XXXI V INTRODUCTION
Dans le Traité de F épilepsie , ouvrage qui , s’il n’est pas du maître, en reflète du moins les doctri-* nés les plus pures, l’auteur établit d’abord que la maladie , bien qu’elle soit appelée sacrée, n’est pas plus sacrée que les autres. C’est par ignorance, ditil, que les hommes lui ont donné une origine et des causes divines ; si elle présente des symptômes qui paraissent extraordinaires, on voit également des maniaques, des gens délirant sans cause manifeste, qui font des choses qui doivent paraître fort étonnantes: il y en a qui, dans le sommeil, crient et gémissent; certains qui se sentent étouffés; quelques-uns qui sautent du lit, qui marchent et sont hors de leur raison , jusqu’à ce qu’aprcs s’être éveillés, ils se trouvent aussi sains qu’au paravant, jouissant parfaitement de toutes leurs facultés ; on remarque seulement qu’ils sont un peu pâles et faibles (1). « Je regarde ceux qui ont consacré l’épilepsie à la divinité , continue l’écrivain hippocratique , comme des gens de même espèce que les prétendus sorciers, les enchanteurs, les charlatans, les bigots, qui veulent faire accroire qu’ils commercent avec les dieux, et qu’ils en savent plus que le reste des humains. Ils ont couvert
qui y sonl compris sont apocryphes, et en particulier uu traité sur la folie , De insania,
(i) OEuv. d’Hipp., De morb . sacr, , cap. ï. L’auleur parle ici du cauchemar et du somnambulisme.
HISTORIQUE ET STATISTIQUE. XXXV
leur insuffisance du manteau de la divinité (i). » Qui ne reconnaît ici une polémique ardente, une lutte contre les vieilles opinions? Ce n’est pas à une époque comme la nôtre qu’il serait possible de méconnaître les difficultés de jtoute sorte qui s’opposent à la propagation des idées, nouvelles surtout lorsqu’on veut les faire pénétrer dans les esprits d’ordinaire si prévenus contre elles. Si le disciple d’Hippocrate parle un langage qui semble rappeler les discussions de nos temps modernes, c’est qu’il lutte pour combattre des théories populaires, ou plutôt des préjugés contre lesquels ne prévaudront que difficilement et à la longue des opinions plus raisonnables. En effet , malgré les discussions philosophiques, malgré les théories purement naturelles de la médecine d’Hippocrate , et même plus, malgrélessarcasmeset les épigrammes du plus audacieux des poètes comiques , d’Âristophanes, qui avait osé dérouler sur la scène les mystères des temples d’Esculape, et les livrer à la risée du peuple (2), Fauteur de l’un des traités de la Collection hippocratique, postérieur à Hippocrate, se plaint que les jeunes filles hystériques, à la suite de leurs accès, fassent des vœux à Diane, aillent dans les temples suspendre leurs bijoux, leurs vêtements les plus précieux, au lieu de se
(1) OEm>. d’Hipp., ouvr. cité, trad, de GardeiL
(2) Comédie de Plutus ,
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