‹ Traité de l'alcoolismeChapitre 77 sur 201 · DESCRIPTION DE L'IVRESSE · texte numérisé non relu

DESCRIPTION DE L'IVRESSE

vent la soif est vive et les besoins d'uriner sont fréquents.

2^ A la seconde période, qui, si les excès continuent, succède insensiblement à celle qui vient d'être décrite, les fonctions psychiques sont profondément troublées, et de nombreuses perturbations organiques se surajoutent.

Le langage devient incohérent, inintelligible, ou absurde ; parfois, les mêmes mots, les mêmes phrases, sont répétés avec obstination et comme automatiquement. Aucun jugement raisonnable ne peut être formulé ; l'attention et la mémoire cessent de s'exercer ; la désorientation est complète, l'inconscience de lasituation, absolue. Les sentiments qui distinguent l'homme delà brute ne subsistent plus; l'ivrogne se montre alors cynique et brutal ; il obéit sans discernement à toutes ses passions et à tous ses instincts.

Les illusions des sens sont nombreuses : le buveur confond les personnes et les choses ; il interpelle des objets inanimés, et leur tient des discours ; il peut se blesser ou se tuer en prenant une fenêtre pour la porte de sa chambre, une rivière pour la route qu'il doit suivre ; il boit sans s'en apercevoir et sans hésitation les liquides les plus détestables, les plus répugnants ou les plus dangereux. Parfois il s'illusionne sur le caractère et sur les intentions des personnes qui l'entourent, sur les paroles qu'il entend ; et comme l'irritabilité est exagérée, comme toute prudence et toute retenue ont disparu, il entre en fureur, commet des déprédations ou des violences. Aussi, celte seconde période de l'ivresse est-elle la période médicolégale.

Les hallucinations n'existent pas dans l'intoxication alcoolique aiguë ordinaire; elles appartiennent à l'ivresse des alcooliques chroniques et des psychopathes.

A ces symptômes psychiques s'ajoutent divers troubles qui révèlent l'atteinte portée au cervelet, à la protubérance et à la moelle : la voix est traînante, monotone, mal articulée, parfois bégayante ; l'écriture est tremblée ou illisible, ou même impossible; les mains sont maladroites, laissent tomber les objets ; la marche est titubante, s'accompagne de vertiges et de chutes ; la force musculaire diminue. La sensibilité à la douleur est obtuse : l'ivrogne paraît ne pas ressentir les coups

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qu'il reçoit; il demeure insensible à des blessures, à des brûlures graves. Marvaud (*) rappelle que rjnsensibilité due à rivresse était connue et utilisée quelquefois par les chirurgiens, avant la découverte des anesthésiques. Dans certaines régions, les femmes en travail profilent encore, à Theurc actuelle, de ce moyen, pour diminuer leurs douleurs.

Au cours de la seconde période de l'ivresse, les sens sont émoussés ; bien des ivrognes se plaignent de voir double, d'éprouver des bourdonnements dans les oreilles, de ne plus apprécier la saveur de leur boisson favorite. L'excitation génitale persiste, mais la moelle ne répond plus aux incitations cérébrales, et le sujet reste impuissant : « Sœpe tuo ceciclit minière victus Amor » (Tibulle).

A ce moment, la face est colorée, les jugulaires sont tendues, les pupilles contractées, la respiration accélérée ; enfin il se produit souvent des vomissements, qui débarrassent partiellement l'estomac de l'alcool ingéré. Peu à peu, le sommeil gagne Tindividu, qui s'endort là où il se trouve, indifférent aux intempéries et aux dangers de toute sorte auxquels il est exposé.

3** Lorsque l'ivresse aboutit au troisième degré (ivresse comateuse), le sujet est dit vulgairement « ivre-mort ».

Toutes les fonctions nerveuses sont abolies, sauf les fonctions bulbaires essentielles : le malade, comme s'il était chloroformé, reste insensible à toutes les excitations extérieures ; les réflexes, de même que les mouvements et le tonus musculaire, sont abolis ; les spliincters se relâchent ; les pupilles sont dilatées et ne se contractent plus à la lumière. Le pouls est petit et lent ; la respiration est ralentie, irrégulière, stertoreuse. Les téguments se refroidissent, la température centrale baisse au-dessous de la normale ; on a observé des hypothermies atteignant 27°, 24** (Bourneville, Laborde). Dans cet état, on a vu la mort survenir en quelques heures (Tardieu).

Les trois périodes qui viennent d'être décrites ne s'observent que lorsque la quantité des boissons ingérées a été exces-

{") Marvaud. L'alcool, son action physiologique. Paris, i87'2.

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