DESCRIPTION DE V IVRESSE
chiques, comme la colère, la joie et le chagrin : telle dose d'alcool, bien supportée dans des conditions ordinaires, produit l'ébriété, au cours d'une réunion animée par les rires, les chants, les discussions.
En résumé, chez un sujet plus ou moins modifié défavorablement par les conditions précédentes, le poison intervient par sa quantité d'une part, et, d'autre part, par sa qualité, ou pour mieux dire, par son degré de nocuité (concentration, impuretés, addition de produits volatils, essences^ etc.). Un terrain préparé et des causes efficientes multiples, voilà ce qui réalise falcoolisme aigu, que nous allons étudier cliniquement.
Description. — Pour éviter de rapporter à l'intoxication éthylique aiguë des symptômes qui relèvent de facteurs surajoutés, il laut Tétudier en dehors de l'alcoolisme chronique et de la dégénérescence mentale ; V ivresse coiwulsivey V ivresse délirante^ la manie ébrieuse^ ne sont que des complications de l'ivresse ordinaire, sur un terrain préparé.
Tous les auteurs qui ont décrit Tivresse distinguent schémaliquement trois périodes successives, dans son évolution.
1** L'excitation des fonctions intellectuelles caractérise la première période de l'ivresse. Le sujet sent peu à peu un changement s'opérer en lui; il lui semble devenir physiquement plus vigoureux, et jouir avec plus d'aisance, de ses facultés psychiques. Cet état d'euphorie le pousse à discourir, à chanter, à exercer sa force et son adresse, à accomplir des prouesses parfois dangereuses. Les soucis disparaissent, les difficultés de l'existence s'aplanissent, l'avenir apparaît sous le plus beau jour. • Confiant en lui-même, le buveur multiplie tour à tour des projets de travaux, de plaisirs ; il affronte sans trembler les périls les plus réels. Trop heureux pour rester égoïste, il devient généreux et bienveillant, prodigue son argent, invite chacun à prendre part à sa joie. Il se montre prévenant, aimable, et il compatit sincèrement aux malheurs qu'il rencontre. Des idées amoureuses s'éveillent et s'imposent à ce point, queThomme le plus réservé, le plus timide, devient galant et même hardi, avec les femmes.
C'est le moment où la surexcitation de l'imagination, la
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rapidité des associations d'idées, rendent le buveur spirituel I et le font paraître quelquefois plus intelligent qu'il ne Test
réellement : les jeux de mots, les saillies heureuses se multiplient : les discours deviennent abondants et fleuris. Les compétences professionnelles profitent parfois de cet état d'éréthisme cérébral; journellement on rencontre des ouvriers qui, par ce moyen, surexcitent leur force ou leur habileté manuelle, des artistes, des poètes, des savants, qui trouvent dans l'ivresse un stimulant factice.
Peu à peu, à côté de ces manifestations plutôt agréables ou même avantageuses, apparaissent certains indices de l'amoindrissement du pouvoir de contrôle sur soi-même, et de la diminution des facultés morales supérieures : le langage prend un ton déclamatoire, ridicule dans la circonstance ; les plaisanteries se transforment en farces de mauvais goût, la galanterie, en obscénité ; les sentiments des convenances ne sont plus respectés ; l'imagination, d'abord simplement surexcitée, devient tout à fait désordonnée. Le buveur ne sait plus cacher ses pensées les plus intimes (m vino çeritas) ; il commet des maladresses, des « impairs ». Il se rend encore compte toutefois de ce qui se passe autour de lui, et, s'il est déjà incapable de résister à l'entraînement de ses instincts et de ses passions, il n'en demeure pas moins conscient de ses actes.
A côté de l'ivrogne euphorique, se rencontre le buveur qui a
« le vin triste ». Des idées pénibles envahissent sa conscience :
idées d'insuccès, de malheurs, de trahisons, de maladies, de
,^jjM deuils. Celui-ci, tout l'effraie ; courageux quand il est de sang-
\p^ g^ ^ froid, il devient pusiHanime ; il gémit et pleure comme un
iJJf^i enfant, pour les motifs les plus légers et souvent les plus gro-
\ tesques.
Chez certains sujets, ce sont les instincts de combativité qui prédominent : devenus susceptibles, ils prennent en mauvaise part les facéties de leurs camarades de plaisir; la contradiction n'est plus tolérée; les motifs de dispute, de querelle, sont recherchés ou même suscités; rarement la partie se termine sans injures ou violences.
En général, pendant cette première période de l'ivresse, la figure est rouge, le pouls fort, la peau chaude et moite ; sou-