‹ Traité de l'aliénation mentale ou de la nature, des causes, des symptômes et du traitement de la folie comprenant des observations sur les établissements d'aliénésChapitre 18 sur 54 · A L 1 É N A T 1 0 N M E NT A LE · texte numérisé non relu

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obtenir par ses gestes et par son bourdonnement qu’on lui donne du tabac , elle descend de son siège et fait des efforts mimiques pour qu’on lui en donne. Cette idiote est morte d’une petite vérole confluente. Pendant sa maladie, elle n’a pas accusé la moindre douleur. Mise à la diète, elle n’a point témoigné le désir de manger ni de boire, mais elle acceptait tout ce qui était porté à sa bouche. »

On a beaucoup écrit sur les conditions organiques de l’idiotie ; tout ce qui parait certain , c’est que chez les idiots le volume du crâne, et par conséquent celui du cerveau, sont diminués, et que les circonvolutions cérébrales sont atrophiées. Quelques exceptions ne détruisent pas la généralité dccette règle 5 ce que dit d'ailleurs M. Ellis à cet égard me paraît l’expression de la vérité, du moins dans l’état actuel de la science.

Les causes productrices de l’idiotie sporadique sont difficiles à déterminer 3 on a parlé des émotions vives ressenties pendant la grossesse, de l’application du forceps , les coups ou chutes sur la tête; dans l’enfance, les convulsions, l’épilepsie ; une cause assez fréquente est l’hydrocéphale aiguë et chronique: ces influences sont réelles, la plupart du moins ; mais les observations n’ont point été faites d’une manière assez suivie pour qu’on puisse déterminer leur fréquence relative. Combien de fois, d’ailleurs, l’idiotie sporadique ne se présente-t-elle pas sans qu’on puisse la rattachera aucune cause positive? son origine est souvent aussi obscure que celle des autres anomalies de l’organisation.

On voit que l’idiotie et la démence sont deux états parfaitement distincts, et que M. Esquirol a eu raison de séparer. Indépendamment du mode d’invasion, du défaut de développement , dans un cas, et de l’abolition des facultés qui ont disparu, dans l’autre, la démence et l’idiotie présentent des differences fondamentales, et qui ne permettent pas de les méconnaître. La démence est une maladie qui a ses périodes de début et d’accroissement; le malade marche progressivement vers une détérioration morale et physique, de plus en plus grande ; la maladie, à la rigueur, peut suspendre ses progrès, guérir : l’idiotie, au contraire, est un état fixe, permanent; l’individu est arrêté dans son évolution physique et morale, il ne saurait aller au delà, et il n’a rien à perdre. L homme en démence est un riche dépouillé, il conserve encore quelque chose de son ancien éclat; et même, au dernier degré de l’oblitération des manifestations vitales, la physionomie reflète encore quelque chose de l'homme h» teneur qui a disparu.

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quefois d’une surexcitation cérébrale longtemps continuée; mais une autre cause assez fréquente, c’est la faiblesse qui résulte des saignées et des évacuations excessives qu’on provoque dans les cas de manie. Voyez, pour les causes les plus ordinaires , la note (a).

La distinction de la démence d’avec la manie et la monomanie est d’une haute importance; j'en ai déjà dit quelque chose (note de la page 200); d’une erreur de diagnostic dépend quelquefois le salut du malade. M. Esquirol a tracé avec soin les différences qui séparent la folie d’avec la démence. Dansla manie, écrit-il, les facultés sont lésées en plus ; les maniaques déraisonnent par excitation; il y a égarement, exaltation de l’intelligence : dans la monomanie, il y a aussi de l’exaltation, mais fixité, tension de la sensibilité. Les maniaques et les monomaniaques sont entraînés par des erreurs de sensations, par de fausses perceptions, par des hallucinations, par l’abondance ou la fixité des idées et des affections ; celui qui est en démence ri1 imagine pas , ne suppose rien, il a peu ou presque point d’idées ; il ne veut pas, il ne se détermine pas, il cède, le cerveau est dans l’affaissement. Tandis que chez le maniaque et le mélancolique tout annonce la force, la puissance et l’effort , chez l’homme en démence , tout trahit le relâchement, l’impuissance et ia faiblesse. [Traité des Alalad. ment.)

Dans la note de la page 200, j’ai cité cet état apparent de démence dans lequel l’oblitération des facultés du malade parait entière, et où cependant on a devant les yeux un monomaniaque. Les obs. 69 et 70 de M. Ellis sont des cas de ce genre ; le pouls offre un moyen de diagnostic qui peut mettre sur la voie. Chez l’idiot et l’homme en démence, quelque sujet que vous abordiez dans la conversation, le pouls reste calme ; chez le monomaniaque, si vous parvenez à toucher la corde sensible, la langue restera muette, le visage impassible peut-être, mais le pouls augmentera de fréquence et révélera la présence d’une idée fixe, d’une passion profonde, refoulée sous le masque trompeur de l’insensibilité la plus complète. A.

(1 a ) La débilité du cerveau et du système nerveux que

détermine la pernicieuse habitude de la masturbation, est la cause la plus fréquente de la démence. Cette habitude détourne de l’encéphale la quantité de sang nécessaire à l’exercice de ses fonctions. Dans l’état physiologique, chaque partie de l’organisme reçoit la part de fluide convenable à l’entretien de la nutrition et des différentes fonctions ; mais l’homme peut à son gré augmenter l’activité delà circulation, soit dans tout le système, à l’aide des liqueurs fermentées, soit localement, en activant et exagérant les fonctions d’un appareil.

Quand la circulation est activée seulement dans quelques parties du corps , comme la masse du sang n’augmente pas, les autres organes ne reçoivent plus leur quantité nécessaire; de là, par conséquent, le trouble et l’affaiblissement de leurs fonctions. Mais comme un exercice trop violent ne cause en général aucun plaisir , il est rare de voir arriver par le fait de la volonté de l’homme une grande augmentation dans la circulation d’un organe, si ce n’est dans le cerveau, où elle produit la folie, et dans les appareils organiques mis en jeu dans l’union des sexes et la masturbation.

C’est la masturbation surtout qu’il faut redouter et combattre; et, quelque répugnance qu’inspire un pareil sujet, on ne peut le passer sous silence sans manquer aux devoirs de la profession médicale. Malheureusement ce vice n’a pas été jusqu’ici exposé sous son vrai et redoutable jour. Beaucoup d’écrivains sur la folie ont longuement parlé de la démence ( dementia ); mais ils n’ont rien dit de cette cause, la vraie cause de la production de la démence dans la plupart des cas. L’habitude de la masturbation commence souvent dès l’enfance : j’ai donné des soins à un enfant qui, à l’âge de dix ans, était presque tombé dans un état de démence par cette seule cause. Ce malade a fini par guérir; j’ai appris tout récemment, d’une personne digne de foi, que la même cause avait produit de semblabl es effets sur un enfant de huit ans. Dans l’état actuel

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de la société, où le manque de fortune met trop souvent des obstacles insurmontables aux mariages, et dans lequel la vie dissipée n'est que trop fréquente, on voit, comme on devait s’y attendre, ce vice persister jusque dans un age avancé.

Indépendamment de cette terrible maladie (la démence), dont la masturbation est fréquemment la seule cause, il en est beaucoup d’autres, qui ne font pas le sujet de cet ouvrage, qu’on peut rapporter au même vice; mais si la crainte de succomber martyr de la démence, la pire de toutes les maladies auxquelles expose la masturbation, empêche de s’y livrer, on est sûr d’éviter toutes les autres.

Le plus fâcheux de cette redoutable habitude, c’est qu’on la soupçonne rarement. On attribue à une foule d’autres causesqu’à la masturbation, dont elles dépendent, la pâleur du visage et les sensations nerveuses qu’on observe; et si les soupçons se portent sur des habitudes secrètes, le sujet est si délicat et si pénible à aborder, qu’on ose à peine y faire allusion. On ne doit pas oublier cependant qu’une foule des misères de cette vie, la folie et une mort prématurée, en sont les fréquentes conséquences. Aussi ceux qui sont chargés de l’éducation des jeunes gens doivent -ils surmonter leur répugnance et les avertir, indirectement du moins, de semblables conséquences. Il est rare, dans les cas de masturbation, de remarquer des facultés plus affaiblies les unes que les autres; il n’y a pas de cordes particulières dont les vibrations fassent connaître le désordre , mais bien une langueur générale et une inaptitude pour toute sorte d’exercice, soit mental, soit physique. L’épuisement amène souvent un appétit vorace; le malade mange beaucoup, mais sans profit. Il offre un grand état de langueur, mêlé à beaucoup d’irritabilité quand on l’excite, jusqu’à ce qu’en fin la mort vienne mettre fin à cette déplorable position. Toutes les fois que je remarque ces symptômes, sans qu’on puisse les rapporter à aucune cause fiéré-

ditaire ou morale, je soupçonne d’abord de pernicieuses habitudes. Quelquefois ceux qui s’y abandonnent sont des personnes qui ignorent les fatals résultats de ce vice, et qui sont, sous tous les autres rapports, d’une conduite exemplaire, de sorte qu’on attribue ces symptômes à tout autre cause qu’à la cause réelle. Bien souvent j’ai été assez heureux pour découvrir encore à temps cette cause, et faire part de mes doutes aux personnes intéressées, qui souvent ont confirmé la justesse de mes soupçons. Il y a quelque temps, je fus consulté, par lettres, sur un cas de cette nature, pour un jeune homme qui demeurait à Cambridge; je communiquai mes soupçons à son ami, qui lui fit part de mon opinion ; il en reconnut la justesse, cessa de s’abandonner à ce vice, et un mois après j’eus la satisfaction d’apprendre qu’il se portait mieux. Je voudrais pouvoir ajouter que les jeunes gens du sexe masculin sont seuls coupables de ce vice. J’espère en avoir assez dit sur ce sujet délicat et douloureux pour exciter toute l’attention et toute la vigilance que demande son importance.

La lassitude et la faiblesse générale du cerveau qui proviennent de cette cause augmentant peu à peu, le malade tombe dans la démence et meurt.

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