

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