V ALCOOL CONTRE LES INFECTIOISS
des divers pays, et une revue d'ensemble, toute récente, nous fait connaître la question par le détail (*). Nous allons la résumer.
a Tout le monde, dit M. Labbé, est d'accord pour reconnaître « que, outre les effets fâcheux de Talcoolisme chronique, qui « crée des affections gastriques, hépatiques, nerveuses, etc., « les individus s^adonnant à cette intoxication subissent une « véritable déchéance organique, qui les rend moins résistants « à toutes les causes de maladie.
« Cette question a été jugée par l'observation clinique. Mais « on peut se demander si Talcool, dangereux comme aliment « ordinaire, n'est pas utile comme médicament ; si, donné à « dose maniable, non toxique, au cours d'une maladie, il « n'augmente pas la résistance de Torganisme, en stimulant « d'une façon passagère, le cœur, la respiration, le système « nerveux et les organes qui participent à la défense contre « l'infection... »
Jaquet (*), de Bâle, a conclu par l'affirmative, dans son rapport; mais il s'est vu critiquer véhémentement parForel et par Frich, de Zurich ; de même, contre lui, Kassowitz (') soutient que l'alcool n'a aucune valeur nutritive, que son emploi n'est nullement autorisé dans le traitement des maladies. « Devant ces « contradictions, déclare M. Labbé, il était nécessaire de sou- « mettre la question au contrôle de l'expérimentation.
« Quelques bactériologistes ont cherché à la résoudre en éta- « blissant d'une façon précise les réactions défensives provo- « quées par l'introduction de l'alcool dans l'économie, etla résis- « tance qu'opposent aux injections et intoxications les sujets « soumis d'une façon habituelle ou d'une façon passagère à « l'action de l'alcool....
« Taav-Laitinien conclut de ses recherches, que l'alcool « diminue l'alcalinité du sang, abaisse son pouvoir bactéricide, « diminue le nombre des globules blancs, mais ne possède
(') M. Li.BBÉ. L'alcool et la résistance de Torganisme aux maladies. Presse méd., Jrtaoùt 190a, p. 786.
(*) Jaquet, de Bâle. Valeur thérapeutique de l'alcool (Analysé in Presse méd», a3 janvier 1897).
i'j Kassowitz. Deutsch. med. Woek», août 1900.
i6o PHYSIOLOGIE
« aucune action sur le nombre des globules rouges et sur leur « richesse en hémoglobine.
« Kiparsky (*) a montré que l'alcoolisme aigu ou chronique (( diminue la leucocytose et que la réparation des plaies se fait « moins vite chez les intoxiqués, à cause de l'apport insuffisant « des leucocytes au niveau des foyers morbides.
« L'effet des injections d'alcool à dose toxique (ivresse), dans « le péritoine des lapins, est très variable. Sur six expériences, « nous avons vu, disent de Lavarenne et Labbé, l'injection de « I centimètre cube produire: trois fois une hypoleucocytose « durant Tivresse, avec ascension du chiffre leucocytaire quand « rivresse se dissipait; deux fois Thyperleucocytose, persistant « même après disparition de l'intoxication aiguë ; une fois, des « résultats discordants; chez le même lapin, suivant les jours, « l'alcool produisait tantôt une hypo, tantôt une hyperleuco- « cytose.
Doyen (^) a étudié, le premier, au point de vue expérimental, la résistance des alcooliques aux infections. Après avoir fait ingérer de l'alcool à des cobayes, il leur faisait avaler des cultures cholériques, et il constatait alors leur moindre résistance à l'infection (ce qu'il attribuait, à tort, à la neutralisation du suc gastrique, car le bicarbonate de soude, qui neutralise aussi le suc gastrique, ne diminue pas la résistance des animaux). »
Les expériences de Thomas (^) prouvent que Talcool agit sur la résistance générale de l'économie, en diminuant les échanges, l'activité cellulaire, et le pouvoir bactéricide du sang. Il a injecté des cultures de choléra dans le sang de lapins, les uns sains, lés autres intoxiqués au préalable par Talcool ; il a vu que les lapins non alcoolisés mouraient plus tardivement.
D'après Yalagussa et Raneletti, les animaux alcoolisés sont moins résistants à la toxine diphtérique.
Deléarde (*) chercha s'il était possible d'immuniser des animaux contre la rage, le tétanos et le charbon, en même temps
(') Kiparsky. Analysé in Presse med., ao J* 1898. (*) Doyen. Arch. physioî.^ i885.
rt Thomas. Arch. f. exper. pathol., 1893. Bd XXXII. (*i Deléarde. Annales de l'Institut Pasteur^ 1897.
L'ALCOOL CONTRE LES INFECTIOyS i6i
qu'on les alcoolisait. Si Tanimal reçoit de l'alcool d'une façon continue, on n'obtient qu'à grand'peine l'immunisation contre le tétanos, et on ne peut l'obtenir contre la rjlge et le charbon, )y^^i^vt**>^ Si ranimai, d'abord immunisé, est ensuite alcoolisé, on voit que l'immunité antirabique persiste, tandis que l'immunité antitétanique diminue. L'auteur en conclut qu'il est dangereux d'administrer l'alcool à haute dose dans les maladies infectieuses.
De môme, Goldl^erg (*) et Abbott (-) ont constaté que la résistance aux infections streptococcique, staphylococcique, colibacillaire et charbonneuse, était abaissée par l'alcoolisme.
Ridge, de Londres, qui a poursuivi de remarquables recherches sur Faction de l'alcool, au point de vue de la physiologie comparée, invoque les modifications leucocytaires, pour expliquer la diminution de résistance aux maladies infectieuses ; d'après lui, d'ailleurs, l'alcool favoriserait l'action des microbes de putréfaction (^).
« Taav-Laitinien est arrivé aussi, à la suite d'expériences très nombreuses, entreprises sur diverses espèces animales, à l'aide du charbon, de la tuberculose, et de la toxine diphtérique, à conclure que l'alcool ingéré à doses fortes, ou à doses faibles et répétées, avant ou après l'infection, diminue la résistance en raison directe de la quantité de toxique absorbée ; l'alcool prédispose à l'infection par les lésions qu'il produit dans les viscères, en particulier dans les organes préposés à la défense de l'organisme et dans les émonctoires, par la diminution de l'alcalinité et du pouvoir bactéricide du sang. Les expériences y montrent que la tuberculose évolue plus rapidement chez les animaux alcoolisés. »
Seul, Mircpli (*), injectant à des sujets de la tuberculine de Maragliano, a vu le sérum des alcooliques plus antitoxique que celui des sujets non intoxiqués. Mais la tuberculine de Maragliano n'est qu'une partie des toxines tuberculeuses, et rien ne dit que ce qui est vrai pour cette toxine, soit également vrai pour tous les poisons sécrétés par le bacille de Koch.
(') GoLDBERG. Centralblatt f. Bah ter. , iyo'> "" 'l). P- 7^'*
(*) Abbott. Journ. of experim. med. J^ 18(^6.
(*) RiDGE. Démonstration at World's Temper. Gongr. London, 12 juin 1900.
I*) MiRcOLi. Miinch. med. Woch., 4 mars lyo?., p. 353.
Triboulet, Mathieu et Micjîot. Traité de l'alcoolisme. 1 1
l6-2 PHYSIOLOGIE
De tout cela (*), retenons ces deux conclusions de M. Labbé: i** Un premier point est bien élabli : Talcoolisme chronique diminue la résistance de l'organisme animal à l'infection ; Talcoolisme aigu aggrave les infections, et accélère leur évolution fatale. Ce résultat expériniental concorde avec robservation clinique, il montre la gravité des infections chez les anciens alcooliques, et les dangers de la thérapeutique par Falcool à haute dose.
2** Le deuxième point reste doutei^x. L'alcool à petites doses, à titre d'excitant, dans le traitement des infections, ne parait avoir aucune influence sur leur évolution. Il ne paraît agir ni heureusement, ni défavorablement. Les bienfaits de l'alcool à dose médicamenteuse sont donc incertains ; peut-être, ainsi que le soutenait Frich (de Zurich}, n'agit-il qu'en paralysant les centres nerveux des malades, en diminuant leurs souffrances, et en les plongeant dans un état d'euphorie qui les fait paraître mieux qu'ils ne sont en réalité (thérapeutique de narcose). — Gela n'impliquerait pas d'ailleurs que l'alcool, à doses faibles, doive être absolument rejeté de la thérapeutique des infections ; il aurait encore son rôle comme narcotique (*;. L'expérimentation est presque impossible sur de pareils sujets ; l'observation clinique est préférable, et elle montre l'utilité de Talcool pour donner à certains moments un coup de fouet à l'organisme débilité, et pour lui permettre de soutenir avec avantage la lutte contre la maladie.
H. TuiBOULET.
(*i Un grund nombre des fuits qu'on vient de passer en revue sont extraits du travail de Taav Laiti.nen. Ret'. mens, intern. contre la boisson. Leipzig, mars i«)Oi.
(*) ^ ov- plus loin : L'alcool en thérapeutique.