‹ Traité de l'aliénation mentale ou de la nature, des causes, des symptômes et du traitement de la folie comprenant des observations sur les établissements d'aliénésChapitre 9 sur 54 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

L’extension effrayante que prend la folie (i), les souffrances physiques qui l’accompagnent, et

(i) Celte extension est plus apparente que réelle. Si le nombre des fous s’est accru, ce n’est que proportionnellement à l'accroissement de la population 5 ou si une cause accidentelle, particulière à un pays , à une ville, donne lieu tout à coup à un plus grand nombre de fous, cette augmentation est passagère comme les circonstances qui lui ont donné naissance. La révolution de i83o, par exemple, en exaltant les passions, en déplaçant violemment des positions sociales ; l’épidémie de eholéra-morbus de i83a, en jetant l’épouvante au sein des populations, furent deux causes qui firent varier momentanément le chiffre des admissions dans les hospices d'aliénés de Paris. I3e 1 83 i à 1 833, le chiffre surpassa d’un sixième celui des années précédentes. (Desportes, Compte rendu au conseil général des hospices el hôpitaux ciri/s de Paris sur le service des aliénés traités dans les hospices de la 'vieillesse (hommes el femmes, Bicêlre et la Salpêtrière), Paris, i835.) Je vois dans un tableau des admissions de 1826 à 1 8 3 3, à la maison de Charenton, les événements poli tiques figurer comme causes vingt-huit fois seulement en i83oet 1 8 3 i, tandis que cette même cause n’est indiquée que quatre fois pour les autres années. (Esquirol, Mémoire hist, et statist, sur la Maison royale de Charenton, Paris, i 8 35 ; et Alalad. mentales, t. 2, Paris, 1 838). Ainsi donc, une grande commotion sociale éclate , elle frappe l’imagination , agite les passions, bouleverse l’existence d’un grand nombre de personne s à lafois, et aujourd’hui comme jadis un grand nombre de folies éclatent à la fob j mais bientôt le niveau se rétablit, Jcomme on l’observe pour la

l’aUeration déplorable qu'elle apporte dans la puis-* sance et la condition morales de l’homme, en font

loi de mortalité, qui, chaque année, en dépit des épidémies et autres circonstances passagères, donne un chiffre proportionnel aux chiffres précédents. M. Esquirol, dans un Mémoire sur celte même question, lu à l’Académie de médecine le 23 juillet iSoj, etimprimé dans le Traité des Maladies mentales , torn. 2, pag. 728, remarque avec raison que les causes physiques, l'hérédité, les lésions cérébrales del’enfance, les scrofules, l’épilepsie, les progrès de l’Age, exercent leur action d’une manière invariable dans tous les temps. Et l’on peut dire la même chose des passions primitives; elles sont trop dépendantes de l’organisme pour ne pas exercer une influence à peu près constante et renfermée dans les mêmes limites : les passions sociales, l’ambition, l’amour des honneurs, l’avarice, ont, comme dans tous les temps, leurs succès et leurs revers. Ce ne sont donc pas les causes physiques ou morales de l’alienation mentale qui peuvent rendre compte de l’augmentation apparente du nombre des fous. Q ,mnd une maladie est mieux connue, qu’elle devient l'objet des recherches des médecins, que de nouvelles méthodes de traitement sont proposées, cette maladie passe également, dans la société, pour être plus commune, Que de croups, d’anévrismes du cœur, de gastrites, d’ulcères de la matrice, de fièvres cérébrales, de fièvres t\ phoïdes, etc. , depuis lestravaux des médecins sur ces affections! la même chose est arrivée pourlesmaladies mentales. La folie aujourd’hui est mieux connue; le diagnostic et le prognostic sont plus sévères Grâce aux travaux et à la philanthropie de Pinel , grâce surtout aux recherches constantes et aux réclamations de son illustre successeur, le traitement de cette cruelle maladie a été profondément amélioré. Les couvents dans lesquels les aliénés étaient dérobés aux regards ont disparu; les prisons où ils gémissaient enchaînés sur la paille, les hospices où ils étaient confondus avec les autres malades, abandonnés, sans secours ni traitement, ont presque partout fait place à des hôpitaux spéciaux, à des asiles, à des maisons de santé particulières, où ils reçoivent des soins éclairés, physiques et moraux, qui, d’après les statistiques relevées par M. Esquirol [Mal ad. ment. , tom. 1), vendent au moins un tiers des aliénés à la raison et à la société; ce tiers de guérisons s’élève même à la moitié, i sur 2,01, si on défalque les idiots et les paralytiques, Ce sont ces améliorations, les soins nouveaux prodigués aux

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