‹ Traité de l'aliénation mentale ou de la nature, des causes, des symptômes et du traitement de la folie comprenant des observations sur les établissements d'aliénésChapitre 19 sur 54 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

g| Nous voici arrivés maintenant à la partie la plus importante du sujet. Les chapitres qui précèdent ont uniquement servi d’introduction, et n’ont eu pour but que de jeter quelque lumière sur l’aliénation mentale , de nous mettre à même de prévenir une attaque de la maladie, et de procéder au traitement d’après des principes raisonnés. Il est nécessairement impossible d’exposer une méthode thérapeutique applicable à tous les cas de folie. Dans ceux où les causes de la maladie et les circonstances dans lesquelles se trouvent les malades présentent le plus d’analogie, il existe encore des différences de tempéraments qui exigent des modifications dans le traitement après avoir réclamé l’attention la plus vigilante de la part des médecins. Mon but, dans ce chapitre, est de classer les cas dans lesquels la même méthode de traitement, modifiée par les circonstances individuelles, doit être adoptée, et de bien tracer les règles générales de traitement applicables à chaque classe.

Puisque nous avons considéré l’aliénation montaie comme étant toujours une maladie du cerveau ou du système nerveux , la division la plus claire est celle qui se fonde sur la nature de la lésion qui existe dans le cerveau.

Nous établirons donc deux classes : dans l’une, il existe simplement une irritation ( action maladive) ; dans l’autre , l’irritation , en se prolongeant, a produit une lésion organique du cerveau. La première classe constitue ce que j’appelle la folie aiguë (incipient) • la seconde, la folie chronique. Il ne faut pas oublier que c’est principalement dans la folie aiguë qu’on peut compter sur la guérison ou sur une grande amélioration. Quand une fois il y a lésion organique de l’encéphale, bien qu’on puisse en pallier les résultats et rendre, jusqu’à un certain point, l’état du malade meilleur, néanmoins les manifestations normales de l’intelligence ne se rétablissent jamais complètement. Il y a beaucoup à dire contre la division ordinaire de l’aliénation mentale, en manie et en mélancolie ; cette division est sujette à jeter dans l’erreur. La manie et la mélancolie sont tout simplement les symptômes et les conséquences de la suractivité îles différentes facultés de l’esprit, et sont également accompagnées d’augmentation de circulation dans le cerveau (i). Pour se former une idée nette du

(i) Par cette seule phrase , on voit bien que M. Ellis a peu approfondi l'étude de la folie. Comment admettre que la mélancolie et la manie sont

traitement à adopter dans la folie, il est nécessaire d’analyser ici brièvement et d’exposer la marche probable de la maladie. Or, si on excepte les cas de folie survenus à la suite d’hémorrhagies, d’insuffisance de nourriture, ou de tout autre cause débilitante, dans un nombre considérable d’autopsies de personnes mortes aliénées, quelle qu’ait été la cause de la maladie, l’état du cerveau révélait une inflammation antérieure et ancienne évidente, c’est-à-dire la, présence d’un excès de sang. Ne peut-on pas conclure par conséquent, qu’aux exceptions près dont je viens de parler, et quelle que soit la cause première de la maladie, la folie commence par une augmentation de la circulation sanguine du cerveau ou de quelques unes de ses parties; et que de la prolongation de cette activité du mouvement circulatoire dans l’encéphale naît une lésion organique, non seulement de la partie du cerveau primitivement attaquée, mais encore successivement de l’organe entier et de ses membranes; enfin que l’épanchement de sérosité dans les méninges et les ventricules , qu’on observe si généralement dans les cas chroniques, est la dernière conséquence de la grande congestion sanguine (1)

le résultat de la suractivité de l’espr it et de l’augmentation de l’activité cérébrale? quelques lignes plus bas, il dément lui-même cette identité de cause , par la distinction en folie par cause débilitante, et en folie par inflammation. Esquirol.

(>) Comment concilier l’activité excessive et incessante du cerveau,

23g aliénation mentale.

qui a existé dans le cerveau? Les observations qui montrent la folie se développant graduellement et presque insensiblement, dans le cours desquelles on n’a remarqué nulle apparence d’une action inflammatoire, ne prouvent pas d’une manière évidente qu’il n’ait pas existé d’irritation sanguine du cerveau proportionnée aux changements graduels des facultés morales. La cause immédiate de cet excès de circulation sanguine provient, soit du trop grand exercice du cerveau ou de quelques unes de ses parties, soit de l’irritation produite dans cet organe par ses sympathies avec d’autres organes lésés. Dans le premier cas, il faut qu’il existe nécessairement une hyperémie ; dans le second, les résultats sont I es mêmes que dans les autres cas d’irritation.

On peut objecter à cette théorie, qu’il est rare de voir les malades se plaindre de douleurs de tête ; mais neuf fois sur dix, au commencement de la maladie, ils accusent delà pesanteur et de la douleur dans cette partie. C’est un fait qui manque rarement au début de l’affection; mais quand l’action maladive existe depuis quelque temps, les parties semblent s’accommoder à leur nouvel état, et la douleur de tête n’est plus ressentie.

dans un grand nombre de folies, avec la grande congestion sanguine et les épanchements séreux, congestions, épanchements, qui, comprimant le cerveau, doivent diminuer l'activité de cet organe, loin de l’exciter?

Esquirol.

TRAITEMENT DE LA FOLIE. 23ï

Comme je 1 ai déjà fait observer, la lésion encéphalique peut exister, meme dans une très grande étendue, sans être accompagnée de céphalalgie. Supposons maintenant que le cerveau soit réellement affecté de la manière que j’ai indiquée, il devient en général de la plus haute importance de s’assurer de la cause qui produit l’accroissement de la circulation cérébrale. Car, bien que la saignée et d’autres moyens puissent, dans certains cas, prévenir l’abord excessif du sang vers la tête 5 néanmoins, si la cause persiste et si une partie du cerveau continue à être excitée par un exercice inopportun, ou à être irritée par sympathie, l’encéphale appelle et reçoit du système circulatoire une quantité de sang plus grande que celle qui lui convient. Des résultats fâcheux arrivent journellement dans la pratique du défaut d’attention à bien reconnaître la cause de cette affluence sanguine vers l'encéphale. Ainsi, dans la manie, on a recours à des évacuations copieuses et à des saignées abondantes , et quand enfin les forces vitales du malade sont épuisées , le maniaque devient tranquille, mais l’illusion mentale persiste encore. Et, supposé que la cause de la maladie soit permanente, une cause morale, par exemple, le cerveau ou l’une de ses parties continue à être excité et à recevoir une quantité de sang plus considérable que celle qu’il devrait recevoir proportionnellement à la masse totale du sang laissé par la saignée.

2 3a ALIÉNATION MENTALE.

Mais quand la perte de sang est excessive, bien souvent les forces vitales ne peuvent se relever, et le malade meurt ou tombe dans la démence (fatuity). Malheureusement la plupart des malades admis dans les hôpitaux publics comme atteints de folie récente , ont déjà été soumis à ce traitement débilitant. La constitution épuisée ne peut se rétablir; par suite d’un traitement aussi peu judicieux, la mortalité, dans la folie aiguë, se trouve beaucoup plus élevée que celle de la folie chronique ^ toute proportion gardée du nombre et de l’âge des malades. Du reste, si la cause de la maladie est permanente, il y a beaucoup plus de probabilité pour la guérison en abandonnant la nature à elle-même, et en laissant la violence de l’accès se développer, qu’en cherchant à abattre les forces par des saignées surabondantes ; c’est pourquoi, à la première apparence de l’un des symptômes que nous avons exposés dans le chapitre précédent, on devra d’abord s’attacher à en bien reconnaître la cause, et à l’éloigner si c’est possible. L’action maladive ne cédera peut-être pas immédiatement après l’éloignement de la cause; mais on ne peut guère espérer la guérison tant qu’elle continue à agir. J’ai déjà fait voir que le cerveau et le système nerveux pouvaient être affectés, soit directement, soit par sympathie. Parmi les causes directes de la maladie, j’ai classé les coups et autres lésions physiques à la tête. Mais le cerveau, qui 11e ressemble à aucun autre organe, est, par idiopa-

thie, prédisposé aux maladies par l’influence directe des causes morales aussi bien que par celle des causes physiques ; tandis qu’une lésion de l’estomac, du foie, de l’utérus, quand elle est due à une cause morale, dépend uniquement de la sympathie de ces organes avec la lésion du cerveau et du système nerveux. Mais, bien qu’on observe des symptômes semblables d’inflammation et d’irritation, quelle que soit la cause, il est évident que la lésion cérébrale qui provient de coups , de fièvre, de tumeurs ou de la pression d’une esquille, demande un traitement différent de celui que réclame la surexcitation résultant de la jalousie, d’inquiétudes religieuses, ou de tout autres causes morales dont l’action est prolongée. Da ns le premier cas, les remèdes moraux sont inutiles, il faut se borner au traitement physique; dans le second, les moyens médicaux ne sont utiles que pour modérer l’irritation, et pour contre-balancer la lésion physique produite par l’influence morale; et le point important, pour la guérison, c’est d’écarter la cause à l’aide du traitement moral. En outre, la folie sympathique exige un traitement particulier. Quelques unes des causes physiques de l’aliénation peuvent n’avoir qu’une action passagère, et disparaître aussitôt que commence la lésion cérébrale; les causes morales, au contraire, presque sans exception, et quelques causes physiques peuvent être permanentes et continuer leur funeste influence longtemps après le commencement de

la maladie. 11 faut d’abord s’assurer de la cause , ce qu’on ne peut faire qu’en prenant avec soin des renseignements auprès des amis du malade.

Ces recherches ne sont pas difficiles quand îa maladie provient d’un coup à la tête ou de tout autre lésion physique directe , ou quand elle dépend de circonstances morales bien caractérisées. Mais il est plus difficile de remonter à la cause de la maladie quand le désordre des actes ou des facultés mentales s’est développé peu à peu, qu’il y a absence de prédisposition héréditaire et de circonstances propres à causer une surexcitation du cerveau ou d’une de ses parties. Dans ces cas, il est très probable qu’on trouvera la cause de îa maladie dans les sympathies du cerveau avec une lésion des viscères.

Un fait, qu’on observe très souvent au début de l’aliénation mentale, peut servir à expliquer les nombreuses erreurs dans lesquelles on tombe ordinairement au commencement du traitement. Tous les organes , à l’exception d’un ou deux seulement, fonctionnent d’une manière régulière, en sorte que si le malade peut remplir les obligations ordinaires de la vie sans se servir des organes lésés, Ja maladie reste longtemps sans être découverte. Pour nous servir d une figure, comparons le cerveau à un piano, et les sentiments, les passions et les facultés, aux cordes de l’instrument : une ou deux notes peuvent être discordantes , soit qu’elles aient été trop souvent touchées, soitqu’elles soient

moins solides; mais comme les notes en désacord n’empêchent pas les an {res d’être en harmonie, l’instrument peut continuer à servir longtemps avant qu’il soit absolument nécessaire de le faire réparer, bien que les notes en désaccord ne puissent plus s’harmoniser avec les autres avant que le piano n/ait été accordé. On remarque quelque chose d’analogue dans beaucoup d’exemples de folie, avec cette différence que le piano ne peut de lui-même se remettre d’accord. Heureusement pour l’homme, dans cette maladie ainsi que dans beaucoup d’autres, l’organisme possède une force médicatrice qui agit d’elle-même et arrive souvent à son but malgré nos erreurs et notre ignorance. Que de maladies mentales guéries de cette manière! L’irritation maladive s’use d’elle-même ; !e cerveau recouvre ses forces et remplit ses fonctions comme auparavant. Mais aussi , dans d’autres cas,

1 énergie de l’organisme ne peut suffire au rétablissement de la santé, et la maladie, lorsqu’elle est négligée, s’étend aux autres parties de l’encéphale, ce qui arrive quand la folie a débuté par une altération légère des facultés intellectuelles et morales. Les malades se montrant faciles à gouverner, on ne fait rien pour les guérir, et bien des mois se passent avant qu’ils soient soumis à un traitement convenable. Or, en raisonnant par analogie d’après ce qui se passe dans les autres organes depuis longtemps malades, on doit s’attendre que l’aliénation mentale deviendra difficile à guérir, et

que le cerveau , une fois rétabli, restera encore faible et conservera une disposition à être affecté de la même manière, surtout si la cause excitante de la première attaque se reproduit, ou si l’organe est trop exercé. Les médecins savent que chez certaines personnes , lorsqu’elles ont été malades , les organes qui ont été affectés sont plus disposés que d’autres à l’être de nouveau, et que beaucoup de ces personnes restent sujettes à des attaques de la même maladie, surtout quand la première attaque a été intense et de longue durée. Tel est précisément ce qui arrive dans la folie. Cette maladie reparaît souvent, et même d’une manière périodique* dans cette affection comme dans les autres , le cerveau s’affaiblit peu à peu, et devient de plus en plus sujet à la maladie. Très souvent, dès une première attaque, une partie du cerveau est lésée au point de n’être plus capable de guérison ; et si de cette partie dépend la conduite morale, le malade doit être nécessairement soumis à une contrainte nécessaire à sa sûreté et à celle des autres. On arrive très souvent à guérir l’action maladive, à rendre aux facultés leur force première, et à les maintenir dans leur état normal, soit entièrement, ce qui est très rare quand la maladie a été longtemps négligée, soit pour un temps plus ou moins long, selon le degré plus ou moins grand d’excitabilité des parties.

La cause connue, venons au traitement delà

folie aiguë. Nous parlerons d’abord des cas où la maladie est; avec accélération de la circulation cérébrale 5 en les classant d’après leurs causes : i° en folie provenant, soit de lésions physiques directes, soit d’un surcroît temporaire de l’activité du système circulatoire général(pléthore); 2° en folie provenant d’une lésion directe du cerveau par l’action de causes morales; 3° en folie résultant des sympathies du cerveau avec d’autres organes malades.

Après avoir traité de la folie avec augmentation delà circulation cérébrale, je parlerai du traitement de celle qui est accompagnée de diminution dans l’activité circulatoire du cerveau; et sous ce titre je comprendrai les cas de folie provenant du vice auquel j’ai déjà fait allusion, et dans lesquels, malgré l’augmentation de circulation qui a lieu dans le cervelet, le cerveau ne paraît pas recevoir sa quantité de sang habituelle. Comme cette espèce d’aliénation mentale exige un traitement particulier et différent de celui qui convient aux autres, je n’insiste pas sur la place qu’elle doit occuper dans la classification, et je la fais rentrer de préférence dans cette division. Je terminerai par le traitement de la folie chronique.

Je commence par les cas où l’aliénation a été causée par des coups sur la tête , par l’isolation, etc. Très fréquemment, des coups sur la tête ne produisent que peu de désordre dans l’organisme ; par conséquent on y apporte peu d'atten-

ALIENATION MENTALE .

tiori immédiatement. Ces coups sont, comme on le sait, souvent suivis, peu de jours après l’accident, d’une inflammation aiguë, et par suite, de la mort. Quelquefois à la place de la frénésie, c’est un dérangement dans la conduite ou les sentiments du malade qui révèle la maladie. En même temps qu’il existe de l’incohérence dans les paroles, de l’irritabilité dans le caractère, la langue est chargée , les intestins sont resserrés , le pouls est fréquent, il y a de l’insomnie. Dans cette première période delà maladie, si ces symptômes sont considérés comme résultant de l’accident , et qu’on ait recours aux médecins , on prévient la folie aussi facilement que tout autre inflammation des organes. Il faut, au début de la folie, avoir recours à de copieuses saignées, proportionnées aux forces du malade ; et les saignées sont encore plus urgentes quand la folie provient de causes morales (i). Les moyens sur lesquels on peut le plus compter, sont des saignées abondantes de l’artère temporale 5 on prescrit de fortes purgations avec le calomel et l’extrait de coloquinte, des applications froides sur la tête, préalablement rasée. Le malade fera usage en même temps de nitrate de potasse à la dose de 5o centigrammes (10 grains),

(1) Ce précepte est contraire à l’observation générale. Il semble plus rationnel, dans les folies provenant de causes morales, d’agir sur la susceptibilité , en modifiant l’activité de l’innervation , activité que les émissions sanguines augmentent si souvent. Esquirol.

TRAITEMENT DE LA FOLIE. 2.3g

de tartre émétique à dose nauséabonde ; on tiendra les extrémités chaudes avec des bouteilles d eau bouillante* on les stimulera même avec des sinapismes. Les appartements seront bien aérés ; on écartera avec grand soin du malade le bruit et la lumière. Après avoir tiré autant de sang que le malade peut le supporter, si Faction inflammatoire persiste avec la même intensité, on pourra avoir recours à une saignée locale , soit avec les sangsues, soit avec des ventouses, et on administrera la digitale et le nitrate de potasse. Dans l’emploi de la digitale , on fera attention à la dose; j'ai entendu dire que Ton avait donné jusqu’à un gros de teinture, et répété cette dose plusieurs fois. J’ai vu des résultats funestes suivre Fadministration de ce médicament en quantité bien moindre, et je trouve qu’indépendamment de l’avantage d’éviter les dangers qui suivent l’emploi de la digitale à hautes doses, déplus petites, souvent répétées, procurent des résultats plus durables et plus salutaires. L’action de ce médicament est aussi incertaine dans la folie que dans les autres maladies du système nerveux; aussi son administration commande-t-elle beaucoup de réserve. On commence par 25 à 5o centigrammes (5 à 10 gouttes), répétés trois ou quatre fois par jour; on augmente la dose d’après les circonstances de la maladie et les forces du malade. Mais il ne faut jamais oublier que les effets débilitants du remède ? même donné à petite dose , pendant un certain temps , peu-

2/jo ALIÉNATION MENTALE,

vent se montrer tout à coup et s’accompagner d’une grande prostration , qu’aucun stimulant ne parvient à dissiper.

Si on a recours à ce traitement dès la première période de la maladie, et si on persiste dans son application tant que les forces du malade le permettent, la guérison peut être rapide, et on n’aura pas besoin d’isoler le malade et de l’enlever aux soins de ses parents et de ses amis. Très souvent l’estomac, affaibli par les remèdes propres à combattre l’inflammation, ne peut plus digérer les aliments nécessaires à l’entretien de l’organisme; les amers, les toniques stimulants, l’exercice en plein air, deviennent alors nécessaires. Quand le malade, malgré ces moyens, ne se rétablit pas, les symptômes et le traitement se confondent tellement avec les symptômes et le traitement de la folie provenant de causes morales, qu’il est inutile que j’en parle ici. Si une esquille comprime le cerveau, on l’enlève avant d’employer aucun remède (i). Sir A. Cooper rapporte uue observation curieuse qui prouve l’importance de ce précepte.

Obs.'j i . Au commencement de la guerrede la révolution,un homme fut pressé et envoyésur un vaisseau de la marine royale. Il reçut à bord, dans la Méditerranée, un coup parla chute d’une antenne,

(i)M. EUis peut-il confondre le délire traumatique avec lafolie ?

FiSQTTIROL.

TRAITEMENT DÉ LA FOLIE, afi i

et quand ce malheureux fut ramassé, i) était sans connaissance. Quelque temps apres, le vaisseau mit à la voile pour Gibraltar ; le blessé fut déposé dans l’hôpital de cette ville, où il resta dans un état d’insensibilité complètependant plusieurs mois. Alors il fut transporté de Gibraltar, à bord de la frégate le Dauphin, à Deptford, où se trouve un dépôt pour les marins. Dans cette dernière ville, M. Davy, étant venu voir le chirurgien qui le soignait : « J?ai dans ce moment un cas, lui dit celui-ci, qui vous intéressera : c’est un homme resté insensible depuis plusieurs mois 5 couché sur le dos, ne présentant que quelques signes de vie ; il respire, à la vérité , on sent le pouls , il remue un peu les doigts; mais pour le reste, il paraît privé d’intelligence , de volonté et de sensations. » M. Davy examine le malade, et trouve une légère dépression sur un point du crâne. Informé de l’accident qui a occasionné cette dépression , il ordonne le transport du malade à l’hôpital Saint-Thomas ; là le malade se trouva confié aux soins de M. Cline. Je le vis dès son admission à Saint-Thomas : il était couché sur le dos, la respiration assez facile , le pouls régulier, les bras étendus, et la main s’ouvrant et se fermant, à chaque pulsation artérielle. Il indiquait, par le mouvement des lèvres et de la langue , le besoin de manger, et à ce signal on obéissait à son désir.

M. Cline, à Texamen de la tête, trouva une dépression évidente; et treize mois et quelques jours après l’accident, le malade fut transporté à l’am-

I>4'i ALIÉNATION MENTALE.

phithéâtre, et trépané. La partie déprimée de Fos fut relevée ; pendant l'opération , l'agitation des doigts continuait : elle cessa immédiatement apres. L'opération fut terminée à une heure de l'aprèsmidi, et traversant les salles à quatre heures, je montai voir le malade, qu'à mon grand étonnement je trouvai au lit, assis sur son séant. Il était appuyé sur son oreiller, le lui demande s’il ressent quelque douleur, et il porte immédiatement la main à la tête ; je reconnus à ce mouvement que la volonté et les sensations revenaient. Quatre jours après, cet homme pouvait sortir du lit et commencer à parler, et quelques jours plus tard il nous donnait des renseignements.

Il se souvenait d'avoir été pressé et conduit à Plymouth ou Falmouth; mais à partir de cette époque jusqu’au moment où il fut opéré, c’est-àdire pour environ treize mois et quelques jours, son esprit n’avait aucun souvenir de ce qui s’était passé : il avait en quelque sorte bu de l’eau du fleuve Léthé. Il avait été mort, au moins sous le rapport de l’intelligence et de la plupart des forces organiques ; et il avait suffi d’enlever, avec la scie, une portion d’os, pour voir renaître à la fois les facultés intellectuelles et presque toutes les facultés physiques.

La folie qui résulte d’un coup de soleil provient bien évidemment de Faction imm édite d ’une cause physique sur le cerveau. Des observations de ce genre sont assez rares en Angleterre, Le

coup de soleil produit plus souvent la frénésie et la mort que la folie. Fort souvent une action maladive du cerveau résulte néanmoins d’une exposition prolongée à la chaleur et aux rayons du soleil ; mais elle n’est pas si prompte que quand elle provient d’un coup de soleil. Chaque fois que la maladie du cerveau est due à cette cause, il faut de suite avoir recours aux remèdes dont j’ai fait mention plus haut. Tout me porte à croire que la maladie du cerveau , dans ce cas, se développe beaucoup plus rapidement qu’à la suite de tout autre cause.

L’expérience m’a appris que les vésicatoires sur la tête sont sans avantage réel, surtout pendant le paroxysme; ils semblent plutôt favoriser l’irritation que la calmer, et leur application sur le cuir chevelu empêche de mettre en usage la glace ou l’eau froide, qui sont souvent suivis d’effets si prompts et si salutaires. J’ai fréquemment vu, dans des affections graves du cerveau, quand il y avait insomnie prolongée, des applications froides sur la tête, préalablement rasée, en même temps que les extrémités étaient tenues chaudes, favoriser le retour du sommeil. Si la maladie continue, on aura recours au traitement qui sera indiqué dans les cas de folie dus à l’influence des causes morales.

La folie qui se lie à un état de pléthore générale, résultat d’une cause purement passagère, est toujours due à l’intoxitation quand elle se prolonge quelques jours. Alors, quand le malade est fort et

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que l’organisme n’a pas été débilité antérieurement par Tabus des spiritueux , on peut adopter avec succès le traitement que j’ai indiqué. Une saignée très abondante et prompte est favorable. Je me rappelle une observation que j’ai vue il y a trentecinq ans.

Obs. 72. Un marin, adonné depuis long-temps à la boisson, tomba dans une manie si furieuse qu’on ne put le garder à bord. Il fut envoyé à l’hôpital d’Hull : quelques jours après son admission, le malade sauta par une fenêtre, croyant, ainsi qu’il me Ta dit depuis, que le diable voulait s’emparer de lui; il pensait lui échapper, s’il parvenait seulement à quitter l’hôpital. « Pendant quelque temps je me sentis libre, m’ajouta le malade, quand enfin j’entendis le diable me suivre dans la ville, partout où je portais mes pas. Je crus pouvoir l’éviter, si je parvenais à sauter à bord d’un vaisseau qui était à portée du quai; mais à peine à bord, je me persuadai que le diable grattait le fond du vaisseau, et j’espérai me sauver en gagnant la terre et en me coupant la gorge. J’empruntai le couteau d’un marin qui se trouvait sur mon passage, et je me coupai le cou. » Mais, comme cela arrive dans beaucoup de cas de suicide, le pharynx fut blessé sans que les artères carotides fussent lésées. Il y eut une forte hémorrhagie des vaisseaux superficiels; on réunit les parties, et la blessure guérit par première intention. La folie disparut immédiatement après l’hémorrhagie, qui

avait dégagé le cerveau (i). Telles ont été les circonstances de la maladie de cet homme, qui, un mois après sa tentative de suicide, se trouva rétabli assez complètement pour se remettre en mer. Nous voyons ici les bons effets immédiats d’une saignée très abondante, comme il arrive dans les autres maladies inflammatoires qui réclament un semblable traitement; et comme à la suite de cette évacuation sanguine accidentelle il n’y avait pas de cause excitante qui continuât d’agir sur le cerveau , ce malade guérit.

La plupart des cas de folie qui proviennent de ces causes sont accompagnés de fureur ; je pense qu’il n’est pas inutile de faire remarquer que dès que le malade commence à s’agiter , le moyen le plus doux et le plus convenable, même pour le malade, est d’avoir recours pour le contenir à une force bien supérieure, qui lui prouve l’inutilité de toute résistence. Peu de malades, en effet, cherchent à lutter contre trois ou quatre gardiens; iis résisteront au contraire avec force contre un ou deux seulement. Le moyen de contrainte le plus simple, celui contre lequel il s’élève le

(i) Est ce bien à l’hémorrhagie qu’il faut attribuer la guérison de cet halluciné? Combien de malades, après une tentative de suicide, n’a-t-on pas vu guérir , soit complètement , soit pour un temps plus ou moins long. L'ébranlement moral que doivent éprouver les malades dans un pareil moment parait être le plus souvent la véritable cause de la guérison. A.

moins d’objections , est; une paire de larges manches en grosse toile , réunies par une large lanière en même étoffe, de manière à pouvoir tenir facilement sur les épaules. Les manches doivent monter très haut sur les épaules , et s’étendre un pouce au delà de l’extrémité des doigts ; la partie des manches qui recouvre la main sera en cuir assez fort pour empêcher le malade de rien saisir. Ces manches maintiennent facilement les bras pendants le long du corps, dans une position naturelle. Elles sont attachées derrière le dos par deux lanières , l’une partant d’une manche un peu au-dessus du coude et allant rejoindre le même point de l’autre manche, en passant derrière la poitrine ; une seconde lanière est placée plus bas, et fixée de même. Trois autres lanières semblables sont en devant : la dernière est armée de boucles qui doivent être fermées dans les grands établissements , où beaucoup de malades sont sous la surveillance d’un seul gardien. Ce moyen de contrainte est préférable à la camisole ( veste étroite, straightwaistcoaty. ; d’abord elle est moins chaude, ne comprime pas la poitrine; et les bras, tout en étant maintenus, sont encore assez libres pour l’entretien facile de la circulation , et on n’a besoin, avec elle, d’aucune autre espèce de liens (i).

(i) Les Anglais ont de tout temps fait la guerre à ce que nous appelons c ami s o lie: ils font plusieurs reproches à ce moyen de maintenir les

On est quelquefois dans la nécessité de lier les pieds: deux courroies en cuir, garnies de laine, placées autour des malléoles et attachées au lit, remplissent parfaitement le but. Dans les hôpitaux, on est parfois obligé d’assujettir la literie; ce qu’on peut faire en plaçant par dessus les couvertures une courte-pointe [quilt) épaisse, retenue par trois courroies aux côtés du lit. Sans cette précaution, le malade jette parfois ses couvertures, et l’hiver il peut en résulter d s suites fâcheuses, si on n’y fait attention. On ne saurait trop recommander â ceux qui sont chargés de soigner les aliénés, la plus grande douceur et la plus grande patience dans l’application de ces moyens de contrainte. Lorsqu’un seul gardien ne suffit pas pour exécuter ce qu’il faut auprès d’un aliéné, il y a nécessité de faire intervenir plusieurs personnes pour prévenir toute espèce de lutte, la présence des autres gardiens, qui sont prêts à l’aider si c’est nécessaire, suffit ordinairement pour maintenir l’esprit du maniaque.

Lu autre moyen de contrainte fort commode, est un fauteuil dont chaque bras présente une gouttière matelassée propre à contenir les bras du malade , depuis le dessous du coude jusqu’au poignet. La gouttière doit être assez grande pour que

aliénés agités, furieux. La camisolle ne comprime ni les bras , ni la poitrine ; elle ne gêne pas la circulation , elle est moins pénible que tous les appareils clans la confection desquelson emploie lecuiret le fer. Esquirol.

les membres y soient à l’aise ; et les mains doivent rester libres : elles trouvent un support convenable sur une planche assujettie à charnière à la partie interne de l’un des bras du fauteuil, et attachée à l’autre bras. S’il n’est pas nécessaire d’attacher les membres du malade, on peut ouvrir la gouttière, et l’aliéné n’en reste pas moins assujetti dans le fauteuil , au moyen d’une courroie tenue assez lâche et passée au devant du corps, après avoir traversé deux trous pratiqués au dossier du fauteuil auquel elle reste bouclée. On peut encore adapter au fauteuil une espèce de marchepied un peu élevé et perforé, au dessous duquel on place, pendant la saison froide , un vase constamment rempli d’eau bouillante (i).

La durée de la folie, suite de cause physique, et sans lésion organique du cerveau et du système nerveux, varie de un à six mois, suivant que la maladie a été traitée ou négligée dès sa première apparition.

Je vais m’occuper du traitement de la folie produite par l’influence des causes morales. Il est rare que dans ces cas , la maladie soit due à une action

(i) Le fauteuil, quelles que soient sa forme et sa commodité, comme moyen de contrainte, est un moyen très fâcheux, quoique nécessaire dans quelques cas rares. Il ne faut pas laisser trop longtemps les malades 6xés au fauteuil, crainte de la paralysie et de la contraction des membres abdominaux. Es^umot,.

soudaine ; eile est ordinairement le résultat de l’action prolongée de causes excitantes , qui amènent un surcroît d’activité circulatoire dans le cerveau ou quelqu’une de ses parties. Malheureusement, le désordre des facultés intellectuelles et morales se développe souvent d’une manière si graduelle , que l’action maladive du cerveau (l’irritation) peut rester inaperçue jusqu’au moment où la lésion organique se forme. Quand le médecin est appelé à constater l’existence de la folie, il est rarement en son pouvoir d’éloigner immédiatement la cause qui a produit la maladie. Il n’en est pas moins nécessaire d’avoir recours aux remèdes propres à soulager le système nerveux, et à empêcher l’irritation de dégénérer en lésion organique. Il faut en même temps adopter les moyens moraux les plus propres à soustraire le malade à l’influence immédiate de la cause productrice de la maladie. Dans la folie par cause morale, le traitement se divise donc en traitement médical et en traitement moral. Exarninonsles r un et l’autre. Commençons d’abord par le traitement médical. Au début de l’action maladive (l’irritation), on observe des désordres variés dans quelques unes des fonctions organiques ; mais quand l’irritation cérébrale se prolonge quelque temps, qu’elle devient chronique, les mêmes fonctions rentrent peu à peu dans leur état normal ; et quand la lésion organique du cerveau est développée, les malades jouissent ordinairement d’une santé pby-

ÜJÜ ALIÉNATION MENTALE,

si que parfaite ; jusqu’à ce que l’organisme soit habitué à l’action maladive du cerveau, d’autres organes, variant d'après i idiosyncrasie de l’aliéné, s’affectent par sympathie» Les fonctions de l’estomac, du foie, des intestins, des reins, sont le plus souvent troublées, et réclament les remèdes appropriés. Ces remèdes, à peu d’exceptions près que j’énumérerai, sont les mêmes qu’on administre habituellement dans les maladies de ces organes qui surviennent à la suite d’autres causes. On devra en même temps diminuer l’excès de circulation sanguine qui a lieu du côté du cerveau , et qui est la cause immédiate du trouble de ses fonctions.

Dans le traitement de la folie produite par causes physiques, j’ai fait voir l’utilité fréquente des saignées abondantes et, copieuses. Il n’en est plus de même dans le traitement de la folie par cause morale, bien qu’il existe encore dans cette espèce d’aliénation mentale un surcroît de circulation dans le cerveau» Cet excès de circulation dépend de la surexcitation constante de l’organe ou de quelques unes de ses parties qui provoque l’appel d’une plus grande quantité de sang; en enlevant ce liquide au système général par la saignée, on ne diminue pas la proportion relative de celui que le cerveau s’approprie pendant toute la durée de faction de la cause excitante. Par le fait même de 1 activité extraordinaire des fonctions cérébrales, la constitution a besoin de toute son énergie vitale pour supporter la maladie; aussi dans le traitement de

la folie par cause morale, il ne faut enlever que la quantité de sang suffisante pour diminuer l’action inflammatoire du cerveau, dégorger les vaisseaux et prévenir l’altération organique. Plus on aura de facilité à détourner le sang de la partie malade, moins on sera dans la nécessité de Pextraire. Règle générale, d’un côté, la constitution demande à être soutenue en raison même des efforts qu’elle doit faire pour résister à la maladie; de l’autre, la partie enflammée du cerveau nécessite le dégorge» ment de ses vaisseaux pour prévenir des lésions organiques. Il faut donc d’abord diminuer Faction circulatoire. La tête sera rasée, et des sangsues ou des ventouses seront appliquées plusieurs fois sur les régions du crâne qui paraîtront correspondre aux parties enflammées du cerveau. On ne retirera qu’une faible quantité de sang à chaque saignée. Souvent un surcroît de chaleur ou de douleur indiquera le point crâne sur lequel l’application des sangsues et des ventouses sera plus avantageuse pour combattre l’inflammation locale; mais d’autres fois la chaleur du péricrâne reste uniforme, et le malade refuse de donner aucun renseignement sur le lieu qu’occupe la céphalalgie. Dans ce cas, le seul moyen de reconnaître le point du cerveau malade est de prendre en considération le mode particulier de délire ; la passion affectée dénote elle-même le siège du. mal. Très souvent, quand la folie était partielle, j’ai trouvé un degré de chaleur plus élevé sur la région du crâne correspon-

ALIENATION MENTA LE .

dant à ia partie du cerveau que les phrénologistes ont désignée comme l’organe de tel ou tel penchant; et j’ai souvent vu des malades se plaindre de douleurs dans la même région ( t ). Je dis région , parce que je désire qu’on remarque bien que je suis loin de prétendre que jamais la chaleur soit précisément circonscrite à la circonvolution affectée. Tout le monde sait que F inflammation, quel que soit son siège,' n’est jamais exactement limitée à la partie malade. La goutte, par exemple, peut être fixée à l’articulation du grand orteil, mais l’irritation s’étend aux parties environnantes. Dans les cas où le malade garde le silence, si sa manière d’agir me fait soupçonner que le désordre frappe une série déterminée de penchants et d’idées, je fais appliquer les sangsues ou les ventouses à la région assignée comme le siège de leurs organes par les phrénoiogistes. L’expérience m’a appris que cette manière d’appliquer les sangsues était, en général, fort avantageuse. Je ne dis pas que des résultats aussi favorables n’eussent été obtenus si on les avait appliquées sur d’autres parties de la tête; mais dans l’absence de tout autre moyen pour découvrir le siège précis de la maladie, et quand il n’existe aucune indication fournie par la différence de chaleur et par le point douloureux du crâne.

(x) La remarque que j’ai faite dans la noie de la page 176, à propos de la chaleur occipitale , notée par M. Ellis dans ie délire érotique, subsiste ici tout entière. A.

j’ai adopté cette méthode, dont les résultats ont été couronnés de succès (i).

Très souvent aussi, dans la folie chronique (son traitement sera indiqué plus loin) compliquée du désordre de quelques fonctions, désordre qui persiste même dans l’intervalle des accès, s’il existe une lésion de quelque partie du cerveau , une application de sangsues ou de ventouses diminue l’intensité des attaques périodiques de la maladie et abrège leur durée. Dans ces cas, comme dans les autres, il me serait impossible de dire si les sangsues placées sur tout autre point de la tête n’auraient pas amené de semblables résultats; mais jamais je ne me serais permis de négliger, dans le but de faire des expériences philosophiques, des moyens que j’aurais cru être les plus propres à sou» lager les souffrances des malades pauvres confiés à mes soins. La tête une fois rasée, et les sangsues ou les ventouses appliquées à l’endroit le plus convenable au dégorgement des vaisseaux du cerveau, on a recours à la glace et aux applications froides sur la tête. La glace est le meilleur réfrigérant.

Tout établissement public destiné au traitement de l’aliénation mentale doit être muni d’une gla-

(i) Il n’y a rien à opposer aux affirmations du docteur Ellis, il dit avoir obtenu d’heureux résultats , en suivant les vagues indications de >• la phrénologie. Mais depuis Gall, la phrénologie a progressé ; et aujourd’hui les adeptes les plus fervents nient la possibilité de la localisation des facultés , des penchants , etc. Esqüirql,

ci ère. Le mode le plus convenable (remployer la glace, est de la réduire en poudre, et de la renfermer dans un bonnet de coton imperméable; de cette manière elle ne peut, lorsqu’elle se liquéfie, couler sur le cou et sur ta figure du malade. Quand on ne peut pas se procurer de la glace (1), on la remplace par de beau froide, ou un mélange d’eau et de vinaigre. Quel que soit le réfrigérant auquel on a recours, il faut l’employer hardiment et avec persévérance, jusqu’à ce que la tête soit rafraîchie. On emploie souvent, dans les mêmes cas, les bains d’ondée. Je ne les crois pas aussi avantageux que les applications froides continues; la réaction qui survient contre-balance, en quelque sorte, les effets favorables qui résultent du soulagement momentané du cerveau. On entretiendra de la chaleur aux extrémités inférieures, et pour cela, si tous les autres moyens étaient inefficaces , on aurait recours avec succès à la moutarde et aux vésicatoires , principalement quand la tête est très chaude; quelquefois la circulation générale est tellement active (pléthore), qu’une saignée à l’aide de la lancette devient nécessaire, en même temps que l’application des sangsues à la tête, comme on rencontre, dans les autres maladies, des cas où

( i ) L’application de la glace n’est pas toujours sans danger , même lorsque son application est prolongée. On l’a vue augmenter la congestion chez quelques malades ; aussi ne peut-on pas la prescrire toujours, son action étant trop énergique sur quelques sujets. Esqüirol.

TRAITEMENT DE LA FOLiE.

i intensité émissions

de l'inflammation locale peut exiger des sanguines chez un malade dont la con-

stitution supporte mai les saignées. Mais partons de

ce principe, qu’un aliéné est du nombre des malades qui ne supportent que difficilement les évacuations sanguines, et chez lesquels on ne doit user de la lancette qu’avec réserve, même lorsqu’il y a pléthore et apparence de force ; 011 aura recours aux saignées locales par les sangsues autant de fois que l’engorgement des vaisseaux paraîtra le nécessiter. Les soins les plus actifs sont si nécessaires dans presque tous les cas de folie aigue produite par une influence directe sur le cerveau, qu’il est important que je m’y arrête fort en détail. Modérer l’irritation du cerveau, est le point principal; mais comme il existe une idiosyncrasie particulière pour chaque constitution, les moyens doivent nécessairement varier; le même remède qui soulage l’un, ne soulage pas l’autre, et peut même aggraver la maladie. C’est ce qu’on observe surtout pour l’opium, dont l’administration est rarement utile dans le traitement de la folie; ce médicament produit souvent de la chaleur et un état fébrile, plutôt que du sommeil ; si on veut le donner, il faut l’associer à l’ipécacuanha. 2 5 à 5o centigrammes (5 à 10 grains) de ce mélange, pris en se mettant au lit, ont été quelquefois utiles, probablement par les effets du remède sur la peau. J’ai remarqué que des applications froides sur la tête dans le commencement de la maladie, et ensuite des prome-

2 ï 56 ALIÉNATION MENTALE,

nades dans la campagne , étaient les meilleurs moyens de donner du sommeil. J’ai vu maintes fois des malades , qui étaient depuis plusieurs jours et plusieurs nuits dans l’agitation la plus violente, malgré tout ce qu’on pouvait faire pour leur procurer du sommeil, à l’aide des narcotiques et d’oreillers de houblon (hop pillaws\ dormir dans le calme le plus profond, grâce à l’usage des bains de pieds et à des applications froides sur la tête. J’ai quelquefois pensé qu’en plaçant le malade sur un lit, et en le faisant bercer par une personne qui ne serait pas avec lui dans l’appartement, on pourrait provoquer le sommeil. Il serait facile de mettre à exécution cette idée; pour moi, je ne l’ai pas fait. Dans les commencements de la maladie, il faut, autant que possible, éviter l’emploi des narcotiques , et faire en sorte de ramener le sommeil en calmant l’excitation de la manière que j’ai indiquée; j’ai beaucoup insisté sur ce sujet, parce qu’une foule d’auteurs se sont longuement étendus sur la nécessité de provoquer le sommeil par tous les moyens , même en soutenant les forces physiques par de bons repas, du porter et d’autres stimulants. Sans doute , une nourriture abondante provoque souvent le sommeil ; dans la folie chronique, l’épuisement est souvent très grand, et, par conséquent, la nécessité de soutenir la constitution par de bons aliments est urgente. Si, dans ces circonstances, le malade se mettait au lit l’estomac presque vide, il ne dormirait pas. Mais

TRAITEMENT DE LA FOLIE. zSj

dans la folie aiguë, des repas copieux et lourds sont tout à fait contre-indiqués. La nourriture doit être légère ou substantielle, si le malade peut la supporter; dans aucun cas, elle ne doit être stimulante; elle sera, en général, composée de gruau, de lait et de pudding. Le thé suisse ( tea balm) est le liquide le plus rafraîchissant dont les malades puissent faire usage pour calmer la soif qui les tourmente, ordinairement, au début de la folie (i). Quand la violence de la maladie diminue, on peut prescrire un régime plus nourrissant. Si les applications froides sur la tête, ou l’exercice, ne suffisent pas pour procurer du sommeil, on peut donner avec avantage, quelle que soit l’époque de la maladie, 25 centigrammes (5 grains) d’extrait de jusquiame, ou ^5 à ioo centigr. (i5 à 20 gr.) de teinture de digitale, que le malade prend le soir, en se mettant au lit. Dans les mêmes circonstances, j’ai trouvé fort utile une potion composée de : mixl. camphr., 3o grammes (§j); acét. d’ammon. , 8 grammes (5ij); teint, de digit., 75 centigrammes (gutt. xv) 5 teint, de jusq., 2 grammes (5 fî); sirop balsam., 4 grammes ( 5 j). Mêlez (2). Mais il est n’est pas,

(1) Une pareille boisson ne conviendrait point en France, et ne sem^ blerait pas très propre à calmer la soif. L’eau d’orge , de chiendent ni* tree, des boissons légèrement acidulées, l’eau pure très fraîche , remplissent certainement mieux l’indication qui se présente au début de la folie. EsQUiRor,.

('2) Un pareil médicament serait repoussé par nos malades , qui se

en général , de remède plus propre à calmer Firritaîion que le bain tiède,- il est peu de malades sur lesquels il ne produise pas des effets salutaireson peut y recourir avantageusement deux et trois fois par semaine, et même tous les jours, si c’est nécessaire (1). Il a été souvent fort utile d’appliquer des réfrigérants sur la tête, pendant que le malade était plongé dans le bain.

En administrant, les remèdes propres à combattre Faction maladive du cerveau, il ne faut pas négliger ceux qui sont nécessaires au rétablissement des a titres fonctions. QuandFenduit.de la langue et d’autres symptômes indiquent le dérangement de l’estomac, le moyen le plus prompt d’y remédier est de donner l’émétique; et, bien que le vomissement provoqué par le médicament tende à pousser le sang vers le cerveau, cet inconvénient momentané est plus que contre-balancé par Févacuation des matières visqueuses et irritantes dont le séjour dans le ventricule entretient la maladie. Si au lieu de vider l’estomac en une seule fois par l'émétique, on essaie d’arriver au même résultat par la méthode plus lente des purgatifs et des altérants , on perd uéces-

refusent si souvent aux remèdes les plus simples et mêmeles plus agréables au goût. Esquirol.

p) Les bains doivent être [dus fréquemment administrés. Non seulement nous en donnons un par jour, mais encore on le renouvelle deux ou trois fois dans la même journée, poursuivant , pour ainsi dire, les paroxysmes d’agitation par le bain, lorsque la folie commence et lorsque les indications le réclament, Esquipol.

TRAITEMENT DE LA FOLIE. 2 5g

sairemcnt du temps; Faction maladive du cerveau et du système nerveux réagit sur les viscères, et souvent alors il faut un temps beaucoup plus long pour les ramener à leur état physiologique. Il faut du jugement pour déterminer les doses convenables des médicaments à employer. Quand l’activité du mouvement circulatoire persiste dans le cerveau et semble absorber toute la force vitale et nerveuse, le foie ne fonctionne plus comme à l’ordinaire ; le malade rend à peine une demi-pinte d’urine dans les vingt-quatre heures ; souvent le ventre est serré et les selles manquent pendant plusieurs jours. Il est essentiel que les fonctions soient ramenées à leur état normal, et non pas à une action exagérée. Si on administrait des médicaments à fortes doses, il serait à craindre que les organes viscéraux restassent trop longtemps débilités, et ne finissent par tomber dans Fengourdissement {torpor). Le moyen le plus sur est d’avoir recours à*de|petites doses de médicaments, mais répétées, et deles augmenter, si c’est nécessaire, pour obtenir les résultats désirés. L’observation m’a appris fque bien souvent après avoir administré avec constance les purgatifs ordinaires , à doses successivement croissantes , j’étais obligé, pour entretenir la liberté du ventre, d’avoir recours à l’huile de croton, donnée à dose de 5 à 10 centigrammes (gutt. j à ij), réitérée toutes les quatre ou six heures. D’autres fois, des cathartiques à petites doses suffisaient pour obtenir le

même effet. Quand ies fonctions intestinales se font régulièrement , il est inutile d’avoir recours aux purgatifs , ni d’en élever la dose au delà de ce qui est nécessaire à la liberté du ventre, car, à mesure que la maladie cérébrale cède, l’action des médicaments devient plus facile sur ies viscères intestinaux. Dans les cas de pléthore, les sels neutres sont en général les meilleurs purgatifs. Si la circulation se lait mal , ou si les fonctions digestives sont très dérangées, le calomel, combiné avec des pilules aromatiques , doit être administré de préférence. Les mêmes indications qui dans les autres maladies guident dans le choix des remèdes, servent également dans la folie. Le médecin doit examiner luimême les évacuations ( egesta ), car on ne peut s’en rapporter que difficilement aux domestiques, et les malades sont incapables ou manquent de volonté pour dire ce qu’ils ressentent ; l’examen physique est l’unique moyen d’apprécier l’état du corps et de se diriger dans l’application du traitement. Quand la sécrétion urinaire reste imparfaite , ou que l’activité circulatoire a besoin d’être ralentie, je donne avec succès la préparation suivante : teint, de digitale, teint, de scille, ana,

i5 grammes ü)î vin antimon. tari, éther nitr., ana, 3o grammes ( § j). Mêlez. Je fais prendre ordinairement 3o gouttes de ce mélange avec 5o centigrammes ( 10 gr, ) de nitrate de potasse, trois ou quatre fois dans la journée. Je crois devoir appeler la plus grande attention sur

Fêtai de la peau dans tout le cours de Faliénation mentale. Quand la peau est chaude et sèche , que ses sécrétions sont diminuées, on prescrit avec avantage centigrammes (5 gr.) de nitrate de potasse, avec addition de 2 à 10 milligrammes (r/8 à i/4 de gr.) de tartre émétique, et un peu de sucre , de quatre heures en quatre heures. Si les sécrétions biliaires sont diminuées, 10 centigr. (2 gr.) de poudre antimoniale (pulv. antimonialis ) mêlée avec 3 centigrammes (gr. j/2) de calomel, sont avantageusement substitués au nitre et au tartre émétique.

On voit dans ce que je viens de dire sur le traitement de la folie , que je 11’ai fait aucune attention à la division en manie et en mélancolie. Je sais que ces deux formes sont considérées habituellement comme deux maladies distinctes qui nécessitent des modes tout différents de traitement médical. Dans la première, la manie,

les saignées abondantes et des purgations copieuses, sont mises ordinairement en usage. On a

pu voir combien j étais opposé à cette pratique, excepté dans les cas de folie produits par des causes physiques. Dans la seconde forme, la mélancolie, dès le commencement de la maladie, les stimulants et les toniques sont généralement administrés. Maintenant, autant que je puis en juger, puisque la manie et la mélancolie proviennent Fune et Fautre d’une augmentation de la circulation ,

mais dans des parties différentes dn cerveau, le même traitement médical leur est donc (1) également applicable. J’ai bien réellement observé des cas de mélancolie dans lesquels les saignées locales répétées, les applications froides, ont été aussi favorables que dans la manie ; et je n’hésite pas à dire que l’aliéné mélancolique, toutes choses égalas d’ailleurs, supporte aussi bien que le maniaque les pertes de sang. Quand il existe un mouvement fébrile, le nitre, l’antimoine et les autres fébrifuges, doivent être également administrés dans les deux cas. Tout ce que j’ai dit relativement aux saignées doit s’entendre uniquement quand il n’y a pas frénésie ; car lorsque la frénésie existe, il faut avoir immédiatement recours aux saignées générales abondantes , faites par une large ouverture, auxquelles on fait succéder ensuite les saignées locales. Dans les cas de fureur, on calme l’agitation du malade et la fréquence du poids en administrant des doses de sulfate de magnésie, combinées avec 5 centigr. ( gr. ijz ) d’émétique,

(1) Ce donc est la conclusion d une hypothèse et non d’une observation rigoureuse. Toute l’antiquité et les auteurs modernes ont cru que la réaction sympathique des viscères abdominaux produisait la mélancolie. On n’a point encore démontré que la manie et la mélancolie proviennent de l’augmentation de la circulation cérébrale, et qu'elles ne diffèrent qu’à cause des différentes parties du cerveau dans lesquelles la circulation est augmentée. C’est là une hypothèse contestable , contestée et non juslifie'e par l’observation. Au reste, tous les praticiens savent que quelques mélancoliques doivent perdre du sang, ne fut-ce que pour dégorger les vaisseaux des viscères contenus dans l’abdomen. Esquibol.

toutes les trois heures j jusqu’à ce que des vomis» je in cuts copieux et des selles abondantes soient produits. On donne encore avec avantage le tartre émétique, à doses fractionnées (nauséabondes), dans les premiers temps de îa mélanchoîie , surtout lorsqu’il semble y avoir complication de désordres gastriques, qu’il y a perte de 1 ‘’appétit et dégoût pour îa nourriture. De cette manière, l’activité de îa circulation cérébrale est diminuée, et, grâce au soulagement momentané qu’il éprouve, le cerveau parvient à recouvrer en quelque sorte ses forces. Il est certain que pendant que le malade souffre des nausées, son esprit est moins dominé par les idées pénibles qui l’assiègent ; la souffrance physique absorbe les douleurs, morales, et; tout ce qui tend à changer, même passagèrement, la fixité des idées est toujours avantageux.

La mélancolie passe pour être plus difficile à guérir que la manie. Je crois cette opinion fondée sur ce que, dans la manie, l’agitation du malade attire rattention et nécessite l’application immédiate des remèdes, tandis que dans la mélancol i° /est le contraire qui a lieu, surtout quand elle est le résultat de causes morales. Les changements moraux et intellectuels se développent graduellement et si lentement, qu’ils n’attirent pas rattention, et l’on n’a recours aux remèdes que lorsqu’on s’aperçoit de l’action maladive qui a déjà duré depuis longtemps, et a probablement

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amené des désordres organiques dans le cerveau. Le retour de l'embonpoint est l’un des premiers signes que l’irritation cérébrale cesse et que les fonctions naturelles se rétablissent.

Je ne vois aucun intérêt à rapporter l’histoire des nombrese suobservations dans lesquelles sont exposés les remèdes qui ont été administrés avec la marche qui a été suivie. Pour ceux qui conçoivent bien le traitement que j’ai indiqué, la constitution particulière de l’aliéné et les circonstances de la maladie sont les meilleurs guides ; quant à ceux qui ne l’ont pas compris, il serait inutile d’espérer que des observations particulières rendissent ce traitement plus intelligible peureux.

Da ns la première partie de l’ouvrage , j’ai exposé la marche générale à suivre relativement à la variété des cas individuels. Voici cependant deux observations , que je placerai ici comme des exemples de ce qu’on rencontre le plus souvent dans la pratique. J’y ai ajouté une troisième observation, pour faire voir comment j’emploie les médicaments à petites doses, surtout la digitale; et une quatrième, qui donne un exemple de l’état où sont quelquefois réduits les organes digestifs, principalement quand la maladie n’est pas traitée dès sa première apparition.

Obs. j3. A. B., femme âgée d’environ 65 ans, folle seulement depuis quelques semaines, était fort agitée à l’époque de l’admission. Tête chaude , langue chargée, constipation , pouls plein et marquant

120 pulsations. Je fis raser la tête, appliquer des sangsues, prendre un émétique et des purgatifs, et je donnai , de quatre heures en quatre heures , du nitrate de potasse et de la digitale. Le pouls diminua de fréquence, et toutes les fonctions naturelles se rétablirent. Mais l’irritation cérébrale et la chaleur élevée de la partie supérieure de la tête persistant au même degré, on fut obligé de revenir deux fois aux applications de sangsues; et des lotions froides sur la tête furent continuées pendant quelque temps avant de pouvoir calmer la chaleur et l’irritation. Une nourriture légère, en rapport avec ce traitement affaiblissant , la saignée locale, rétablirent complètement la malade; rintelligence se remit graduellement, sans qu’il y eut de rechute à partir du moment où l’amélioration avait commencé. A. B. recouvra sa santé physique et morale en quelques semaines , et fut renvoyée guérie.

Obs. 74 • T. wS. était étranger; on l’avait rencontré dans la rue , en proie à un violent accès de manie avec fureur , et envoyé à l’asile comme aliéné errant. La tête est chaude , principalement dans les régions temporales, les extrémités sont froides, la langue est chargée. J’ordonnai de raser la tête et de la rafraîchir avec des lotions froides, de tenir les extrémités chaudes ; le ventre fut lâché avec du calomel et de l’extrait de coloquinte. On appliqua des ventouses sur la région des tempes, et un vésicatoire derrière le cou. On donna trois

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