‹ Traité de l'aliénation mentale ou de la nature, des causes, des symptômes et du traitement de la folie comprenant des observations sur les établissements d'aliénésChapitre 20 sur 54 · A L IE N A T 10 N M E N TA L E · texte numérisé non relu

A L IE N A T 10 N M E N TA L E

fois le jour, 5o cenligr. (10 gr.) de nitre, avec trente gouttes de la potion suivante : teint, de digit, et 'teint, de scille, ana, 8 grammes ( 3 ij); S|). éther nilr., vin antim. test., ana, 1 5 grammes ( § il ). Mêlez. Les forces physiques et morales s’améliorèrent un peu. Après quatorze jours, le mieux s’arrêta; un autre vésicatoire fut placé derrière le dos , et on réitéra le calomel et la coloquinte, mais sans les gouttes, parce que le ma» lade était très maigre, que ses forces étaient très abattues; parce que des petits ulcères s’étaient montrés aux extrémités inférieures, ce qui indiquait une faiblesse extrême; enfin parce que la grande chaleur de la tête était diminuée. On prescrivit un régime plus nourrissant, et le malade prenait, trois fois le jour, 5 centigrammes (i gr.) de sulfate de quinine, et le soir, en se couchant, a5 centigrammes (5 gr.) d’extrait dejusquiame, pour provoquer le sommeil. Il dormit mieux, mais il était encore agité , et quelquefois malpropre. On persévéra dans cette méthode de traitement, et la chaleur de la tête et les symptômes de manie se dissipèrent progressivement. Bientôt l’extrait de jusquiame devint inutile; l’on ordonna les bains d’affusion pour fortifier la constitution générale. Les forces physiques et morales se rétablirent, et le malade put partir pour son pays natal, entièrement guéri, après quatre mois de maladie. Dans cette observation, les symptômes physiques furent les seuls signes indicateurs delà maladie, car rare-

TRAITEMENT DE LA l'OLIE. 267

ment le malade pouvait prononcer un seul mot en quelque langue que ce fût, excepté le mot polish (poli).

Obs . 75. T. L. est aliéné , assure-t-on , depuis seulement quelque temps. Tête chaude, douleur au sinciput, langue chargée, pouls plein et à 86 pulsations; constipation, agitation, fureur. J'ordonne de raser la tête, et delà tenir ensuite constamment fraîche à l’aide de lotions ; je prescris de tenir les extrémités chaudes, de donner un émétique, et de lâcher le ventre avec le sulfate de magnésie. Je fais prendre ensuite, trois fois le jour, un mélange de 5o centigrammes (to grains) de nitre, avec trente gouttes de la potion indiquée dans l’observation précédente, et du thé suisse (thea balm) pour satisfaire la soif. L’émétique et les purgatifs produisirent leur effets les applications froides raffraîchirent la tête ; aussi les sangsues et les ventouses ne devinrent pas nécessaires. Le lendemain, les extrémités étaient chaudes, le pouls était mou ; mais le malade avait passé la nuit sans dormir. On ne continua pas les lotions froides, mais on tint la tête constamment enveloppée de compresses imbibées d’une solution de 2 grammes ( 5 fî ) d’extrait de jusquiame dans un kilogramme (une pinte) d’eau; continuation des autres remèdes. Trois jours après, les symptômes étaient diminués, le pouls avait perdu de sa fréquence et de sa plénitude, et le malade dormait mieux. Grâce à la continuation du même traite-

ment, à ia fin de la semaine, le pouls était tombé à 60 pulsations ; la langue s’était nettoyée , et le ventre était libre. On cessa les remèdes ; l’esprit se calma progressivement; on donna au malade une nourriture plus substantielle,et bientôt toute médecinedevint inutile. Au moment où j’écris ces lignes, il s’est écoulé seize jours à peine depuis Lad mission du malade, et maintenant il se promène dans les cours; les forces physiques sont en bon état , et les facultés morales s’améliorent de plus en plus. On remarquera dans cette observation que , bien qu’on n’ait donné que 5 gouttes de digitale unies au nitre , répétées trois fois par jour , le pouls n’en fut pas moins, à la fin de la semaine , réduit de 86 à 60 pulsations. En faisant succéder l’emploi de compresses imbibées d’une solution d’extrait de jusquiameaux lotions froides, je faisais une expérience; il me serait par conséquent impossible de dire si ce moyen a eu quelque influence sur le changement rapide qui s’est fait dans l’état du ma! a le.

L’observation suivante confirme 1a théorie que , si le cerveau éprouve une violente excitation , les forces sont tellement diminuées dans les autres parties, que leurs fonctions ne s’accomplissent plus d’une manière régulière, et qu’il devient quelquefois nécessaire d’avoir recours aux médicaments les plus énergiques pour leur rendre leur action , bien que cependant les organes euxmêmes 11’aient subi aucun changement organi-

que, et soient toujours en état de reprendre leurs fonctions aussitôt que l’irritation du cerveau est calmée.

Obs. 76. À. B., âgé de 55 ans, avait toujours eu les habitudes d’une vie fort active , un caractère égal, des principes moraux et religieux, lorsque sa famille s’aperçut d’un changment dans sa manière d’être. Il était devenu sombre et mélancolique; il paraissait mécontent, affligé. Le sommeil diminua d’abord, pour ensuite se perdre entièrement. Ces symptômes n’allarmèrent pas beaucoup sa famille tant que le malade put continuer à diriger ses affaires. Mais l’irritation cérébrale persistant, les autres organes se troublèrent sympathiquement , l’appétit disparut, et A. B. devint tout à fait malade. Son médecin lui prescrivit quelques légers purgatifs, qu’il refusa souvent de prendre 5 aussi son état s’aggravait-il de jour en jour. Le malade se confina lui-même presque entièrement dans sa maison; et comme l’hiver approchait, il ne sortit plus de sa chambre. Il y avait environ quatre mois qu’il était dans cet état, lorsque je le vis pour la première fois. A. B. était fort abattu, etaccablésous le poids d’idées religieuses. Il y avait de l’amaigrissement; ie ventre était resserré, la tête chaude, le pouls à 90 pulsations environ. Comme le malade était fort entêté , et que ni sa famille ni son médecin n’avaient aucune influence sur lui, je recommandai de l’éloigner immédiatement de sa maison. Je prescrivis des sangsues, des applica-

lions sur la tête, et l’emploi du calomel et de l’extrait de coloquinte comme purgatifs. Rien de tout cela ne fut fait ^ la maladie s'aggrava de toutes manières. Six semaines après, je fus rappelé; le malade, indépendamment de ses idées délirantes, se plaignait alors d’engourdissement dans un des membres. Il existait d’autres symptômes qui dénotaient une congestion fort alarmante dans le cerveau (i). Le malade fut isolé. Comme il existait beaucoup de chaleur du côté de la tête, elle fut rasée; des sangsues furent appliquées, et des lotions froides furent faites. Il y avait de la constipation et de la diminution dans la quantité des urines. On eut recours au calomel et à la coloquinte, à hautes doses, mais sans aucun résultat; et oo fut obligé non seulement de réitérer les pilules, mais encore de donner de l’huile de castor, du sulfate de magnésie, des lavements, et en dernier lieu deux gouttes d’huile de croton tiglium, avant de pouvoir obtenir aucune évacuation. On eut les mêmes difficutés pour rétablir les sécrétions urinaires. On obtenait à peine, quelquefois, une pinte d’urine en vingt-quatre heures. On mit en usage, avec succès, des diurétiques et des sels neutres, combinés avec l’extrait de pissenlit, et des pilules mercurielles. Avec un traitement moral bienveillant, mais ferme, on dompta l’obstination du ma-

(i) Tl est fâcheux qiÉon n’ait pas signalé les autres symptômes qui dénotaient une congestion cérébrale. Esquirou.

la de. Peu à peu on parvint à le faire decendre , non seulement tous les jours , mais encore il se persuada qu’il pouvait se promener en plein air. La langue, comme on doit bien s’y attendre, était chargée; le pouls entre 90 et too, l’appétit mauvais. La tête continuait à être chaude; il fut nécessaire de la tenir constamment fraîche à l’aide des lotions, et de répéter les saignées locales. Mais, après quelques semaines, l’excitation cérébrale était évidemment diminuée ; seulement 011 ne remarquait aucune amélioration dans les évacuations. On administrait constamment des purgatifs à très ha u tes doses, pour entretenir la liberté des fonctions. En persistant avec résolution dans cette méthode de traitement, le pouls, après quelques semaines, commença à diminuer de fréquence; la langue devint plus nette et la tête plus fraîche. En proportion de la diminution de l'irritation cérébrale, le système nerveux général reprenait son équilibre; on eut plus de facilité pour agir sur les organes digestifs, qui finirent par reprendre leurs fonctions. Au bout de trois mois , le malade était assez bien guéri pour pouvoir faire un voyage à la campagne (1).

(t) Je vois dans le traitement de ce îypémaniaque, si bien approprié aux symptômes signalés, l’irritation du canal digestif longtemps entretenue par des drastiques, réveillant l’activité des fonctions du foie et dés reins, rétablissant les sécrétions et excrétions abdominales, d’où la cessation des symptômes cérébraux, provoqués et entretenus sympathiquement par l’irritation ou le spasme des viscères de l’abdomen, Esquirol.

Bien que le traitement médical que je viens d’exposer soit le meilleur que je connaisse pour calmer l’irritabilité qui accompagne la folie aiguë ( incipient ) et les exacerbations de la folie chronique, cependant il y a plusieurs cas dans lesquels son action est, pour le moins, lente et incertaine. Les saignées locales paraissent bien procurer de l’amélioration, mais elles semblent avoir plutôt pour résultat de combattre les lésions produites par l’irritation , que d’agir directement sur l’irritation et de la diminuer. Je ne doute pas qu’il ne puisse exister dans la nature un médicament spécifique, encore inconnu aujourd’hui (i), dont l’action serait propre à combattre cette maladie. Quel est ce médicament? je n’en sais rien; mais on ne le trouvera évidemment dans aucun des poisons végétaux en usage maintenant. Je les ai vu essayer bien souvent; mais, quels que soient d’ailleurs leurs autres effets , ils ne paraissent pas agir spécifiquement sur l’irritabilité nerveuse, bien que quelques uns, comme on le sait, puissent être employés, en général, d’une manière utile.

Traitement moral . INous allons maintenant nous

(t) Ce désir d’un spécifique contre la folie, exprimé par un médecin aussi honorable que M. Ellis , me fait craindre que cct habile praticien , en écrivant, ait plus écouté son amour pour l’humanité que les enseignements de la science sur la folie, qui certainement n’est pas toujours, dans la généralité de celte dénomination, une seule et même maladie.

Esquuoi..

occuper du traitement moral de la folie. Le premier pointa obtenir, c’est, autant que possible, d’éloigner la cause excitante. Ou y parvient quelquefois sans beaucoup de difficultés. Quand la maladie se développe sous l’influence de certaines causes qui agissent actuellement avec trop de force sur le cerveau, en reportant immédiatement l’esprit sur d’autres objets, on peut, à i aide d’un traitement médical convenable, empêcher les progrès ultérieurs de l’aliénation mentale, et rétablir promptement la santé.

Une domestique d’Hanwel avait l’esprit tellement frappé par la présence des malades, qu’elle en perdait l’appétit ainsi que le sommeil. Elle ne pouvait fermer les yeux sans avoir continuellement le tableau des malades qui dansaient devant elle. Nul doute que si cette domestique fût restée dans l’établissement, elle ne fut devenue aliénée. L’éloignement de l’asile et un traitement convenable rétablirent entièrement la santé.

Malheureusement, dans bien des cas de folie par cause morale, l’esprit est préoccupé de chagrins réels qu’il n’est pas au pouvoir des médecins d’éloigner, ou bien encore, il se porte trop exclusivement sur des sujets d’une importance véritable et dignes de toute l’attention du malade. Dans le premier cas, quoique l’éloignement de la cause soit rarement au pouvoir du médecin ou même des amis du malade, si néanmoins elle est écartée, la maladie peut être prévenue, ou bien, si

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elle a déjà éclaté, une des grandes difficultés de la guérison est surmontée. Nous avons déjà vu que les embarras pécuniaires étaient une des causes les plus fécondes de la folie en Angleterre : ce résultat ne peut surprendre, dans un pays où les spéculations ont pris un tel degré d’ extension , et où le moindre retard dans les paiements peut réduire de l’extrême opulence à la plus grande pauvreté. J’ai vu, dans un cas, des secours apportés dans un extrême embarras d’argent suffire, avec un léger traitement médical, pour rendre un malade presque immédiatement à la santé.

Obs. 77. Un négociant, qui avait donné autrefois une grande extension à ses affaires, vit, par une série de pertes, sa fortune fort réduite. li supportait ses malheurs avec courage, et faisait tous ses efforts pour soutenir sa femme et une nombreuse famille, quand il imagina follement d’augmenter son capital par des lettres de change, ce qui, ainsi que cela arrive ordinairement, le conduisit à sa ruine. Il fut arrêté, et envoyé en prison ; sa petite propriété fut vendue, et il 11e lui resta d’autres ressources que l’hôpital. C’était un homme d’un caractère ardent. Ses vives inquiétudes, comme on pouvait s’y attendre, amenèrent des insomnies et les symptômes d’une folie aigue. Aussitôt que son principal créancier eut appris sa véritable situation, il eut pitié de lui, et le fit sortir de prison. U11 de ses fils, jeune homme excellent, qui était dans une position assez bonne,

comme commis , subvint aux pressants besoins de la famille. Le résultat fut que la santé du malade se rétablit promptement, et qu’on prévint les progrès de l’attaque de folie, qui avait évidemment commencé avant la sortie de prison.

Dans les cas où la suractivité du cerveau est produite par des pensées trop profondes et trop fixes sur des vérités pénibles auxquelles le malade ne peut se soustraire, il est excessivement difficile de détourner Fatten tion , d’empêcher l’esprit de s’appesantir continuellement sur ces pensées, et de ne pas déterminer la maladie; car, quoique les malades soient convaincus du mal qu’ils se font, de F inutilité de leurs inquiétudes, et qu’ils jugent très bien leur situation, il paraît qu’ils n’ont pas la force de réformer leurs pensées.

En général, on néglige trop d’imprimer de bonnes habitudes à l’esprit. S’il entrait dans l’éducation morale de nous habituer, dans les circonstances ordinaires de la vie, à fixer certaines heures pendant lesquelles l’esprit serait exclusivement occupé sur des sujets déterminés, et qu’au bout de ce temps nous eussions le soin de changer le cours de nos pensées , nous obtiendrions sur nous-mêmes un pouvoir habituel qui deviendrait un préservatif très utile contre les fortes inquiétudes, et contre la tendance que nous avons à nous appesantir sur des sujets qui nous affligent.

Quand la cause excitante ne pourra être écartée, on placera ie malade dans les circonstances les

plus favorables pour rompre la chaîne de ses idées. On éloignera tous les objets susceptibles de rappeler à l’esprit les circonstances pénibles qui ont précédé ; on rapprochera ceux qui pourraient produire un effet opposé. On changera les habitudes ordinaires du malade ; on attirera son attention sur des occupations domestiques; et quelque peine qu’il en éprouve, il faut le soustraire à la société de ses parents. Si la maladie est légère, et si l’attaque ne fait que commencer, je ne connais pas d’autre moyen plus convenable, pour obtenir facilement cet éloignement, que de faiie faire au malade une excursion dans un beau pays, et de préférence, si c’est possible, dans un pays montagneux. L’air, le site, et l’exercice, tout concourt à produire une influence salutaire; et la séparation se fait, de cette manière, sans occasionner trop de peine au malade et à ses amis. Pendant le voyage, le malade doit être accompagné, autant que possible, par un médecin instruit, et les remèdes physiques propres à calmer l’irritation cérébrale doivent être administrés avec beaucoup de soin. Il arrive souvent qu’on éprouve le désappointement de voir le changement de lieu ne produire aucune amélioration dans la santé ; il faut l’attribuer à ce qu’on a négligé, pendant le voyage, de faire usage des remèdes physiques. Il serait aussi peu raisonnable de s’attendre que l’inflammation du poumon, produite par le froid, serait guérie par le simple transport

du malade dans une température plus chaude, que d’espérer que l’irritation du cerveau disparaîtrait simplement en soustrayant le malade à l’influence immédiate de la cause productrice de la maladie. Cette méprise occasionne beaucoup de mal et une perte précieuse de temps.

Je possède l’observation d’un aliéné, dont la folie consistait principalement dans un grand affaiblissement de l’esprit avec des idées religieuses erronées. Sa conduite n’exigeait pas absolument des mesures d’isolement,* on pensa qu’un voyage sur le continent attirerait son attention sur d’autres objets , et rétablirait promptement la santé morale. L’essai eut lieu; mais les remèdes médicaux ayant été négligés, les résultats furent tels qu’on pouvait le craindre. L’irritation cérébrale augmenta, et ce malade restera probablement fou pour le reste de sa vie.

Lorsque l’on essaie un voyage, je recommande surtout de faire des excursions variées dans un beau pays, et non un changement de résidence dans une capitale étrangère.

Si 1’ irritation est trop intense pour rendre les voyages efficaces, ou si les circonstances dans lesquelles se trouve le malade ne permettent pas d’avoir recours à de tels moyens, on doit aussitôt faire sortir l’aliéné de chez lui , et le mettre en traitement. Il est pénible de confier ses parents les plus chers à des étrangers, et de courir les risques, après la guérison , de passer pour avoir agi envers

eux avec rigueur ou précipitation. Mais, à moins qu’on ne veuille sacrifier les plus chers intérêts des malades à une prudence égoïste et à une sotte délicatesse, on ne doit pas hésiter, devant la responsabilité de les isoler, clés îe commencement de la maladie, dans un lieu où ils pourront recevoir le meilleur traitement médical et moral, et ou ils seront au moins dans l’impossibilité de se blesser ou de blesser ceux qui les entourent. Que d’existences précieuses ont été compromises par d’imprudents délais, dans l’adoption d’une mesure décisive et nécessaire! Combien d’exemples, plus nombreux, encore, de personnes qui sont restées aliénées îe reste de leur vie, qui auraient été promptement rendues à la société , si on les avait isolées à temps!

Les asiles de comté offrent aux aliénés pauvres les moyens les plus efficaces de guérison ; il n’existe dans ces établissements aucun motif de retenir les aliénés enfermés au delà du temps nécessaire à leur rétablissement et à la consolidation de leur santé. Rien de semblable et d’aussi utile n’existe maintenant pour les malades riches. Mais les maisons destinées à recevoir les aliénés de la classe aisée, et les asiles pour ies pauvres sont tellement importants, qu’ils méritent des considérations plus étendues que celles que je pourrais leur consacrer

Le premier devoir, pour un médecin d’aliénés,

THAI IL MEM DE LA E0L1E. ‘2JQ

est de gagner la confiance de ses malades, en les traitant avec douceur, et leur prouvant sa sollicitude pour leur bien-être. Les malades s’aperçoivent bientôt de ces sentiments , et en tiennent compte. Le médecin doit ensuite fixer l’attention de celui qu’il traite sur quelques objets nouveaux, soit par une occupation utile, soit par d’agréables distractions. Mais avant de remettre en jeu les facultés intellectuelles qui ont été longtemps dans le désordre, il faut s’assurer avec soin s’il n’existe plus aucune inflammation , ni même la moindre irritation clans le cerveau. Car si rien ne tend davantage au rétablissement cl’un cerveau ou d’un membre affaiblis qu’un exercice modéré, il est bien évident, cependant, que si cet exercice recommence trop tôt , il en résulte souvent de graves inconvénients. Et comme je suis moimême tombé fréquemment dans cette erreur, je crois utile de prémunir les autres contre elle.

Tant qu’il existe quelques symptômes d’une augmentation de la circulation cérébrale, ou ne doit permettre aux malades qu’un exercice intellectuel modéré. On les tient autant que possible dans le repos, jusqu’à ce que les symptômes aient cédé au traitement médical que j’ai indiqué. Dans bien des cas , surtout dans les classes pauvres et laborieuses , pour qui les habitudes antérieures rendent ce système de repos et la cessation de tout travail musculaire une source d’ennui , les malades expriment souvent le désir de travailler

avant qu’il soit prudent de le leur permettre. Mais , pour d’autres malades de la même classe , c’est une tâche souvent fort difficile que de les amener à faire un usage quelconque de leurs facultés intellectuelles ou physiques. La difficulté est d’autant plus grande, que la maladie est plus invétérée. Alors, l’esprit s’est habitué à un certain ordre de pensées, et le corps à l’indolence : le malade éprouve la plus grande répugnance pour toute espece de travail ; et quelquefois on ne parvient à la vaincre que par la fermeté la plus soutenue. Le moyen le plus sur de réussir et d’exercer en même temps de l’influence sur la conduite des malades en général, c’est d’étudier ce qui leur plaît et ce qui leur déplait, et de ne céder à leurs goûts qu’en conséquence de leur conduite.

Il y a bien peu de personnes qui ne parviennent à l’âge où la folie éclate sans avoir contracté certains goûts et certaines habitudes. C’est là ce qu’il est de la plus grande importance de saisir avec soin chez chaque malade en particulier; car là est le levier, et souvent Tunique, à l’aide duquel on peut imprimer le mouvement à l’homme moral. Lorsque la santé physique est rétablie, on peut alors n’accorder au malade les choses qui lui plaisent que sous certaines conditions, et Ten priver si elles ne sont pas remplies. Le médecin doit se montrer ingénieux à saisir toutes ces circonstances ; il doit être doux et ferme dans le traitement qu’il

a préféré d’après les données que lui offrent ces circonstances , il doit expliquer clairement au malade les motifs qui le font agir, lui démontrer que tout autre mode de traitement porterait atteinte à ses devoirs envers lui, et lui faire comprendre que si les privations qu’il lui impose sont pénibles, elles sont nécessaires. Très souvent, quand l'indifférence du malade s’oppose à la mise en pratique de ce mode de traitement, on produit le même effet en changeant brusquement ses habitudes.

Obs. 78. Une femme, renvoyée comme incurable d’un hôpital près de Londres, était, lorsqu’elle fut admise dans l’asile d’Hanwel, une des malades les plus malheureuses des six cents qui s’y trouvaient renfermées. Elle se tordait les mains, et les gémissements continuels qu’elle faisait entendre , presque nuit et jour , rendaient sa présence incompatible avec le repos des autres aliénées. La liberté et la contrainte, la complaisance et les privations, tout fut essayé, mais sans succès; la malade continuait à gémir d’une manière insupportable et à se tordre les bras. Comme elle paraissait avoir en aversion le grand air , j’ordonnai de la conduire tousles matins dans les champs, et de l’y tenir toute la journée. Pendant longtemps il n y eut aucun changement; mais on persista encore, et au bout de deux mois sa santé physique était fort améliorée , et quoique la malade refusât de travailler, ses gémissements étaient diminués, et elle exprima l’ennui qu’elle éprouvait d’être conduite

ALIENATION MENTALE ,

ainsi dehors. Cotait obtenir un grand point. On Rassura que si elle se conduisait de manière à ne pas être nuisible au repos des autres malades, et que si elle s’occupait à quelques travaux, elle resterait dans l’intérieur de la maison. Sur sa promesse de se bien conduire , l’expérience eut lieu et fut couronnée de succès. La malade s’occupa journellement pendant plusieurs semaines à travailler à la couture. Des petites douceurs ont été le fruit de son travail, et il arrive bien rarement aujourd’hui qu’elle se torde les mains ou qu’elle fasse encore entendre ses gémissements ; lorsqu’elle commence à vouloir gémir, il suffit simplement de l’avertir qu’elle sera éloignée de sa garde malade, à laquelle elle est fort attachée, et renvoyée de nouveau dans le jardin, pour la rappeler à l’ordre et la faire cesser.

Mais il est impossible d’indiquer les applications diverses de ces principes sur l’esprit des malades : elles varient suivant les tempéraments, les dispositions et les habitudes de chaque individu. L’exposition des diverses occupations adoptées dans l’asile d’Hanwel et des moyens ordinairement employés pour fixer l’attention des malades, formera le sujet de l’un des chapitres suivants.il faut beaucoup de tact pour déterminer le genre d’occupation à adapter aux goûts des malades : il est en général plus facile de les amener à travailler aux métiers qu’ils ont déjà pratiqués , que de les déterminer à faire un nouvel apprentissage. La plu-

Til A ITEM EM' DE LA EOLIE. 283

part des hommes ont un penchant naturel pour les travaux d’une ferme ou du jardinage, et quelques uns de ces travaux offrent le grand avantage d’employer les malades violents et ceux qui sont portés au suicide, sans qu’il soit nécessaire de leur abandonner des outils dangereux pour les autres et pour eux-mêmes. Mais je regarde la nécessité d’at* tacher l’esprit par une occupation quelconque comme tellement importante, que lorsque le malade ne veut pas s’occuper à la terre , ou bien lorsque le travail est trop matériel pour l’intéresser, je n’hésite pas, en prenant les précautions convenables, à lui faire donner des outils , eût-il même du penchant au suicide, ou fût-il sujet à des accès de fureur. Quoique j’aie adopté ce parti dans un grand nombre de circonstances , aucun accident fâcheux n’en est jamais résulté, et fréquemment ce moyen a favorisé le rétablissement complet de la santé. J’en citerai un exemple.

Obs . 79. Un charpentier avait été admis comme malade dans l’asile deWakefield.il avait fait antérieurement plusieurs tentatives de suicide , et se trouvait alors dans un état complet d’abattemenf , qui persista même après que la maladie se fut calmée. On le confia aux soins du jardinier, qui était alors occupé à construire une espèce de grotte ou de cabane en mousse. Cette circonstance réveilla le goût et l’adresse de ce malade; on le consulta sur la disposition à donnerait plancher, qui devait se composer de pièces de bois de différentes formes

2 84 ALlEJNATlOiS MEMAIÆ.

et de diverses figures. Ou lui confia des outils, tout en îe surveillant avec beaucoup de soin. Il prit un si grand intérêt à la construction de ce petit bâtiment, que le cours de ses pensées fut entièrement changé. Il oublia son funeste penchant, et la guérison fut complète au bout de quelques mois. Luimême attribuait , avec beaucoup de raison , sa guérison à la construction de la cabane en mousse.

Très souvent on peut confier sans danger des outils à des malades furieux, en ayant la précaution de les mettre à l’ouvrage dans un endroit entièrement isolé, ou bien en leur choisissant pour compagnon un malade doux et paisible. Le danger serait de réunir deux ou plusieurs malades furieux près les uns des autres. Il est rare qu’un aliéné en fureur se porte à des excès envers les personnes calmes et inoffensives, qui ne cherchent pas à intervenir dans ce qu’ils font, ni à les contrarier.

Ainsi que doivent le faire prévoir les habitudes primitives, il est bien plus difficile de déterminer les personnes d’un rang élevé que celles des classes pauvres à s’occuper de travaux manuels. Mais, dans la culture de la terre, il y a quelque chose de si conforme aux goûts naturels de l’homme, qu’avec un peu d’art et d’adresse, on détermine à travailler aux champs beaucoup de malades qui, jusque là , s’étaient uniquement livrés aux travaux de l’esprit. Aucune occupation n’est plus utile : outre les avantages moraux que l’esprit retire d’une pareille distraction, il en résulte en-

traitement de la folie. a85

core un bien-être physique marqué. L’exercice en effets a pour résultat de détourner le sang et l’énergie vitale au profit des forces musculaires , et d’empêcher l’excès de circulation sanguine dans les organes internes. On rencontre sans doute beaucoup de malades à qui de semblables occupations répugnent. Quels que soient le rang qu’il occupe et les différences sociales, l’homme est toujours le même. Il éprouve de la peine d’être privé des douceurs auxquelles il était habitué; la bienveillance le gagne, la rudesse et le manque de prévenance l’offensent. L’isolement de la société de tous ceux qu’il estime engendre, chez l’aliéné comme chez celui qui est sain d’esprit, l’habitude de dire tout ce qui passe par la tête, sans en considérer la portée; et chez l’un comme chez l’autre, lorsque l’esprit ne trouve pas à s’occuper de sujets sérieux, il s’adonne à des futilités, tombe dans l’apathie, ou bien se laisse aller sans frein à des rêveries de toute sorte. Dans le tableau de Bedlam , par Hogarth , la couronne de paille nest pas le symbole de la folie; car, quoiqu’elle fût 'sans valeur, le malade, en la fabriquant , était, heureux de son occupation et faisait acte de sagesse pratique. C’est toujours par suite du même besoin que, dans son donjon, le prisonnier solitaire cherche à se faire un ami d une araignée. Maintenant, quelle serait 3a conséquence sur une personne saine d’esprit, accoutumée à jouir de la société, et à avoir de l’espace pour ses chevaux, son équi-

page et ses chiens, si on l’isolait dans une petite maison, sous la surveillance d’un gardien pour unique société, et sans autre lieu d’exercice qu’un étroit jardin? Certes, on ne pourrait pas s’attendre à voir ses facultés morales et intellectuelles s’améliorer et s’étendre. Est-il donc raisonnable d’espérer qu’un traitement qui nuirait à l’homme sain d’esprit pourrait rendre un malade à la santé ? Hélas î c’est pourtant le genre de traitement le plus généralement adopté pour les aliénés des classes riches (i).

Une jeune dame est douée de facultés naturelles distinguées, de grandes perfections et de beaucoup d’attraits; elle est l’objet de l’attention et de l’admiration de la société. Elle s’est mariée à la fleur de l’âge, et elle emploie son temps et ses talents, ainsi qu’il est d’usage dans le grand monde, à recevoir et à donner des fêtes. Des revers de fortune, la jalousie ou d’autres causes morales, la rendent aliénée ; la maladie présente des symptômes de fureur. On suit dans le traitement la routine ordinaire : elle est envoyée dans une maison particulière, et confiée aux soins de personnes douées sans doute de qualités douces et des meilleures intentions ; elles font tout ce qui est en leur pouvoir pour calmer la violence du pa-

(i) Adopté en Angleterre, soit; mais en France, il en est tout autrement. Jamais pareil isolement n’a été conseillé par les médecins fran® ç iis. Fsouirol.

roxysme. Après un temps plus ou moins long, la maladie s’appaiso d’elle-même; mais la violence de la malade ayant rendu nécessaire la contrainte, on avait fait chois pour la garder d’une ou deux femmes vigoureuses. Dans ces circonstances, la malade occupe ordinairement un appartement particulier, dans lequel aucune autre malade n’est admise; elle n’a pas d’autre société que celle de ses gardiennes, dont les manières sont, tout à fait opposées à ses habitudes. Bientôt elle s’est familiarisée avec tous les objets qui sont dans la maison et dans le jardin ; et comme il ne s’y trouve aucun objet capable d’attirer l’attention, l’esprit continue naturellement à se fixer sur les idées tristes qui ont été la cause de la folie. Il n’existe dans de semblables conditions que bien peu d’espoir de guérison. Les sentiments et les facultés de l’esprit qui, s’ils avaient été excités et ramenés à leur activité première, eussent chassé les idées fixes, restent au contraire inactifs et assoupis dans l’absence de tout objet capable de les stimuler et disposés dans ce but. L’accélération de la circulation cérébrale continue, l’irritation locale du cerveau persiste, et donne lieu à la fin à une lésion organique qui ôte tout espoir de guérison. Cette description indique d’une manière exacte la marche de la maladie dans une foule de cas. Dans un établissement bien organisé, il faut employer tous les moyens propres à mettre en jeu les facultés in tel-

lectuelles qui restent encore capables d’action. Il ne faut point oublier que le bonheur de l’homme, quelle que soit sa situation dans la vie , consiste dans l’emploi judicieux et proportionné de toutes ses facultés morales, intellectuelles et physiques. La folie qui naît d’une cause morale , est le résultat du développement exagéré et trop longtemps continué de quelques unes des passions ou des facultés, il faut alors entourer le malade d’objets susceptibles d’attirer son attention et de détourner son esprit de la pensée qui le préoccupe. Si avant la maladie, le malade s’était abandonné à de funestes penchants, il faut le ramener par une salutaire contrainte à goûter les douces jouissances qui naissent d’innocentes occupations. Pour arriver à ce but, il faut qu’autour des maisons destinées aux personnes des rangs élevés de la société se trouvent un parc, des bois, des plaines, des prairies, des serres et des jardins ; à l’intérieur, les habitations doivent être commodes et décorées avec une élégance qui flatte le goût. Il faut également trouver dans ces maisons des objets d’art et de science pour stimuler l’action des facultés intellectuelles qui tendraient à s’engourdir, et les ramener à leurs occupations habituelles. Il est bon qu’il y ait, comme à Aversa, une salle de musique oû les malades des deux sexes seront admis chaque jour ; et une soirée par semaine sera destinée à un concert ou à un oratorio auquel les malades seront invités

de se rendre en grande toilette. Ces réunions, où l’on admettra les deux sexes, auront la plus heureuse influence sur l’un et sur l’autre; on augmentera encore l’agrément de ces réunions en y invitant des artistes de profession ; leur présence animera ces soirées, y prêtera plus de charme et de valeur, et leur donnera plus d’influence. On fera ainsi espérer aux malades des jours plus heureux, en leur faisant sentir qu’ils sont encore susceptibles de goûter les agréments de la société ; on réveillera chez eux l’espoir d'être bientôt admis de nouveau à la jouissance de tous les plaisirs moraux et intellectuels. On emploiera de même les amusements scientifiques ; une matinée par semaine y sera consacrée. Des leçons sur la chimie, accompagnées des expériences les plus simples, seront un délassement agréable pour les malades. On mettra à leur disposition un planétaire. Ceux qui ont le goût des beaux-arts trouveront, dans un atelier, a peindre et à modeler; ils pourront y recevoir, chaque semaine, quelques leçons. La botanique offrira une ressource à laquelle les malades peuvent se livrer avec le plus d’assiduité. Enfin, la culture des jardins, celle des plantes de serres chaudes, olfrironf; une variété de moyens curatifs physiques et moraux, précieuse pour le médecin qui saura en tirer parti, suivant les goûts, le besoin d’exercice, et les forces physiques de chaque malade. La réunion de différentes especes d’animaux et d’oiseaux domestiques, et même des autres espèces

rares et curieuses, contribuera à intéresser et ■amuser les malades. On doit avoir une bibliothèque bien garnie ; mais il faut apporter nécessairement beaucoup de soin et de discernement dans le choix des livres qui peuvent convenir aux habitudes particulières et à la tournure d’esprit de chaque malade.

En faisant appel aux sentiments généreux et bienveillants d’un malade, on peut encore l’arracher quelquefois aux pensées qui le préoccupent, et l’entraîner à quelques actes charitables, qu’on n’obtiendrait jamais parle raisonnement seul. Pour arriver à ce but, faites toucher du doigt les souffrances des pauvres, soit en emmenant le malade les visiter à domicile, soit en peignant leur misère sous de vives couleurs; montrez-lui qu’il est à son pouvoir de secourir des infortunés, de contribuer à alléger leurs maux; il fera avec ardeur alors ce qu’aucunes paroles persuasives n’auraient pu obtenir; il s’occupera de la layette de l’enfant qui doit naître, et des secours à fournira la mère. Le concours des malades des deux sexes dans des œuvres de bienfaisance amène un résultat plus favorable, il produit une émulation qui n’est pas sans avantages. Quand les dames apprennent que les hommes ont promis de contribuer de leur côté, elles s’arrangent de manière a ce qu’on ne puisse pas leur reprocher la moindre négligence dans ce qu’elles se sont chargées de fournir. Les sentiments doux et hienveil-

TRAITEMENT DE LA FOLIE. 2()l

lants qui naissent dans l’esprit pour ceux que nous avons secourus ? tendent naturellement à contrebalancer les pensées mélancoliques, si communes chez les aliénés.

Les aliénés chez qui prédominent des pensées pieuses et des sentiments religieux, fournissent au médecin d’autres ressources pour agir sur leur esprit. On les engage à faire quelques dessins ou autres petits ouvrages, on leur donne l’assurance que le produit en sera uniquement appliqué aux œuvres charitables qu’ils peuvent le plus désirer. Dans ce cas, on ne trouvera jamais l’industrie des malades en défaut : les personnes riches et bien élevées seront toujours heureuses de contribuer au soulagement d’un malheureux. De cette manière, il y a toujours un but utile au travail , et l’homme aliéné, comme l’homme qui se porte bien, a besoin, pour travailler, d’y être excité par la perspective d’un résultat à obtenir. Bien peu d’hommes seraient capables de se livrer au travail , uniquement dans la pensée abstraite que le travail est une source de bonheur. Une grande erreur, c’est d’agir envers les aliénés comme s’ils étaient d’une nature différente de celle des autres hommes. On exige souvent qu’ils travaillent sans leur faire connaître dans quel but; le travail, comme on doit s’y attendre, devient une occupation insupportable, et bientôt on refuse de s’y livrer. Il n’y a rien , en effet, de plus fatigant pour ceux qui sur-

veillent, de plus monotone et de plus dénué d'intérêt pour les malades.

Enfin, c'est en vain qu’on espérera réveiller l’intelligence et les plus nobles facultés chez les malades des rangs élevés de la société, tant qu’on se bornera à les laisser sous la surveillance d’un gardien ou d’une femme de service. On devrait ne placer auprès d’eux que des personnes douées de qualités bienveillantes, et qui réuniraient à des manières distinguées un esprit cultivé. Si les asiles étaient établis sur des principes convenables et rationnels, le choix ne manquerait pas pour remplir les places. Le jeune médecin trouverait, dans quelques mois passés dans une telle institution , une excellente préparation avant de se livrer à la pratique \ ce serait pour lui un excellent moyen de perfectionnement. Pour les jeunes personnes qui sont dans la nécessité de s’adonnera des occupations lucratives, elles trouveraient l’occasion d’appliquer les plus nobles qualités de leur esprit et de leur cœur, à rappeler à la raison et au bonheur un esprit égaré. D’après moi, un asile pour le riche n’aura atteint son plus haut degré d’amélioration que lorsqu’il deviendra une résidence agréable et regrettée des malades qui en sortiront après la guérison , à moins qu’ils n’en sortent pour retourner dans leur famille et à leurs affections. S’il existait de semblables établissements , on n’aurait pas plus de répugnance pour y envoyer les malades, qu’on

en éprouve à placer ses enfants dans des maisons d’éducation (i).

Bien des raisons s’opposent à rétablissement d’un asile semblable ; d’abord le capital nécessaire serait tellement élevé, que personne n’oserait le risquerdans une entreprise dont les chances de réussite reposent presque uniquement sur la durée de l’existence, et en quelque sorte de la santé du directeur; mais il y a encore une plus forte raison, c’est qu’il n’est pas de l’intérêt du propriétaire d’un asile particulier de guérir les malades. Dans toute autre maladie , un traitement couronné de succès élève la réputation, et tend

(i) M. Ellis n’est pas juste, même pour ses compatriotes. Si les en» quêtes du parlement britannique ont révélé des abus horribles dans les maisons d’aliénés d’Angleterre, néanmoins il est quelques établissements qui ont réalisé les vues de notre auteur. Il eût pu faire exception en faveur de la maison de la Retraite , des maisons de fous de Burrow’s et autres ; le docteur Guergen, à Vienne, a créé un établissement qu'il dirige depuis longtemps dans les meilleurs principes de traitement physique et mental. La France, qui a donné le premier exemple , possède des établissements fondés dans des proportions immenses pour retendue du terrain, pour l’élcgance des logements, des jardins, et pour la réunion de tous les moyens de bien-être matériel et de guérison. 11 s’est rencontré des médecins qui ont osé exposer des capitaux considérables, et qui ont su faire céder leur intérêt privé devant le désir de favoriser les progrès de la science et devant le bonheur de contribuer, par tous les moyens possibles, à rendre à la santé des malheureux affligés de. la plus déplorable des maladies.

Les accusations renfermées dans le paragraphe suivant sont si odieuses, si en dehors des mœurs françaises , que nous n’entreprendrons pas deles combattre. Esquibol.

à augmenter la dieu telle du médecin. Lorsqu’un malade est guéri, il éprouve du plaisir à recommander aux autres l’homme qui lui a rendu la santé. Mais pour les malades qui ont été guéris de la folie, toutes les circonstances, même les plus légères, qui pourraient faire allusion à l’aliénation mentale, ils les éloignent avec soin; eux et leurs amis repoussent tout ce qui serait capable d’en laisser planer le moindre soupçon. Ceux dont les parents ont. été atteints d’aliénation mentale regarderaient comme une haute inconvenance qu’on se permît de leur demander des informations sur Fhabileté et la personne des médecins aux soins desquels ils avaient été confiés; et même on éprouve généralement une espèce de contrariété à être attaché par des liens de lamille, même à un degré fort éloigné, à quelqu'un qui se trouve dans le cas de pouvoir donner des informations avantageuses sur un médecin d’aliénés. Une fois qu’un malade est déposé dans un asile, on semble, bien souvent, ne plus compter sur une prompte guérison , et quelquefois même elle n’est pas désirée. Il n’y a donc pas pour le médecin le même intérêt à employer son activité et; ses efforts pour parvenir à guérir l’aliénation mentale, que celui qui le fait agir dans les autres maladies. Mais le mal va bien plus loin; il y a des exemples, et ils ne sont pas rares, où Fou peut retirer des malades les plus grands bénéfices, quand il est de l’intérêt le plus direct et le plus positif des parents qui les ont fait

renfermer qu’ils ne soient jamais rendus à la société. Sans imputer des motifs blâmables, soit aux parents, soit au médecin, nous savons que l’intérêt personnel tend toujours à faire pencher la balance de la justice ; et lorsque les bénéfices d’une immense fortune d’un côté, et un revenu permanent de l’autre, dépendent de la prolongation de la folie d’un malade, il est incompatible avec la nature humaine de compter sur les mêmes soins pénibles et infatigables, que si des avantages personnels étaient le fruit de la guérison. Quoique le système actuel d’inspection rende difficile la séquestration prolongée d’un homme sain d’esprit dans un asile , cependant il est impossible d’assurer une application prompte des moyens médicaux et moraux propres à la guérison , et d’éviter avec soin toutes les circonstances susceptibles d’entretenir ou de ramener l’irritation cérébrale. Je neveux pas dire que ia plupart de mes confrères, grâce à une haute droiture, ne se mettent en dehors des maux qui déi évent de ce système, mais ils sont malheureusement placés dans une situation ou leurs devoirs sont en opposition continuelle avec leurs intérêts; il est extrêmement difficile de trouver quelques moyens d’éviter ces inconvénients. En fait, lorsqu’un homme devient aliéné, il est entièrement à la merci de ses parents, et lorsque l’intérêt particulier a banni toute affection de leur coeur, il est impossi® ble de compter sur tout ce qui serait nécessaire pour veiller avec le dévouement convenable à

l’exécution des soins que réclame son état. Je ne saurais proposer aucun moyen pour surveiller i’état d’un malade, qui, étant retenu dans l’intérieur de sa maison , ou isolé dans une habitation particulière destinée à lui seul, se trouve par conséquent, de cette manière, en dehors des inspections de Fautorité; mais on parviendrait néanmoins à faire une chose Fort avantageuse pour les malades, si on établissait un asile qui offrit toutes les ressources possibles de guérison, et dont la direction serait confiée à un médecin qui n’aurait aucun avantage à retirer du séjour des malades, mais dont la réputation seulement serait intéressée à leur guérison * il est vrai que dans quelques asiles des comtés, on admet les malades des plus hautes classes, et que l’on ne peut songer à prolonger leur séjour plus que le temps nécessaire à la guérison-, mais les parents éprouvent, en général , une vive répugnance à envoyer leurs malades dans un asile destiné aux pauvres. Dans beaucoup de ces institutions, les souscripteurs des deux sexes, qui résident dans le voisinage, composent un personnel fort nombreux de visiteurs qui se succèdent constamment ; c’est un motif bien fort pour empêcher les personnes riches d’envoyer leurs parents dans de semblables établissements. Rien ne peut être plus préjudiciable pour les malades que d’être exposés à la visite des personnes avec lesquelles ils ont eu des relations de société,- et quand plus tard , après la guérison, ils rencontrent

dans le monde des témoins de leurs souffrances et de leur dégradation, ils éprouvent;, surtout lorsqu’ils appartiennent aux classes les pins élevées, un sentiment excessivement douloureux et une humiliation profonde. Un homme, dans ces circonstances, sent sa dignité abaissée, ne peut se mettre à l’aise avec les témoins de son infortune. Les pauvres ne sont pas exposés à cet inconvénient ; les visiteurs ne font pas partie de la classe dans laquelle se trouvent leurs connaissances. Ce système de visite tend aussi à restreindre l’autorité du médecindirecteur; comme ses efforts pour l'amélioration de la santé des malades sont sujets à être mal compris et même désapprouvés du visiteur, qui doit à sa souscription annuelle le pouvoir, mais non les connaissances nécessaires, pour intervenir pendant tout un mois dans la direction de rétablissement, le médecin cesse peu à peu ses efforts et ses essais d’amélioration, et se contente de remplir tranquillement, et avec routine, des fonctions qui sont pour lui sans intérêt.

Un autre vice, non moins rare, de l’administration des asiles des comtés, est celui-ci : le médecin-directeur et la directrice, qui demeurent sur les lieux et qui sont nominalement à la tête de l’institution, n’ont dans le fait que très peu d’autorité. Un ou deux des médecins qui demeurent clans le voisinage, et qui doivent visiter les malades une ou deux fois par semaine, ont > dans beaucoup d’établissements, l’entière direc-

tion ; il uc reste plus guère au médecin en chef et à la directrice qu’à mettre les ordres de ces médecins à exécution. Le résultat, c’est le partage de responsabilité. Le médecin-directeur ne se trouvant plus être qu’un simple agent, reste indifférent au succès de 1 institution ; et comme le médecin du dehors est, pendant ses visites médicales, dans l’impossibilité de s’occuper des détails de l’administration ( quoiqu’ils soient fort importants pour le bien-être matériel des malades), il ne se croit aucunement responsable de la direction intérieure ou morale de la maison. Il est impossible qu’un asile puisse être bien administré, si ceux qui sont sur les lieux ne sont très attentifs aux détails qui peuvent contribuer au bien-être des malades. C’est la multiplicité de ces petits détails qui permet d’obtenir de grands résultats. Les dispositions, les habitudes et le tempérament de chaque malade en particulier, doivent être l’objet des soins de chaque jour; car le traitement moral et en partie le traitement médical dépendent et varient d’après les conditions particulières et diverses qu’ils offrent. Personne ne doit être nommé médecin en chef résident (peu importe , du reste, que ce soit un médecin, un chirurgien ou un apothicaire) sans être revêtu de l’autorité médicale ou morale nécessaire à l’accomplissement de ses fonctions. Par une résidence continue à l’asile, pourvu qu’il possède les qualités requises de sa position, le médecin en chef sera beaucoup plus à même qu’un médecin

THA1XEME1ST DE LA FOLIE. 2 99

qui 11e fait accidentellement qu’une courte visite, d’observer les particularités propres à chaque malade, les variations de la maladie, et de se familiariser avec les modifications diverses que'réclame l’application du traitement. De plus, le médecin résident, dans ce cas, sera d’autant plus actif, que sa réputation dépend de ses succès. Cette mesure, avec des hommes honorables et d’une grande intelligence ( il faut savoir ne pas en prendre d’autres ) , sera beaucoup plus avantageuse que tout un code de règlements, et un régiment de visiteurs chargés de les mettre à exécution.

C’est une économie bien mal entendue que celle de ne pas offrir un traitement convenable, de manière à pouvoir choisir des hommes éminents dans la profession médicale pour remplir de pareilles fonctions. Sans doute, il se rencontrera des cas dans lesquels l'homme le plus habile peut désirer de se faire assister; mais qu’on lui laisse le privilège de demander, lorsqu’il le trouve nécessaire , l’avis d’un médecin consultant. Ce sera un moyen pour lui d’apporter des modifications dans le traitement qu’il aura appliqué, ou de le confirmer dans celui dont il aura fait choix, sans diminuer en rien sa responsabilité. Dans l’état actuel des choses, les asiles des comtés ne sont pas tous également propres à recevoir les malades des classes élevées de la société; aussi n’en

3 oo

rencontre-t-on que fort peu dans ces établisse-*» ments.

En effets aucun de ceux que je connais n’ap~ proche de ce que, selon moi, doit être un asile pour les riches. Mais je suis convaincu qu’il serait très possible d’établir pour eux une maison qui fournirait tous les moyens de guérison, et tout ce qui pourrait satisfaire les goûs et les habitudes propres à la classe élevée, dans laquelle tout serait combiné de manière à mettre les malades à l’abri d’une séquestration trop prolongée. Je voudrais qu’un asile fût établi sur les mêmes principes que les écoles et institutions particulières ; qi/un capital suffisant fût souscrit par actions; qu’un comité d’administration fût formé, et que l’on se procurât une maison convenable, avec des terrains, un ameublement et les appareils nécessaires. Le prix d’admission serait fixé par le comité, qui naturellement aurait le droit de refuser l’admission. Il y aurait un médecin en chef résident, à appointements fixes, qui ne pourrait rien recevoir des malades qui entreraient dans la maison. Le traitement médical et moral serait sous sa direction exclusive; et son certificat, constatant l’état du malade, et demandant sa sortie, serait définitif et décisif. Les frais d’un pareil établissement ne s’élèveraient pas aussi haut qu’on pourrait le croire au premier abord. Il ne serait pas nécessaire de construire des bâtiments exprès; on trouverait

TRAITEMENT DE LA I0L1E. 3oi

facilement un vaste domaine, que l’on pourrait acquérir à un prix raisonnable, et disposer convenablement dans ce but. Bien que la maladie soit la même chez le riche comme chez le pauvre, il est évident néanmoins que beaucoup des nécessités fort coûteuses, qui sont indispensables dans les asiles destinés aux pauvres, deviendraient inutiles dans un établissement où chaque serviteur n’aurait sous sa garde qu’un ou deux malades au plus.

Ainsi, des préaux entourés de murailles qui sont absolument nécessaires lorsqu'il n’y a qu’un seul gardien pour vingt ou trente malades, seraient plus nuisibles qu’utiles dans de semblables institutions. Les terres serviraient de préaux , et la vigilance des gardiens tiendrait lieu de murailles. L’établissement devrait ressembler, autant que possible , à une habitation ordinaire. Les chambres ordinaires n’auraient aucune apparencequidùtrappeler une prison, bien que dans ces chambres les fenêtres ne pourraient pas s’ouvrir au delà d’une certaine limite. On disposerait des appartements de sûreté, avec des volets et des treillages aux fenêtres, pour les malades trop agités ; il ne faudrait qu’un petit nombre de ces chambres de sûreté. La grande dépense consisterait dans le service, dans l’entretien des jardins et des terrains destinés aux délassements des malades ; dans l’achat des chevaux et des voitures, et d’une foule d’autres objets propres à occuper et amuser les pensionnaires 5 mais

3o2 ALIENAIT ON MENTALE.

pourvu que l’institution contînt une centaine de malades, les produits suppléeraient au delà de tous les besoins, et donneraient de grands bénéfices aux actionnaires. Je suis bien persuadé qu’il serait fort avantageux aux malades que le même établissement admît des malades des deux sexes. Sans doute il faudrait établir une séparation convenable et complète dans la disposition de l’établissement ; mais je suis convaincu que la réunion des deux sexes exercerait une influence salutaire et morale sur l’un et sur l’autre. Dans une institution de ce genre , la fortune procurerait sans doute , comme ailleurs, à celui qui la possède, plus d’aisances et de commodités; mais la distinction se bornerait aux avantages du logement. Le malade riche, si ses parens le jugeaient convenable, pourrait avoir à sa disposition trois ou quatre chambres, plus vastes et mieux meublées que celles des autres malades. Mais quant au genre de vie en général, il n’y au » rait, dans la maison, aucune distinction entre l’homme qui paierait mille livres sterling par an, et celui qui n’en paierait que cent. Pour la distribution des chambres ordinaires, elle serait réglée d’après les différences de la maladie , les habitudes et l’éducation des malades. Un pareil établissement serait un véritable bienfait pour la société : il procurerait aux personnes de la plus haute classe un moyen de guérison combiné avec une liberté et un exercice convenables des facultés, compatibles avec l’état des malades. Au lieu d’être

TRAITEMENT DE LA FOLIE. 3û3

renfermés seuls dans une demeure étroite et solitaire, les malades se trouveraient en société, avec de l’espace et l’occasion de se livrer à des exercices et des jeux salutaires. Les classes moyennes pour** raient aussi profiter de ces avantages; car bien que faute d’une fortune suffisante, les malades de cette classe soient aujourd’hui généralement à l’abri de cette incarcération solitaire, infligée comme la plus grande punition aux criminels, et qu’un sentiment de bonté et d’orgueil fait appliquer aux aliénés riches , ils n’ont même pas encore maintenant les avantages que leur assureraient de semblables institutions. Ces malades ne pourraient d’aucune autre manière, et au même prix modéré, participer au bien-être et au luxe qu’ils trouveraient dans ces établissements institués pour les riches. S’il se formait une semblable institution et qu’elle fut dirigée avec les soins convenables, certainement les malades ne manqueraient pas. A la tête de la maison , il devrait y avoir un médecin parfaitement versé dans les maladies mentales, d’une intégrité reconnue, et doué de sentiments moraux et religieux. La qualité essentielle, pour le médecin, serait une bienveillance active et persévérante : il ne devrait jamais s’emporter, conserver une réserve naturelle et convenable envers les ma» lades, refuser avec fermeté, quoi qu’il en coûte, tout ce qu’il saurait leur être préjudiciable; et faire exécuter scrupuleusement, avec constance, soins et vigilance, tout ce qui peut contribuer à leur

3o4 ALIÉNATION MENTALE.

santé. On lui adjoindrait , dans l’honorable tâche de ramener à la raison et au bonheur les intelligences égarées , une femme capable de le seconder complètement dans ses fonctions. Elle doit être prête à sacrifier aux besoins de l'humanité tous les sentiments personnels , et à mettre de côté les considérations de société et d'éducation. Tout en excellant par les qualités naturelles et la culture de son intelligence, à distraire et consoler l’esprit affaibli et abattu du malade, jamais elle ne devra trouver au-dessous d’elle d’adoucir, par tous les moyens en son pouvoir, les angoisses, ou d’aug« men ter le bien-être des plus pauvres insensés, quelque incapables qu’ils soient d’apprécier leur bienfaitrice, et même de récompenser ses soins d’un regard de reconnaissance. Des femmes, personnes de mérite, aussi noblement inspirées et soutenues par l’amour de Dieu et de l’humanité, assisteraient la directrice dans sa bienveillante mission. Je suis bien loin de méconnaître les services que l’on retire des efforts des hommes , mais je sais par expérience qu’ils ne sont rien en comparaison des avantages moraux que l’on peut obtenir de la bienveillance et de l’activité d ’une femme. Je serais injuste de ne pas faire connaître que si mes efforts pour réveiller les facultés engourdies de l’aliéné, adoucir ses souffrances et le rendre aux affections d’une famille heureuse et unie, ont été couronnés de quelques succès, je le dois surtout à l’habileté, au courage, à la persévérance, à

TRAITEMENT DE LA FOLIE. 3o5

Faffabilité et aux manières bienveillantes de madame Ellis (i). L’esprit des femmes possède une promptitude d’intelligence et un tact beaucoup plus efficaces pour dominer les aliénés , que les efforts plus lents et plus réfléchis des hommes. En effet, parmi les aliénés comme parmi les hommes bien portants, lorsqu’il faut apprendre à faire quelque chose, les femmes l’exécutent avec moitié plus de facilité et le font avec plaisir, tandis que les hommes, généralement parlant, vont à l’ouvrage lentement et avec répugnance. On ne peut les faire persévérer qtFen leur promettant une récompense, ou parce qu’ils sont honteux des progrès bien plus rapides des femmes. Quand on faisait commencer en commun un nouvel ouvrage manuel , on donnait d’abord aux femmes la partie la plus délicate du travail, celle qui demandait une plus grande

(i)Ce que dit M. Eîlis de ^influence des femmes pour seconder les efforts du médecin, est incontestable,, Mais ce que n’a pas systématisé ce médecin , c’est que dans une maison d’aliénés où sont admis des hommes et des femmes , les hommes ont sur les aliénés mâles moins d’influence que les femmes, et réciproquement; le directeur sera toutpuissant dans le quartier des femmes, tandis que le pouvoir de la directrice sera souvent méconnu par les femmes aliénées. Il y a aussi les influences morales de l’homme intellectuel, bien portant, sur l’aliène', qui ont sans doute échappé à l’auteur. Ainsi , dans les maisons d’aliénés de la classe du peuple, le médecin instruit aura une très grande autorité; son savoir, son éducation, ses manières, agissent sur les aliénés qu’il traite. Il n’en est pas de même sur les aliénés appartenant aux classe élevées ; le médecin n’est plus entouré du même prestige à l’égard de ses malades. ‘ Esquirol.

3o6 aliénation mentale.

habileté; et déjà elles Pavaient appris, que les hommes ne s’y mettaient encore que lentement et avec ennui. Dans un asile administré d’après les principes d’association, tout concourra à engager le médecin en chef à faire lui-même ce qui est possible pour la guérison des malades; et si les moyens et les secours dont j’ai parlé sont mis à sa disposition, la plus grande partie des malades sera promptement rendue à la santé.

Bien souvent, Thomme dissipé et vicieux apprendrait à connaître, dans une institution de ce genre, le bonheur réel que procurent la religion et l’empire de soi-même , et en sortirait membre utile et honorable de la société.

Dans un grand établissement, il se trouvera toujours quelques malades dontPesprit ne sera pas capable d’apprécier la valeur d’une réunion de gens bien élevés; on devra également les confier à un surveillant ou à une surveillante de mœurs douces et compatissantes. On ne considérera jamais les malades comme tombés sans ressources, tant que les efforts les plus variés et les plus actifs, les plus propres à réveiller une étincelle d’intelligence, n’auront pas été tentés sans succès. La douceur et une attention scrupuleuse aux exigences de l’étiquette la plus raffinée de la société, même envers ceux dont la raison par iît presque éteinte, pourront produire les résultats Jes plus favorables. En voici un exemple :

Obs. 80. Un aliéné, à la suite d’une contrainte

TRAITEMENT DE IA FOLIE. 3oj

prolongée d’une manière continue, le jour et la nuit, pendant des années, fut atteint de contracture permanente des membres : les doigts étaient entrelacés les uns sur les autres , et le malade était devenu complètement insensible aux besoins naturels. Il avait été confié aux soins uniques de deux serviteurs grossiers et ignorants, ne sachant ni lire ni écrire; la fureur maniaque et l’agitation du détenu, au commencement de la maladie, semblaient avoir banni de leur esprit toute pensée de traiter le pauvre insensé avec décence et respect. Quand la première violence de l’accès fut passée , aucune consolation ne fut offerte aux sentiments d’un orgueil blessé; de là une source continuelle d’irritation, par l’obligation de se soumettre à la domination de semblables commensaux. A peine si on laissait prendre l’air quelquefois au pauvre patient, qui restait constamment sur une chaise, les pieds et les mains liés, cachés dans une couverture. Il n’est pas étonnant que ces circonstances aient produit leur résultat naturel , et que lors d’une visite que lui ont faite par hasard ses parents, ils l’aient trouvé dans un état de fureur propre à motiver les nécessités d’un confinement rigoureux. Dans ce cas même, le malade put encore être soulagé. Il fut transporté dans une société toute différente et agréable; des manières respectueuses, l’absence de toute contrainte , excepté pendant le paroxysme, ont rendu le malade propre, amé-

3o8 ALIENATION MENTALE,

iioré sa situation, prolongé de six semaines l'intervalle des paroxysmes de fureur. Des frictions aux membres, faites avec soin , rendirent aux muscles leur usage, et le malade jouit aujourd’hui de la faculté de se promènera pied ou de monter à cheval.

Quand on obtient de semblables résultats, même apres que la maladie a duré si longtemps et que les facultés mentales paraissent anéanties, aucun cas d’aliénation mentale ne peut être regardé comme entièrement désespéré ; par conséquent on ne peut confier un malade de prime abord à la société d’un gardien ou d’une garde-malade, et négliger les moyens capables de guérir la maladie, ou du moins d’en pallier les souffrances. Je ne puis me dispenser de citer un autre exemple, propre à montrer l’importance d’un traitement moral convenable et ses puissants effets, même quand la maladie est très ancienne.

Obs. 81. Une personne douée de grands talents et de sentiments élevés, qui avait été habituée , dès son jeune âge, à une société élégante et distinguée , devint folle à la suite de pensées affligeantes sur des sujets religieux. La mélancolie fut le premier symptôme de la maladie ; une violente fureur maniaque lui succéda. Le malade fut enlevé de chez lui , et retenu pendant plusieurs années dans une contrainte rigoureuse,* pendant tout ce temps, sa société ne fut composée que des personnes chargées de le servir , ou de celle des autres aliénés. Le malade ne pouvait plus maîtriser ses penchants j

TRAITEMENT DE LA FOLIE. 3oiJ

le langage devint emporté et violent, quoiqu’il conservât encore la possibilité de faire des réponses justes à la plupart des questions qu’on lui adressait. Un confinement continuel avait produit de la pâleur et de la maigreur. Après quelques années de cette contrainte, le malade fut, par un hasard heureux , transporté au sein d’une famille de mœurs gaies et polies , sous la condition d’y tenir une conduite bonne et convenable ; on lui donna l’assurance qu’on n’emploierait contre lui aucune contrainte, à moins que la violence de sa conduite ne 3a rendît absolument nécessaire. Un changement favorable ne pouvait pas avoir lieu immédiatement; mais on ne tarda pas à voir qu’on avait pris la meilleure voie. Banni un instant du salon quand il manquait aux convenances de la société, le malade prit ainsi insensiblement l’habitude de s’observer lui-même ; on n’eut plus besoin de le renfermer : le bannissement passager du salon devint de moins en moins fréquent. Le malade se maîtrisait intérieurement jusqu’au moment où, rentré dans son appartement, il pouvait se livrer à ses impulsions sans encourir la privation des plaisirs de la société. Il s’apercevait quand ses penchants ne pouvaient plus être contenus, et il se retirait alors de lui-même dans sa chambre. Ces circonstances devinrent enfin de moins en moins fréquentes, et à l’exception de quelques paroxysmes pendant lesquels le malade est obligé de garder encore la chambre, il ne montre plus aucun symptôme de violence et même

que fort peu de désordre mental. Un exercice journalier en plein air a tout à fait rétabli la santé physique.

Dans le traitement moral de la folie , il est fort important de rechercher la passion dominante du malade; en s’adressant à cette passion, on détourne souvent l’attention , et on évite dans certains cas , la nécessité d’avoir recours à la force.

Obs . 82. Une femme d’un caractère très ferme , avait refusé pendant plusieurs jours de prendre sa nourriture, et comme nul moyen de persuasion ne paraissait produire d’influence sur elle, on se disposait à injecter des aliments avec une sonde œsophagienne ( stomach-pump ). Cependant madame Ellis découvrit que cette femme avait la passion de l’argent; elle se plaça à côté du lit delà malade, et sans lui parler de manger , elle causa avec elle sur ses anciennes habitudes : apprenant qu’elle avait possédé des vaches et des volailles , elle eut l’idée de l’entretenir sur les profits qu’elle en retirait. Cet entretien attira l’attention de la malade; elle oublia sa détermination de refuser démanger; et tout en parlant du gain qu’elle ferait à vendre du beurre, elle prit une jatte de pain et de lait qu’on lui offrit, sans s’apercevoir probablement qu’elle obéissait aux désirs de ceux qui l’entouraient.

Dans cet exemple, la phrénologie fut mise en pratique : l’existence d’une forte passion , de l’amour du gain, se reconnaissait à la simple ins-

TRAITEMENT DE LÀ FOLIE. 3ll

pection de la tête. A la même époque, un autre exemple de la possibilité de pouvoir réprimer Faction intense d’une passion en en excitant une autre, s offrit encore à ma femme.

Obs. 83. Un malade qui était occupé à élaguer des arbres dans le jardin , se prit de querelle avec un autre insensé, pendant Fabsence momentanée du jardinier. Sa colère fut telle, qu’il menaçait de tuer son compagnon : un troisième malade courut à la maison donner l’ai arme ; il rencontra ma femme, qui retourna avec lui vers les combattants 5 elle s’adressa à celui qui tenait le couteau , et lui dit, qu’elle était surprise de voir un homme de sa force et de son intelligence s’oublier au point de se disputer avec un malade, qui, comme il le savait, était fou depuis plusieurs années. Ces paroles flattèrent Famour-propre du furieux et la bonne estime qu’il avait de lui-même. Il répondit à ma femme : « Vous avez raison; je ne ferai plus désormais attention â cet homme , ï> et il redevint tout à coup tranquille.

On voit souvent des malades d’un caractère irritable, qui entrent soudainement dans de violents accès de fureur pour des causes légères , se calmer aussi promptement quand on sait appeller l’attention sur un autre objet.

Obs . 84. Il y a quelques années, lorsque les ouvriers disposaient à l’asile de Wakefield des tuyaux pour le gaz, l’un d’eux laissa , par incurie, dans une des cours, un ciseau de fer à graver, long

de plus de trois pieds. Un malade très fort et très violent s’en saisit , et menaça de tuer quiconque s’approcherait de lui. Les gardiens et les malades se retirèrent, il resta bientôt seul dans la galerie, personne n’osant l’approcher. Après avoir attendu un peu de temps, jusqua ce qu’il fût tout au bout, je me dirigeai seul vers lui; j’ouvris la porte , et en balançant la clef du quartier sur le dos de ma main, je m’acheminai très lentement vers lui, en le regardant très attentivement, ce qui attira son attention ; il vint à moi et s’informa de ce que je faisais : je lui répondis que j’essayais de faire balancer la clef, et lui dis en même temps qu’il ne pourrait pas faire balancer le ciseau de la même manière, sur le dos de sa main. Il Y y plaça immédiatement, en étendant sa main, avec le ciseau dessus; je m’en emparai tout doucement, sans lui faire aucune observation. Quoiqu’il parût un peu contrarié de se voir désarmé, il ne fit aucune tentative pour reprendre son arme, et peu d’instants après, toute trace d’irritation avait cessé ( i).

(i) Deux faits semblables sont rapportés par Pinel, dans son Traité de la manie. Çes faits ne sont pas très rares ; ils prouvent la facilité d’imposer aux aliénés furieux, en leur opposant un grand sang-froid. Je me rappelle qu’il y a trente-cinq ans, un furieux, armé d’un moellon, me menaçait : je vais à lui la tête haute , lentement, en silence et en le regardant fixement. Lorsque je fus à deux pas de lui, il laissa tomber le moellon , et écouta paisiblement mes conseils.

Un autre aliéné s’élait armé d’un couteau de cuisine, et renfermé

traitement de la eolie. 3i3

Un autre sentiment très puissant et très général , surtout chez les femmes, est l’amour des enfants. On peut le mettre utilement à profit, pour arracher l’esprit à des réflexions pénibles. J’ai vu une malade qui était depuis longtemps dans une agitation violente, s’apaiser tout à fait à la vue d’un enfant s et s’amuser à le soigner pendant des heures entières. Quand on remarque chez une malade ce grand amour des enfants, on obtient presque toujours, en faisant tomber à propos la conversation sur ce sujet, des résultats favorables (i).

Il est impossible de se rendre compte des effets que produisent quelquefois sur l’esprit des malades, les circonstances en apparence les plus simples. En voici un exemple qui fut observé à Wakefield,

Obs. 85. H. R., femme âgée d'environ 4o ans, était aliénée depuis plusieurs années, lorsqu'elle fut admise. Sa constitution physique était robuste, et comme elle était dans un état habituel d’excitation , elle était la terreur des malades du même quartier, lorsqu’elle n’était pas renfermée. Si on arrivait parfois à calmer son agitation et à rappeler

dans une petite chambre. Après beaucoup d’efforts, je fis fermer l’accès à toute lumière , et on enfonça la porte. Le malade se voyant dans l’obscurité , avait caché le couteau, et se présenta désarmé. Esqtjirol.

(i) Combien de fois , loin de calmer une mère de famille , la vue des enfants, celle de ses propres enfants, n7a-t-elle pas excité, irrité, et provoqué la fureur ! Dans la pratique, il faut se défier des propositions générales. Esquirol,

des sentiments plus doux, ce n’était qu’en la reportant aux scènes de son enfance. Un jour qu’elle était sous cette impression favorable, un malade chanta par hasard une chanson qu’elle avait apprise dans son bas âge. Se tournant vers ma femme qui était près d’elle, H. R. lui dit avec véhémence: «Madame, quand j’étais jeune, je savais cette chanson, et je crois que je pourrais encore la chanter aujourd’hui. » Elle commença, et à son grand plaisir s’aperçut qu’elle se la rappelait tout entière. Dès lors, un changement se fit dans ses idées délirantes : l’excitation fit place aux sentiments les plus doux et les plus tendres ; au lieu de continuer d’être la terreur de ses compagnes, elle devint obligeante et laborieuse. Après quelques mois d’épreuve, la guérison fut complète, et la malade renvoyée chez elle. Elle revint plusieurs années après me faire une visite; à cette époque, elle n’avait éprouvé encore aucune rechute.

La conduite de ma femme (madame Ellis) envers cette même malade , donne un exemple frappant de l’avantage que procure la présence d’esprit et une confiance apparente envers les malades, quand les circonstances vous mettent en leur pouvoir dans un moment d’exacerbation. La malade H. R., dans un de ses plus violents accès de rage, était parvenue à saisir madame Ellis, à lui prendre les cheveux, et la regardant d’un air furieux, lui disait qu’elle pouvait lui tordre le cou ; ce qui était

TRAITEMENT DE LA, FOLIE. 3l5

en effet la vérité , vu la force physique de la malade. Quand ma femme lui répondit, avec le plus grand calme : « Vous le pouvez, il est vrai 5 mais je sais que vous ne voudriez pas arracher un seul de mes cheveux. » Cette réponse pleine de confiance calma la malade , qui lâcha prise immédiatement.

Je n’oserais assurer qu’il soit toujours avantageux de paraître admettre la réalité d’une illusion, pour s’en servir ensuite comme moyen de guérison; mais on peut le faire quelquefois avec utilité.

Obs . 86. Une malade s’était imaginé que toutes les nuits un sorcier lui jetait des cantharides à la figure. L’illusion était si forte , que longtemps la santé physique fut altérée par le manque de sommeil , parce que cette malheureuse passait les nuits à se battre avec les sorciers. On couvrit la figure de lait coloré , avec recommandation à la malade de tenir les yeux fermés, et de rester silencieuse et tranquille, sans quoi toute l’efficacité du remède serait détruite si elle prononçait un seul mot, ou si elle faisait le moindre mouvement. Elle demeura fort tranquille pendant toute la nuit, et quoiqu’elle se crût encore sous l’influence des sorciers , l’application du lait continuée toutes les nuits, rendit le sommeil à la malade dont la santé physique s’améliora de plus en plus.

Les personnes dont le système nerveux est peu excitable , et qui ignorent l’irritabilité particulière

3l6 ALIÉNATION MENTALE.

dont sont doués ordinairement les aliénés , ont beaucoup de mal à comprendre les puissants effets moraux que les causes les plus légères produisent sur ces malades.

Obs . 87. Une jeune femme, aliénée seulement depuis peu de temps, fut transportée le soir , lorsqu’il faisait presque nuit, à l’asile de Wakefield. A l’entrée de l’établissement, sont deux grandes portes en bois , et pour arriver dans la cour qui est devant la maison, les lieux sont assez maladroitement disposés ; les voitures passent sur un pont de fer très lourd. L’apparence imposante du bâtiment, le bruit sourd de la voiture sur le pont , produisirent un tel effet sur la jeune malade, que, pour me servir de ses propres expressions , cela lui avait tourné le cœur sens dessus dessous . Il se fit chez elle un grand changement subit, car elle ne montra depuis aucun symptôme de folie , et la malade attribua elle-même le changement de ses idées à l’espèce de terreur qu’elle avait éprouvée.

La crainte, considérée comme moyen de guérison , produit des résultats souvent fort avantageux. Ce sentiment est quelquefois assez fort pour maintenir un malade qui est naturellement timide; il suffit que les aliénés cessent de se livrer à leurs emportements , de donner cours à leurs extravagances, pour que l’irritation cérébrale tende à diminuer. ' '

On agit en général plus facilement sur les 111a-

TRAITEMENT DE LA FOLIE. 3iy

lacles timides j en s’adressant, en leur présence , à d’autres malades, qu’en les menaçant eux-mêmes directement. Je me rappelle l’observation d’une pauvre folle dont les plaintes continuelles, pendant la nuit, troublaient le repos des autres malades. Elles demandèrent son éloignement du quartier. On leur représenta, en sa présence, la situation extrêmement pénible dans laquelle elle allait être placée, et les mesures sévères qu’on se trouverait dans l’obligation de prendre contre elle si on l’éloignait, et que l’on espérait que les malades consentiraient à la supporter encore pendant une nuit. L’esprit de la malade fut tellement frappé des conséquences qui allaient résulter de son éloignement du quartier, quelle s’abstint de faire du bruit et resta tranquille au lit. En peu de temps, la contrainte qu’elle s'était imposée ramena le sommeil ; elle devint de plus en plus calme, et parvint enfin à se rétablir.

Mais d’autres fois les menaces, de quelque manière qu’on s’y prenne , ne produisent aucun effet salutaire. Nous avons déjà constaté que, dans la folie, les mauvaises dispositions antérieures à l’apparition de la folie subsistaient, et que ces dispositions étaient encore exagérées par l’irritation générale que produit la maladie. Il est donc toujours d’une haute importance de déterminer si la conduite est le résultat du mauvais naturel ( moral evil) de l’individu, ou bien s’il provient de la folie, c’est-à-dire de l’action dérangée de quel-

que point du cerveau. Une grande partie du traitement moral en dépend; car quoiqu’il paraisse cruel d^assujettir le malade à une discipline ou physique ou morale, pour une conduite provenant du dérangement du cerveau, cependant comme elle dépend en partie du mauvais naturel, il faut exercer une grande surveillance pour contenir les mauvaises passions auxquelles très souvent les malades s’abandonnent entièrement. Fort heureusement que, depuis quelque temps, au moins dans ce pays , le fouet a cessé d’être mis en usage dans les asiles des aliénés, pour faire place à d’autres moyens de punition plus raisonnables et plus humains , tels que des privations , le confinement dans une loge. Quelquefois cependant, des malades sont si obstinés et si incorrigibles, que ces moyens ne suffisent plus. La commotion de la machine électrique, souvent avantageuse dans les cas où les forces ont besoin d’être stimulées, peut également être utile pour vaincre l’obstination des malades; la terreur qu’inspire la machine maîtrise souvent leurs mauvaises inclinations. On obtient fréquemment le même effet avec la douche, et mieux encore avec la machine rotatoire; on ne doit cependant avoir recours à ces remèdes que lorsque tous les autres moyens ont été employés en vain, et jamais le dernier ne doit être mis en usage que sur l’ordre formel et en présence du médecin en chef.

Dans ces limites, on obtient souvent de ces

TRAITEMENT DE LA FOLIE. 3 ig

moyens les résultats les plus avantageux, et les malades apprennent bientôt à se soumettre à la règle de conduite qui les mettra à l’abri de ces conséquences fâcheuses. Avec de la douceur et de l’indulgence, unies à une grande fermeté, on surmonte l’obstination et les mauvais penchants d’un grand nombre de malades qui , faute d’éducation, n’ont jamais appris à réprimer leurs passions ; ils deviennent peu à peu tranquilles et traitables, et peuvent enfin être rendus à la raison.

Une conversation douce et judicieuse est un puissant moyen de guérison. J’ai vu bien des cas dans lesquels les conseils ne paraissaient être écoutés qu’avec indifférence ; néanmoins ils avaient souvent une grande influence, ils revenaient à la mémoire du malade, occupaient sa pensée, donnaient de la distraction à l’esprit, et calmaient l’agitation des passions.

La maladie paraît souvent faire tout à coup un grand pas vers la guérison : quelquefois cette amélioration persiste, mais ne semble pas faire de nouveaux progrès, jusqu’au moment où il survient une nouvelle amélioration subite et manifeste. Au bout de quelque temps , le malade paraît retomber plus mal aussi subitement, jusqu a ce qu’un autre changement favorable ait lieu; alors il se rétablit peu à peu. Je suis persuadé que l’on éviterait bien des échecs, si l’on savait mieux ce

3âO ALIÉNATION MENTALE.

qui se passe dans Fesprit des malades. Les expressions les plus simples , un mot ou même un regard ^ peuvent donner naissance à un travail pénible de Fesprit qui devient nuisible au cerveau affaibli. Bien souvent les conversations inopportunes des amis retardent la guérison. Dans les institutions publiques, le désir inquiet des parents pour voir les malades est une des plus grandes difficultés contre lesquelles on ait à lutter. Dans beaucoup de cas , on a vu des malades dont la guérison faisait de rapides progrès, retomber presque dans Fétat où ils étaient lors de Fadmission, uniquement pour avoir revu leurs amis. La vue des parents rappelle à Fesprit la série des idées maladives; et trop souvent, avec les meilleures intentions, en exposant au malade les nécessités qui réclament sa présence chez lui , on l’irrite contre un plus long isolement. Les visiteurs insistent maladroitement sur le malheur et les peines de la famille , ou bien racontent un événement douloureux; tout cela excite le cerveau : le sommeil, dont le retour avait été obtenu avec beaucoup de difficulté, est de nouveau perdu, et la guérison se trouve par conséquent fort longtemps retardée. Malgré la prévision de ces accidents, il est souvent très difficile de prendre une détermination contre les visites. Il est impossible de convaincre un mari affectueux ou une tendre épouse, que la vue d’une personne chérie, avec laquelle on a constamment goûté les délices de la vie conjugale,

TRAITEMENT DE LA FOLIE. 3 2 l

puisse aggraver la maladie; il est bien pénible, après avoir fait un voyage peut-être de 3o ou 4o milles, dans le but unique de voir un parent , de s’en retourner sans avoir obtenu un instant d’entretien. Lorsqu’on accorde une visite, il faut prier les amis ou les parents de ne pas aborder de sujets pénibles, de ne montrer que le beau côté des choses. C’est ici le cas de remarquer que les visites sont moins préjudiciables lorsque la folie provient de causes physiques, que lorsqu’elle résulte de causes morales. Dans le premier cas, la cause ne peut être aggravée, et s’il existe une grande affection entre le malade et les personnes qui viennent le voir, la visite pourra souvent calmer et faire du bien; tandis que dans le second, les affections de famille auxquelles on s’abandonne mal à propos, pendant les visites, favorisent souvent l’entretien de la maladie. Il est nécessaire par conséquent de laisser écouler un temps plus long dans ce dernier cas, avant de permettre une entrevue; du reste, on doit se conduire d’après les circonstances particulières. La maladie peut s’aggraver, parce que le malade a beaucoup souffert de la négligence ou de l’oubli de ceux sur l’affection desquels il compte*, et qui, une fois débarrassés des soins et des ennuis qu’il leur occasionne , semblent ne plus lui porter aucun intérêt. Il est toujours fort désirable que les familles à qui appartiennent les aliénés reçoivent de temps en temps des nouvelles,

afin que si les malades s’inquiètent de Fabsence de leurs parents, ou si Ton veut réveiller et stimuler leurs affections, on puisse les assurer qu’ils conservent encore une place dans le souvenir de leur famille, et que c"est seulement par des motifs de prudence qu’il ne leur a pas été permis de les voir.

Dans les asiles exclusivement destinés aux pauvrcs , la plupart des malades qui y sont admis sont dans un état complet d’ignorance, et leur instruction religieuse et morale a été le plus souvent entièrement négligée. Gomme on a bien des fois contesté l’avantage qu’il y a à donner une instruction religieuse aux aliénés, je crois qu’il est juste de constater ici qu’on en a retiré les meilleurs effets à Wakefield et à Hanwel. J’ose dire, d’après mon expérience personnelle, que c’est seulement lorsque ce grand remède moral a été appliqué d’une manière uniforme et sans discernement, qu il a pu produire quelque mal. Si des sujets religieux ont fait une forte impression sur l’esprit d’un homme et développé une excitation funeste du cerveau, il est évident qu’il serait nuisible de vouloir convaincre le malade de Ferreur qui le tourmente, puisque la discussion elle-même tend à augmenter Faction des organes qui déjà ne sont que trop excités. Dans ces circonstances, ni les livres, ni les conversations ayant rapport à la religion, ne devront être permis; on prendra les plus grau-

des précautions pour qu’on n’aborde avec le malade aucun sujet religieux, avant qu’il ne soit complètement délivré de ses idées fausses à cet égard. C’est parce que la nature de la folie n’avait pas été bien discernée , qu’on a souvent fait des applications inopportunes des remèdes même les plus utiles, que beaucoup de ces remèdes sont tombés en discrédit ; c’est précisément ce qui est arrivé pour l’instruction religieuse. A peu d’exceptions près, les malades dont le désordre mental vient de sujets religieux, sont des personnes qui se sont alarmées , soit en entendant des sermons, soit en lisant les livres saints, et qui ? pour avoir désobéi aux lois divines, se regardent comme maudites et damnées. Ne comprenant pas les paroles de pardon contenus dans l’Evangile, l’attention continuellement fixée sur les passages les plus affligeants, elles tombent dans l’accablement le plus profond, désespérées de ne pas recevoir les consolations qu’éprouvent des milliers d’autres personnes. Quand une fois des idées semblables se sont emparées de l’esprit au point de donner naissance au désordre des fonctions cérébrales , c’est en vain qu’on essaierait de démontrer au malade qu’il n’a pas commis les fautes dont il s’accuse , ou que, s’il les a commises, il doit compter sur les paroles consolantes de l’Ecriture ; c’est aux moyens médicaux et non aux arguments qu’il faut avoir recours, pour arrêter l’action désordonnée du cerveau.

On détournera l’attention du malade des sujets religieux, qui sont la cause morale de la folie, et s’il est question parfois de la religion dans les conversations, on ia lui présentera toujours sous l’aspect le plus consolant. Un grand nombre de cas de mélancolie et de suicide sont dus à cette cause , parce qu’on ne sait pas reconnaître les symptômes précurseurs de la maladie. Avec les meilleures intentions de faire le bien , on fait beaucoup de mal en se livrant à des conversations religieuses , ou en récitant des prières avec les malades qui sont en cet état: je ne prétends pas dire que ces pénibles pensées commençant à assaillir l’esprit , Terreur du malade ne puisse pas lui être démontrée assez clairement pour lui faire comprendre qu’il n’est point exclu de la miséricorde de Dieu , et qu’on ne puisse ainsi calmer le trouble et l’excitation du cerveau; cependant je répète que lorsque ces idées ont une fois envahi la tête d’un malade, il faut éviter tout ce qui s’y rattache.

Tout en reconnaissant le mal qui peut naître de l’influence religieuse, quand elle est employée mal à propos, je ne dois pas omettre de dire que les préceptes salutaires de la religion ont eu les résultats les plus favorables sur un grand nombre d’aliénés, non seulement pendant leur séjour à l’asile, mais encore après l’avoir quitté. Bea ucoup d’entre eux ont reporté dans leur famille les enseignements religieux qu’ils avaient reçus dans l’asile, et ont abandonné leurs habitudes d'ivrognerie, leur vie

licencieuse,, qu’ils ont remplacées par des habitudes de tempérance, d’ordre et de piété.

Ohs. 88. A. B., femme âgée d’environ 4^ ans, catholique romaine^ fut admise à l’asile de Wakefield dans un état de manie furieuse produite par l’ivrognerie* Elle avait demeuré dans une des grandes villes manufacturières du voisinage, et avait tenu une maison de prostitution ; son mari était en même temps receleur d’objets volés. Indépendamment de sa maladie , et quand la violence de 1 ’accès eut diminué, on s’aperçut que cette femme était dans une ignorance aussi complète des vérités du christianisme qu’elle était dépravée dans ses mœurs. Comme elle commençait à aller mieux, elle consentit d’abord, sans doute au moins autant par curiosité que par tout autre motif, à suivre les prières faites en famille le matin et le soir. La lumière pénétra par degré dans son ame : elle vit les effrayantes conséquences qui résulteraient inévit ablement de la vie qu’elle avait menée, et elle se détermina, avec l’aide de Dieu, à changer de conduite. Elle demeura dans l’asile jusqu’à ce qu’elle fût parfaitement guérie, et resta si fermement convaincue des vérités de la religion , qu’à son retour chez elle, elle abandonna non seulement sa manière de vivre licencieuse, mais elle eut de plus assez d’influence pour réformer la conduite de son mari. Nous eûmes la satisfaction d’apprendre, quelques années après, qu’ils continuaient de mener une vie respectable,

et qu’ils faisaient partie de l’église protestante.

Les avantages de l’instruction religieuse reçue dans les asiles iront pas été bornés uniquement aux personnes d’un caractère grossier, immoral et vicieux. Un grand nombre de malades, dont la conduite extérieure était décente , s’étaient montrés , antérieurement à leur admission , fort indifférents à leurs devoirs religieux, ou s’étaient simplement contentés de se rendre dans les lieux consacrés au culte et aux prières, seulement pour la forme et sans foi; ils ont appris à Fasile que tous tant que nous sommes , quelque vertueux et moraux que nous paraissions, nous devons nous réconcilier avec Dieu et nous assurer le bonheur éternel en implorant le pardon de nos fautes. Beaucoup de malades ont béni Dieu de leur douloureuse maladie, la considérant comme le plus heureux événement de la vie, puisqu’elle les avait mis à même d’écouter la parole de l’Evangile, et disposé leur cœur à la recevoir. Us ont remporté chez eux les principes de la religion , et les ont en^ seignés à leurs enfants.

Avant de terminer les observations relatives au traitement de la folie qui provient de causes morales, j’ajouterai qu’il faut prendre la précaution de ne pas abandonner le malade à lui-même trop tôt après sa guérison. Pendant quelque temps les forces nerveuses paraissent tendre vers l’équilibre, il faut un grand soin et une grande surveil-

lance pour les maintenir dans cet état , particulièrement lorsque la cause première de la maladie existe encore. Après que la raison est revenue, on doit insister sur la continuation des remèdes médicaux , que le malade négligerait probablement si on l’abandonnait entièrement à lui-même. Le plus prudent, dans ce cas , est donc de ne pas accorder au malade la permission de retourner chez lui, dans la crainte de i’exposer aux causes qui pourraient rappeler la série des idées maladives , jusqu’à ce que le cerveau affaibli ait eu le temps, non seulement de recouvrer ses fonctions, mais encore d’acquérir de la force et du ton. Cette précaution est surtout applicable dans le cas où la folie a été d’une courte durée. Il faut craindre de tomber dans l’erreur opposée, lorsque le malade recouvre ses facultés intellectuelles après une attaque qui dure depuis quelques années (i). Dans ce dernier cas, lorsque l’esprit est parfaitement rétabli, et que le malade est en état d’agir et de raisonner

(i) M. Ellis a-t-il bien rendu sa pensée? est-il vrai que pendant la convalescence d’une folie dont la durée a été courte, il faille plus de soins, plus de temps, que lorsque la folie a persisté pendant plusieurs années? Après les folies de longue durée, ne faut-il pas plus de temps, de précautions , pour que le cerveau recouvre son activité normale? Si M. Ellis a voulu dire qu’il faut se défier des guérisons brusques, soudaines, sans crise, plutôt que des guérisons qui se sont opérées lentement, graduellement, je partage celte opinion. Lorsque la folie cesse tout à coup , sans motif , on doit craindre l’intermittence, et par conséquent mettre tout en œuvre, pendant la convalescence, pour prévenir de no uveaux accès. Esquirol.

sainement, il y a chez lui une grande aversion pour rentrer dans la société , et particulièrement lorsqu’il a éprouvé beaucoup de douceur et d’attention pendant son isolement. Les habitudes du malade sont formées, ses affections se sont portées sur ceux qui l’entourent, sa vie s’est passée sans soins et sans soucis, et on peut craindre avec raison que l’appréhension pour le monde extérieur n’amène une suraction du cerveau capable de causer une rechute. Mais alors, si le malade continue pendant quelque temps à se bien porter, il faudra faire un essai et le rendre à la société.

Après avoir parlé du traitement de la folie provenant des causes physiques et morales qui agissent primitivement sur le cerveau, nous allons maintenant porter notre attention sur le traitement de la folie sympathique.

Un grand nombre de cas d’aliénation mentale naissent des dérangements qui surviennent dans quelques uns des viscères digestifs. Dans tous ces. cas , le premier point est de rétablir les sécrétions à l’aide des remèdes ordinaires ; cependant on doit encore prendre les mêmes précautions que j’ai indiquées relativement à la folie pour causes morales. On aura rarement recours à d’abondantes saignées, et, en général, il est prudent, dans le commencement du moins, de ne pas faire usage de remèdes très violents ou

TRAITEMENT DE LA FOLIE. 3î()

administrés à de trop fortes doses. A ces exceptions près, le traitement médical sera peu différent de celui qui serait nécessaire si le malade n’était pas aliéné. A mesure que la santé physique se rétablit , l’irritation du cerveau parait cesser peu à peu ; et dans bien des cas, le malade guérit sans qu’il soit nécessaire de se servir de moyens propres à diminuer la circulation dans le cerveau. On doit cependant apporter beaucoup d’attention à l’état de la tête ; et chaque fois qu’on la trouvera chaude ou douloureuse, on aura recours aux applications froides et aux saignées locales. Au préjudice de beaucoup de malades, on attribue la folie à des causes morales, quand elle dépend réellement du dérangement de quelques uns des viscères. On applique alors des remèdes moraux, tandis que l’on néglige la santé générale. J’ai observé un cas remarquable de ce genre, il y a quelques années.

Obs. 89. Une femme âgée d’environ 4^ ans, placée depuis sa jeunesse dans une famille distinguée et d’un rang fort élevé, en qualité de nourrice, et qui avait continué d’y rester, tomba peu à peu dans une mélancolie profonde : au lieu d’être active et attentive à son service , elle avait à peine assez d’énergie pour se remuer, et restait tellement plongée dans ses réflexions , qu’il fallait la secouer fortement avant de pouvoir lui faire faire la moindre chose. La famille s^inquiéta sur son compte 5 l’apothicaire de la maison fut appelé : trouvant la menstruation régulière, les intestins

33o ALIÉNATION MENTALE*

libres, il j ugea qu’elle avait une maladie morale. Cette opinion était fortifiée par des pensées religieuses tristes, qui accablaient la malade, et qui étaient en opposition avec ses dispositions habituelles. Les affections étaient perverties , et cette femme ne conservait plus d’attachement pour un homme avec qui elle avait depuis longtemps contracté T engagement de se marier» D’après ces circonsta nces , toute l’attention se porta sur les remèdes moraux : on fit voyager la malade de ville en ville, on la mena au bord de la mer, et tout enfin fut mis en usage pour tâcher delà guérir. Au bout de cinq ans, son excellent maître, accompagné de sa fille, l’amena dans sa voiture à l’asile, où, après bien des hésitations, elle resta. Après un examen minutieux et attentif, je fus persuadé que l’on s’était mépris sur la cause de la maladie, et qu’au lieu d’être lésé par une cause morale directe, le cerveau était affecté sympathiquement par suite de désordres des organes abdominaux. Dans cette hypothèse, je prescrivis des purgatifs réitérés, des altérants, des bains tièdes, auxquels je fis succéder pendant quelque temps des toniques. Je fis en sorte de donner le change aux penchants maladifs, que je cherchai à détourner par le travail. En peu de semaines, il se fit un changement visible, et avant trois mois, la malade fat parfaitement guérie et rendue à ses amis. Elle se maria ensuite, et vint nous rendre sa visite de noce.

Je ne me souviens pas d’avoir vu aucun autre

fait de guérison aussi remarquable que celui-ci, pour le temps qui se passa avant que les remèdes convenables ne fussent administrés. Mais la proportion des guérisons des folies sympathiques est de beaucoup plus grande que celle des folies provenant de causes physiques ou morales qui agissent primitivement sur le cerveau.

Lorsque la folie provient de la suppression d’une sécrétion naturelle, on doit nécessairement y suppléer; et quand elle est due à la suppression soudaine d’une évacuation artificielle , il sera nécessaire de rétablir celle-ci à Faide des moyens convenables.

La folie qui résulte de l’abus des liqueurs fermentées est due à ce que le cerveau participe, an moyen des nerfs, aux effets produits sur l’estomac; Firritation cérébrale est assez forte pour persister même après la cessation du stimulus, c’est-à-dire après que Findividu a cessé de boire. En général, dans ces circonstances, la maladie guérit, si Faction maladive n’a pas continué assez longtemps pour produire une lésion organique ( diseased structure ). Il arrive cependant le plus souvent que, comme « le chien retourne à son vomitif, et la truie dans la fange , » de même les malades ne sont pas plutôt rétablis, qu’ils reprennent leur pernicieuse habitude; une prompte rechute en est la conséquence; et pour peu

qu’ils continuent le même genre de vie, iis tombent dans la paralysie, dans la démence, et finissent par succomber. Quand les malades sont jeunes et robustes , et qu’on a affaire à une première attaque, on se borne h maintenir la tête fraîche, à attirer le sang aux extrémités, à tenir le ventre libre et à calmer l’irritation avec les gouttes effervescentes, combinées avec de petites doses de magnésie. Une fois que l’état aigu a disparu , on a recours à de légers toniques. Lorsque l’habitude de boire existe depuis longtemps et que le malade est d’un âge avancé, le collapsus est souvent si grand, même dans une première attaque , que le malade s’affaisserait subitement si tout stimulant était immédiatement supprimé.

Obs. 90. Il y a quelques mois, un individu fut amené à l’asile d Ilanwel ; c’était un ancien libraire, autrefois très honoré, mais que l’intempérance avait dégradé : il était tombé dans la mendicité. Il avait environ 70 ans , et il paraissait sur le point de tomber en démence {fatuity'). La santé physique était en si mauvais état, qu’il restait fort peu d’espoir de le voir survivre. Il n’était que depuis peu de jours à l’hôpital , et comme de juste , pendant ce temps, il ne lui était pas permis de se livrer à ses libations habituelles. Le pouls était devenu intermittent, et si faible, qu’à peine pouvait-on le sentir. L’appétit était complètement perdu 5 si dans ces circonstances nous n’avions pas eu recours à l’eau-de-vie , le malade, selon toute probabilité,

serait mort très promptement. Mais heureusement ce stimulant, donné à temps, releva les forces , et avec des soins et en appropriant la nourriture à la faiblesse des organes digestifs, le malade fut renvoyé parfaitement guéri.

Les exemples de folie puerpérale avant la délivrance , ne sont pas très nombreux dans les hôpitaux publics. Les sympathies de Fulérus et le trouble des fonctions de l’estomac et des intestins en sont généralement la cause; à moins d’une forte prédisposition héréditaire, ou d’un tempérament nerveux tout particulier, on voit rarement survenir un accès de folie avant l’accouchement, lorsque toutes les sécrétions naturelles se font d’une manière régulière. Sans doute que les sentiments d’espérance et de crainte, qui agitent souvent les femmes dans cette situation , les rendent plus excitables qu’à l’ordinaire, et plus sensibles aux impressions morales.

On a vu la folie éclater à toutes les époques de la gestation. Comme la maladie est ordinairement accompagnée d’une diathèse inflammatoire, on doit; recourir aux remèdes antiphlogistiques et aux saignées ; on doit prendre cependant certaines précautions dans leur emploi, particulièrement pour la saignée. Dans les cas que j’ai observés, l’amélioration avait ordinairement lieu à Fapproche du terme de la grossesse, et la guérison a toujours été complète quelques se-

33/j. ALIÉNATION MENTALE,

mairies après la délivrance. J’ai vu très rarement, à Hanwel, la folie puerpérale, après la délivrance, éclater plus tard que plusieurs semaines ou plusieurs mois. La secrétion du lait et les autres secrétions en général, sont le plus souvent diminuées, si elles ne sont pas entièrement supprimées ■ la première chose à faire est de les rétablir dans leur ordre physiologique, à l aide des bains chauds, des diaphoniques, des apéritifs doux; le camphre uni à la teinture de digitale, ou à la teinture de jusqu i a me, se montre souvent très utile pour ramener le sommeil 5 mais pour calmer l’irritation , le meilleur moyen, ici comme dans tous les désordres de la folie aiguë, est de faire raser la tête et de maintenir des applications froides. Si le traitement est administré dès le commencement de la maladie, et s’il n’existe pas de disposition héréditaire ou une cause morale puissante qui entretienne l’irritation cérébrale, cette espèce d’aliénation mentale est celle qu’on voit guérir le plus souvent. La folie puerpérale succède quelquefois à une hémorrhagie excessive ; elle peut éclater à toutes les époques de la gestation , après le troisième ou le quatrième mois, mais elle arrive souvent immédiatement après la délivrance. Le cerveau ne recevant plus la quantité de sang qui lui est nécessaire, perd la faculté de remplir convenablement ses fonctions. Dans ces cas. il faut rétablir les forces à

l’aide des toniques et d’un régime fortifiant, on donne souvent des aliments, mais en petite quan-

traitement de la folie. 335

tité; on prescrit un exercice modéré en plein air, les intestins sont tenus libres; on éloigne du malade toute cause d'excitation , et par conséquent la présence et la conversation des amis et des proches autant que possible. On voit les facultés mentales se rétablir à mesure que la santé générale et les forces reviennent. Pendant tout le cours de la folie puerpérale , et surtout pendant la première période , il faut apporter la surveillance la plus grande pour prévenir toutes tentatives de suicide; car dans aucun autre genre de folie, le suicide n'a lieu d'une manière plus inattendue et plus soudaine. Le plus ordinairement, la mère montre la plus complète indifférence pour son enfant; il n'est ni sûr, ni convenable de le lui laisser , jusqu'à ce qu'il survienne quelque changement favorable ; mais aussitôt qu'on peut le rendre avec sûreté, et que sa présence fait renaître les affections , il en résulte un nouvel ordre de sentiments qui sont excessivement favorables au retour de la santé.

Nous allons nous occuper à présent du traitement de la folie dans laquelle le cerveau, par une cause quelconque, ne reçoit point sa quantité habituelle de sang. Nous avons déjà constaté que, dans l’inanition, l’insuffisance de nourriture était, dans bien des cas, la cause apparente de la maladie, quoiqu’il soit même alors fort difficile de ne pas faire la part, comme cause excitante, de

l’effet de l’inquiétude qui accompagne nécessairement une si fâcheuse situation. Dans ces cas, on observe un grand abattement physique, le pouls est faible , les intestins sont paresseux , et le malade accuse souvent, un grand nombre de symptômes de dyspepsie. Il faut fortifier la santé générale, et donner une nourriture assez abondante, mais jamais stimulante ; on tient la tête fraîche, et si elle est chaude ou douloureuse, on peut, autant que les forces le permettent, avoir recours avec avantage à de petites saignées locales. J’ai déjà parlé du traitement à appliquer quand le cerveau est privé de sa quantité normale de sang , à la suite d’hémorrhagies chez les femmes en couches ; une hémorrhagie excessive, résultant de tout autre cause, peut également donner naissance à la folie ; son traitement est le même.

Les seuls cas de folie aiguë qu’il est nécessaire de faire connaître, sont les cas de folie causée par l’habitude pernicieuse à laquelle j’ai fait allusion précédemment. Le médecin peut lire à cet égard la note (a).

(a) J’ai déjà dit que les cas auxquels je fais allusion (Tonanisme)sont bien plus nombreux qu’on ne le suppose gé^ néralement. Avant que les malades soient amenés dans un asile , la maladie a ordinairement fait de grands ravages. La première période est passée, et le malade est si affaibli, qu’il ne reste plus qu’à employer les moyens les plus actifs.

TRAITEMENT DÈ LA FOlÎE* 33 'j

Nous allons maintenant étudier îe traitement de 3a folie passée à l’état chronique. En réfléchissant au peu de connaissance que l’on possède en gé-

Mais il est déplorable d'avouer combien est faible l’espoir d’arrêter les progrès de l’affection mentale. Les fonctions de l’esprit sont ordinairement si engourdies, que les conseils de la raison ont perdu leur force, et à moins que l’habitude vicieuse ne soit rompue, les moyens médicaux restent sans effet. Je n’ai pu découvrir aucun mode de contrainte capable de mettre obstacle à ces pratiques.

Si le malade reconnaît les déplorables conséquences de cette pratique vicieuse , et celles plus déplorables encore qui résulteraient de sa continuité , au point de cesser de se livrer à ses habitudes, il peut le plus souvent guérir. Pour arriver en aide à ses bonnes résolutions, il faut que tous les soirs les mains du malade soient attachées* qu’il dormesur un mateîat dur, sans rideaux et dans une chambre bien aérée. On fera des ablutions froides sur les organes génitaux et les parties voisines; le malade prendra de l’exercice en plein air; îe régime sera nourrissant, îe ventre tenu légèrement libre avec des laxatifs rafraîchissants. Mais la teinture de cantharides est le remède le plus efficace que je connaisse; longtemps j’ai donné cet agent à la dose de 20 à 30 gouttes, trois fois par jour, l’augmentant ou la diminuant suivant les effets obtenus. Les malades onanistes présentent ordinairement les symptômes d’une extrême faiblesse : esprit abattu, face pâle et languissante, pouls faible et fréquent, perspiration froide et visqueuse, surtout aux mains; beaucoup d’apathie et appétit vorace. Après l’emploi prolongé quelque temps de l’usage des cantharides , si le malade cesse ses habitudes vicieuses, le cerveau et les autres organes reçoivent de nouveau leur quantité normale de sang, La santé générale et les facultés

lierai sur la nature de cette maladie, à la négligence que Ton met à la traiter en temps opportun, et au traitement contraire qu’on lui oppose au commencement, on n’est plus surpris de voir un grand nombre de malades rester incurables. Dans les grands établissements destinés aux pauvres, et particulièrement à l’époque de leur première ouverture, la plus grande partie des malades admis consistait en ceux qui avaient été tenus longtemps renfermés et étroitement confinés. La preuve que les lunatiques des comtés n’étaient pas dans des circonstances favorables de guérison , c’est qu’on a construit les asiles ; et à moins que ces établissements ne soient assez spacieux pour contenir non seulement les pauvres aliénés existant au moment où ils sont ouverts, mais encore les aliénés qui tombent malades et devraient être admis aussitôt le début de la maladie, les asiles se remplissent de malades atteints depuis longtemps d’aliénation; et avant que ceux qui le sont d’une date plus récente puissent y être admis, des semaines et des mois peuvent s’écouler, le temps de la guérison se passe : c’est ce qui eut lieu en particulier pour Fasile d’Hanwel. Quand on prit en considération ces circonstances, on reconnut qu’il y avait plus de 800 malades isolés à la charge

mentales se rétablissent, et avec elles les fonctions de fintejligence.

TRAITEMENT DE LA FOLIE. dog

du comté de Middlesex et des diverses paroisses qui en dépendent. L’asile fut construit, dans le principe, pour contenir 3oo malades, mais il fut aussitôt rempli presque entièrement de malades atteints depuis longtemps d’aliénation chronique. Aucun aliéné ne pouvant être renvoyé que lorsqu’il est guéri, ou que des parents se chargent de le soigner, ce qui arrive quand il cesse d’être pauvre, les décès fournissent seuls les vacances; et comme l’exercice. Fair pur, et la nourriture saine , à Hanwei, favorisent beaucoup la prolongation de la vie, la mortalité n’y est que très faible ; les épileptiques et les phthisiques forment chaque année la plus grande partie des morts. D’après ces circonstances , il est presque impossible , à quelques exceptions près, d’admettre les aliénés dès la première apparition de la maladie ; avant que les malades ne soient admis, l’occasion la plus favorable à l’application des remèdes médicaux et moraux est donc passée. Comme les paroisses réclament le droit d’envoyer à l’asile un nombre de pauvres proportionné à leur taxe, il arrive très souvent qu’au moment de la demande d’une paroisse pour l’admission d’un malade nouvellement atteint, la paroisse a déjà son nombre complet dans l’asile; et que lorsqu’une vacance se présente, elle doit être remplie, non par le malade atteint de folie aiguë , mais par un ancien malade incurable d’une

34o ALIENATION MENTALE.

autre paroisse, qui a droit à remplir la vacance. Lorsque l’on lit des changements dans l’asile et qu’on l'agrandit de manière à pouvoir contenir plus du double du nombre de malades pour lequel il avait été originairement construit, les augmentations ne purent sufiire pour la moitié des aliénés qui étaient alors renfermés dans les divers asiles particuliers et dans les hôpitaux, de sorte que la classe des malades admis continua d’être encore celle des anciens malades incurables.

L’intensité des exacerbations peut être diminuée, et leur diîrée abrégée; les malades peuvent êtresûulagés, et leur sort amélioré, dans l’intervalle

des attaques.

J’ai déjà établi que je pensais que la folie provenait d’abord d’une action maladive du cerveau et du système nerveux, et que si Faction maladive îi’était pas calmée, il en résultait une lésion organique plus ou moins étendue de l’encéphale et de ses membranes. Toutes les fois qu’une portion du cerveau ou de ses membranes est; ainsi désorganisée , les fonctions ne peuvent jamais être parfaitement rétablies; c’est alors une folie chronique véritable. Quelquefois la lésion est très peu grave; le dérangement porte seulement sur des sujets si peu importants par rapport aux devoirs ordinaires de la vie, que sans piouvoir dire qu’il n’existe précisément aucun désordre fâcheux dans le caractère, cependant un si grand

nombre de facultés restent encore intactes, que le malade conserve toute la capacité nécessaire pour diriger ses affaires, À moins qu’il ne survienne une cause de surexcitation, on ne voit aucun symptôme de dérangement pendant des semaines, ou même des mois entiers. En fait, les organes du cerveau étant doubles, une portion d’un hémisphère peut être lésée, même dans une étendue considérable, et cependant, dans l’absence de toute excitation , les opérations ordinaires peuvent s’accomplir; mais, toutes les fois qu'il existe réellement une lésion organique, même d’une petite étendue, il reste une grande disposition à des accès de folie, et chaque attaque successive tend encore à aggraver et augmenter la lésion pathologique et à affaiblir les facultés mentales.

Quelquefois les attaques reparaissent à des époques régulières; d’autres fois les intervalles

de convalescence varient et paraissent dépendre de l’absence prolongée de quelque cause excitante, physique ou morale.

Chez un grand nombre de malades, lorsque la lésion organique existe dans une grande étendue, et que des symptômes prononcés d’aliénation mentale persistent d’une manière continue, il subsiste une semblable disposition à des exacerbations, et la plus légère cause excitante, physique ou morale, suffit pour les ramener. J’ai vu plusieurs fois l’excitation nerveuse causée par un léger rhume, ou même par un mal de dent/provo-

34^ ALIÉNATION MENTÀLÉ.

quer le retour des paroxysmes ( i ); beaucoup de malades souffrent extrêmement de ces exacerbations , qui les affaiblissent et les jettent dans l’amaigrissement ; ils restent bien portants jusqu’au moment où ils recouvrent un certain degré d’embonpoint ; c’est alors qu’il faut s’attendre à un nouvel accès. Dans ces cas, il faut régler avec beaucoup de soin la nourriture du malade, parce que l’on peut, par un régime convenable, prévenir une attaque pendant quelques mois. Dans l’intervalle des attaques, la plupart des fonctions naturelles s’accomplissent si régulièrement, que bien que le malade ne soit pas capable de diriger ses propres affaires, il peut être occupé d’une manière utile et favorable. Les symptômes des attaques, dans la folie chronique, sont semblables à ceux que j’ai déjà exposés en parlant de la folie aiguë : la tête devient chaude, les sécrétions s’altèrent, le malade est irritable, le désordre de ses idées et de sa conduite augmente. Aussitôt que Ton s’aperçoit de ces symptômes, le traitement que j’ai indiqué comme le plus convenable à appliquer au début de la folie, est le même qu’on doit mettre en usage, mais avec plus

(i) Ces phénomènes ne sont'ils pas plutôt des signes précurseurs, des prodromes du retour de la folie , que les causes du retour des paroxysmes? Il en est de ces phénomènes comme de quelques symptômes intellectuels et moraux qui annoncent l’explosion prochaine d’un accès.

Esquirol,

de réserve pour ce qui regarde les évacuations san-* guines. En surveillant avec soin la première apparition des symptômes ? en plaçant en même temps le malade dans le plus grand calme, en ayant recours à de petites saignées locales et autres remèdes médicaux, l’attaque qui, si le malade n’était pas bien soigné, durerait pendant plusieurs semaines, peut souvent être guérie en peu de jours, et la lésion organique du cerveau ne subir comparativement que fort peu d’augmentation. Je puis parler avec confiance des effets favorables des saignées locales dans la folie chronique , un grand nombre de malades, confiés à mes soins, m’ayant fourni l’occasion de me rendre un compte exact de leurs résultats.

Sous l’influence de l’ancien traitement, les paroxysmes étaient intenses et de longue durée; et quoiqu’il soit généralement admis que plus la maladie est ancienne, plus la guérison des attaques est lente et difficile, je n’hésite pas à dire qu’en adoptant les saignées locales et le pian de traitement que j’ai indiqué plus haut, on parvient à diminuer la violence et la durée des accès. En effet, le malade restait habituellement souffrant des mois entiers, quand on se bornait simplement à surveiller les sécrétions et à le tenir autant que possible à l’abri de toute cause excitante ; on le rend aujourd’hui à la santé en peu de jours, en le traitant, d’après la méthode que je propose, dès îa première apparition de l’attaque. Dans Fintervalle des accès, 3e

meilleur moyen do favoriser la santé générale , de contribuer an bien-être du malade et de prolonger la durée du mieux, c’est de l’occuper suivant ses forces, et de le soumettre au traitement doux et bienveillant sur lequel j’ai déjà insisté. Souvent, en persistant avec zèle dans ce traitement, quand la maladie était de longue date et que l’esprit était habitué à une fausse direction , je suis parvenu à prolonger la durée des périodes de convalescence , et à diminuer la longueur et l’intensité des exacerbations, jusqu’à ce qu’en fin , l’attention du malade occupée, l’esprit fût peu à peu dépouillé de ses idées fausses ; par degré le malade était rendu à la santé et ensuite à la société. Il est évident que, dans ces cas, le malade conserve une extrême disposition à la folie, et que toute cause excitante, surtout immédiatement après le rétablissement, amène probablement une rechute. Malheureusement, lorsqu’un aliéné pauvre a longtemps séjourné dans un asile , qu’exempt de soins et d’inquiétudes, il a vu tous ses besoins journaliers satisfaits, il est fort difficile, une fois rendu à la santé, de le faire rentrer dans le monde, et de rendre son existence entièrement dépendante de ses propres efforts , sans faire naître en même temps un sentiment d’anxiété trop énergique pour son cerveau et son système nerveux affaiblis.

Beaucoup de pauvres, après la guérison, se trouvent sans ressources, et la nécessité les force à

entrer dans les hôpitaux, jusqu’au moment où ils peuvent obtenir du travail : épreuve qui est audessus de leurs forces. La bienveillance de Harrison a beaucoup contribué au soulagement des malheurs de ce genre, dans îa partie occidentale de l’Yorkshire. La reine Adelaide préside aux charités, dont le but est de subvenir aux nécessités les plus pressantes des malades qui sortent guéris de l’établissement d’Han wel. Sa Majesté y a contribué pour une somme de ioo liv. sterling, et bientôt, par d’autres souscriptions, ce fonds s’est monté à prés de 1800 liv. sterling. Ce capital a été placé à îa banque , et les dividendes ont souvent fourni les moyens d’assister à propos des convalescents, de prévenir , selon toute probabilité, une rechute, en mettant ces malheureux à même de se maintenir dans une position favorable.

Mais il reste encore une chose à désirer. C’est un établissement convenable pour recueillir les convalescents ; là ils auraient une demeure et la nourriture , jusqu’au moment où ils pourraient trouver à travailler. Une telle institution serait un bienfait inappréciable. Ces établissements, élevés aux frais des communes, finiraient par devenir économiques; beaucoup de malades, qui sont aujourd’hui forcés de rester dans l’intérieur des asiles , parce qu’ils conservent des idées fausses sur des sujets sans importance, passeraient dans ces institutions un temps d’épreuve, et pourraient à la fin être rendus à la société. Bien

que la manière de voir erronée du malade n’influence en rien sa faculté de distinguer le Lien et le mal; et ne l’empêche pas non plus de remplir ses devoirs, elle est un obstacle insurmontable qui empêche le médecin en chef de signer un certificat définitif de guérison; sans lequel les autorités compétentes ne peuvent ordonner le renvoi. Dans beaucoup de circonstances j ces idées erronées , j’en suis sur, s’effaceraient par le contact avec le monde et le retour aux occupations ordinaires. Je connais des exemples de ce genre: des amis de malades en ont fait l’essai; et sont parvenus à obtenir la sortie définitive d’aliénés qu’ils ne voulaient pas laisser plus longtemps à la charge de la commune. Ces tentatives ont été couronnées des plus grands succès. Le changement complet d’objets ; et l’occupation de l’esprit; écartèrent entièrement de la pensée le sujet sur lequel il restait des notions erronées. En cessant d y songer; le malade rectifie par degré ses idées; et devient bientôt parfaitement sain d’esprit. Les amis de plusieurs malades tenteraient volontiers cette expérience pour quelques semaines; mais ils craignent de les avoir toujours à leur charge.

On pourrait remédier à cette difficulté; en construisant un asile de la nature de celui dont nous venons de parler. Mais quand bien même ce serait impraticable, on pourrait encore faire beaucoup en accordant aux convalescents la permission de

sortir , pendant un temps déterminé, pour se mêler au monde avant leur renvoi définitif. Malheureusement, ce plan a rencontré dans le comté de Middlesex une telle opposition, qu’on ne peut songer, quant à présent du moins, à le voir adopter pour Fasile d’Hanwel(i). Le plus souvent, dans les cas anciens de folie, quand on n’a aucune inquiétude pressante sur les besoins journaliers, on devrait essayer beaucoup plus fréquemment qu’on ne le fait ordinairement, du changement de résidence et du retour dans le sein de la famille.

Comme apres un certain temps la violence de la maladie cède, la monotonie de la même situation dans laquelle se trouvent les malades les empêche de voir autour d’eux rien qui puisse distraire leur esprit. Les impressions fausses s’enracinent, et quoique limitées à des sujets peu importants, elles suffisent pour empêcher de certifier l’état sain et pour justifier la détention. Sans changement de lieu, on ne peut espérer aucune améliora-

(r) Cette sage précaution est prescrite dans plusieurs établissements d’aliénés de l’Allemagne. Les convalescents sont renvoyés dans leur famille pour y faire l’essai de leurs forces intellectuelles et morales, avant d’obtenir le certificat de guérison exigé pour la sortie définitive des établissements. Notre nouvelle loi de 1839, sur les aliéne's , ne prescrit rien de semblable pour la France. Elle n’a pas non plus songé , au moins pour Paris , à une maison consacrée aux aliénés convalescents, pauvres, sans travail , et pour ceux dont la guérison est imparfaite , qui conservent quelques idées fausses, quelques préventions injustes qui, s’effaceraient si ces malheureux n’étaient pas dans une maison d’aliénés.

EsqüîROî,»

tion. Dans bien des cas, la réapparition du malade dansle monde ou dans l’intérieur de sa famille, compléterait la guérison, et l’épreuve n’aurait aucun inconvénient (i).

(i) Le traitement de la folie, pour le praticien d’Hanwel , se résume, comme on a pu le voir , en traitement physique et en traitement moral. Mais a-t-il bien indiqué les cas dans lesquels l’un doit être appliqué «à l’exclusion de l’autre ? le moment où doivent cesser les remèdes médicaux, et commencer les moyens moraux? Sur quelle donnée fait-il reposer la nécessité des premiers? sur la présence de l'irritation et de l’inflammation cérébrale ; quels sont leurs signes ? Ici se tait le médecin anglais. C’est que pour lui l’inflammation est plutôt une opinion tlicoique , une idée préconçue, qu’un fait révélé par l’observation. L’inflammation admise, le traitement médical exposé par M. Ellis est, certes, de rigueur. Sans doute il est souvent indiqué, car on ne saurait nier que souvent dans la folie, indépendamment d’autres troubles physiques, il n’y ait , pour me servir des expressions anglaises, augmentation de la circulation de côté du cerveau. Mais alors , dans ce cas , des symptômes révèlent l’irritation des organes encéphaliques ; et l’agitation, l’insomnie, la fièvre ,1a paralysie, etc., sont bien certainement les signes d'une lésion physique ; ils n’ont rien de commun avec les troubles de l’entendement. Mais quand le désordre des passions et des idées existent seuls , comme on le voit dans la monomanie , dans laquelle une conception fausse, une passion déréglée , une hallucination sont souvent la source unique et la seule expression du délire , un traitement médical et pharmaceutique ne saurait faire changer le malade de conviction, réprimer ses penchants , l’éclairer sur ses hallucinations.

Le point important dans l’étude de la folie, c'est donc, sous le rapport pratique, une distinction exacte des phénomènes psychiques d’avec les phénomènes physiques: les premiers seuls caractérisent les symptômes propres de la folie; les seconds , au contraire , constituent des complications , complications dont la fréquence ne peut étonner ceux qui réfléchissent sur les rapports du moral et du physique, et les influences qui doivent unir des maladies qui ont un siège organique commun. Cette distinction n’a point encore été rigoureusement étudiée et établie. M. Leuret, qui en a senti toute l’importance, puisque c’est sur

TRAITEMENT DE LA FOLIE. 3/^g

Je ne puis terminer ce chapitre sans ajouter quelques observations sur un sujet qui touche

elle qu’il fonde l’application exclusive du traitement moral dans certains cas, ne Ta signalée que d’une manière générale [Vu traitement moral de la folie , ouvr. cité), M. Ellis n’a pas paru préoccupé de cette séparation des symptômes psychiques d’avec les symptômes physiques de la folie. Dans aucun endroit de son ouvrage , il n’indique les signes qui révèlent l’inflammation du cerveau , ni môme les lésions organiques qui constituant le caractère de ce qu’il appelle la folie chronique. Pour lui, comme pour la généralité des médecins , c’est l’ensemble des signes psychiques et des signes physiques qui constitue la maladie ; aussi applique-t-il concurremment le traitement physique et le traitement moral. Dans le traitement moral, le praticien anglais, tout en insistant sur son importance , en sentant les puissantes ressources qu’on peut retirer de Faction des idées, des passions qu’on suscite chez le malade, tout en appréciant l’heureuse et salutaire influence du travail qu’il sollicite , il faut en convenir , avec une sagacité et une persévérance remarquables, n’a point montré de quelle manière on pouvait arriver au but. M. Ellis n’a point analysé avec la profondeur qu’on pouvait espérer , les sentiments , les penchants, les idées des aliénés 5 il n’a point pénétré en quelque sorte dans le mécanisme de leur dérangement , pour sonder l’ordre de génération et de succession des idées délirantes , et déduire de cette connaissance des formules propres à guider dans une application méthodique du traitement moral. Pressé par la théorie plutôt que par l’observation , Fauteur anglais a repoussé les deux formes caractéristiques généralement adoptées en France, la manie et la mélancolie (monomanie et lypémanie), qui impliquaient contradiction avec une irritation cérébrale admise comme cause unique de l’aliénation mentale , et par conséquent de deux variétés si différentes de la même maladie. Cependant, sans celte distinction ou toute autre qui permette de placer à part et de discerner l’aliéné chez lequel l'attention, les idées, les passions peuvent être fixées, dominées, maîtrisées par le médecin 5 comment soupçonner l’opportunité des influences morales, et saisir les indications du mode de traitement qu’elles peuvent offrir? Sans doute, dans la pratique, le médecin modifiait le vice de sa classification de la folie en folie aiguë et folie chronique j il ne recourait aux moyens moraux que lorsqu’il

évidemment au traitement de la folie; je veux parler de l’éducation médicale des médecins char-

pouvait arrêter l’attention du malade; cependant faute, d’un guide, il ne pouvait toujours soupçonner la possibilité de leur application, de même qu’il avoue lui-même les avoir d’autres fois employés trop tôt ou inop» portunéinent. L’auteur ne serait pas tombé fréquemment dans cette dernière erreur, ainsi qu’il l’avoue lui-même, pour prémunir les autres contre elle (page 279), s’il s’était appliqué à distinguer la folie simple d’avec la folie compliquée de symptômes physiques. Dans ce dernier cas , en effet, il n’est pas toujours prudent de solliciter les idées, les passions naturelles du malade , pour les opposer aux passions , aux idées délirantes; le cerveau irrité réclame du repos, et non un surcroît d’activité morale.

Le livre de M. Ellis n’en contient pas moins de nombreux exemples de l’influence du traitement moral. En parcourant les observations, on voit toujours, ou presque toujours, la guérison du malade commencer et s’achever avec les occupations diverses auxquelles il s'applique, soit de lui-même, soit sur l’invitation et les encouragements du médecin. Fortement convaincu des effets favorables du travail, témoin des miracles qu’il opérait sous ses yeux, le médecin d’Hanwel en a fait , en général, la base de son traitement moral. Sous ce rapport, le régime d’Hamvel, dont on peut voir l’exposition dans le chapitre VIII, mérite de servir d’exemple. Dans aucun asile, le travail n'a été appliqué d’une manière plus variée, plus large, avec plus d’ordre et de suite. Mais dans les cas individuels, M. Ellis ne paraît pas avoir apprécié complètement toute la portée du fait général qu’il avait devant lui, car il ne semble pas avoir lutté de force et d’énergie pour vaincre les répugnances, l’opposition des aliénés , quand leur esprit résistait à ses pressantes sollicitations et à la contagion de^l’exemple, d’ordinaire si puissante. Il n’a point eu recours, pour les forcer à s’occuper, soit à une contrainte morale continue (à cet égard, l’observation 78 indiquait la voie à suivre), soit à ces fortes secousses , à ces sensations fortuites dont la brusque in*, fluence amène parfois le réveil de la raison. Du reste, la conduite du médecin anglais à cet égard se rapproche de celle généralement suivie. Bien que les bases du ^traitement moral aient été jetées en France, il y a quarante ans , par Pinel, que ce mode de traitement ait été développé,

TRAITEMENT DE LA FOLIE. 35i

gés Je donner des soins ans aliénés. 11 est contraire au bon sens de supposer que Finstinct seul puisse

formulé et constamment appliqué par M. Esquirol; cependant, par suite des nouvelles voies dans lesquelles fut enlraîne'e l’étude de la folie, et peut-être aussi parles difficultés qui découlent de l’application d’un traitement qui réclame une succession d’efforts et d’instante énergie de la part du médecin , le traitement moral semblait devenir secondaire et devoir se réduire à quelques précautions morales , à des consolations et des encouragements. Une réaction commence dans la pratique contre celte tendance. Partant des principes généraux des deux grands médecins que je viens de citer, M. Leuret a revendiqué dernièrement au profit du traitement moral une plus large part. Ce traitement, suivant lui, doit être exclusivement appliqué chez les hallucinés, les monomaniaques et les lypémaniaques , chaque fois que le délire n’est compliqué d’aucun symptôme physique; la présence de celui-ci implique toujours la nécessité de remplir les indications qui en découlent,

« Les aliénés dont le cerveau ne présente aucune altération , ne doivent pas être laissés dans îe repos; leur intelligence s’y perdrait. La thérapeutique morale ne doit pas être bornée à un certain ordre de moyens , surtout à l’emploi des moyens qui , comme les émotions douces, sont très souvent sans effet. Il faut chercher partout des ressources : tous les genres de leviers sont bons , s’ils sont puissants ; l’essentiel est de savoir s’en servir à propos. Le médecin d’aliénés doit avoir la fermeté et le courage du chirurgien ; ses instruments sont les passions, les idées ; qu’il sache s’en servir. Il ne doit avoir en vue que la guérison du malade : qu’il excite donc sa colère , si sa colère peut faire diversion à son délire ; qu’il lui donne , s’il le faut , des motifs de se plaindre de quelqu’un, même de lui, car une passion bien sentie, bien motivée, est souvent le meilleur auxilliaire qu’on puisse appeler à son aide.

« Quand il s’agit d’arracher un homme en proie à une douleur profonde causée par la perte d’un ami , on fait tous les efforts pour le consoler, le distraire, pour appeler son attention sur d’autres sujets. Et si la faim îe presse, s’ils besoin de son travail pour gagner de quoi se nourrir , si on lui intente un procès dont la défense exige tous ses instants , on voit sa douleur diminuer au fur et à mesure que son alien* lion sera plus fortement et plus longtemps détournée du souvenir de,

apprendre à traiter la folie. Nous avons vu que cette maladie., tout en présentant dans le plus

Tarni qu’il a perdu. Soyez donc, s’il le faut, ajoute M. Leuret , pour votre malade , un procès qui le harcèle , une faim qui le presse ; il vous en voudra , mais vous le guérirez.

« La douleur fait partie du traitement moral ; elle sert aux aliénés , comme elle sert dans le cours ordinaire de la vie , comme elle sert dans l’éducation : elle est un des mobiles qui font fuir le mal et rechercher le bien; mais elle est loin d’être toujours nécessaire. Entre les enfants et les aliénés, il y a de nombreuses analogies ; celui qui , pour élever et diriger les enfants, ne saurait que les faire souffrir, les laisserait ignorants et les rendrait stupides 5 celui qui , pour guérir les aliénés , aurait pour unique moyen l’intimidation, détruirait ce qui reste à ces malades de facultés intellectuelles et morales. (Du traitement moral de la folie.)

Le moyen employé le plus souvent par M. Lcuret pour exciter la douleur, est la douche. Il n’a recours ni à l’électricité ni à la machine rotatoire, que nous avons vues être encore en usage en Angleterre ; pour ce médecin , la douche n’est pas un moyen de répression , ni un remède agissant physiquement; c'est un moyen moral : c’est sur la' crainte qu’elle inspire qu’il compte. Un malade , par exemple , en proie à une conception délirante , se croit roi. Le principe de l'application du remède sera celui-ci : croire que Fon est roi , quoiqu’on ne le soit pas, c’est une maladie; le remède à cette maladie , c’est la douche et l’eau froide (.les affusions froides sont très redoutées des malades) 5 tant que la maladie durera, nous emploierons le remède, dès quelle sera passée, nous cesserons. Le malade qui se voit dans l’alternative d’être grand seigneur ou de souffrir , ou de cesser d’être grand seigneur et de ne plus être soumis à aucune contrariété , ne tarde pas à prendre ce derparti (Frag. psychoL, ouvr. cité.). Le même médecin agit d’une manière analogue pour combattre les hallucinations. J’ai souligné ces mots : ne plus être soumis à aucune contrariété ; c’est qu’en effet c’est là le fond du traitement : la douche n’est que l’un des mille moyens que l’intelligence du me'decin doit s’ingénier à trouver, d’après les idées, les goûts , les penchants , les habitudes que peuvent offrir chaque malade en particulier. Que tous les actes, toutes les manifestations qui dérivent de la maladie, c’est-à-dire des idées, des passions délirantes, soient suivis de

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grand nombre des cas les mêmes phénomènes généraux, n’en revêt pas moins une grande variété de symptômes qui réclament beaucoup de soins et de modifications dans le traitement. L’aliénation mentale est généralement reconnue pour êtrela maladie la plus difficile et la plus mystérieuse ; et cependant c’est la seule affection sur laquelle l’élève qui se destine à la médecine ne reçoit aucune instruction spéciale. En suivant les visites des hôpitaux, il aura rencontré, suivant toutes probabilités, les autres espèces de maladies qui affligent l’homme, et en tout cas, ses lectures lui fourniront des indications quant au traite»

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mille désagréments pour l’aliéné ; qu’au contraire toutes les déterminations, la conduite conforme à la raison et aux conseils du médecin , soient récompensées par plus de liberté , par la jouissance de quelques plaisirs , Variés suivant les goûls et les désirs naturels de chaque malade , et l’habitude ramènera ce que les raisonnements n'auraient pu faire.

C’est ainsi qu’on agit à l'égard des enfants, et c’est le même résultat qu'on obtient. Rien du reste ne contribue davantage à prévenir le retour et la persistance des idées délirantes , comme l’occupation de l’esprit. La promenade, tant recommandée, ne vaut pas, sous ce rapport, les travaux intellectuels. L’aliéné qui sait lire, écrire, calculer , apprendre par cœur , sera chargé de montrer à lire , à écrire, à chiffrer à ses compagnons d’infortune*, celui qui ignore, a tout à apprendre ; la musique sera encore un genre d’occupation précieux; jusqu’ici on l’a plutôt étudiée dans son influence morale , et sous ce rapport on n’a pas obtenu les résultats espérés: ces différentes occupations, et d’autres semblables, seront plus favorables à la guérison que les travaux manuels , si généralement recommandés , surtout que les travaux manuels des femmes, qui j es tiennent en général dans une oisiveté presque complète du corps et de

l’esprit.

ment de ces maladies. Le docteur Morisson, mon ami et collègue, est, je crois, le seul professeur qui, à Londres, fasse un cours spécial sur la folie 5 et je sais que ses leçons sont peu suivies. Et en effet, l’aliénation mentale semble rester complètement en dehors de l’enseignement médical, si on excepte ce qu’on en dit dans les cours de médecine légale ; et comme il n’est, aucunement sujet de cette maladie dans les examens, les élèves consacrent naturellement tout leur temps aux études qui sont pour eux d’un intérêt plus immédiat, en les mettant à même d’obtenir leurs diplômes ( medical certificates). Les résultats de cette négligence sont que les médecins, très instruits sous tout autre rapport, commencent à pratiquer avec une ignorance complète des affections mentales et de leur traitement (i).

Il n’est personne, quelle que soit d’ailleurs sa position sociale, qui. ne puisse avoir à souffrir, ou pour lui-même, ou pour ses amis, d’un semblable vice dans l’éducation médicale. Pour un homme de

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(i) Celte fâcheuse négligence dans Renseignement médical avait été déplorée, dès l’année i8o5, par M. Esquirol, dans sa dissertation sur les passions y considérées comme causes, symptômes et moyens curatifs de la folie. J’ai déjà dit dans une note, page 19, que M. Esquirol avait comblé celte lacune en ouvrant un cours clinique des maladies mentales à l’hospice de la Salpêtrière. Ces leçons, qui attiraient un grand concours de nationaux et d’étrangers, cessèrent par la nomination du savant professeur à la place de médecin en chef de la maison de Charnu ton. At

de cœur, quoi de plus douloureux que de se trouver chargé de donner ses soins à un père ou à une m'ere de famille aliénés , de sentir que de lui seul dépend le retour du malade à la raison et au bonheur, quand son ignorance sur cette maladie le rend impropre à cette tâche, et qu’il ne sait où trouver un avis ! Cette situation malheureuse n’est point imaginaire et se rencontre souvent : que d’exemples de membres considérés et importants de la société, bannis à jamais du commerce du monde et relégués pour toujours dans l’obscure retraite d’un asile, uniquement par l’ignorance du médecin chargé de les soigner î Pour remédier à d’aussi déplorables résultats, la première chose à faire serait d’empêcher tout étudiant de passer ses examens comme médecin, chirurgien ou apothicaire, sans auparavant produire des certificats attestant sa présence à des cours sur la folie, qui, comme toutes les autres branches de la médecine, devrait être l’objet d’un examen spécial. Sans doute, on rencontrerait d’abord de nombreuses difficultés, principalement pour trouver de bons professeurs pour les écoles de provinces • mais ici , comme en tout autre chose , les besoins créeront des ressources. Que le temps et le travail nécessaires à la connaissance de ce sujet reçoivent une juste rémunération, et des hommes de mérite y dévoueront leurs veilles, et les recherches auxquelles se livreront ceux qui seront chargés d’enseigner l’aliénation mentale, finiront

par jeter beaucoup de jour sur cette maladie. A l’étude de la folie , je recommanderai de joindre celle de la phrénologie, à cause des rapports de l’une et de l’autre (1).

Les penchants que 3a phrénologie nous apprend à reconnaître , et la facilité qu’elle nous donne pour saisir des variations qui, bien que minutieuses et peu importantes en apparence, sont en réalité les signes de changements importants dans Faction du cerveau , suffisent seuls pour recommander cette étude à notre plus sérieuse attention. Mais je n’hésite pas à dire qu’indépendamment de son utilité indirecte pour nous aider à acquérir une connaissance plus exacte de Fétatdu malade, la phrénologie peut être appliquée directement à xm but plus utile. J’ai déjà exposé une preuve de ses avantages; je pourrais en mentionner d’autres, dans lesquels un examen approfondi de la tête, sans connaissance préalable ou renseignements sur les habitudes du malade, m’a suggéré la marche d’un traitement moral, dont les effets ont confirmé les prévisions. On ne saurait s’étonner d’un semblable résultat , en se rappelant que les organes dont les fonctions produisent les grandes différences de caractère , forment les grandes masses du cerveau ; pour distinguer leurs dimensions relatives et

(i) M. Ellis est phrénologiste , et cependant son livre, si éminemment pratique, offre fort peu d’applications de cette théorie à la thé^ rapeutique dç l’auteur. Esquirol.

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fourê fonctions particulières , il nfest pas focsoitt d’avoir nécessairement recours à des crâniomètreS* ni de déterminer leur étendue, à l’épaisseur d’un cheveu près. Un simple coup d’œil suffît è une personne qui a l’habitude d’observer, pourrecon-* naître si la conformation de la tête indique un homme naturellement courageux et passionné 1 ou un homme timide et circonspect; et pour faire distinguer entre les hommes doués des facultés les plus intelligentes et les plus élevées , et qui sont par conséquent proportionnellement plus responsables aux yeux de Dieu , de l’emploi journalier qu’ils en font , et ceux qui , moins libéralement dotés , sont obligés de lutter contre le penchant organique qui les porte aux jouissances physiques; cette exploration suffit pour faire voir qu’entre eux l’effort est différent, mais pas plus difficile à vaincre que ne l’est la disposition naturelle qui détourne les plus hautes facultés de l’esprit de leur véritable but, ou les consacre à la contemplation et au service de la créature au lieu du créa*teur.

Je sais que l’instruction qui résulte seulement des leçons théoriques ne serait pas suffisante pour apprendre à déterminer les applications du traitement physique et moral de la folie; mais la connaissance des symptômes précurseurs qu’on pourrait acquérir de cette manière, empêcherait souvent de laisser éclater une attaque d’aliénation

358 ALIENATION MENTALE,

mentale , et, dans tous les cas, mettrait le malade à l’abri d’un traitement imprudent, au début de la folie, et par suite, préserverait du danger de voir la maladie rendue incurable.

Les leçons de clinique ( clinical lectures) ont été fortement recommandées ; et si l’instruction des élèves était seule en cause , il n’y a pas de doute qu’elles devraient être adoptées. Mais on doit avoir présent à la pensée, que la santé et la guérison des malades sont la première chose à considérer.

Il n’est pas de médecin expérimenté qui né prévoie que l’excitation qui serait produite sur l’esprit des malades par la présence d’un certain nombre d’élèves qui parcourraient un asile, comme ils parcourent un hôpital, serait très préjudiciable, et mettrait, dans bien des cas, un obstacle à la guérison. Cette mesure ne peut donc jamais être adoptée d’une manière générale ; mais il n’y aurait pas d’inconvénient à permettre aux jeunes médecins qui voudraient s’appliquer plus particulièrement à l’étude de l’aliénation mentale, de fréquenter tous les jours les asiles publics. Ils pourraient être d’un utile secours dans ces établissements : ils se familiariseraient avec les détails de la direction des aliénés, et acquerraient des notions précises sur les formes diverses de la maladie, et sur son traitement moral et médical. Iis se prépareraient soit à prendre la direction de quelque établissement public, soit à faire, en de-

TRAITEMENT DE LA FOLIE. 3Sq

hors de leurs occupations particulières, des leçons propres à communiquer d’utiles et de précieuses connaissances aux autres.

Mais pour que Faliéné puisse réellement être placé sous l’influence des circonstances les plus favorables, l’instruction ne doit pas être restreinte à notre sexe. De fortes présomptions et des préjugés (improper feelings) existent depuis longtemps contre les services des femmes à des emplois plus élevés que ceux de domestiques (servants), de sorte qu’elles ne peuvent se faire un état autre que celui de gouvernante (governesses). Toute autre occupation est considérée comme avilissante j mais j’ose espérer qu’un jour plus brillant luira sur la société , et que l’application des facultés les plus élevées des femmes à des sujets d’utilité cessera bientôt de surprendre. On ne peut douter des bons effets d’un pareil changement pour leur propre bonheur. Elles seraient heureuses et Hères d’échapper à l’ennui, et Sauraient plus besoin de profiter de ces mille ruses auxquelles souvent elles sont dans la nécessité d’avoir recours pour tuer le temps. Une mesure aussi utile tournerait, en dernière analyse, à l’amélioration et au bonheur de l’espèce humaine. Je ne connais pas de profession dans laquelle la douceur et la finesse naturelles aux femmes soient plus utilement employées qu’à acquérir les connaissances propres à diriger les soins particuliers que réclament les aliénés. Une épouse, une sœur, une fille, montrent les signes

ICO ALIÉNATION MENTALE*

précurseurs d'une aliénation mentale; il existe Une sensibilité morbide excessive ; il faut que la malade soit enlevée de chez elle et confiée à des étrangers. Peut-on mettre en doute les avantages qu’offre pour la guérison une compagne douce , d’un esprit vif et cultivé, et qui possède assez d’instruction sur les maladies mentales pour être capable de mettre à exécution , avec soin et discernement, sous la direction d'un médecin , un traitement convenable, médical et moral? Un mari, un père, un frère, ne regarderaient-ils pas comme une bienfaitrice , une femme douée de ces qualités et d’une pareille instruction, qui voudrait se charger de leur parente? Si une dame instruite et d’un esprit élevé est d’une si grande utilité auprès d’un seul malade, il est inutile d’insister sur les avantages qu’offrent les directrices (matrons) dans les asiles publics, lorsqu’elles possèdent l’instruction nécessaire pour cet emploi. Je ne veux pas dire que les femmes doivent entrer dans les amphithéâtres de dissection (dissecting room ) ou bien suivre un cours complet de médecine , mais il serait à désirer qu’elles eussent l’occasion d’acquérir une connaissance complète et précise des aspects divers sous lesquels se montre l’aliénation mentale, de la conduite â tenir avec les malades, des dangers contre lesquels il faut se tenir en garde, ainsi que du traitement moral qui doit être adopté.

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