‹ Traité de l'aliénation mentale ou de la nature, des causes, des symptômes et du traitement de la folie comprenant des observations sur les établissements d'aliénésChapitre 2 sur 54 · j .v /' . ■; r ■ ;• N f ~ ii . . I · texte numérisé non relu

j .v /' . ■; r ■ ;• N f ~ ii . . I

(1) F. Lelut, Du démon de Socrate. Paris, *$36, (a) Sprenget, Histoire de la médecine , t. I,

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recevoir toutes les impressions , les rendait plus propres à recevoir celles qu’il était de l’intérêt du sanctuaire de leur suggérer. Encore de nos jours, ne sont-ce pas des conditions semblables qu’exigent de leurs somnambules les magnétiseurs, pour obtenir des prodiges propres à en imposer aux personnes amies du merveilleux. Toujours, à toutes les époques, les mêmes effets ont été dus aux mêmes causes , et les mêmes causes ont produit les mêmes effets. D’autant plus faible que le système nerveux avait subi de plus fortes commotions, la femme, dans les conditions physiologiques que je viens d’indiquer, se ployait mieux aux manèges du fanatisme, nécessaires pour en imposer à la confiance et entretenir la superstition. Presque tous les oracles, dans l’antiquité, sont rendus par des femmes. Le plus célèbre de tous, celui de Delphes, ne faisait point exception à cette règle. A Delphes, la pythie était choisie d’ordinaire parmi les filles pauvres, sans éducation , sans expérience, de mœurs très pures et d’un esprit borné ( i). Triste, abattue, excédée de fatigue, menacée, torturée par les prêtres qui l’entouraient, la malheureuse femme se plaçait, enfin sur le trépied sacré. La poitrine gonflée, le visage pâle, les membres agités (2), elle faisait entendre des cris

(1) Barthélemy, Voyage iV Anacliarsis , chap, xxir, d’après Plutarque , De pyth. orac.

(2) Id. j 1. c. , d’après Lucaiii ,Phars.} liv. V 5 Van Dole, De orac,

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plaintifs et de longs gémissements. Bientôt, les yeux étincelants, la bouche écornante, les cheveux hérissés, ne pouvant ni résister à la vapeur qui l’opprimait, ni s’élancer du trépied où onia retenait, elle prononçait, au milieu des hurlements les plus affreux , quelques paroles incohérentes, que les prêtres recueillaient et s’empressaient de mettre en ordre (l). Pauvre humanité! Ces fonctions affreuses ont coûté la vie à plusieurs de ces pauvres créatures (2). Tel est le rôle qu’on a longtemps fait jouer aux tristes victimes à la fois de la sottise et des infirmités humaines, dans les temples de l’antiquité. Peuplée de divinités et de démons par le génie mythologique des anciens, la nature, incessamment interrogée sur l’avenir, répondit ainsi par la bouche des malades jusqu’au moment où, suivant la belle expression de Fontenelle, le christianisme, en éclairant le monde , rendit les oracles muets sur toute la terre (3).

Les aliénés, victimes de la colère des dieux, devaient nécessairement être adressés aux ministres des autels pour obtenir du soulagement à leurs maux. Dans la Grèce, un corps de prêtres était chargé de desservir les temples d’Esculape, le dieu

(1) Barthélemy, 1 c. , d’après Lucaîn , Pharsale , liv, v ; Van Dale, De orac.

(2) IJ., d’après Plut., Des oracl.

(3) Histoire des oracles. Paris, 1687,

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de la santé. Seuls , les Asclépiades avaient le privilège d’exercer la médecine : c’était dans leur temple que les malades accouraient chercher des conseils et des secours. Une multitude de cérémonies préparatoires , telles que les purifications, les ablutions , les onctions, les jeûnes, elc., auxquelles les malades étaient soumis avant de péné® trer dans le sanctuaire, et qui se faisaient avec un appareil religieux, étaient éminemment propres à agir sur l’imagination des mélancoliques , que les distractions du voyage et l’attente de choses nouvelles et extraordinaires, disposaient d’ailleurs favorablement. Sous le rapport de la thérapeutique mentale, il est bien certain que la médecine des temples d’Esculape a dû être, dans certains cas, couronnée de succès; de même que dans l’Europe du moyen age, des pèlerinages accomplis avec une foi naïve, à une chapelle renommée, au tombeau d’un saint célèbre , ou bien les prières d’un vénérable évêque, dites avec toutes les pompes du culte, ont souvent chassé l’esprit malin du corps des possédés.

Ce que nous venons de dire des aliénés de l’ancienne Grèce , avant la période philosophique, nous pourrions le répéter de tous les peuples anciens. Chez les Egyptiens et les autres nations de 1 Orient, à Rome avant la conquête de la Grèce, dans les Gaules et les autres contrées du nord de l Europe , enfin les peuplades de l’Amérique, partout, chez les peuples primitifs ou ignorants, à

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l’origine des sociétés, on voit la médecine entre les mains des prêtres, et les aliénés, considérés comme les amis des dieux, rendre des oracles , ou regardés comme les victimes du courroux céleste, et par conséquent soumis aux purifications , aux expiations, aux exorcismes des ministres des autels. Mais cet état de choses devait enfin cesser pour la Grèce, où une heureuse révolution allait affranchir l’esprit humain du joug des explications théologiques.

En dehors du sacerdoce médical de la Grèce, vers la 5oe olympiade, de grands changements s’opéraient. Eu effet, grâce au génie des premiers philosophes , la science allait être enfin créée (i). Rejetant les explications théologiques, ces pères des connaissances humaines abordèrent hardiment la d iscussion des causes naturelles des phénomènes; et, en se tenant constamment sur les degrés des temples, ils étaient parvenus à en pénétrer quelques-unes, malgré les mystères sacrés dont les prêtres cherchaient «à les voiler. Observant ensuite par eux-mêmes , ils soumirent la nature à leurs propres études. De même qu. ils avaient rattaché les autres maladies à certaines conditions organiques, ils y rattachèrent l’aliénation mentale. Philoiaiis, de l’école de Pythagore, rapportait, dans un Traité

(1) Voyez sur cette révolution, qui fut peut-être la plus importante pour l’avenir de l’esprit humain , Sprengel , Histoire de la médecine , t. I , chap, i , sect. 3.

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sur la nature , l’intelligence au cerveau et Fame sensible au cœur. Parmi les écolespythagoriciennes, celle d’Italie (i) était célèbre du temps d’Hérodote, et Hippocrate paraît y avoir puisé quelques-uns des principes qui dominent ses écrits (2). Du reste, avant le père de la médecine, Anaxagore de Clazomène avait rattaché les maladies aiguës à Faction delà bile (3); et la théorie bilieuse de la folie était déjà si vulgaire du temps d’Aristophane, que ce poëte parle de la bile noire et de l’aliénation d’esprit qui s’y rapporte (4). Doit-on admettre, avec Cælius Aurelianus, que Démocrite , contemporain d’Hippocrate, ait composé un Traité des maladies convulsives ?

La médecine des gymnases, également antérieure à Hippocrate, n’a pu avoir aucune influence sur l’étude et la thérapeutique des maladies mentales; tout ce qu’on peut dire, c’est que les exercices gymnastiques, en fortifiant le système musculaire, devaient prévenir le développement de l’irritabilité du système nerveux.

La révolution scientifique provoquée par les écoles philosophiques de la Grèce, constituées en dehors de l’esprit théocra tique et contre son influence, en provoqua une autre au sein meme de

(1) L’école de Crotone.

(2) Littré, trad. d'Hipp. , 1. 1, intvod.

(3) Aristote, Deparlib. animal 1. IV.

(4) Aristophane, comédie de Plutus.

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la congregation des Asclépiades, qui, jusqu'alors avait joui du monopole des choses médicales. Cet institut fut dissous par ses membres eux-mêmes, qui divulguèrent les connaissances pratiques que le temps et l’observation avaient léguées à leur ordre. Les notes consignées dans les temples d’Esculape par les malades , ainsi que c’était l’usage au rapport de Strabon, furent publiées; il paraît même que l’ouvrage hippocratique des Prénotions de Cos et le Ier livre des P rorrhétiques , ne seraient qu’un recueil de ces notes. Ces livres, évidemment anterieurs à Hippocrate, signalent « la tristesse avec taciturnité, l’amour de la solitude avec l’envie de se suffire à soi-même, comme les caractères de la mélancolie (1).» Ce passage est, je crois, l’énoncé le plus ancien que nous possédions des symptômes généraux de cette forme de l’aliénation mentale. Le

même livre semble révéler également la gravité du délire, compliqué de symptômes de paralysie chronique, soit qu’ils suivent ou précèdent la manie (2). Cette gravité, signalée de nos jours de nouveau par M. Esquirol et son école, n’aurait point échappe par conséquent aux prêtres d’Esculape , qui considéraient cette "complication comme mortelle; malheureusement la pensée grecque est un peu obscure, la phrase ne paraissant pas se restreindre au délire chronique seul. Il est vrai que, dans sa

fO P renouons de Cos , trad, franc de Gardeih (2) Pren. Coarj.

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gméialité, l'aphorisme n’est pas moins exact app!i jüé au délire aigu comme au délire chronique. Les mouvements convulsifs compliquant la manie sont également regardés comme mauvais (1): «Le tremblement de lalangue annonceledélire(‘i).» Les rapports de la manie avec l’irritation de l’estomac sont entrevus (3) : « Les vomissements avec agitation, voix basse et les yeux fixes, sont les signes qui annoncent la manie (4). » L’insomnie est indiquée comme signe précurseur du délire (5).

Dans le Prorrhitique , le délire furieux qui éclate pour peu de chose est attribué à la bile noire.

L’aliénation mentale avait donc été étudiée médicalement avant Hippocrate; elle était rapportée à la présence d’une espèce de bile, la bile noire, appelée mélancolie (p^oeç, yo)^), mot qui servit à désigner ensuite, non plus la cause, mais la maladie elle -même, ou du moins une de ses formes. Le traitement consistait dans l'évacuation de cette bile noire à l’aide du vomi-purgatif habituel, hellébore, dont l’usage remonte au temps mythologique. La tradition rapporte que le devin Mclampe guérit, en les purgeant avec ce médicament, les Prœtides, atteintes de zoanthropie (G), et qui

(i) Prorrh li v. I, trad, fraiiç. de Gardeil. (a) Ibid.

(3) Pren. de Cos, I. III, ch. lu.

(4) Ibid., ch. iv.

(5) Pren. Coac/.} li v. III, ch. r.

(C) Elles se croyaient changées en vaches.

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erraient dans les plaines de la Thrace en poussaut, dit-on * des beuglements analogues à ceux des vaches.

Hippocrate, dans ses œuvres légitimes, ne traite pas d’une manière spéciale de l’aliénation mentale; mais il lui applique les principes généraux de sa doctrine. Ainsi il constate que les hémorroïdes dans la mélancolie sont favorablés (i), que les varices et les hémorroïdes guérissent le délire maniaque (2); que le changement de la manie en dysscnteric, ou même en hydropisie ou en délire morne, est avantageux (3). On ne trouve dans ses écrits aucune observation détaillée de folie; peut-être néanmoins l’observation il du IIIe livre des Epidémies (4) est-elle un accès de manie, jugé le troisième jour, par l’éruption des règles. Il s’agit d’une femme , d’un caractère inquiet, logée dans la plaine près Pylade à Thase , qui eut quelques chagrins à la suite desquels survint la perte du sommeil. Elle n’était point alitée, elle avait un grand dégoût, de la soif, de l’agitation. Le premier jour, à l’entrée de la nuit, elle avait des frayeurs, elle parlait beaucoup , elle s’emportait ; il y avait peu de fièvre. Le matin il y eut beaucoup de convulsions; quand elles ces-

(i) Aphorismes , sect. 6.

(a) Ibid.

(3) Aphorismes y liv. VIL

(4) Chap. 3.

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saient, le délire venait; elle disait des paroles obscènes; elle était continuellement dans de grandes agitations. Deuxieme jour. De même, point de sommeil; fièvre violente. La nuit, elle sua abondamment de tout le corps; point de fièvre. Le sommeil revint, la connaissance était parfaite ; le mal fut jugé. Troisième jour . Des urines noires avec des nuages considérables ronds. Point de sueurs. Les règles coulèrent abondamment dans la crise (i).

On doit encore au père de la médecine d’autres remarcpies sur l’aliénation mentale. Suivant lui, les frayeurs et la tristesse qui durent longtemps jettent dans la mélancolie (t); grincer des dents, quand ce n’est pas une habitude de l’enfance, menace le malade d’un délire maniaque , et cela est grave (3). Les délires dans lesquels le malade rit sont moins funestes ; ceux dans lesquels il témoigne du chagrin sont très dangereux (4). Hippocrate ne s’est pas borné à appliquer à la folie sa belle doctrine des influences extérieures , en signalant l’automne et le printemps comme les saisons favorables au développement de la manie et de la mélanco-

(i) Epid. , trad, de Gardeil.

(•2) Aphor liv. IV, sect. 6 , trad, de Gardeil.

(3) Pronostic , sect. 3, trad, française des OEnvres complètes d’ Hippocrate, parM. Littré, t. II, Paris, ^o.

(/g Aphor.) îiv, IV, sect. 7.

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colie (i); il cherche à constater l’action générale des climats sur le caractère moral des peuples. « Quant à la pusillanimité et au défaut de courage, si les Asiatiques, dit-il, sont moins belliqueux et d’un naturel plus doux que les Européens, la cause en est surtout dans les saisons, qui n’éprouvent pas de grandes vicissitudes ni de chaud ni de froid, mais dont les inégalités ne sont que peu sensibles. Là, en effet, ni l’intelligence n’éprouve de secousses , ni le corps ne subit de changements intenses ; impressions qui rendent le caractère plus farouche et qui y mêlent une part plus grande d’indocilité et de fougue qu’une température toujours égale. Ce sont les changements du tout au tout qui, éveillant rintelligence humaine, la tirent de l’immobilité (2). » Après avoir parlé des chaleurs fortes, des hivers rigoureux, des pluies abondantes qui se succèdent dans les contrées de l’Europe, et modifient i’organisat ion physique de ses habitants, le médecin grec remarque que les mêmes variations frappent sur le moral, « Dans de tels naturels prédominent les dispositions farouches , la rudesse et l’emportement : car les secousses fréquentes que donne le climat mettent dans le caractère la rudesse et y

(1) jéphor,, liv . Ill, trad, de Gardeil.

(2) OEuvres d'Tlipp trad, de Littré , t. II, Des airs , des eaux ci des lieux,

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éteignent la douceur et l’aménité. Une perpétuelle uniformité entretient l’indolence; un climat variable donne de l’exercice au corps et à Tame. Or, si le repos et l’indolence nourrissent la lâcheté, l’exercice et le travail nourrissent le courage (1). » En recherchant ainsi dans les influences physiques la cause des phénomènes naturels, Hippocrate répudiait complètement l’idée, encore si commune de son temps, et qui avait été générale avant lui, que les maladies provenaient d’une infliction divine: «Pour moi, dit-il, aucune maladie n’est plus divine ou plus humaine que l’autre, mais toutes sont semblables et toutes sont divines. Chaque maladie a une cause naturelle, et sans cause naturelle aucune ne se produit (2). » C’est sous l’influence de cette idée philosophique qu’il a cherché à rendre compte des causes physiques de la maladie des Scythes. Avant lui, Hérodote avait parlé de cette affection sous le 110m de maladie féminine , vovgoç 6rds'oc (3), attribuée par les Scythes à la colère de Vénus, qui avait frappé d’impuissance ceux d’entre eux qui avaient pillé le temple d’Àscalon. Suivant Hippocrate, cette impuissance valait, à ceux qui en étaient atteints, le nom dî efféminés (4); et lorsque, après plusieurs

(ï) Œuvres cVHipp, , trad, de Littré, t. IÎ, Des airs , îles eaux et des lieux ,

(2) Ibid ouvr. cit., sect, 22.

(3) Hérodote , liv. I , c. cv.

(!) De l’air, des eaux et des lieux, trad, franc, de Littré, t. îî ? Paris , 1840.

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tentatives auprès des femmes , ils restaient complètement impuissants dans la lutte, ils s’imaginaient avoir offensé le dieu à qui l’on attribuait cette affliction. Alors ils prenaient des habits de femmes, déclaraient leur infirmité, et vivaient et s’occupaient ensuite comme les femmes. Le médecin grec attribue aux coutumes des Scythes, qui montaient continuellement à cheval et portaient des vêtements étroits, cette singulière maladie, sur la nature de laquelle les opinions anciennes et modernes ont constamment varié. Les uns Font considérée comme un vice, la pédérastie (t), comme une maladie ordinaire, des hémorroïdes, la blennorrhagie (2); les autres, et particulièrement Sauvages (3), comme une espèce d’aliénation mentale, de mélancolie. M. Esquirol semble partager cette dernière opinion (4). Si l’on réfléchit que les efféminés, d’après la re-

(1) C’est l’opinion la plus ancienne , celle de Longin {Du sublime , ch. xxvm), (les commentateurs deLongin, Toll et Pearce, de Bouliier {Rech, et cliss. sur Hérodote) , de M, Piosenbaum [/list, de la syphilis, en allemand, i83()), d'après M. Littré ( OEmr . d' Hipp t. II, avertissement), qui parait pencher également pour cette manière de voir,

(2) Valekenaer {Mem. scythicay in com/n., Pelropolitan., 1782, t- nft Hist, universelle, 6e part., Guy-Patin , Henslcr [Hist, delà syphilis , en allemand , 1783 J, etc. Littré , onvr. cité.

(3) Nosol. méthodique , t. II, p. yîtô, Paris, 1771. La même opinion est partagée par Heyne , Bose {Pros', de Scyl/iamm vov , Leipsic , i7"4)> Coray, le traducteur d’Hippocrate {De aere , locis et aq.). Littré, ouvr. cité.

(4) Maladies mentales , t. IT,

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marque expresse d’Hippocrate (1), étaient vénérés et adorés, ce sera, avec les habitudes singulières qu’ils affectaient , une preuve de plus en faveur de cette dernière opinion. L’impuissance, symptôme capital de la maladie des efféminés, rattache cette obscure affection à l’infirmité de ceux qui*, dans l’Europe moderne, croyaient qu’on leur avait noué l’aiguillette.

La manière dont Hippocrate considérait la nature des maladies, qui ne pouvaient avoir, comme il le dit, rien de divin , ni les unes , ni les autres, fait pressentir d’avance, que pour l’aliénation mentale, il doit rejeter tout ce que la superstition ihéocratique avait préconisé. Attribuant la maladie à la présence de la bile noire, comme il l’avait appris de l’école pythagoricienne, et comme l’enseignaient les doctrines de Cos, il recommande de purger abondamment par le bas les gens travaillés de la bile noire, en suivant toujours la méthode d’employer les moyens contraires au mal (2). Le purgatif d’Hippocrate était l’ellébore ; dans l’aliénation mentale, il le prescrivait sans doute avec les précautions et la réserve qu’il indique d’une manière générale pour ^administration de ce remède (3).

(1 )Dss airs , des eaux et des lieux.

(2) siplior. , liv. IV, trad, de Gardeil. (5) Ibid,

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Il rejetait toutes les pratiques superstitieuses qui, pendant longtemps avant lui , avaient présidé à Femploi du remède. Celui qui cueillait la plante, l’arrachait en se tenant droit et en adressant des prières à Apollon et à Esculape (i). Le malade ne pouvait prendre le médicament qu’en observant certaines précautions, le plus souvent puériles, sur la nature des aliments à prendre la veille de l’administration du remède, 1 heure à laquelle il devait être administré. Les effets de l’ellébore étaient favorisés par une foule de pratiques diverses, particulièrement le balancement du malade dans des lits suspendus (2). Enfin le lieu même où devait être récolté le célèbre médicament était d’une grande importance. L’ellébore d’Ànticyre jouissait d’une haute réputation , et pour être plus sur de ne pas être trompé, on envoyait les malades prendre le remède sur les lieux mêmes; delà celte expression proverbiale, si répandue dans la Grèce , pour désigner les personnes atteintes d’aliénation mentale : Voyager à Anticyre, JSavlgare Anticyras. L’administration de l’ellébore remonte aux temps mythologiques. Nous avons vu que Mélampe l’avait, disait-on, employé pour guérir les filles du roi Prœtus 5 Hercule passait éalement pour avoir été guéri par son emploi. Cette haute anlb

(1) James , Diet, de méd art. Helleborus , d’après Diôscoritle.

('>) Pinel, Encyclopédie méthodique, part, médicale, art. FAI charisme.

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quite explique le merveilleux et les cérémonies superstitieuses dont on avait cherché à couvrir Faction favorable des effets naturels de ce purgatif.

Quoi qu’il en soit, Hippocrate l’employait d’autant plus fréquemment contre les affections mentales , qu’il paraît s’être borné simplement au traitement physique j du moins, dans ses écrits, il ne reste rien qui démontre qu’il ait eu recours à un traitement moral. Mais Hippocrate avait entièrement dégagé l’administration de l’eliébore de toutes les superstitions et les puérilités que le temps et la crédulité avaient mises en honneur : pour lui, hellébore était un agent thérapeutique propre à provoquer la purgation, a évacuer les matières bilieuses, cause physiologique du dérangement de l’esprit, et rien de plus. L’esprit positif du père de la médecine se refusait à toute interprétation étrangère à celle qu’il se faisait des lois naturelles.

Telles sont les véritables doctrines d’Hippocrate sur l’aliénation mentale, doctrines auxquelles plusieurs de ses disciples se montrèrent, fidèles, ainsi que nous allons le voir en cherchant dans la Collection des écrits hippocratiques les notions qu’on pouvait posséder alors sur cette maladie (i ).

(i) Personne n’ignore que, sous le nom c VOEuvres d’ Hippocrate , nous possédons une collection d’écrits qui sont loin d’appartenir au même auteur. Les uns sont d’Hippocrate , les aulres sont antérieurs à ce grand homme; le plus grand nombie appartient à ses lils , à ses disciples et à ses successeurs. Quelques uns rntunc des traités

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