CHAPITRE PREMIER
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PI us îes formes cFune maladie sont variées, plus il est difficile de saisir exactement sa nature. Dans la fièvre scarlatine, dans la petite vérole, et dans plusieurs autres maladies aiguës , quelle que soit la constitution, nous observons des effets généraux semblables, dont la gravité seule varie chez îes uns et chez les autres. Dans ces cas, nous pouvons toujours caractériser la maladie; et si nous ne découvrons pasimmédiatement son origine, nous pouvons au moins reconnaître la forme sous laquelle elle se montre. Dans la dyspepsie et dans quelques autres affections, les effets immédiats semblent varier d’après les habitudes et l’idiosyncrasie des malades; il y a par conséquent de la difficulté pour déterminer à quelle affection morbide se rattachent les symptômes; mais dans aucune maladie on ne rencontre la même complication et la même variété de phénomènes que dans la folie. Chez les uns, elle est accompagnée , à un haut degré , d’excitation maniaque , d'une force musculaire excessive, et d’une vivacité
extraordinaire de l’intelligence, chez d’autres, on observe un abattement marqué; pas un mot n’est prononcé, et le malade reste pendant plusieurs semaines comme un automate. Chez certains malades,
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les sens acquièrent une activité inaccoutumée, et la vue et i’ouïe sont d’une sensibilité morbide \ chez d’autres, lessens sont obtus, et tout le système nerveux devient presque insensible. Il résulte de mes observations que des circonstances en apparence semblables produisent des résultats diamétralement opposés chez des personnes différentes ; par consequent, nous sommes portés à en conclure que la nature de la folie varie avec la maladie elle -même, quoiqu’elle soit constante dans les autres affections , et que l’aliénation mentale forme une exception à la régie. Mais des recherches plus profondes sur la nature de la folie nous démontreront que cette contradiction n’existe pas, et qu’il faut la rapporter à ce que Ton rattache à la folie une foule de maladies qui. au fond, agissent de diverses manières et lèsent probablement des parties différentes. On verra dans les pages suivantes que j’ai d’abord essayé de rechercher avec soin la nature de la folie. Quant aux résultats de ces recherches, je les ai présentés avec beaucoup de défiance. Je sais que les théories sont sujettes à beaucoup d’objections, et ne sont pas susceptibles de démonstration ; et je sais également que, quand bien même ma manière de voir serait exacte, elle ne serait encore qu’un premier pas dans cette voie. S’il est vrai que la folie soit réellement, dans tous les cas , une maladie qui affecte le cerveau et le système nerveux, et que les parties atteintes de ces organes varient d’après les causes ) et s’il est
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vrai , en outre , que la maladie de chaque partie soit susceptible de grandes modifications, c'est évidemment un sujet important de recherches anatomiques, pour indiquer et classer les différentes altérations du cerveau d’après les formes diverses sous lesquelles la maladie s’est présentée. Ce résultat général est celui qui , malgré toutes les difficultés, paraît le plus satisfaisant et le plus raisonnable.
Après avoir bien établi la nature de la maladie, je m’occuperai de la recherche de ses causes; et on verra que, dans bien des cas, on peut acquérir à leur égard un assez grand degré de certitude. Et quand on aura remarqué combien de circonstances, peu importantes en apparence, qui affectent le corps ou l’esprit, produisent des altérations telles du cerveau et du système nerveux, que la folie éclate, quelques unes des difficultés que soulève la variété des formes de la maladie paraîtront moins grandes. L’étude des causes est accompagnée, du moins, d’effets consolants. Dans plusieurs circonstances, la cause est susceptible d’être écartée ; et le plus souvent des précautions et des soins persévérants peuvent mettre la constitution naturellement prédisposée à la maladie en état de l’éviter. Quand tout le monde saura également qu’une lésion seule des viscères produit, dans beaucoup de cas, la folie, on se préoccupera moins du soin de la cacher , ce qui est si préjudiciable pour les ma lades; et l’on ne verra plus la maladie s’aggraver par la fausse délicatesse qui empêchait l’application opportune des remèdes.
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La folie est fréquemment héréditaire; mais cependant il n’y a pas de raison pourquoi, même dans ces cas , on ne pourrait l’éviter. Sans doute tout individu qui sait hériter d’une telle prédisposition doit éviter avec soin toutes les circonstances qui tendent à produire la maladie. Dans ce cas, la constitution sera soutenue par un régime de nourriture approprié; l’usage continu des stimulants de toute espèce sera surtout, si c’est possible, soigneusement évité; on devra choisir la condition la plus favorable pour que l’existence se passe au milieu de circonstances régulières et modérées, et à l’abri des vicissitudes de la bonne comme de la mauvaise fortune. Avec ces précautions, les personnes qui ont une prédisposition héréditaire à la folie peuvent , en général, parcourir leur carrière sans en être attaquées. Et le degré élevé de sensibilité nerveuse qui les dispose à cette maladie s’accompagne ordinairement aussi de cette énergie et de cette activité d’esprit qui font l’ornement de la société.
L’idiotisme congénial est peu connu; les dissections n’ont jeté que peu de jour sur ce sujet. En général, la tête, et surtout le cerveau, sont très petits; cependant, dans quelques exemples, la tête est bien proportionnée, et l’examen cadavérique n’a démontré aucune trace de lésion dans l’encéphale. Je ne pouvais passer sous silence l’article Démence sans ajouter un mot contre l’habitude pernicieuse qui paraît en être la cause fréquente.
Le chapitre des Symptômes comprendra quel»
ques lignes sur îe changement physique et moral qui précède ordinairement une attaque de Folie. Si inattention était suffisamment en garde contre ces symptômes, la maladie pourrait, dans beaucoup de cas, être réprimée avant l’explosion; et, dans les autres, elle céderait, dans un espace de temps comparativement plus court, à des remèdes simples et faciles à administrer. Le même chapitre contient aussi une description de l’égarement d’esprit le plus ordinaire , et l’indication des caractères qui révèlent une lésion du cerveau. Les symptômes qu’ont présentés les malades qui se sont suicidés sont exposés avec étendue; car le soin de cette classe de malades est certainement un devoir des plus pénibles et des plus inquiétants de la profession médicale.
De grandes améliorations ont en général eu lieu dans la condition et le traitement des aliénés depuis l’affreux et déplorable état de choses découvert par le Parlement en i8i4* Mais bien qu’il y ait, sous beaucoup de rapports, de grandes garanties par le système actuel d’inspection contre des actes manifestes de cruauté, il existe encore beaucoup d’ignorance dans îe traitement. On n’en sera pas surpris, si l’on considère que l’étude de l’aliénation mentale n’est comprise que d’une manière imparfaite dans l’éducation médicale (i).
(î) En France, cette éducation est encore bien imparfaite. II n’existe pas, à proprement parler, de professeurs de clinique des maladies
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Dans beaucoup de cas, quand le médecin est appelé auprès d’un malade en proie à un violent accès de manie, la maladie est aussi nouvelle pour lui que pour les personnes qui entourent le malade ; il se montre aussi effrayé qu’aucun d’eux de sa violence. L’irritation du malade est augmentée par l’inquiétude que montrent ceux qui sont autour de lui, et par le confinement rigoureux dans lequel le manque de moyens propres et convenables pour le retenir force dele placer. Dans ces circonstances, les moyens les plus forts sont ceux qui sont adoptés; et comme le pouls, pendant assez longtemps , paraît indiquer une forte activité de la circulation, on laisse le malade dans cet état jusqu’à ce que ses forces physiques soient épuisées,
mentales. En 1817 , le zèle de M. Esquirol avait, à cet égard, suppléé à ce qui manquait aux institutions médicales, en ouvrant, pour la première fois en Europe, un cours clinique de la folie à l’hôpital delà Salpêtrière. A ces leçons se sont formés les médecins qui s’occupent aujourd’hui avec succès de cette, maladie ou dirigent des établissements d’aliénés. Ces leçons étaient depuis longtemps interrompues ; et si on en excepte le cours de M* Ferrus , médecin de Bicêtre, il n’existait plus en France de clinique des maladies mentales , quand un des anciens élèves les plus distingués de M. Esquirol , celui-là même qui avoue le plus hautement ses doctrines et celles de Pinel sur l’importance du traitement moral, le docteur Leuret, a, l’année dernière (1829), à Bicêtre, recommencé un nouvel enseignement sur l’histoire et le traitement de l’aliénation mentale. Pendant la dure'e du cours, M. Leuret fait venir en présence des élèves les malades dont les variétés de délire , la marche de la maladie, les résultats du traitement commence', font l’objet de la leçon. C’est ainsi que l’enseignement est vraiment pratique, mais il repose uniquement sur le zèle du médecin et son amour pour la s< ience, et nullement sur les bases solides d’une institution avouée. A.
et souvent la constitution détériorée d’une manière irréparable. J’ai souvent vu , avec de bonnes intentions , un traitement peu judicieux , provenant de l’absence d’instruction propre à ce genre de maladie, avoir pour résultat de rendre la maladie incurable. Aussi, je pense qu’on ne considérera pas comme déplacé ce que je dirai pour remédier à ces inconvénients.
Je ferai voir que les remèdes médicaux sur les» quels on peut le plus compter sont peu nombreux, et employés principalement dans les premiers temps de la maladie. Le traitement moral est la partie la plus difficile du sujet ; et en ceci, le meilleur est une bienveillance constante, infatigable, et toujours en éveil. Rarement les malades qui ont conservé un peu de bon sens ne se rendent pas à des attentions affectueuses. L'essai doit être fait, jour par jour, pendant des semaines entières, et sans aucun découragement; si même alors le but n’était pas atteint, persévérez, et la récompense arrivera. Souvent on aura le plaisir d’être témoin du retour graduel à la raison et au bonheur, et on jouira en paix de la satisfaction que donne la conscience d’avoir tout fait pour le bien. Les moyens moraux divers que j’expose , à l’aide desquels on a agi sur l’esprit des malades, ne sont pas les seuls qui peuvent être employés avec avantage; je les indique comme des exemples propres à éveiller Ja bienveillance ingénieuse du médecin»
Pans le chapitre sur les Asiles, je suis entré
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dans bien des détails minutieux qui , je le crains, paraîtront sans intérêt pour le médecin. 3 ’espère cependant que ce chapitre fournira des notions utiles et pratiques à ceux qui seront appelés à diriger la fondation de semblables institutions. Bien des choses qui paraissent frivoles à l’observateur superficiel, touchent essentiellement au bien-être et à l’entretien des malades. J’ai lieu d’espérer également que si les indications que je fournis tendent à diminuer les frais de construction des asiles, l’énumération de tout ce qui est nécessaire pour ces établissements réagira contre l’opinion trop générale que, parce qu’ils sont occupés par des pauvres , ils doivent nécessairement être établis avec l’économie particulière et le bon marché des hôpitaux.
Dans l’exposition de la distribution de l’asile, à Hanwel, on verra par quelles gradations le système d’occuper les malades a été successivement appliqué, au point qu’aujourd’hui 4^4 sur 6io sont régulièrement à l’ouvrage, et beaucoup d’entre eux ont des métiers dont ils n’avaient aucune connaissance avant leur entrée dans la maison. Quand ce système fut mis en pratique par moi et ma femme, lors de l’ouverture de l’asile pour la partie occidentale du Yorkshire, à Wakefield, les préjugés contre étaient si grands, qu’il fut sérieusement proposé qu’aucun malade ne serait admis a travailler, dans les terrains situés au-delà des murs, sans être enchaîné à un gardien ( chained to a keeper). On
proposa encore de disposer, pour îe travail des aliénés, d’une portion du jardin, qu’ils creuseraient et recreuseraient d’un bout de l’année à l’autre. Les sentiments d’humanité et le bon sens des habitants du voisinage firent justice de ces préjugés ; non seulement ils virent avec plaisir les malades travailler dans les terrains de l’établissement, mais ils furent heureux de les rencontrer en dehors de ses limites, et de les voir, par des promenades dans la campagne et des communications avec des concitoyens, se préparer à rentrer dans la société. Ils sentirent également, en les voyant agenouillés devant Dieu, aux yeux de qui tous les hommes sont égaux, qu’aucun spectacle ne pouvait être plus agréable et plus propice que celui de malheureux aliénés écoutant avec eux les prières adressées en faveur des pauvres et des malades. J’espère très fermement que de semblables sentiments agiront en faveur des aliénés à Hanwel, et qu’un préjugé mal fondé ne continuera pas longtemps à les faire tenir entièrement renfermés entre les palissades qui entourent le bâtiment.
J’expose aussi l’ensemble des mesures actuellement adoptées pour le maintien et l’ordre des services nécessaires dans l’administration d’une aussi grande famille. J’espère que ceux qui auront à diriger de semblables institutions en retireront quelque fruit pour la formation de leurs plans. J’ai ajouté à Y Appendice une copie des règlements écrits donnés à chaque domestique. Ils ont
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été successivement rédigés , suivant que l’exoérience a fait ressortir les avantages des mesures diverses que Ton a l’intention de conserver. Mais, indépendamment de tous les réglements, le soulagement et les probabilités de la guérison des malades dépendent beaucoup d’une surveillance incessante , pour que ceux qui les soignent les traitent constamment avec la plus grande douceur et la plus grande bienveillance; car, à moins que Pon ne fasse un choixtoutspécial des gens deservice, il est impossible qu’il n’arrive pas de temps en temps quelques actes d’oppression. Quand on réfléchit à la nature des fonctions ennuyeuses et fatigantes de ceux qui sont chargés de donner des soins aux aliénés, à l’importance d’en bien remplir les devoirs, il est évident qu’on devrait offrir un salaire élevé pour engager des personnes d’un caractère respectable à se présenter comme gardiens. Dans Pestimation du salaire, on doit prendre en considération que l’existence des gens de service est constamment exposée à être compromise par ceux des malades dont la folie n’a pas modifié les méchantes passions , et qui ont assez de raison pour savoir que leur maladie les met à l’abri de toute punition pour les actes violents et dangereux qu ils peuvent commettre.
La conviction que les fous appartenant à la classe moyenne et élevée de la société ne possèdent pas la moitié des avantages que les asiles publics offrent aux aliénés de la classe pauvre, m’a engagé à ajouter quelques mots d’un système
o4 aliénation mentale.
qui , j’espère, assurera la facilité de guérir, sans recourir, sinon fort rarement, aux chances d’une détention qui répugne. Je sais qu’on peut faire des objections au système des asiles particuliers (i) (proprietary asylums ), avec lesquels on obtient cet important résultat. Mais je pense que si le médecin directeur ne peut avoir aucune action dans l’établissement, ni retirer aucun bénéfice pécuniaire du malade confié à ses soins, il importera bien évidemment à sa réputation comme médecin d’employer tous les moyens possibles pour obtenir la guérison des malades, et les renvoyer aussitôt qu'ils pourront être , avec sécurité , rendus cà la société. Par ce système, le riche, certainement, se retrouve au moins dans la même position que le pauvre. S’il existait de semblables établissements où les malades pussent être placés avec toute confiance, la maladie inspirerait beaucoup moins d’inquiétudes; et l’arrivée successive et constante des malades dédommagerait amplement les propriétaires.
J’ai ajouté quelques observations sur l’épilepsie et les maladies chez les fous; la première n’est encore que peu connue.
J’ai essayé d’établir une distinction entre le mal moral (moral evil) et la folie. Il existe réellement line différence marquée entre ces deux états, quoiqu’il soit difficile de la déterminer dans les cas in-
( i ) Ce sont nos maisons de santé particulières , spécialement destinées aux aliénés.
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dividuels. Je crains bien que les maisons publiques d’aliénés ne renferment beaucoup de personnes qui cependant sont raisonnables, et, comme telles, moralement responsables devant Dieu de leur conduite criminelle que l’indulgence de la société attribue à la folie.