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EFFETS DE U ALCOOL SUR LE PSYCHISME

Il serait intéressant de savoir comment, c'est-à-dire à quelles doses, se produisent les manifestations sensitives de rivresse. Gréhant et son élève Nicloux, ont cherché à l'établir.

La teneur du sang en alcool est d'ordinaire proportionnelle à la quantité ingérée : la proportion de i à 2 centimètres cubes i'alcool absolu^ par kilogramme de poids d'animal, amène difficilement l'ivresse ; l'analyse ne décèle alors que o^"*',! à o*^°™',a d'alcool, dans 100 centimètres cubes de sang. Avec 3 centimètres cubes d'alcool par kilogramme d'animal, l'ivresse légère commence; on a alors o^^^^^S d'alcool, pour 100 centimètres cubes de sang. A o*^™',4 et o*^"»',5 ou o^™', 6 pour 100 centimètres cubes de sang (répondant à 4 centimètres cubes ou 6 centimètres cubes d'alcool absolu, par kilogramme d'animal), Tivresse est profonde. L'anesthésie partielle est obtenue avec des doses variant de 7 à 10 centimètres cubes d'alcool absolu, par kilogramme d'animal (').

A mesure que l'intoxication progresse, les excitations, pour produire une réaction, doivent devenir de plus en plus fortes : on connaît Tinsensibilité proverbiale des ivrognes, déjà avant la chute. Quand le sujet tombe, le coma ne tarde pas à s'établir; les piqûres, le pincement, non plus même que le chatouillement de la conjonctive, ne peuvent être perçus : le sujet est ivre-mort, suivant l'expression populaire, très explicite.

4"* Facultés iiitellecluelLes et morales, — En tant que poison, ralcool se comporte d'abord, nous l'avons dit à propos de son action générale sur le système cérébro-spinal, comme un excitant fugace de tous les éléments nerveux, et aboutit ensuite à leur amoindrissement fonctionnel, voire à leur paralysie. C'est un lait qu'il ne faut pas perdre de vue lorsqu'on étudie ses déterminations du côté du psychisme.

Comme l'ensemble des fonctions nerveuses, les fonctions propres des centres supérieurs sont modifiées suivant la dose : un peu d'alcool délie la langue d'un timide, beaucoup d'alcool annihile Tactivité intellectuelle du plus actif et du plus brillant penseur. Elles sont encore troublées, a-t-on dit, suivant

(') Nicloux. Thèse de Paris, 1900.

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la nature du produit : à quantités égales, telle liqueur semble stimuler, telle autre déprime.

Or, si la question de dose ne prête à aucun doute, je ne saurais apporter aucun document scientifique permettant de juger l'influence de la qualité du liquide ingéré, au point de vue des effets psychiques produits. Existe-t-il un alcool paralysant ? un alcool dépressif, impulsif, elc ? 11 semble que des boissons identiques ou différentes agissent sur les pensées et sur les actes, surtout suivant la qualité cérébrale du sujet (*) ; mais le problème est de ceux qu'il est malaisé de soumettre au contrôle de l'expérimentation.

Ce sont là encore considérations émises antérieurement et qu'il était utile de rappeler ici.

Voyons maintenant les faits (^).

Chez les animaux, nous apprécions mal les perturbations psychiques, surtout quand il s'agit d'êtres inférieurs, comme le lapin ou le cobaye. Mais chez le chien, déjà, il est aisé de voir que Téthylisation aiguë aboutit à une modification des facultés supérieures, et, en particulier, de l'affectivité : l'animal devient inquiet, craintif, parfois hargneux. Les accidents commencent par une période d'excitation : l'animal s'agite, tourne dans sa cage, puis saute, bondit, se heurte. Cette période est courte et dépasse rarement dix minutes. Avec l'alcool seul, on ne la voit pas aboutir aux convulsions.

Chez rhomme, il y a aussi une période dite cVexcilr/tion ; mais cette stinuilation factice, qui fait croire au vulgaire, comme d'ailleurs, à tant de gens cultivés, que Talcool a quelque pouvoir tonique et fortifiant, il estbon de l'analyser, et voici ce qu'il est aisé d'y reconnaître.

La propriété physiologique dominante de l'alcool est Variesihésiey et c'est en supprimant pour un temps la sensation de fatigue, qu'il donne l'illusion d'un accroissement du pouvoir

(*) Voy. plus loin, ce qui est dit de la physiologie des liqueurs cl des boissons fcrineniées, dans leur rapport avec la genèse des accidents convulsifs hystériques ou épilcpti formes.

{*) Voy. DE Bœck. Influence do» boissons alcooliques sur le travail psychique, Vl<> Congr. intorn. contre l'abus des boissons alcooliques. Compte rendu. Bruxelles. 1897, !'• partie. — N. Vaschide. Communie, à la Soc. de Neurol., 1902; et du même, les Poisons de rintclligence, en collabor. avec P. Mcusnicr, 1903.

L ALCOOL PRODCIT L\iyESTIIESIE MORALE 1 19

moteur. Pour les facultés intellectuelles, c'est encore de même qu'agit Talcool : plus de notion de fatigue, ni de proportion dans l'effort, d'où une activité excessive, clonique, pour ainsi dire. ^Mais ce que signifie cette suractivité apparente c'est en réalité désordre, déséquilibre : telle l'inspiration excentrique de certains poètes alcooliques. Les idées ont l'air de se présenter avec abondance et avec facilité ; mais, nées sans l'effort vivifiant, n'ayant pas été soumises au contrôle de la raison, la plupart d'entre elles se caractérisent par leur absence de toute valeur ou par leur bizarrerie.

D'après A. Smith et C. Fiirer, expérimentant sur euxmêmes, le fonctionnement de Tintelligence est entravé par Talcool.

Avec 40 à 80 grammes d'alcool, ou avec trois quarts de litre de vin grec à i5 p. loo d'alcool, les travaux intellectuels etles exercices de mémoire prenaient un temps beaucoup plus long que quand les expérimentateurs n'avaient pas bu. C'est seulement au bout de huit jours, qu'ils recouvraient leur activité normale (').

Ce genre d'expérimentation est d'une délicatesse d'interprétation qui le rend presque impraticable. Il s'agit, avant tout, de sensibilité cérébrale personnelle. Sans avoir de documentation à ce sujet, il m'apparaît que, chez les timides, l'alcool libérateur du frein qu'est la crainte, semble momentanément donner plus libre cours à l'intelligence ; mais un simple, un niais, tout en pouvant s'exprimer un instant plus librement, n'a rien gagné de nouveau (si ce n'est une habitude vicieuse, parfois).

Ce qu'on peut affirmer, c'est que plus le sujet est un cérébral, plus l'excitant est dangereux, et par l'intensité de ses conséquences extrêmes (excitation et dépression), et par l'accoutumance possible (Voy. Féré, Alcool et cérébralité).

Au point de vue moral^ c'est encore par le même procédé physîologigue, qu'intervient l'alcoolisation. Il y a, en quelque sorte, anesthésie morale. Dès la première période de Talcoolisa-

(') Smitm et Forer. Analysés in Prog. méd., i8y:)el cités dans la thèse de Maussirc. Paris, 1901, p. 91.

lao PHYSIOLOGIE

tion, ce qui disparaît d'abord, c'est la fonction psychique qui se développe en dernier lieu chez Tenfant, c'est-à-dire la réserve, la dissimulation, le voile qui cache la véritable personnalité. D'où le proverbe : in vino veritas.

Avec l'alcool, il y a suppression du frein moral. Ne sentant plus, ne comprenant plus, l'alcoolisé révèle son caractère dans sa réalité absolue. Il laisse jouer sans en être nullement incommodé ni troublé, et par suite sans essayer de les contrôler, les réflexes impulsifs qui constituent notre psychisme fondamental. Tels alcoolisés deviennent expansifs, confiants ; pour eux les soucis s'envolent, le passé fâcheux disparaît (n'est-ce pas là de l'anesthésiepure?), l'avenir se dore, etc. Tels autres deviennent concentrés, sombres, méfiants ; leurs idées tristes s'accentuent, et peuvent les conduire, s'ils sont prédisposés, au délire d'action se traduisant par des actes criminels plus ou moins impulsifs, le suicide, l'homicide (est-ce la de la force?).

//eco/î^c/e/i/, suivant l'expression légale etaussi philosophique, r«ZcooZwd est avant tout, pour le physiologiste, un anesthésié^ car sa pseudo-excitation est suivie, ou mieux continuée, par un engourdissement des facultés, sous forme d'une sensation de bien-être, d'une indifférence et d'une apathie, qui sont l'acheminement vers le coma. Son crime accompli, la brute alcoolique s'endort d'un lourd sommeil, avec perte du souvenir au réveil; et cela fait penser à l'état de l'épiieptique après une attaque.

A titre documentaire, ajoutons à cet exposé didactique, quelques lignes de généralités empruntées à des spécialistes de la question.

On peut distinguer, parmi les altérations du psychisme des buveurs, des altérations primaires^ qui sont une cause de Talcoolisme. Telle, celte prédisposition en vertu de laquelle les personnes anormales au point de vue psychique sont plus exposées à faire des élhyliques, que les personnes normales.

Les altérations secondaires^ conséquences de l'alcoolisme, modifient les personnes normales, comme les anormales, dans leur santé psychique.

Chez tous, normaux et anormaux, les divers éléments de la

L'ALCOOL LIBÈRE VIMAGINATIOy lai

vie psychique : idées, déterminations, sentiments et volonté^ souffrent de l'alcoolisme. On pourrait dire que la psycho-physiologie pathologique du buveur consiste précisément dans les troubles de Tharmonie entre les diverses facultés (').

Les effets de l'alcool ne sont autres que la modification intellectuelle primordiale i^iove^^vx^ de Tours) (*) : excitation, dissociation des idées, incapacité de fixer Tattention.

La volonté, puissance intellectuelle qui domine les idées, les associe, les relie entre elles, est affaiblie : la mémoire et l'imagination prédominent ; les choses présentes deviennent étrangères ; les choses du passé et de l'avenir accaparent Tattention.

Au premier degré d'alcoolisation, les pensées se succèdent avec trop de rapidité pour qu'on ait le temps de les arranger dans Tordre qu'exige le récit.

Cette rapidité s'accroissant de plus en plus, bientôt les sens du buveur perdent de leur délicatesse ordinaire, et l'imagination gagne à mesure qu'ils perdent; autrement dit^ il passe de Cétat de i^eille à l'état de rêve {^),

« Plus de pondération des facultés à' assimilation mentale régu- « lière^ plus de répartition des différentes formes de vie sur l'en- « semble du réseau vital, intellectuel et moral; maisl'intermit- « tence subjective de la pensée, le désarroi dans le raisonnement^ «dans le jugement, dans le sens des choses. » L'équilibre psychique, c'est le compte ouvert et tenu à jour de tout ce qui pénètre et de tout ce qui sort par les portes ouvertes du cerveau, comme l'équilibre du corps c'est le compte, tenu à jour, de ce qui pénètre et de ce qui sort par les éléments de la vie dite animale {'*).

Le problème si important et si difficile à résoudre, de la santé physique et morale^ consiste à trouver le moyen de se con-

(') M. Martiialkr. de Berne. Zur Psjchol. des Aikoholkranken. Comptes rendus» Vil* Congrès internat. Paris, 1899, t. II, p. 3a.

(*) MoREAU, de Tours. Du Huschich. Élude psychologique Paris, 1845.

C) N. Vasciiide et P. Mlusmer. Les Poisons de l'Intelligence in Arch. gén. méJ., 3i mars 1903. p. 799.

(*) Th. Darel, de Genève. L'alcoolisme, dans ses rapports avec les trouhles psychophysiologiques. Comptes rendus, Congrès internat. Paris, 1899, t. II, p. 48.

server crégale force (par les sollicitations venues de Textérieur et par les réactions parties de Tintérieur).

En définitive, faussement renseigné par ses sens en désordre, le cerveau sensitif va réagir à faux, pour déterminer les grands réflexes d'association ; cela nous explique aussi comment l'excitation ou l'état paralytique de telle ou telle zone des centres supérieurs, intoxiquée pour son propre compte, peut provoquer des réactions défectueuses par excès ou par défaut. Ainsi, sans doute, de la sollicitation périphérique faussée^ et de l'assimilation centrale faussée^ résulte Tacte faux de l'alcoolisé : maladresse physique, défaillance intellectuelle, erreur morale, acte délictueux (impudeur, vol, crime).

Parmi ces paralysies élémentaires ou portant sur les groupements d'association, une des plus frappantes, pour le médecin comme pour le public, c'est la paralysie lente, progressive, ou rapide et soudaine, de la volonté, suivant la vigueur individuelle, suivant aussi la dose toxique et la fréquence de t5on emploi. On sait que certains buveurs sont comme des enfants : incapables d'avoir une volonté active par eux-mêmes, on ne les trouve guère capables que d'une \o\on\é passive, qui est un désordre, une négation même de la volonté intelligente (obstination dans des actes stupides, cruels, enfantins, etc.). h'aboulie, c'est-à-dire l'impossibilité d'avoir une idée active en propre, fait du buveur le jouet de ceux qui le mènent; il est successivement de l'avis de tout le monde, et. finalement, il écoute celui qui parle le dernier (d'où les entraînements à boire par camaraderie, d'où les actes délictueux provoqués par suggestion).

Chez tous les buveurs d'habitude, d'après Bérillon ('), il suffit d'un choc moral, d'un événement mettant en jeu l'émotion d'une façon anormale, pour que, l'aboulie s'aggravant et s'accentuant encore, Tivrognerie soit réalisée.

Ces particularités font prévoir l'influence possible de la rééducation de la volonté, parla méthode dite hypno-suggestive.

(') Bérillon. Ref, de l'hypnotisme, juin 190a. Voy. aussi : Vasckidc cl Drog^hicesco. Psychol. de T Alcoolisme d'après les travaux de l'Ecole de Krapelin, in Arch, gén. de Med., p. 1940 et p. 2067 et suiv. (190 Jj.

LE DÉGOÛT DE L ALCOOL EST INSTLXCTIF ia3

Nous renvoyons, pour les détails complémentaires de cette étude, au paragraphe de Tétat mental des alcooliques.

Au point de vue psychique, l'intoxication par Talcool conduit encore à une conséquence qui est l'aboutissant ordinaire de toute intoxication, ainsi qu'on en peut juger par la morphine, par Téther, c'est-à-dire à Tappétence progressive pour le toxique, au besoin pathologique. Il y a, a-t-on pu dire, des alcoolomanes, comme il y a des morphinomanes. La genèse de la tare psychique est à peu près identique, avec ces différents poisons. Voici, d'ailleurs, comment il est possible, avec le D' Dromard, de résumer la question de V accoutumance et du besoin psychique et organique.

Le dégoût de Talcool est instinctif chez l'homme. Ce dégoût instinctif n'est pas le simple caprice d'une disposition mentale contingente, mais répond à une a mise en garde )), entretenue par de multiples réflexes impressionnant /;67//We/nc/// la conscience.

Donc : Dégoût instinctif intolérance physiologique^ voilà l'état naturel d'un organisme ifierge.

Ex SE VIOLENTANT, OU en sc laissant violenter, l'être humain arrive à supprimer le dégoût, et le commencement de l'état morbide est justement « U accoutumance progressive à V alcool », la période confirmée étant le « besoin irrésistible d'en faire usage ».

L'accoutumance est bien pathologique; elle indique que les cellules nerveuses stupéfiées ont perdu leur activité ; elle témoigne d'un abaissement du coeflicient d'impressionnabilité et de réactivité du système nerveux, sous l'inOuence parésiante de l'alcool.

Le besoin est le second degré pathologique : il indique que les cellules nerveuses, devenues infirmes, demeurent dans un état de torpeur, dont une excitation factice (stimulation passagère du poison lui-même) peut seule avoir raison (^).

{*} Dr G.-R. Dromard. Thèse de Paris, iqo'j.

ia4 PHYSIOLOGIE

§ 3. — Physiologie des composés de r Alcool. A, Spiritueux et liqueurs (^)

En résumé, paralysie portant sur la sensibilité, sur la motricité, sur rintelligence et le psychisme, paralysie aussi du système vaso-moteur, voilà ce qu'on observe dans l'intoxication aiguë par Talcool du type éthylique. Mais ce qui nous manque d'une façon absolue, ce sont les éléments d'un parallèle scientifique entre les doses ingérées et les effets produits ; et nous devons nous en tenir aux notions empiriques suivantes. A dose faible^ il n'y a nul trouble dans les fonctions organiques : c'est l'intelligence seule qui est atteinte. A dose plus forte, l'intelligence est anéantie. Les autres parties du système nerveux central sont influencées (anesthésie, prostration des forces), mais il y a encore intégrité presque complète du fonctionnement des cellules autres que les cellules nerveuses ; même à cette période, le bulbe n'est pas paralysé, car il continue à provoquer la respiration, si bien que l'être, quoique intellectuellement inerte, survit à cette intoxication profonde. Nous savons, enfin, qu'à une dose plus forte encore, tout le système nerveux est paralysé, même le bulbe, et que les autres cellules de l'organisme commencent à subir les atteintes du poison.

En réalité, le tableau de toutes les intoxications aiguës par l'alcool, répond à une succession régulière d'intoxications portant sur la série des tissus vivants. Certes, souvent, ces dernières empiètent les unes sur les autres, mais elles se produisent fatalement ainsi qu'il suit : d'abord le système nerveux psychique est atteint, puis le système nerveux médullaire et le système nerveux bulbaire ; enfin, toutes les cellules de l'économie sont lésées. Ainsi s'établit, comme nous l'indiquions, une sorte de hiérarchie des tissus, devant l'intoxication.

(') Dans ce traité élémentaire, nous ne donnons relativement que peu de développement à l'élude des boissons alcooliques et des produits complexes, à base d'alcool. Un tel sujet mériteles honneurs d'un ouvrage spécial, etdemande pour l'écrire une plume autorisée.

PHYSIOLOGIE DES COMPOSÉS DE V ALCOOL ia5

Mais, n'envisager que les méfaits de l'alcool rapporté au type éthylique et considéré dans l'intoxication aiguë, c'est là de la toxi-physiologie schématique et toute d'expérimentation. En pratique, les choses sont moins simples : l'alcool chimiquement pur n'est pas seul en cause; il est associé à des congénères supérieurs, à des éthers, à des aldéhydes, à des essences, dont l'action est plus ou moins différente.

Ch. Richet, nous l'avons déjà dit (p. 89), propose de classer ainsi ces substances : certains produits entretiennent plus longuement l'hyperesthésie intellectuelle, ils sont dits poisons ébriogènes ; d'autres provoquent surtout l'hyperesthésie médullaire, ce sont les com^ulùvants (telles les essences) ; d'autres, enfin, à une courte hyperesthésie, font rapidement succéder l'anéantissement de toutes les fonctions nerveuses, ce sont les anestltésiques.

Nous avons dit aussi qu'Averton et Meyer ont démontré expérimentalement que la substance nerveuse, riche en matières grasses, était particulièrement avide d'alcools, et que-, parmi les alcools isomériques, ce sont toujours les isomères les plus solubles dans l'eau, qui sont le moins hypnotiques, tandis que ceux qui se dissolvent le mieux dans l'huile^ possèdent cette propriété avec le plus d'intensité (*).

Malheureusement, il ne nous est pas encore possible d'établir dans quelle mesure les alcools dits alimentaires sont presque exclusivement ébriogènes, convulsivants ou anesthésiques ; nous ne pouvons reconnaître, non plus, à quel degré ces propriétés connexes se retrouvent dans chaque produit de consommation, et il reste toujours à se demander si, bien souvent, la spécificité d'action ne vient pas plutôt de l'individualité sur laquelle agit le poison.

Les données expérimentales obtenues par Stenberg, nous font connaître qu'il faut une addition assez notable d'alcools à formule atomique élevée, pour modifier Tefiet toxique de l'alcool ordinaire (éthylique); qu'il faut arriver, par exemple, à 4 p. 100 d'alcool amylique (dose formidable qu'on ne retrouve pas dans les alcools de consommation), pour accroître d'une

(') Meyer, Averton. Rés. in Méd. mod., 3o août i8<>9, p. 474.

I!i6 PHYSIOLOGIE

façon appréciable les effets produits sur les lapins ('). De même Strassmann, chez le chien, a constaté la nécessité d'ajouter à Talcool éthylique, 3 p. loo d'alcool amylique (^).

Quoi qu'il en soit, on comprend sans peine que toutes les eaux-de-vie ne soient vraiment pas égales dans leur degré de nocivité, car, nous le répétons, ce ne sont pas seulement des alcools supérieurs qu'on y rencontre, à côté de l'alcool éthylique, mais encore ces autres constituants du bouquet, les aldéhydes et les éthers, substances très actives, dont les proportions varient à l'infini. On connaît les conclusions retentissantes de Daremberg (^) : les vieilles eaux-de-vie d'Armagnac les plus réputées pour leur bouquet, sont les plus nocives. Expérimentant sur une série de 5o animaux, Viala et Gharrin ont récemment confirmé les conclusions de Daremberg, du moins en ce qui concerne l'intoxication aiguë.

Si, grâce à leur teneur en alcools supérieurs, éthers et aldéhydes, les caux-de-vie l'emportent en nocivité sur ce produit de laboratoire qu'est Talcool éthylique, cette influence nocive n'est-elle pas plus accentuée encore dans ces spiritueux complexes où l'alcool plus ou moins pur est additionné d'essences hypertoxiques (Voy. p. 8i), et qu'on nomme apéritifs, amers, digestifs, etc. ?

L'étude des boissons alcooliques à essences, et notamment de l'absinthe, mérite un tel développement, qu'il y aurait lieu d'en faire l'objet d'un travail à part. Toutefois, il est impossible de présenter un exposé complet de la physiologie de l'alcoolisation, sans dire quelques mots des effets nocifs attribués à certaines essences.

C'est sur ces intoxications composites que doivent porter les recherches expérimentales de l'avenir, en se donnant pour but de déterminer la nature et la dose exacte de chacun des agents particulièrement nuisibles (essence d'absinthe, d'anis, de badiane, etc.). Nous nous contenterons de signaler ici ce que l'expérimentation a appris au sujet des seuls spiritueux

CI Stenberg. Arch. f. expér. Palhol. , t. X, 1879.

{*) Strassmakn. Vitrteljahrschr. f.gericht. Medic^ p. 49» 1888.

(') Dakemberg. C. R. Acad. méd.f 1895.

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