ALCOOLISME HÉRÉDITAIRE
alcoolique ? Si, dans l'avenir, cet enfant présente des altérations somatiques ou des troubles intellectuels, aurons-nous le droit d'incriminer les ascendants?
Avec Ladrague, il nous paraît légitime de répondre :
Pour que l'hérédité alcoolique puisse se manifester, il faut que, chez les alcooliques chroniques, Talcool préside directement à la conception. C'est ce qui arrive d'ordinaire. Souvent, par surcroît, l'alcoolisme maternel agit sur le fœtus, pendant la vie intra-utérine. A noter encore, que ces organismes procréateurs peuvent être modifiés, du fait de l'alcool (albuminurie, tuberculose, etc.)
Mais il y a d'autres cas où l'alcoolique chronique n'est pas ou n'est plus en puissance d'alcool, au moment de la conception. Ni le spermatozoïde ni l'ovule ne sont touchés par le poison. Si la mère est abstinente durant toute sa grossesse, faut-il craindre, pour l'enfant procréé, Tintervention de l'hérédité alcoolique confirmée? Les observateurs, nous dit Ladrague, gardent le silence.
A mon avis Véçasion est, malheureusement, plutôt exceptionnelle, en raison du nombre croissant des dégénérés physiques, intellectuels, moraux, de l'époque présente.
Les géniteurs sont-ils atteints d'alcoolisme aigu, dans ces conditions, sachant, par les recherches de Nicloux (*), que l'alcool peut pénétrer tous les tissus glandulaires, tous les produits de sécrétion, et que les analyses en ont révélé la présence dans le sperme et dans l'ovule, nous devons nous attendre à le voir agir directement sur le produit de la conception.
De nos jours, où Bacchus gouverne, sous l'aspect peu esthétique du bouilleur de cru et du marchand de vin, Vénus agit rarement sans sa collaboration active et variée. La procréation se fait communément en cours d'alcoolisme aigu, d'ivresse, quelle qu'en soit l'origine : vinique, alcoolique, absinthique ou similaire (pêcheurs d'Islande, au retour ; enfants du dimanche.
(*) Nicloux. Détermination d'un alcoolisme congénital. Thèse de Paris, 1900. — ^oy. aussi Renaut. Alcoolisme congénital. Thèse de Paris, 1902.
des pays d'usines, etc.). Et cela explique nombre de décès de nouveau-nés (*).
A propos de ces faits d'alcoolisme aigu contemporain de la conception, je ne puis m'empôcher de faire l'emarquer combien l'alcoolisation — même transitoire — du père, l'emporte en influence pernicieuse, sur l'alcoolisation maternelle — même invétérée (^). Le sang d'une femme qui s'alcoolise est chargé d'alcool, le sang du fœtus en renferme en proportion notable (jusqu'à un centimètre cube p. 100, d'après Nicloux), et cette intoxication peut durer un certain temps, parfois môme pendant les neuf mois de la grossesse ; pourtant, les effets pernicieux de l'alcool seront, dans ce cas, moins marqués qu'ils ne peuvent l'être du fait du géniteur mâle, lors du coït fécondant.
Nous pouvons tous avoir observé quelque fait à rapprocher de celui-ci :
Une femme robuste et tempérante épouse un homme, buveur invétéré, dont elle a cinq enfants; quatre meurent dans la première quinzaine, le cinquième meurt à cinq ans. Le mari meurt; la femme se remarie à un homme robuste et tempérérant,dont elle a deux enfants bien portants (^).
Trop souvent, d'ailleurs, le fœtus est soumis aux deux influences réunies ; porté par sa mère qui s'alcoolise, il devient comparable aux embryons d'animaux que Féré a soumis dans l'œuf aux émanations de l'alcool. On sait, et c'est à rappeler ici, que ce savant expérimentateur a réalisé ainsi, chez le poulet, des monstruosités par arrêt de développement.
Détail à noter, ces déviations tératologiques étaient plus accusées avec les alcools supérieurs (aie. amylique, notamment), qu'avec l'alcool éthylique ordinaire (•).
(*) D'après la statistique de Dcmone, dons dix familles d'alcooliques prises au hasard, a5 enfants sur 67 meurent dans la première semaine (J. Roubinovitch. Alcoolisme infantile. Gaz. AJp., 14 juin 1902, p. 661 et suiv.).
(') Sabrazès et Brengnes. Descendance des alcooliques. Influence de l'héréditc paternelle. Rev. neurol. Paris, 1898, VI, p. 794.
(^) N. S. Davis, de Chicago. Comptes rendus VU* Congres internat, alcool. Paris. 1899, t. II. p. 53.
(*) Ch. Féré. Soc. de biol., 1897.