CHAPITRE VIL
DE L’APOPLEXIE, DE L’EPILEPSIE ET DES MALADIES ACCIDENTELLES DES ALIÉNÉS.
Dans la première partie de cet ouvrage , j’ai dit que je considérais l’apoplexie plutôt comme une variété de Ja maladie du cerveau et du système nerveux , qui chez run produit la folie , chez un autre l'épilepsie, et des convulsions chez un troisième, que comme une cause directe et fréquente de l’aliénation mentale. Cependant on ne peut nier que l’apoplexie, quand elle est purement sanguine, ne puisse souvent occasionner cette maladie, qui sans doute alors dépend de la lésion du cerveau que déterminent la congestion de ses vaisseaux , ou plutôt un épanchement sanguin dans quelque point de la substance cérébrale, qui n’entraîne pas nécessairement la mort, quoiqu’elle en soit le plus souvent le résultat immédiat. La folie causée par l’apoplexie s’accompagne , le plus souvent, d’un certain degré de paralysie * surtout dans les organes de la voix. On ne remarque quelquefois qu’un léger bégaiement, mais qui aug-
mente peu à peu, jusqu’à l’abolition complète du sentiment et du mouvement (i).
Dans tous ces cas, le pronostic est fâcheux, le malade succombe bientôt sous la violence des symptômes. La peau ( integuments ), celle des extrémités surtout, perd sa vitalité au point que
(i) Il est bien évident que l’auteur fait ici confusion. Il prend les symptômes de la maladie décrite par les médecins français sous le nom de paralysie générale des aliénés , pour ceux de l’apoplexie. Sans doute on observe assez souvent des attaques d’apoplexie , soit avant l’explosion de l’aliénation mentale, soit dans le cours de cette maladie. Mais la paralysie est presque toujours partielle dans l’apoplexie ; elle se montre brusquement à son plus haut degré d’intensité , et rétrograde ensuite souvent au lieu de faire des progrès. La paralysie résultat d’une encéphalite partielle , est également bornée à une partie circonscrite des fonctions de l’organisme, à un bras, à une jambe, à un côté du corps, etc. La marche de la paralysie générale, au contraire, son invasion, diffèrent entièrement. Elle commence le plus souvent par la langue : dans la conversation, le malade prononce certains mots avec plus de lenteur , en hésitant ; il faut de l’habitude pour discerner ce premier degré; bientôt le bégaiement est manifeste ; il existe en même temps moins de solidité dans la marche, ce qui n’empêche pas les malades de prendre de l’exercice; les bras paraissent jouir de leur mobilité ordinaire. Ces premiers désordres augmentent , et enfin le langage devient inintelligible; les jambes ne supportent plus le corps, les bras s’appesantissent, et successivement la résolution devient gcne'rale. Cette espèce de paralysie est une des complications les plus fréquentes delà folie, surtout delà démence, et n’a rien de commun avec la marche et le développement de la paralysie qui résulte de l’apoplexie ou de l’encéphalite partielle. J’ai déjà parlé de cette grave complication dans la note de la page 210. Il est vraiment extraordinaire de voir les médecins anglais n’être pas davantage au courant des travaux des médecins du continent. Dans la note qui suit, M. Esquirol fait un autre reproche à M. Ellis. A.
MALADIES ACCIDENTELLES DES ALIÉNÉS. 3<S3 la pression seule suffit pour en produire la désorganisation.
Je ne puis expliquer ces phénomènes ; je ne saurais même indiquer de remède; mais il faut espérer que les recherches laborieuses sur le système nerveux, auxquelles se livrent actuellement sir C. Bell , le docteur Marshall Hall , et d’autres médecins distingués, jetteront des lumières sur ce
Süjët (l).
Une des espèces les plus déplorables de la folie; parce qu’elle est une des plus incurables, est celle qui est compliquée d’épilepsie. Je ne puis expliquer comment une lésion des os du crâne, des hydatides, du pus, la présence dans le cerveau d’un corps étranger ( extraneous ), produisent chez un malade une folie continue, chez un autre une épilepsie périodique dont les attaques ne sont suivies d’aucune perte d’intelligence, tandis que chez un troisième, à l’attaque épileptique succède, pendant plusieurs jours consécutifs , la fureur maniaque la plus aveugle. Il n’est personne qui ignore ces variétés. Les autopsies font ordinairement découvrir une grave lésion du cerveau;
(i) M. Ellis est toujours aussi exclusif que dans le cours de son ouvrage ; il ne tient pas compte de ce qu’ont fait les médecins étrangers , quoique souvent il reproduise ce qu’ils ont enseigné bien longtemps avant lui. Il n’en appelle qu’aux travaux des médecins anglais, dédaignant les recherches des médecins français, allemands et italiens, sur le cerveau et sur le système aerveux . Esçuikol.
on trouve aussi plusieurs onces de sérosité épanchée dans les ventricules et sous les membranes. Dans les grands établissements , les épileptiques constituent une partie considérable du nombre des malades ; à l’asile d’Hanwel , sur six cent huit malades, on compte soixante-trois épileptiques. J’ai essayé, et j’ai vu mes collègues essayer tous les remèdes ordinaires : les sétons , les vésicatoires, les vomitifs, les purgatifs, les calmants, le mercure, et une foule d’autres substances plus ou moins actives, sans que l’administration de ces remèdes ait jamais amené d’amélioration, quand le siège de la maladie était dans la tête et que l’épilepsie compliquait la folie. Très souvent on pourrait, en faisant suivre au malade un régime très sévère, prévenir la fréquence et la violence des attaques, en tenant le ventre libre et en évitant toutes causes d’excitation mentale. Sur une jeune fille d’environ dixhuit ans, chez laquelle la cause de l’épilepsie paraissait siéger dans les intestins, j’employai avec beaucoup de succès la térébenthine, et la malade se remit complètement après avoir fait usage de ce remède pendant quelque temps. Mais toutes les fois que l’épilepsie dépend de l’irritation que déterminent la dentition , la présence des vers , ou tout autre affection de l’estomac et des intestins, l’éloignement delà cause suffit ordinairement pour guérir la maladie.
MALADIES ACCIDENTELLES DES ALIENES. 3 G5 Les aliénés sont nécessairement, comme tout le monde, exposés aux accidents et aux maladies; mais, à l’exception de leur maladie nerveuse (l’aliénation mentale), qui , malgré tout ce qu’on a dit de contraire, tend , suivant moi, à abréger la vie, les fous ne sont pas, lorsqu’ils sont soumis à un traitement convenable, aussi exposés aux maladies accidentelles que le sont les autres hommes. Il est probable qu’ils doivent cet avantage, en grande partie, à la régularité du régime, des habitudes, etc., auxquels ils sont soumis. Une autre raison encore, c’est que le froid, l’humidité , et les autres circonstances qui déterminent ordinairement des maux de gorge, une inflammation de poitrine, ou d’autres maladies, selon les différentes constitutions (idiosyncrasies), produisent fréquemment, chez les fous, une lésion du cerveau. Mais indépendemment des maladies qui se rattachent particulièrement au système nerveux, les aliénés paraissent cependant encore sujets à d’autres affections : telles que l’inflammation de la membrane muqueuse des intestins, la diarrhée et la dyssenterie. Ces maladies paraissent dépendre beaucoup des localités : dans l’asile de Wakefield, la mortalité, à une certaine époque, était due en grande partie à ces maladies , qui dans celui d’Han wel se montrent comparativement assez rares. Cette différence peut sans doute être expliquée par la situation de ces deux asiles ; celui de Wakefield est bâti sur un terrain froid et
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argileux; celui d’Hanwel ; au contraire, sur un fond sablonneux et sec. La phthisie emporte un grand nombre d’aliénés , et l’autopsie fait souvent découvrir de nombreux tubercules chez des malades qui n’avaient offert aucune expectoration purulente. Il serait inutile de s’étendre davantage sur ce sujets puisque le traitement des maladies auxquelles les aliénés sont sujets est le même que celui que l’on suit ordinairement. Cependant on doit toujours avoir présent à Fesprit, que, comme les fonctions du système nerveux sont en général dérangées, tous les remèdes qu’on administre, doivent l’être avec prudence, surtout quand on emploie les saignées ou qu’on a recours aux poisons végétaux.
CONSTRUCTION ET ADMINISTRATION DÈS ASILES. 3Gy