PRÉFACE
un sujet du plus grand intérêt pour le philanthrope et le savant. Un document fourni récem-
aliénés dans les établissements publics, l’espoir d’une guérison souvent possible, qui font affluer ces malades dans les maisons destinées à les recevoir, et qui engagent les familles à les y faire admettre. Ce n’est plus seulement, comme autrefois, l’aliéné furieux qui est renfermé dans l’hospice; c’est l’idiot , l’imbécile de naissance, c’est le vieillard tombé dans la démence, le paralytique, l’épileptique, qui viennent chercher des soins qu’autrefois ils eussent trouvés au sein de la famille. Les malades plus aisés sont envoyés dans les maisons de santé spéciales, où une sollicitude prévoyante veille sur eux quand un traitement favorable n’a pu les rendre à la santé. Telles sont les causes qui ont augmenté, en apparence, nombre des fous. Ce nombre a presque quadruplé à Paris, depuis quarante ans environ, dans les maisons d’aliénés. Dans le reste de la Prance, il paraîtra s’accroître également au fur et à mesure que se construiront les asiles départementaux ; ils recevront peu à peu les malades tranquilles dispersés aujourd’hui dans les campagnes et les petites villes, où les uns restent confinés au sein de leurs familles, et les autres , errants au milieu des populations indifférentes. En Angleterre, ce sont les mêmes causes qui ont amené les mêmes résultats; chez nos voisins, pas plus que chez nous, les conditions morales de l’homme n’ont changé. C’est donc bien à tort qu’on a accusé les progrès de la civilisation d’avoir favorisé le développement de la folie. La civilisation a pu donner aux passions de l’homme un autre but, à ses idées une autre forme, et, par suite, revêtir dans certains cas la folie d’une autre apparence; mais augmenter le nomine des fous, non. Si Bicêtre et Charenton renferment des malades en proie aux terreurs qu’inspirent la police, des lypémaniaques homicides, des monomaniaques généraux d’armées, empereurs, fils de Napoléon, etc.; les prêtres n’ont plus de possédés à exorciser, les tribunaux n’ont plus de loups-garous à condamner et de sorciers à brûler 1 Du reste, je ne veux pas nier absolument que les travaux intellectuels, le besoin de ré • pulation, l’absence de principes religieux et surtout l’accumulation des populations dans les grandes villes industrielles (si l’on tient absolument à mettre ces circonstances sur le compte de la civilisation), ne donnent lieu à des causes de folie qui n’eussent pas existé autrefois; mais, d’un autre côté, je dis que les terreurs religieuses exagérées, le fanatisme, les
ment par le Parlement démontre qu’il y a en A»« glcterre 1^668 fous et idiots , et que le nombre seul des fous répandus dans les différentes classes de la société peut être estimé au plus bas à ïOjOoo (1). Dans les rangs élevés de la société,
superstitions de toute espèce, étaient, dans les siècles passés, l’origine de causes nombreuses de maladies mentales que le progrès des lumières a fait disparaître: à cet e'gard, il y a pour le moins compensation. Ce n’est pas d’avoir augmente' le nombre des fous qu’il faut accuser la civilisation, mais bien de les avoir traités avec plus de bienveillance et de charité, d’avoir fait pénétrer dans leur ame et celles de leurs parents l’espoir d’une guérison prochaine. Quoi d’étonnant alors si les établissements se sont subitement peuplés de malades que les préjugés des familles, et, il faut bien le dire, les mauvais traitements et l’incurabilité présumée delà maladie, en avaient jusqu’alors tenus éloignés ? A.
(0 » n’est question ici que du nombre des fous appartenant à l’Angleterre seule, l’Écosse et l’Irlande non comprises. Il y a contradiction entre le document cité par M. Ellis et la statistique publiée en 1829 par M. Holliday. Ce dernier porte le nombre des aliénés à un chiffre beaucoup plus élevé; il serait de 17,222 pour l’Angleterre seule; de 896 pour le pays de Galles, et de 3,651 pour l’Ecosse.
Le nombre des fous , en France, serait d'environ i5,ooo, d’après la commission de la Chambre des députés, M. Parcliappe ( Recherches statistiques sur les causes de V aliénation mentale , in-8° , 1839I porte le nombre des aliéneVsecourus en France, la Corse non comprise, à 1 o,44 1 i le nombre des aliénés non secourus, approximativement à 5,729. Ces chiffres ont pour base les renseignements demandés en 1 83 3 par le ministre de l’intérieur à tous les préfets, sur le nombre des aliénés séquestrés, emprisonnés et vagabonds dans chaque département, et queM. berrus a publiés dans son ouvrage.
M. Esquirol, prenant en considération la quantité de fous qui restent errants dans les campagnes, et ceux qui peuvent demeurer dans l’intérieur de leurs familles, conclut, approximativement, des recherches qu’il a faites dans toute l’étendue de quelques départements, et du nombre des aliénés