‹ Traité de l'aliénation mentale ou de la nature, des causes, des symptômes et du traitement de la folie comprenant des observations sur les établissements d'aliénésChapitre 22 sur 54 · ASILES · texte numérisé non relu

ASILES

Nous avons déjà reconnu qu’une chose essentielle à la guérison des aliénés, était d’avoir un lieu dans lequel ils pourraient être tenus isolés de leurs parents et des personnes quails avaient l’habitude de commander, et où ils seraient éloignés de tous les objets qui tendraient à rappeler le genre de pensées qui avait accompagné, sinon produit la maladie. Pour les aliénés pauvres , aucun autre endroit ne peut entrer en comparaison avec un asile de comté. Dans ces établissements, on pourvoit aux besoins des malades de la manière la plus avantageuse, et avec une dépense peu sensible pour les personnes qui y contribuent. Et comme les employés ne retirent aucun avantage de la prolongation du séjour des malades, ceux-ci sont certains d’être renvoyés aussitôt que leur guérison peut justifier leur sortie. Il devrait y avoir un asile dans tous les comtés où le nombre des aliénés s’élève jusqu’à cent • ou bien , si deux petits comtés sont limitrophes, ils pourraient s’entendre pour

construire lin établissement commun, conformement à l’acte du Parlement, de Georges IV, ce qui est bien préférable, puisque les frais diminuent en proportion du nombre des malades qui sont contenus dans un asile. Une fois la construction arrêtée, la première chose à considérer, c’est le site; il est fort important qu’il soit élevé, et qu’il lie soit point exposé au froid. Le sol sera, autant que possible, de sable ou calcaire. Il est absolument essentiel que Peau y soit abondante, et qu’il devienne indifférent qu’on en consomme 1,000 gallons ou 1,000 tonneaux par jour. Indépendamment des eaux vives qu’on peut se procurer, je recommande expressément l’aménagement des eaux pluviales et leur direction dans une citerne où elles seront utilement employées à laver, à brasser , et à d’autres usages domestiques. On devra construire à une certaine distance des villes, afin d’acquérir à bon marché une partie considérable de terrain autour des bâtiments. La qualité des terres est ici, pourvu toutefois qu’elles soient susceptibles d’amélioration, moins importante que, la quantité ; car en peu d’années , le travail des aliénés les aura rendues presque toutes productives, si tous les engrais de l’établissement sont convenablement ménagés. Quant à la forme des constructions, je préfère à toute autre , trois cotés d’un parallélogramme rectangle ; le centre double environ en longueur aux côtés. Au milieu de ce centre (ou du bâtiment central) se trouveront les

CONSTRUCTION ET ADMINISTRATION DES ASILES. 3 Çÿ appartements du directeur et de la directrice, ainsi que les divers bureaux ; derrière seront les cuisines, les lavoirs, la buanderie, la boulangerie, la brasserie, etc., de sorte que du centre on puisse se rendre facilement dans toutes les parties de rétablissement. Le quartier des hommes occupera l’un des côtés du bâtiment, et celui des femmes, Fautre. Si le rez-de-chaussée, dans son entier, est élevé, ce qui doit être pour rester parfaitement sec en toutes saisons, un passage sera facilement pratiqué au-dessous pour communiquer de la cuisine aux points les plus reculés du bâtiment central, et transporter facilement les provisions, etc., des offices de service dans les quartiers des hommes et des femmes. Les jardins, les basses-cours et les autresbâtiments servant à Fexploitation extérieure, seront adossés aux offices, avec lesquelles on ménagera des communications faciles. Les préaux pour les malades, au centre du bâtiment, seront situés de chaque côté des offices domestiques, et, il est inutile de le dire, complètement séparés les uns des autres. Les préaux des ailes du bâtiment doivent être placés à Fest et à l’ouest, et si la construction est bien entendue, Fentrée de l’édifice se trouvera au nord, parce qu’il vaut beaucoup mieux que les galeries où se promènent les malades regardent au midi, et qu’il n’est jamais bon pour les aliénés d’être placés de manière à voir les personnes qui entrent à l’asile.

Après avoir donné un plan général, je vais

maintenant entrer clans les détails; je crains que ce sujet ne paraisse aride et sans intérêt. Cependant, comme je reçois continuellement des lettres, tant de l’Angleterre que de l’étranger, de la part des personnes qui s’occupent de la construction des asiles, et qui me demandent une opinion sur les détails, j’espére qu’il ne sera pas entièrement inutile d’en parler. Les distributions que je propose ne sont pas parfaites, mais je ne les ai adoptées qu’a» près avoir visité et examiné les plans d’un grand nombre d’établissements pour les aliénés, tant dans ce pays que sur le continent, et après vingt ans de résidence dans deux des plus grands asiles de l’Angleterre.

Le premier objet que Ton doit avoir en vue, après avoir pourvu au soulagement et à la santé des aliénés , c’est l’économie : car , malgré tout ce qu’on peut dire des sentiments d’humanité en faveur de cette classe infortunée de la société, ses souffrances sont trop éloignées de nous pour faire naître cette sympathie que l’on ressent pour les autres malades dont les besoins sont mieux connus. Il devient donc nécessaire de montrer que, pour donner aux aliénés des soins efficaces, il n’en coûte réellement guère plus que si oh les négligeait; et même , si les probabilités de la guérison peuvent être prises en considération , il est positif qu’il y a un avantage pécuniaire pour chaque comté à entretenir un asile assez considérable pour contenir tous ses lunatiques.

Mais quand on a l’économie en vue, il ne faut pas croire que les choses qui coûtent le moins sont toujours les moins chères. En achetant le terrain pour l’asile d’Hanwel, on en donna un prix fort élevé en comparaison de celui qu’on pouvait avoir à Fryarn Barnet, seul endroit qui offrît un emplacement convenable. Mais comme, par la proximité d’Hanwel avec le grand canal de jonction, qu’on remarquera en se reportant au plan qui est au commencement de cet ouvrage, tous les matériaux nécessaires à la construction de l’édifice purent être apportés par eau, on comprendra facilement que ce dernier terrain soit devenu une acquisition faite à beaucoup meilleur marché que l’autre. Je tiens de M. Siblery, qui était alors inspecteur du comté {survey c/1), que la différence de la dépense , en se procurant les matériaux par ce mode de transport, au lieu de celui qu’il eût fallu employer à Fryarn Barnet, s’élevait plus que le montant de Fâchât seul du terrain. J’ajoute maintenant que Favantage continuel de recevoir par le canal tous les gros objets de consommation , journellement employés dans un établissement si important, présente une grande économie. Pour le charbon seulement , la différence des frais de transport pour Hanwel , au lieu de Fryarn Barnet, est presque égale à l’intérêt du capital employé à acheter les terrains.

Mais une considération d’un plus grand poids que l’économie dans le choix d’un emplacement pour un asile, c’est la santé. Une situation salubre pour

les établissements cîe ce genre est de la plus grande importance, et cet avantage s’est fait sentir d’une manière particulière à Hanwel. Bien que peu d’aîiénésy soient admis avant que la maladie organique du cerveau n’ait déjà fait de tels progrès qu’elle soit devenue incurable, cependant l’air est si sain , que la mortalité, en proportion du nombre des malades delà maison, est bien moins forte que dans tout autre grand établissement du royaume, quoique tous ceux qui sont admis à Hanwel y restent jusqu’à la fin de leurs jours, ou ne sont renvoyés que parce qu’ils sont guéris, ou parce qu’ils cessent d’être pauvres.

Voici un état, pour les six dernières années, du nombre proportionnel des malades et des morts de Lancaster, Wakefield et Hanwel, les plus grands nsiles du royaume. Ces tables annuelles ne peuvent remonter qu’à une époque récente, Basile d’Han weî n’ayant été ouvert aux aliénés que le i5 mai i83i. La salubrité de l’air à Hanwel semble s’opposer fortement à l’influence des épidémies, à l’époque du choléra épidémique, la mortalité causée par ce fléau fut comparativement faible ; et quoique Y influenza eût régné quelque temps à l’établissement, deux malades seulement succombèrent.

INOMBRE PROPORTIONNEL

DES MALADES ET DES MORTS, PENDANT SIX ANNÉES, DANS L’ASILE DES ALIÉNÉS DU COMTÉ DE LANCASTER.

* Dont 94 moururent du choléra

** Dont 46 moururent phthisiques à la suite de 1’ influenza.

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