MORTS
hommes.
femmes.
Total.
par cent.
Et 3327
Nombre annuel [des morts, sur cent, pendant ces six années, 12,56.
On voit, d’après ces tables, que le nombre des morts sur cent, pour les six années, a été :
A Lancastre, de. ...... 24*29
Wakefield. . . * 17,87
Hanwel. 12,56
* Dont 1 1 moururent du choléra.
37(5 aliénation mentale.
En établissant la proportion relative en nombres ronds, on obtient à peu près les chiffres suivants :
Lancastre 4
WakeUeîd 3
Hanweî . . 2
L’habileté et le zèle des médecins des asiles da Lancaster et de Wakefield forcent d’attribuer la différence de mortalité qui existe entre ces deux asiles et celui d’Hanwel à la situation beaucoup plus salubre de ce dernier.
Les bâtiments doivent être aussi simples que possible. Cependant 011 doit donner la préférence aux constructions qui , sans être plus chères , seraient plus élégantes et d’un aspect plus imposant. La première arrivée à Fasile produit souvent un effet favorable sur l'esprit des malades si l’aspect est agréable , tandis qu’il produit un effet tout contraire si les bâtiments sonttristes. L’édifice doit être en briques ou en pierres, et à l’abri de Fincendie; le toit sera en fer, d’autant plus qu’011 peut se procurer à présent une charpente en fer au même prix qu’une en bois de la même force. Dans le toit seront placés des réservoirs pour l’eau chaude et l’eau froide, qu’un système de tuyaux distribuera dans les quartiers et les offices.
On peut obtenir une forte économie en donnant trois étages aux bâtiments. Je sais que de grandes objections ont été faites à cet égard, particulière-
CONSTRUCTION LT ADMINISTRATION DES ASILES. 377 nient en France ; mais je les crois sans fondement. Les épileptiques et. ceux qui pourraient également se nuire en descendant les escaliers, peuvent être placés au rez-de-chaussée. Quant aux prétendus inconvénients qui en résultent pour les domestiques, c’est une objection tout à fait futile. On a tant de moyens pour éviter qu’ils s’absentent de leurs quartiers respectifs , que leurs allées et venues seront bien moins fréquentes que celles des domestiques des maisons particulières. On a trouvé que le plan à trois étages, adopté pour l’asile de Wakefield, où j’ai résidé plusieurs années, convenait parfaitement; et comme il produit une économie considérable, je iFhésite pas à le recommander ( 1 ) . Un gardien ne doit pas avoir sous
(1) Une maison d’aliénés , ai-je dit il y a bien longtemps, est le plus puissant instrument de guérison de la folie : elle a une action physique et morale sur les malades. Î1 ne faut donc pas être surpris si les médecins qui ont fait une étude particulière du traitement des maladies mentales ont attribué tant d’importance à la construction et aux distributions générales d’une maison d’aliénés.
M. Ellis se prononce pour les bâtiments rapprochés , et élevés de plusieurs étages. Dans Tarticle Maisons d’aliénés , du grand Dictionnaire des sciences médicales , en 1818, j'ai indiqué les principaux inconvénients des étages, et fait ressortir les avantages des constructions en rez-de-chaussée. Ces inconvénients et ces avantages ne sont point futiles, ni sans importance. Je ne parle pas de l’économie, car la vraie économie consiste moins dans l’épargne de l’argent que dans son meilleur emploi pour atteindre le but qu’on se propose ; en fait de construction , il y a économie réelle lorsque les bâtiments sont appropriés le mieux possible à leur destination. Si Don lient compte de l’épaisseur des murs, des escaliers , des latrines, des toitures, dos grilles et autres détails
37$ aliénation mentale.
sa surveillance plus cîe vingt à vingt-cinq malades ;
indispensables dans les maisons à plusieurs étages, on se convaincra que
la dépense est peu différente de la dépense des constructions à rez-deebaussée.
Les constructions à plusieurs étages sont d'un entretien plus considérable, les incendies exposent à des dangers plus graves, les habitations sont plus uniformes, plus monotones; les déplacements des malades , s* souvent utiles, sont moins sentis par eux, ils font moins d’impression sur leur esprit. Avec des habitations trop rapprochées, les grouppes de malades ne sont pas assez séparés.
Dans un bâtiment à étages, il faut des grilles aux baies des croisées , ou garantir les croisées , soit par des claires-voies en bois, comme le conseille Autenrieth , soit en éloignant les murs des croisées, comme à Siegbourg. Alors même que les baies des croisées sont très élevées sous le plafond , comme à Bedlam , on est forcé de griller les croisées. Cette dernière disposition rend les chambres sombres , tristes , et leur donne l’aspect d’un cachot.
Les latrines qui occupent le haut des étages sont difficiles à établir , même à grands frais 9 elles dégradent les murs, sont rarement propres et répandent de l’odeur dans les corridors.
Les escaliers , à moins que les marches ne soient maintenues entre deux murs, doivent être entourés de grilles, pour empêcher que les malades ne se précipitent par-dessus les rampes. J’ai vu des aliénés se précipiter et tomber sur les marches. Les escaliers sont des occasions de contrariétés, de rixes entre les malades qui montent et descendent: l’active pétulance de quelques uns peut renverser ceux qui sont faillies ou chancelants dans leur marche ; d’autres veulent s’échapper, précipitent leur marche , tombent et font tomber ceux qu’ils rencontrent. U11 accès de manie éclate , un aliéné est difficile , ne veut pas descendre pour aller au bain ou à la promenade, ou au travail : il faut lutter avec lui, employer la force , et pendant cette lutte , malade et employé peuvent être culbutés à travers les marches. Quelques malades criards, agités, crient, chantent, menacent en montant et descendant les escaliers; du bruit retentit dans tous les étages , agite, excite les autres aliénés , etc.
Si l’on m’objecte que les étages supérieurs sont réservés pour les aliénés paisibles, inoffensifs, et que par conséquent mes craintes sont
et il vaut mieux que chaque quartier ne contienne
sans fondement, je répondrai qué'si un aliéné se lue, se précipite, ou s'il tue un compagnon d’infortune , un infirmier , un surveillant , s’il met le feu , s’il trame un complot , à coup sûr cet aliéné est tranquille, paisible , n’inspire aucune défiance. Le maniaque, le monomaniaque , le Suicide , sont trop surveillés , et très rarement ils commettent des actions funestes. Mais l’aliène' qui reste calme calcule avec astuce et finesse le lieu , le temps , les moyens les plus favorables à l’accomplissemcnt de ses desseins. Aussi la prudence éclairée par l’expérience veutelle que les mêmes précautions de sûreté soient prises dans toutes les parties d’une maison à plusieurs étages.
Les serviteurs renfermés dans les corridors, dans les galeries , sont avertis que les surveillants arrivent par le bruit des clefs et des portes; ils ont plus de fatigues plus de motifs pour s’absenter , plus de prétextes pour refuser les malades Survient-il un accès de fureur, une rixe , une attaque, un accident , les domestiques sont moins à portée de s’entr’aider les uns les autres , moins prompts à se rendre au lieu du désordre. La violence est exercée , le mal est fait , le surveillant ou le chef arrivent trop tard, et ne peuvent plus juger que sur les plaintes erronées des malades et les rapports mensongers des infirmiers.
La surveillance du directeur est plus pénible. L'homme le plus robuste, le plus actif, le plus zélé, ne peut sans cesse monter et descendre les escaliers. Il ne peut voir à tout, partout, dans les chambres, dans les salles communes, dans les corridors, ce que font les malades , les infirmiers et les surveillants.
La visite du médecin est très fatigante : la fatigue prive le médecin de l’attention et de la liberté d’esprit dont il a si grand besoin lorsqu’il va porter des consolations ou faire des prescriptions aux malades confiés à les soins.
Tels sont les inconvénients des maisons d'aliénés bâties à étages. Voyons les avantages des constructions à rez-de-chaussée.
Je conviens qu’il faut plus d’espace , mais qu’est-ce que l’espace aujourd’hui qu’on exige tant de terrain pour un établissement d’aliénés? La dépense est certes plus considérable, mais la différence n’est pas énorme. L’objection la plus spécieuse serait la crainte de l’humidité des rez-de-chaussées , si les moyens de se préserver de l’humidité n'étaient pas si connus et si efficaces.
38o Aliénation mentale.
que ce nombre, plutôt que d’etre plus vaste et
Dans un établissement d'aliénés construit à rez-de-chaussée, les bâtiments sont plus réguliers, l’air y circule mieux, on peut donner un aspect différent aux divers bâtiments, que je suppose isole's; la séparafondes malades, suivant le caractère et la période de la maladie, est plus complète. Les cours sont plus nombreuses , et si on les entoure de galeries, elles offrent un abri contre toutes les intempéries.
Il n’y a pas de grilles aux croisées ; les latrines peuvent être plus facL lement disposées pour préserver de la mauvaise odeur ; on peut les laver à grande eau. On n’a plus à redouter les accidents si fréquents dans les escaliers) la négligence des serviteurs qui oublient de fermer les portes des corridors est sans dangers. Le bruit des corridors , celui des escaliers ne sont pas entendus de bas en haut des bâtiments, ne troublent pas le repos de tous les habitants d’une division, logés les uns au-dessus des autres.
Les aliénés paraissent répugner moins à se promener à l’air, excités qu’ils sont d’ailleurs par leurs commensaux ou par les employés qui passent devant leur division.
S’il survient un accès de fureur , une rixe , un accident , les serviteurs peuvent plus promptement venir aux cris les uns des autres ; les surveillants sont rendus aussitôt. La résistance d’un aliéné récalcitrant, qui se refuse à l’exercice , au travail , au bain , etc., est moins dangereuse pour lui , pour les serviteurs, ceux-ci n’ayant pas à lutter contre un malade qui peut tout renverser et précipiter dans les escaliers. Les malades peuvent quitter leurs habitations sans s’exposer aux refus des infirmiers qui en colère ou irrités , les empêche de quitter la chambre.
Les croisées des chambres , des salles , comme celles des corridors, étant basses, le surveillant, sans fatigue et à Timproviste, peut à chaque instant voir ce que font les malades et les infirmiers ; le chef de l’établissement peut , en se promenant , sans bruit , sans être attendu , voir par lui-même : d’où il résulte que la surveillance des chefs et des inférieurs est si facile , qu’elle est mieux faite , et que chacun est plus à son poste.
J’ai exposé, en homme dégagé de préventions, lequel des deux systèmes de construction est préférable, et cependant je n’ai fait qu’indiquer les avantages du rez-de-chaussée : je n’ai pas dit tous les inconvénients ia-
CONSTRUCTION ET ADMINISTRATION DES ASILES. 38 1 d’avoir deux gardiens (1). Il devrait y avoir une salle à manger par cinquante malades. Quand rétendue du bâtiment sera suffisante pour admettre dans chaque aile, et par étage, deux quartiers de vingt à vingt-cinq malades chacun, au centre de chaque aile, et par étage, on établira également une salle à manger destinée aux deux quartiers correspondants. Cette disposition est applicable au côté des femmes comme à celui des hommes.
On peut se servir encore de ces pièces comme de salles de travail pour les malades, et de ce point les gardiens peuvent facilement surveiller les malades qui se promènent dans les galeries. Dans un bâtiment de cette grandeur, on doit, de chaque côté delà maison , convertir deux quartiers contigus en un seul, pour en faire une longue ga~ lerie propre à fabriquer delà corde. Cette occupation est si favorable à la santé des aliénés, que si le
séparables des étages. Le plan d’une maison d’alie'nés, telle que je la conçois, est bien simple. Douze préaux à rez-de-chaussées, avec des galeries autour, présentant chacun un aspect de construction différente, ayant entre eux assez d’espace pour être séparés par des arbres , et harmoniquement disposés autour d’un bâtiment central pour les services généraux; le tout circonscrit par des terres assez étendues pour former une ferme cultivée par les aliénés : les travailleurs seraient ainsi à la portée des terres qu’ils auraient à cultiver. Esquikol.
( i) Très certainement un gardien par quartier composé de vingt-cinq malades est insuffisant, ou bien ce petit nombre expose les malades à être souvent seuls, renfermés dans leurs chambres et sans surveilants. Esquiroi,,
peu (Vêtent! ne ties Sxkimenls ne permet pas quecette salle de filature se trouve dans les galeries, il faut y suppléer par la construction d’un chemin couvert. Quand chaque aile ne renferme, par étage, qu’un quartier de vingt-cinq malades, la salle à manger pour les cinquante malades doit être placée à l’angle, et disposée de manière à rendre facile la surveillance des côtés latéraux comme du quartier central. Les tables, dans les salies à manger, doivent être placées de manière à ce que les malades puissent s’asseoir sur des sièges fixés aux murs de la salle. Les tables n’ont pas besoin de largeur , puisqu’il est préférable que les malades s’y placent d’un seul côté. Il doit y avoir environ soixante-six chambres à coucher par centaine de malades. Les chambres à coucher particulières ne doivent pas avoir moins de huit pieds six pouces de longueur, sur six pieds neuf pouces de largeur et douze pieds de hauteur. À Hanwel , chaque dortoir a six cent soixante pieds cubes. Règle générale, je préfère que les dortoirs régnent d’un seul côté de la galerie; mais comme dans les asiles de comté destinés aux pauvres, il y aura toujours un grand nombre de malades dans un état de démence profonde , incapables d’apprécier les avantages d’une vue agréable , pour eux un air pur, la propreté , des soins, de la douceur, une bonne nourriture, suffiront, et l’on peut, sans inconvénient, adopter le
CONSTRUCTION ET ADMINISTRATION DES ASILES. 388 plan pins économique de dortoirs régnant de chaque coté des galeries (i). Mais pour remédier à l’obscurité, et même pour donnera ces galeries plus de gaieté, on peut laisser cle chaque côté de la galerie des espaces vides , assez larges pour conte' nir des lits, et ayant des fenêtres pour donner de Fair et du jour; là, les malades peuvent dîner et dormir, en transportant le jour les lits dans une pièce voisine : cet arrangement épargnera la dépense d’une salle à manger séparée pour les malades de la classe pauvre.
Chaque quartier doit avoir une petite salle de bains, ainsi qu’un lavoir et des lieux d’aisance. Ce sujet peut paraître futile, et cependant les graves inconvénients qui résultent de la disposition vicieuse donnée à ces objets, devient par la suite une source de dépenses et d’embarras. Les lavoirs sont, en général, munis d’une trappe placée immédiatement sur le tuyau qui descend de la pierre, et comme cette trappe a rarement plus d’un pouce de profondeur, elle est bientôt engorgée, et doit en CQnséquence être continuellement enlevée, ce qui est très incommode j ou bien il faut la laisser très facile, d’où naît un autre inconvénient, les
(0 Quelle triste concession ! et dans le pays de la liberté , toujours le pauvre est assez bien ! Nous voulons , en France, que le pauvre jouisse dTine vue agréable qui puisse le distraire de ses douleurs physiques ou morales» Esquiroî*.
384 ALIENATION MENTALE,
malades remplissant le tuyau d’une foule d’objets qui empêchent les eaux de s’échapper* Le meilleur moyen de parer à ces obstacles, est d’avoir un grillage convenable fixé sur la bouche du tuyau, et un peu plus bas, une trappe de la forme de la lettre S. Tout ce qui traversera le grillage, parcourra nécessairement avec facilité le reste du conduit. Quant aux lieux d’aisance, à moins d’une grande attention de la part de l’architecte qui les construit et des gardiens chargés de surveiller les malades, il est fort dispendieux de les tenir en état; ils s’engorgent fréquemment, et occasionnent ainsi de grands embarras. Pour y remédier, il faut qu’il existe sous le siège un long réservoir, auquel on donne une inclinaison convenable; ce réservoir est muni d’une grille, à un pied environ de l’extrémité qui s’abouche avec le tuyau de descente; sur les cotés de la partie comprise entre la grille et le tuyau de descente, est une petite porte, bien affermie, que l’on peut ouvrir à volonté pour retirer tous les objets qu’on a pu forcer à travers la grille, et prévenir leur entrée dans le tuyau de descente. A la porte d’entrée des lieux d’aisance est attaché un ressort qui, chaque fois que cette porte ets ouverte, pousse une soupape chargée de retenir des eaux abondantes qui pénètrent aussitôt avec force dans le réservoir. Une trappe en S est fixée au tuyau de descente de la même manière que celle dont j’ai
CONSTRUCTION ET ADMINISTRATION DES ASILES* 385 parlé tout à l’heure. Indépendamment de toutes ces précautions nécessaires à l’assainissement du bâtiment, les eaux doivent avoir une chute d’autant plus forte et plus élevée que, malgré tout, les malades parviennent constamment à introduire quelque chose dans les plombs.
Dans les asiles pour les pauvres, il est inutile de faire plâtrer les murs, il suffit qu’ils soient blanchis à la chaux, ouvrage facile à faire et à réparer; d’ailleurs la chaux forme en peu de temps une couche sur les briques, qui empêche de s’apercevoir de l’absence du plâtre, et, dans un grand bâtiment, l’économie est considérable. Les portes des galeries et des chambres doivent être pleines et très fortes, autrement elles pourraient être enfoncées par les malades sans la moindre difficulté. Comme il peut arriver qu’un malade pousse son bois de lit contre la porte de sa cellule et en barricade ainsi l’entrée, il est bon que les portes de quelques chambres s’ouvrent en dehors; dans ce cas, des verrous les empêchent cl’être forcées. L’usage généralement adopté de fenêtres petites, avec des châssis en fer, suffit pour empêcher les malades de se précipiter. De cette manière on évite l’apparence de prison que rappelleraient des barres de fer. Les dortoirs pour les malades indociles doivent avoir aux fenêtres des volets ; il serait bon que ces volets fussent faits de manière à pouvoir glisser dans l’intérieur des murs. Les fenêtres des galeries de ces malades doivent être pro
tégées par un grillage en Fil de fer (i). On éprouve beaucoup d’inconvénients quand les serrures ne sont pas bonnes; elles doivent être solides et peu compliquées : si elles sont faites de manière à ce que la goupille entre dans la clef, cette goupille doit être assez mince pour ne point affaiblir les clefs, qui autrement seraient susceptibles de casser facilement. Une seule clef doit ouvrir toutes les serrures du quartier des hommes, et une autre toutes celles du quartier des femmes.
J’ai déjà dit que la meilleure place pour la cuisine et tous les offices domestiques est derrière le bâtiment du centre; cette situation est toujours préférable, quelle que soit la grandeur du bâtiment. Un plan avec deux cuisines , une pour les hommes et une autre pour les femmes, est un plan tout à fait ridicule; il entraîne inévitablement la nécessité d’avoir le double de domestiques et un service double de toute nature, ce qui augmente énormément la dépense et le travail du directeur. On a commis malheureusement cette faute dans les asiles de Wakefield et de Middlesex : aussi, dans ces deux établissements, a-t-on destiné l’une des cuisines à d’autres besoins. Celle qui a été conservée, où se fait tout le service, se trouve de cette manière à l’un des angles du bâtiment, et
(i) Le grillage en fil de fer n’est pas sûr. Son «sage peut donner une fa usse sécurité : les malades le cassent facilement et se précipitent,
JEju^uirol,
par conséquent très mal située. On remédie à cet inconvénient en plaçant les cuisines au centre.
D’après ce que j’ai déjà dit par rapport à l’emploi des malades aux différents services domesîitiques, il est évident que les offices doivent être assez grandes. Quand ce sont les malades qui font ia cuisine, qui lavent, qui boulangent, à la place de domestiques à gages, on emploie comme de juste beaucoup plus de personnes à ce travail, et il faut beaucoup de place pour empêcher que les malades ne se gênent les uns les autres en travaillant. Ces offices doivent avoir le double de la grandeur qu’elles auraient si elles étaient destinées à des personnes saines d’esprit.On doit désirer pardessus tout, pour ces établissements, d’abord d’être un peu plus étendus qu’il ne le faut pour le nombre de personnes qu’on admet, car il y a à peine un asile dans le royaume qui ait assez de place pour répondre aux demandes d’admission, dont la quan« tité s’accroît en raison de la population. Une autre considération très importante, c’est la ventilation et la chaleur. On peut faire pénétrer l’air à travers un passage souterrain, le faire passer sur des plaques de fer chaud , et le distribuer ensuite dans tout le bâtiment par des calorifères. Dans le seul asile où j’ai vu ce plan exécuté, il n’était pas favorable : l’air paraît perdre quelque chose de sa pureté et de ses qualités en passant sur le fer chaud. Un autre système de chauffage, qui consiste à faire passer de l’eau chaude dans de longs tuyaux,
cle la même manière que Ton chauffe beaucoup de serres chaudes, peut être fort utilement employé dans de petits bâtiments ; mais cette méthode n’est pas bonne quand l’eau doit traverser une étendue considérable de conduits avant de revenir à la chaudière. Comme toute l’eau de la chaudière et des tuyaux doit être échauffée avant de produire une chaleur suffisante, il y a trop de temps perdu avant que l’eau bouillante puisse circuler. Je ne suis cependant pas certain qu’un appareil complet de ce genre ne soit pas la manière la plus agréable, la plus économique et la plus convenable pour chauffer un asile. Elle présenterait ce grand avantage, qu’on pourrait régler rigoureusement le degré de la chaleur d’après les différents besoins des malades. Quand tous les bâtiments sont chauffés par un ou deux appareils, les quartiers à travers lesquels les tuyaux passent d’abord reçoivent trop de chaleur, et on a beaucoup de difficulté à élever suffisamment la température de ceux qui se trouvent aux extrémités du bâtiment, et c’est dans ces quartiers que sont précisément placés les malades sales et imbéciles , qui exigent réellement, le plus de chaleur. Des conduits chauffés à la vapeur, et qui passent sous le plancher des galeries, paraissent, d’après plusieurs expériences, être le mode le plus prompt et le meilleur pour chauffer avec un ou deux appareils un bâtiment très étendu. M. Bramah a nouvellement inventé une manière d’abaisser à volonté la chaleur des quar*
CONSTRUCTION ET ADMINISTRATION DES ASiLKS, 38q tiers à travers lesquels passent les conduits : on pose le calorifère sous le plancher de chaque quartier, du côté où régnent les chambres à coucher, dans un conduit en briques, assez large pour laisser pénétrer autant d’air extérieur qu’il en faut pour la ventilation ; sur ies côtés des cellules, prés des quartiers, on établit des ouvertures à trois ou quatre pouces au-dessus du plancher, que l’on ferme à volonté complètement ou en partie, par une plaque de fer. On pense que cet arrangement préviendra la trop grande élévation delà température des quartiers placés près de la chaudière, tandis que ceux qui en sont éloignés ne sont pas suffisamment chauffés. Quand le bâtiment est vaste, et qu’on ne peut établir plus d’un ou deux appareils, je préfère, sous tous les rapports, la vapeur à l’air chaud. Après avoir essayé les deux manières à Hanwell , on a trouvé que les quartiers chauffés par la vapeur arrivaient en une heure et demie à la température de cent degrés de Fahrenheit, tandis qu’il fallait huit heures pour atteindre la température de cent trente degrés avec l’eau chaude. On a fait une objection contre l’emploi de la vapeur qui, au premier abord , paraît fondée : c’est que les soudures des tuyaux cèdent constamment, et que par conséquent, les appartements sont humides et malsains. On remédie à cet inconvénient en faisant toutes les jointures en ciment defer (iron-cement) 7 au lieu de colon et de gomme (colton
3gO ALIÉNATION MENTALE*
and paint) qu’on emploie trop ordinairement. Dans une longue rangée de tuyaux, il doit au moins s’en trouver un en fer battu, et considérablement courbé, de la forme de presque les deux tiers d’un ovale ordinaire, et long d’environ quatre pieds; ce moyen permet l’allongement et la contraction des tuyaux quand ils se chauffent ou se refroidissent. Un autre avantage du chauffage par la vapeur, c’est que dans un asile qui contient trois cents malades, on peut n’employer à la fois qu’une seule chaudière à vapeur: si elle est d’une grandeur convenable, elle chauffera tout le bâtiment, l’eau pour le lavage, les citernes du toit et les chambres à sécher le linge , et fournira encore de la vapeur aux besoins de la cuisine. Bien qu’une seule chaudière consomme, à la vérité , une grande quantité de charbon, cependant, comme on n’aura pas besoin de feu dans les quartiers, je crois que, par cette méthode , on diminue plutôt que d’augmenter la dépense pour le chauffage. Quand on prend les soins convenables, ce chauffage a un grand avantage sur le feu de cheminée, avantage qui consiste en ce que tous les malades , les faibles comme les forts , reçoivent le même degré de chaleur. Avec les feux de cheminées, entourés d’une grille, tout l’espace autour est occupé, pendant les froids, par les malades qui ont le moins besoin de chaleur externe, et les malades faibles , et chez qui la circulation est lente, sont repoussés; il en
CONSTRUCT 10 N El A DM IA 1S nUi’iOJN DES ASILES. 3(jî résulte alors des querelles et des coups, qu’on ne peut prévenir qu’en plaçant un gardien chargé de veiller à demeure auprès du feu.
Quand tous les malades sur lesquels on peut compter sont régulièrement employés à travailler, les cours de chaque quartier n’ont pas besoin , en général, d’être très spacieuses et très nombreuses: une ou deux au plus , pour chaque sexe, suffisent. Quand le temps est beau, la ferme et les jardins doivent servir de promenade aux aliénés valides, et pendant les pluies ils doivent rester dans leurs quartiers. L’un des préaux des quartiers de chaque sexe doit être plus large que l’autre, et les murs assez élevés pour empêcher qu’un malade puisse en aider un autre à s’évader. Dans tous les établissements on trouvera des malades très habiles à concerter des plans d’évasion, et à les exécuter; ils réussissent souvent , malgré la plus exacte surveillance. Dans ces cas, on n’a que l’alternative, ou de les tenir constamment renfermés, ce qui serait nuisible à leur santé , ou de rendre les murs des préaux inaccessibles par leur élévation (i).
Les angles des bâtiments ne doivent pas être rectangulaires; j’ai vu, quoique rarement, des malades aidés de leurs coudes et de leurs genoux, grimper au haut des murs, à l’endroit où ils for-
(0 En entourant les préaux de galeries couvertes, on prévient toute possibilité d’évasion sans blesser la susceptibilité des malades. Les galeries décorent, les hangars ont quelque chose de fâcheux. Esquiboia
ment des angles carrés. Les murs des cours peuvent n’avoir que dix pieds de haut, et les murs de séparation être plus bas encore. Dans chaque cour doit se trouver un hangar , où les malades sont à l’abri du soleil. Dans tous les asiles pour les pauvres, il doit y avoir des salles de travail, dans lesquelles les malades puissent exercer les différents travaux mécaniques auxquels ils ont été accoutumés autrefois ; mais quand l’appareil est très coûteux, et que le travail ne promet aucune utilité ni aucun profit pour l’établissement, on peut, avec de la persévérance unie à la douceur, persuader au malade d’apprendre un nouveau métier. Nous avons aujourd’hui, à l’asile d’Hanwel, jusqu’à six cordonniers à l’ouvrage qui, avant leur admission , n’avaient jamais exercé cet état,* et trois, qui ont été renvoyés guéris, avaient aussi appris à faire des chaussures pendant leur résidence à l’asile. Les malades aiment surtout à tisser et à faire de la corde, et tous ont appris à l’asile même. Les hangars dont je viens de parler pour mettre les malades à l’abri du soleil , dans les préaux , doivent être assez longs pour qu’ils puissent se livrer à ces travaux.
Il est inutile d’entrer dans d’autres détails sur les asiles destinés aux aliénés de la classe pauvre, puisque je vais décrire celui d’Hanwel et faire remarquer en quoi il s’écarte de ma manière de voir. J’ajouterai à cette description des détails sur la direction actuelle, détails qui seront le meilleur
CONSTRUCTION ET ADMINISTRATION DES ASILES. 3f)3 commentaire du chapitre sur le traitement. Le plan qui se trouve à la fin de l’ouvrage montre la situation du bâtiment. Il est construit sur un terrain de cinquante-cinq arpents d’étendue environ , dont le sol est sablonneux. Il est très agréablement placé au pied d’une colline, à peu près à huit milles et deaii de Londres. La façade du bâtiment est à environ deux cent cinquante pas de la route d’Uxbridge (Uxbridge-Road) , qui borne le terrain au nord ; la rivière Brent le borne à l’est ; une ferme du comté de Jersey, à l’ouest, et le grand canal de jonction ( Grand junction Canal), communiquant avec un bassin ( dock ) construit dans le terrain , au sud. Tout l’établissement est abondamment pourvu d’eau. La partie principale du bâtiment est à deux étages ; la partie du bâtiment comprise entre les deux lignes pointées est celle qui fut bâtie d’abord : elle était destinée cà contenir trois cents malades; mais, en la disposant avec économie et en utilisant une partie des fondations, on l’a rendue susceptible de contenir six cent quinze malades. La partie du bâtiment sur les côtés extérieurs des lignes pointées est de construction récente et destinée à la réception de trois cents malades de plus. Toute la façade de l’est à l’ouest, y compris les constructions nouvelles, a neuf cent quatre-vingt-seize pieds de long.
On remarquera que la partie centrale du bâtiment se projette un peu au delà de chaque côté des galeries. La longueur de cette projection est de
3g4 ALIÉNATION .MENTALE.
34 pieds; elle est également de 34 pieds du côté du sud. La longueur totale de la partie centrale du bâtiment, en y comprenant ses projections latérales, est. de 576 pieds (a). La longueur de chacune des ailes qui régnent du nord au sud, y compris la tour et l’abutement, est de 3^2 pieds. Il existe au centre, ainsi que de chaque côté des ailes latérales, une tour octogone, de 80 pieds de diamètre et haute de trois étages ; chacun des côtés de la tour a 34 pieds de long. On voit une petite aile à deux étages sortir du côté méridional de la tour du bâtiment central ; cette aile a 34 pieds de long. Avant les dernières constructions, les ailes saillantes des tours des côtés étaient de la même dimension, mais depuis les constructions qu’on y a ajoutées, chacune d’elles a 187 pieds de long. La partie transversale de ces nouveaux bâtiments est à trois étages, et d’une longueur de 75 pieds du nord au sud.
L’entrée principale est par la tour de la façade , où se trouvent la salle du comité, les appartements du directeur et de la directrice, les offices domestiques , la chapelle , et la salle à manger d’un quartier d’hommes et de femmes. A Test de cette tour, sont les quartiers des hommes, à l’ouest ceux
( a ) Je suis redevable de ces mesures à l’architecte vérificateur du nouveau bâtiment; je ne puis doue avoir le moindre doute sur leur exactitude.
CONSTRUCTION L^T ADMINISTRAT iON I)RS ASI LRS. 3()5 des femmes. Le vieux bâtiment contient quinze de ces quartiers , sept pour les hommes et huit pour les femmes ; et le nombre de malades dans chaque quartier varie entre vingt-six et soixante. Chaque quartier consiste en une galerie, large de 10 pieds et haute de 10 pieds et demi, avec des chambres à coucher sur ses côtés, en face du bâtiment. De l’autre côté est une vue agréable sur la campagne environnante. Il y a dans les nouveaux bâtiments des chambres a coucher des deux côtés des galeries , mais on a ménagé assez d’ouvertures pour l’air et la lumière; elles sont particulièrement destinées aux fous furieux.
Il existe une salle de réunion, où dînent aussi les malades , dans chacun des quartiers de l’ancien bâtiment; dans le nouveau, on disposera les ouvertures des galeries de manière à leur donner la même destination. Le bâtiment octogone de l’ouest contient les appartements du chirurgien interne et de la sous-directrice (sub -matron), avec une antichambre et un parloir , des réfectoires et des chambres à coucher pour les fous; le bazar se trouve aussi dans une des salles de cette tour. Dans la tour de l’est est la résidence du chirurgien, qui sera principalement chargé, quand le nouveau bâtiment sera habité, de soigner les hommes; elle contient aussi la pharmacie. Au rez-de-chaussée de la même tour, se trouvent les ateliers pour les menuisiers, les peintres, les vitriers, les faiseurs de brosses, et les charbonniers. Dans les
tours octogones , se trouvent les escaliers; il en existe aussi aux angles de réunion de la partie centrale du bâtiment et des deux ailes.
Il y a de plus des escaliers dérobés qui font communiquer les quartiers avec les préaux. Le plan indique assez bien la situation et la grandeur des préaux. Les deux parties du bâtiment qui sont sur la même ligne que les ailes , et; qui s’étendent du nord au sud , devaient, dans l’origine, être utilisées comme cuisines, pour les deux côtés de la maison. Mais comme deux cuisines eussent augmenté le nombre des domestiques et auraient aussi occasionné un surcroît de dépense et de travail, on a transformé en quartier, de manière à recevoir un très grand nombre de malades, la partie du bâtiment qui devait faire la cuisine de l’ouest, et la cuisine de l’est sert pour tout l’établissement.
Cette cuisine est, en dehors , longue de /\5 pieds et large de 34* Elle contient quatre tables à vapeur (, steam-tables ), deux bouilloirs à vapeur, un réservoir d’eau chaude, un grü ordinaire de cui*sine, les tables nécessaires, des tiroirs, et des compartiments (bimis) pour le sel, le riz, le gruau, etc. Tout près de la cuisine, se trouve un dressoir (sculerj) , garni des ustensiles et des bassines propres à la cuisson des végétaux. La laiterie (dairj) et le garde-manger ( larder ) sont situés dans de grandes caves , à portée des cuisines. Der rière la cuisine et le dressoir ( sculerjr )
CONSTRUCTION ET ADMINISTRATION DES ASILES. 3q7
se trouve une cour fermée, autour de laquelle sont la boulangerie, la brasserie, le poulailler, le gas-house (lieu où se fabrique le gaz) , et la chaudière à vapeur qui fournit aux appareils de la cuisine et chauffe le côté oriental du bâtiment. A côté se trouvent des bains avec les appareils nécessaires pour y amener beau chaude et l’eau froide à volonté. Autour d’une cour semblable, mais placée à la partie occidentale, sont situés la buanderie, les séchoirs, les salles à repasser et la salle au gros linge ; cette cour sert aussi à sécher le linge dehors, quand le temps le permet. La buanderie a 73 pieds et demi de long sur 25 de large, à l’extérieur. Elle est garnie de cuves à laver, fixes, dans lesquels des conduits amènent de beau chaude et de l’eau froide. Il s’y trouve des réservoirs larges et profonds, avec une machine à laver mise en mouvement par la vapeur et construite sur le principe d’un moulin à fouler. Elle contient aussi une presse hydraulique qui exprime l’eau du linge avec moins d’usure pour le tissu, et bien moins de travail qu’en le tordant à la main. Je ne crois pas que l’on puisse améliorer sous ce rapport. La pièce qui sert de séchoir a 7 pieds 6 pouces de hauteur, 22 pieds 9 pouces de longueur et 1 1 pieds 2 pouces de largeur. Elle est chauffée par des calorifères à vapeur, avec une ouverture au plafond pour laisser échapper la vapeur condensée produite par le linge mouillé. La lingerie, à l’extérieur, a 59 pieds et demi de long
3q8 aliénation mentale.
et 25 pieds de large ; elle contient une immense table à repasser qui occupe toute la longueur de la pièce , différentes tables, un fourneau à repasser, deux machines rotatoires â plisser, et une petite pièce pour achever de sécher et bien aérer les vêtements. La laverie et le séchoir pour les draps et d’autre gros linge sont, à Hanwel, comme ils devraient l’être dans tous les asiles , détachés du reste de la buanderie. Cette laverie est aussi garnie d’une machine à laver ordinaire ; et, quel que soit le temps, on expose à l’air extérieur les matelas et les vêtements mouillés avant de les faire sécher dans le séchoir. Dans cette cour se trouvent aussi le vestiaire où sont déposés les vêtements et les autres effets, un bain pour les femmes, semblable à celui déjà décrit. Derrière cette cour, à peu de distance de la laverie , se trouvent la machine à vapeur et la chaudière, ainsi qu’une seconde chaudière qui doit fournir de la vapeur à la lingerie, aux séchoirs, et chauffer en même temps le côté occidental du bâtiment. Tout près est l’atelier du chaudronnier, séparé par une cloison de la boutique du ferblantier.
Le plan fait connaître la situation des bassins autour desquels se trouvent les hangars à charbon. La vacherie , les étables à porcs et les écuries, sont très convenablement placées derrière la maison. Il y a deux jardins potagers : celui qui se trouve au côté oriental de la maison contient un peu plus de quatre arpents; l’autre, qui est situé
CONSTRUCTION ET ADMINISTRATION DES ASILES * 3f)9 au côté sud-ouest do l’asile, est, sur le plan, entouré de deux avenues se coupant à angles droits, et d’un mur curviligne de la longueur de 4 7^ pieds sur 10 pieds de hauteur, entièrement bâti par les malades. Ce mur renferme environ deux acres trois quarts de terre.
Nous devons maintenant, conformément au plan que j’ai adopté, entrer dans les détails de la direction de l’asile d’IIanwel. Pour beaucoup de lecteurs, ces détails seront sans intérêt; mais j’espère qu’ils pourront fournir quelques idées utiles à ceux qui se trouvent sur le point de diriger de semblables institutions.
Cet asile, ayant été fondé d’après les statuts d’un acte du parlement, la neuvième année du règne de Georges IV, se trouve nécessairement sous la direction d’un comité de magistrats du comté; ce comité se compose de quinze membres, dont cinq sortent chaque année, mais peuvent être réélus. L’époque des réunions du comité n’est pas fixe; elle est subordonnée aux besoins ou aux affaires. Le comité ne se rassemble souvent qu’une fois par semaine ou tous les quinze jours : en hiver ces réunions ont ordinairement lieu dans la Session’s House, à Clerkenwell. D’avril à septembre, les second lundi de éhaque mois, outre les assemblées tenues à la Session’s House, on tient une assemblée dans l’asile, pour faire des marchés pour les provisions du trimestre. Indépendamment de ces
4oO ALIÉNATION MENTALE.
assemblées, affectées aux affaires, les membres du comité, ceux surtout qui résident dans le voisinage de l’asile, ont l’habitude de le visiter très souvent, et à des époques indéterminées 5 ils inspectent l’asile tantôt en partie, tantôt en totalité. Ce système ne saurait être trop recommandé, ni trop imité : ces visites imprévues sont d’une bien plus grande importance pour la prospérité réelle de l’établissement que celles qui ont lieu à des poques fixes et régulières ; elles doivent toujours être faites, quand même on verrait régner partout le meilleur ordre. Elles seront toujours agréables pour ceux qui remplissent leur devoir, surtout lorsqu’elles sont faites avec les formes polies des personnes qui sont habituellement appelées à la magistrature des comtés ; les visites contribuent beaucoup à stimuler l’activité de ceux qui seraient portés à se négliger, s’ils étaient complètement à Cabri de ces utiles inspections. Elles sont aussi très bonnes pour fortifier le pouvoir des directeurs ; les subordonnés et les domestiques seront toujours actifs, vigilants et attentifs, sachant que les membres du comité ont l’habitude de faire l’inspection de l’asile.
On examine avec un soin scrupuleux, une fois tous les trois mois, les livres et les comptes de l’établissement. Si un ou deux des membres du comité sont présents, ils aident le président à les inspecter et à comparer les ordres avec les notes des articles qu’on s’est procurés depuis la dernière
inspection. On expose alors aux membres du comité les choses dont on aura besoin avant la prochaine réunion : ils laissent leurs ordres par écrit; un commis est présent et chargé de les rédiger.
L’exécution des différents ordres émis par le comité est confiée au médecin-directeur, résidant à l’asile, et à sa femme, qui est directrice. En réfléchissant aux nécessités de ces établissements, on reconnaît les avantages d’en confier la direction à des personnes mariées; il existe une union domestique qui prévient les petites querelles et les jalousies qui surgissent toujours quand les personnes qui dirigent l’asile ne sont pas mariées et ont des intérêts particuliers séparés. A Hanwel, les directeurs ont la conduite entière, sous le contrôle toutefois du comité d’administration ; ils donnent les ordres pour l’exécution de tout ce qui a été prescrit par le comité, ainsi que pour tous les travaux d’une nécessité urgente. Le traitement moral et médical est sous la direction immédiate du médecin en chef et de la directrice des femmes : le médecin en chef remplit aussi les fonctions de trésorier de Tinstitution. Le médecin en chef et la directrice son secondés par le chirurgien de l’établissement et sa femme. Le chirurgien, aussitôt après le déjeuner des malades, visite tous les quartiers de l’établissement, s’informe avec soin de la santé et de l’état des malades, et fait un rapport des nouveaux malades admis au médecin, qu’il accompagne ensuite dans sa visite : il prépare aussi les
4oa ALIENATION ME NT ALL,
médicaments, et tient le registre médical. Dans F après-midi , le chirurgien fait régulièrement une seconde ronde dans tous les quartiers; son devoir consiste, en réalité, à surveiller constamment les domestiques, surtout les gardiens des hommes, et à se mettre parfaitement au fait du caractère et de la maladie de chaque malade, de manière qu’avec le médecin et la directrice ils puissent profiter des circonstances favorables que prend la maladie. Le service du chirurgien est continuel; il doit, à des heures différentes, faire sa ronde dans les divers quartiers des hommes: le matin, avant le lever des domestiques, pour s’assurer que les gardiens ne permettent pas aux malades de se lever avant qu’euxmêmes ne le soient, et puissent les surveiller; et je soir, après le coucher des malades, pour veiller à ce que le vêtements soient retirés des chambres à coucher, et que les épileptiques soient couchés de manière à ne pouvoir se mettre sur la face, car sans cette précaution ils pourraient, s’il leur survenait une attaque, mourir suffoqués. Le chirurgien est encore tenu, conjointement avec le médecin, à des soins particuliers pour quelques cas spéciaux, aussi souvent que ces soins peuvent être nécessaires. Le chirurgien et le chef de bureau ( 'clerk ) inspectent une fois par semaine le linge, la literie, les habits, etc., des quartiers des hommes, les comparent à l’inventaire et rendent compte à la directrice de ce qui manque. Quand rétablissement recevra les trois
Construction et a bm iin estivation des asiles. /jo3
cents malades en plus ^ pour lesquels il a été récemment agrandi, on nommera un second chirurgien pour les hommes, et les soins du docteur Button , le chirurgien ordinaire , seront exclusivement réservés aux femmes. Il existe aussi un médecin et un chirurgien consultants, qui font leur service dans les cas difficiles et imprévus, et chaque fois que le comité des magistrats visitants le croit nécessaire.
La femme du chirurgien de rétablissement veille d’abord à ce que les femmes soient bien soignées et traitées avec bonté ; elle veille à ce que les remèdes etle régime prescrits soient convenablement exécutés; elle veille encore aux services généraux du quartier des femmes, et surveille attentivement la literie, le linge, etc. Elle fait exécuter les ordres donnés aux gardiennes, et empêche qu’il ne soit ac< cordé aucune permission qui laisse un quartier dé garni du nombre nécessaire de surveillantes. On y parvient facilement, puisqu’on ne permet à aucun domestique de sortir sans présenter à la porte extérieure un laissez-passer du directeur, que le portier doit rapporter le lendemain pour être examiné. C’est à la femme du chirurgien qu’est confiée la distribution des laissez-passer aux surveillantes. Elle veille aussi à ce que les déjeuners elles dîners des aliénées soient de bonne qualité, à ce que les aliments soient en quantité suffisante et convenablement distribués dans chaque quartier. Elle se trouve l’après-midi dans les quartiers des
f\ o\ ALIENATION MENTALE*
femmes, où elle seconde le médecin et la directrice (matroji) dans leurs essais d’occupation et de traitement moral pour les femmes; elle leur communique tous les renseignements qu’elle croit importants, et qu’elle a pu recueillir en causant soit avec les malades, soit avec leurs parents, ou de toute autre manière. Après le coucher des aliénées, elle inspecte chaque semaine une partie des chambres à coucher, inspection qui ne se fait jamais à époques fixes. L’ouvrière chef (workwoman) et une surveillante (female store-keep ei^ font une semblable visite des autres chambres à coucher. Le gardemagasin (store-keeper) etmadameButton reçoivent toutes les semaines les fournitures pour les quartiers des femmes. Le chef de bureau (clerk) de l’établissement tient les différents livres de compte concernant les reçus et les déboursés de l’établissement, et tout ce qui a rapport aux commandes et aux fournitures des différents négociants. Aucune commande n’est faite aux marchands sans l’autorisation expresse, pour chaque article, du directeur ou de la directrice. Tous les mardis, à neuf heures, les employés et les gardiens de chaque quartier, qui sont chargés des ouvrages fabriqués par les malades, se rendent auprès du directeur et de la directrice dans la salle du comité, leur rendent compte de ce qui a été fait sous leur direction pendant la semaine, et reçoivent des ordres sur ce qu’ils ont à faire jusqu’à la prochaine réunion ; ils signalent les différents objets dont on peut avoir
CONSTRUCTION ET ADMINISTRATION DES ASILES. 4°^ besoin pour les travaux, et les directeurs ordonnent Fâchât de ceux qu’ils jugent utiles. Le chef de bureau inscrit les demandes sur le livre des commandes, et les fournitures, à leur arrivée, sont examinées avec soin; Fenvoi, s’il est admis, est enregistré , et on donne aux marchands un reçu avec le numéro de l’enregistrement. Ou ne reçoit rien qui ne soit envoyé ainsi , et quand les fournisseurs envoient leurs notes , chaque article est collationné avec soin sur l’enregistrement des envois. Le chef de bureau tient aussi les livres qui concernent les malades, et il examine et vérifie les bulletins et les certificats que l’on envoie lors de leur admission. Il reçoit également les ordres du chirurgien de l’établissement, relativement au quartier dans lequel il faut placer le malade. Si le malade est une femme, il donne une note écrite des circonstances mentionnées dans le bulletin, et le chirurgien de l’établissement s’efforce d’obtenir des overseers , ou des amis qui accompagnent le malade, toutes les informations qui peuvent être utiles au traitement. Le chef de bureau est enfin chargé de la fermeture du quartier des hommes ; elle se fait à la grosse clef, après les prières du soir.
Pour suffire aux besoins du service que nécessite l’augmentation du nombre des malades, on nomme un garde-magasin pour les provisions (provision s store-keeper) j il reçoit la viande du boucher, en surveille le poids, la qualité, et fait im-
4oG ALIENATION MENTALE.
médiatement un rapport, s’il y a lieu. Il est également chargé de recevoir les provisions fournies par l’épicier. C’est lui cjui pèse chaque jour les fournitures et distribue les matières premières, par poids et par mesure, dans les ateliers; et quelque peu importante que semble cette précaution par rapport à des fous, elle n’en est pas moins très bonne , et prend une grande partie du temps du garde-magasin. La plupart des malades se livrent, en effet, à des travaux de fabrication : le chanvre pour les bandes et le fil, le cuir pour les souliers, l’osier pour faire des paniers à fraises, la pailie pour faire les chapeaux, l’osier pour la grosse vannerie , les soies pour faire des brosses, sont distribués en quantité déterminée ; on prend une note exacte des objets employés, et des articles confectionnés, à leur réception. Cet officier veille encore à ce que la conduite des domestiques, dans la cuisine, soit décente et convenable.
La femme de charge (lions e-kee per) veille à ce que les domestiques travaillent le matin avec leurs malades, aux heures fixées. Elle reçoit le lait pour les déjeuners, qu’elle fait préparer d’après le règlement, dont on peut voir une copie dans l’appendice, à la fin du volume. Elle a la responsabilité de ce qui concerne la nourriture des malades et des employés. La distribution du beurre, du pain et de toutes les autres provisions qui ne sont pas confiées au garde-magasin, lui appartient, Le soir, elle veille à ce que les domestiques
COJSSTHUCTIOiN ET ADMIMSTJlATlOjS DES ASILES. l\0 7 de service , et les malades qui sont restées pour les aider, viennent assister aux prières qui se. font régulièrement , à neuf heures et demie, dans la chapelle.
La surveillante (store-keeper female) a sous sa garde tous les vêtements et la literie des hommes et des femmes qui n’ont pas été donnés aux gardiens de chaque quartier, et, toutes les semaines , elle prend note du linge à raccommoder. Elle reçoit le linge de la blanchisseuse en chef ( laundry maid) , veille à ce qu’il soit bien raccommodé dans les quartiers des femmes, et tire de ses cases le linge qui se trouve en état. Elle reçoit aussi en gros , du garde-magasin , le pain et les épiceries pour les femmes, en fait ta distribution, et donne également aux gardes les matières première pour le travail des malades , en reçoit ensuite les produits et en tient compte. Le matins et l’aprèsmidi, elle réunit les femmes qui doivent aller travailler dehors, en dresse la liste et les envoie au jardinier, sous la surveillance de leurs gardiennes. Le jardinier les emploie à des travaux convenables. De son côté, la surveillante visite le matin et l’après-midi les travailleuses du dehors, et voit si les gardiennes remplissent leurs devoirs. Elle distribue les divers objets qui lui sont confiés , et qui sont nécessaires pour la semaine,* en les recevant, elle les examine et les vérifie avec les employés, en accuse réception par écrit au chef de bureau, et les inscrit sur son
livre; d’un autre côté, elle ne laisse rien sortir sans en tenir compte. De cette manière, on peut vérifier immédiatement tous les objets qui se trouvent dans l’établissement, La surveillante se fait aider par les malades, pour tout ce qui concerne la taille du linge. Elle est encore chargée du soin de la bibliothèque des malades; cette bibliothèque est due principalement à la générosité de M. Gurney : elle contient des biographies intéressantes, des voyages, des abrégés historiques et des recueils d’anecdotes amusantes. Tous les samedis, les livres sont distribués aux gardiens qui doivent les donner aux malades, pour la semaine suivante ; on prête même directement des livres aux malades, sur leur demande personnelle : on tient une note très exacte des livres en lecture. L’établissement reçoit aussi, pour les malades, un exemplaire du Penny et du Saturday magazine . La bibliothèque est pour les aliénés une grande source de distraction, et commeles livres sont distribués le samedi, la lecture à laquelle ils se livrent , soit seuls, soit en commun, occupent leur esprit et les fait rester tranquilles le dimanche. Ce jour de la semaine est le pl us difficile pour la direction des malades; ils ne se livrent pas à leurs occupations ordinaires, ne sont pas habitués aux travaux de l’intelligence, et de là survient l’ennui : aussi le dimanche les malades s’abandonnent -ils davantage à leurs mauvaises habitudes.
Dans l’après-midi, les hommes et les femmes
CONSTRUCTION ET ADMIN ITU AT ION DES ASILES. 4°9 sont réunis à la chapelle, et chantent les hymnes et les psaumes qui forment une partie des offices du soir; mais comme ils chantent une partie de l’après-midi, ils ne se bornent pas, ainsi qu’on le pense bien, à répéter uniquement ces chants sacrés. A six heures du soir, le chapelain, le docteur Stoddard, célèbre le service divin, et les aliénés désirent y assister, revêtus de leurs meilleurs habits, comme le font les personnes bien portantes et les plus élégantes lorsqu’elles se rendent au temple; et il serait difficile de trouver, même à Londres, une assemblée plus attentive et plus pieuse; car le chapelain ne célébrant le service divin qu’une fois, le dimanche, on désire davantage d’y être admis; aussi l’office divin produit-il pour cela , selon moi, un meilleur effet sur les malades. Le chapelain varie avec beaucoup de discernement les différentes prières chantées à l’office, qui ne dure jamais au delà d’une heure et quart; ce temps est bien assez long pour qu’il soit possible d’agir d’une manière avantageuse sur leur attention. Les malades apprennent ainsi toutes les prières de l’office. Le chapelain donne la communion une fois tousles trois mois, et beaucoup d’aliénés se trouvent très heureux de participer à cette solennité.
V ouvrière-chef (female work-woman) est un agent très important de l’établissement; tous les quinze jours, elle remplace la surveillante pour la distribution du pain et des autres provisions de bouche avant le déjeuner; elle est constamment
4 10 ALIÉNATION MLNTALË.
occupée, après le déjeuner, à tailler, à arranger et à surveiller la confection et la vente des divers articles exposés dans le bazar dont il va être question. La plupart des malades d'Han wel sont réduites à la pauvreté, uniquement à cause de leur folie; parmi elles, quelques unes ont été habituées à des travaux d’aiguille délicats. On rencontra beaucoup de difficulté à trouver une occupation convenable pour ces malades; elles refusaient la couture et les raccommodages ordinaires, utiles à l’établissement , et on ne savait comment leur procurer de l’ouvrage en rapport avec leurs goûts. Pour remédier aux inconvénients de l’inaction de ces malades, la directrice résolut d’établir un bazar. Elle emprunta au trésorier 23 livres sterling 18 shillings, qu’elle employa à l’achat de quelques articles, tels que des modèles et autres objets nécessaires. Les ouvrages confectionnés par les malades sont vendus par Fouvrière-chef aux visiteurs, dans le bazar, ou expédiés sur commande. Ce plan réussit au delà de notre attente. A la fin de
remboursé sur les profits de la vente de ces sortes d’ouvrages, et la directrice avait entre les mains une somme d’argent, et, de plus, ce qui pouvait être dû sur les ventes. Maintenant sous les ordres de i’ouvrière-chef se trouvent quarante à cinquante malades, employées journellement à des ouvrages utiles ou de fantaisie, et destinés à être vendus dans le bazar. Le plus difficile fut d’abord de trou-
CONSTRUCTION LT À DM I IS 1 SIR AT 1 ON DES ASILES. 4 1 I ver à vendre ces objets, mais comme ils sont bien confectionnés et à bon marché, on surmonta bientôt cette difficulté. Il est presque impossible de comprendre tous les avantages que les malades retirèrent de cette occupation ; elle a beaucoup de rapport avec leurs habitudes antérieures, et excite un grand intérêt : la plupart de ces malades choisissent et exécutent les différents travaux avec autant d’attention que si elles devaient en retirer tout le profit.
Une pauvre femme déjà aliénée longtemps avant son admission en i83i, était sujette à de fréquents et violents paroxysmes. On ne pouvait la décider à prendre part aux travaux de rétablissement; elle passait son temps à faire avec le plus grand soin des robes et des collerettes. Cet ouvrage de sou goût absorba tellement l'attention, que l’irritation cérébrale disparut peu à peu; et la malade, étant restée fort longtemps sans présenter aucun symptôme de folie, fut renvoyée guérie.
Des malades se chargent de diriger certaines parties de l’ouvrage, et font travailler d’autres malades moins habiles. On s’y est pris de toutes les manières pour occuper utilement les aliénés, mais je ne connais rien de plus utile pour eux que l’établissement du bazar. Cette spéculation a été très profitable sous le rapport pécuniaire. On tient un compte exact de ce que peut coûter chaque article, jusqu’aux épingles, et du produit qu’il donne. L'ouvrière-chef remet tous les samedis à la di-
4 1 2 alienation mentale.
rcctrice le compte de chaque article. A la fin de la seconde année, le comité a pu acheter sur les bénéfices un orgue pour les aliénés. Cet instrument est fort bon ; c’est un orgue à clavier, complet, parfait dans toutes ses notes, et d’un travail exquis ; il peut jouer vingt-quatre airs. Devant principalement servir pour le service divin, les airs se rapportent surtout à la musique sacrée; mais comme les malades se rassemblent une fois par semaine pour assister à un petit concert, que leur travail a contribué à l’achat de l’orgue, et que d’autres malades s’intéressent aussi aux soirées musicales , on crut devoir les consulter pour le choix des airs: de cette manière on leur inspira de l’intérêt et pour l’orgue et pour l’établissement ; on augmenta ainsi l’estime qu’ils ont d’eux-mêmes, et on releva les forces de leur esprit. Fasse le Ciel que jamais l’on ne néglige un seul moyen capable de diminuer leurs douleurs morales, ou de rendre plus douce l’amertune d’une réclusion malheureusement nécessaire! Les malades attendent les soirées de musique avec une vive impatience. On a adopté, à Wakefield, des soirées semblables. Je me rappelle, dans cet hospice, un aliéné très violent, qu’on était obligé de maintenir dans une contrainte continuelle, et sur qui la musique avait une influence remarquable. En lui permettant, sur ses instances et sur sa promesse de s’y bien conduire, de venir à la soirée musicale, ce malade se tenait toujours pendant la soirée avec la pl us grande
CONSTRUCTION ET ADMI ION DES ASILES. 4 l 3
décence ; malheureusement ses promesses de bonne conduite disparaissaient après son retour dans le quartier. Cet homme, autant que je puis me le rappeler, était devenu aliéné à la suite d'un coup qu’il avait reçu à la tête ; et sans doute qu’une lésion organique du cerveau était la cause de son agitation, que suspendait cependant les accords des sons harmonieux.
On ne laisse pas les malades qui travaillent dans le bazar renfermées toute la journée ; quand le temps le permet, on les force souvent à se promener le matin et l’après-midi dans des jardins, où elles aident aux ouvragesqui n’exigent pas beaucoup de force musculaire. Cette mesure favorise l’entretien de la santé. Il serait à désirer que tous les profits du bazar fussent exclusivement employés à augmenter le bien-être des aliénés.
J’ai déjà dit que le bâtiment était chauffé à la vapeur. L’eau est puisée dans un réservoir placé sous les toits, à l’aide d’une machine qui met aussi en mouvement l’appareil à laver que j’ai décrit. La direction de la machine est confiée aux soins d’un ingénieur-mécanicien (< engineer ); il règle la température des quartiers en maintenant une quantité de vapeur convenable. Une grande partie de son temps est employée à tenir la machine en ordre et à la réparer ; il est aussi chargé de ce qui concerne le fer et la boutique du chaudronnier. Il se fait aider par le chauffeur, qui veille aux différentes chau-
dières, et; travaille dans la boutique du chaudronnier, avec deux ou trois malades confies à scs soins.
Il y a deux jardiniers. Le jardinier en chef doit fournir les légumes dont la femme de charge a besoin ; il lui remet, par poids et mesures, la consommation de chaque jour : il tient aussi une note des hommes et des femmes qui vont travailler dehors; il est responsable de leur rentrée ; il leur distribue l’ouvrage, et veille à ce que chaque compagnie de malades soit confiée à la garde de personnes capables. Il est occupé particulièrement dans le jardin de Fest; Faide jardinier travaille dans celui de Fouest : il reçoit du jardinier en chef, pour les faire travailler sous ses ordres, un certain nombre d’aliénés hommes et femmes. Les légumes sont en très grande quantité à HanweL
Le fermier moissonne et cultive les parties de terrain qui ne sont pas renfermées dans les jardins ; il soigne aussi les vaches et les cochons. Il est aidé par un certain nombre d’aliénés, dont il est responsable tout le temps qu’ils passent avec lui; ce nombre varie, suivant les circonstances, de douze à quarante. Il a sous ses ordres un charretier, chargé de porter dans les cuisines le charbon qui est déposé dans des hangars près du port. Il va à Londres une fois par semaine avec un chariot, pour rapporter les fournitures dont Fétablissement a besoin. Cet arrangement est très économique
COK ST ni CT ION ET ADMINISTRATION DES ASILES. 4 ! 5 j our rétablissement; il y a ordinairement à peu près cinquante-cinq aliénés et trente- trois femmes (aliénées) employés au jardin et à la ferme.
Une fille de ferme , aidée par quatre ou six femmes, seconde le fermier, et est chargée de traire les vaches. Les G 12 malades que contient maintenant rétablissement consomment chaque jour le lait d’environ seize vaches : la fille de ferme aide aussi la femme de charge dans les travaux de la cuisine et à porter et portionner les dîners des malades.
Le pain et la bière de l’établissement sont faits par une femme spéciale, aidée de huit malades. La commodité du bâtiment affecté à ce service permet de cuire et de brasser pour les 660 personnes dont se compose maintenant la famille d’Hanwel.
Le blanchissage des 612 aliénés et domestiques de l’établissement est fait par 16 à 20 malades, qui sont sous les ordres de la blanchisseuse en chef (laundry -maid). Leur temps est entièrement consacré au blanchissage et au transport du linge de tous les malades, des domestiques et des employés.
Il y a deux gardiens ( keepers ) attachés à chaque quartier ; l’un doit savoir un métier. Avant le déjeuner, ils s’occupent tous deux à faire lever, à laver et à raser les aliénés. Après le déjeuner, le gardien qui sait un état abandonne le quartier aux soins de son camarade, et emmène avec lui les malades, aussi bien ceux de son quartier que des autres quartiers, qui sont capables de travailler à son métier,
4l6 ALIÉNATION MENTALE*
et que le médecin et le chirurgien ont désignés. Les uns sont employés dans l’atelier qu’il dirige, les autres le sont aux divers travaux de la maison partout où leurs services peuvent être utiles. Le gardien qui reste au quartier y surveille les malades sédentaires, veille à ce que les lits soient faits, les chambres et les galeries nettoyées à fond ; il occupe ses malades à effiloquer des câbles ou des chiffons, à retordre des fils, ou à quelques autres ouvrages qui peuvent se faire dans l’intérieur du quartier.
Chaque quartier des femmes a deux filles de service (nurses). À neuf heures, quand le temps le permet, la plus jeune des deux réunit les malades de son quartier qui peuvent être occupées, les surveille et les aide dans leurs travaux agricoles. Les soins du ménage, dans chaque quartier, le raccommodage des malades de l’établissement, la confection de tout le linge de la maison, la couture des habits des hommes (ils sont coupés par le tailleur), la surveillance du tissage, du vannage, de la fabrication des paniers à fraises ( pottle making) , et d’autres ouvrages qui s’exercent dans l’intérieur des quartiers, suffisent pour employer la seconde fille de service. On trouvera dans l’appendice une copie des règlements qui concernent les gardiens et les filles de service.
Chaque paroisse a le privilège de pouvoir envoyer à l’asile un nombre de malades proportionné
à la somme pour laquelle elle a contribué à la fondation du bâtiment, qui a coûté, y compris les cinquante-cinq arpents de terre, les meubles, les frais et toutes les autres dépenses, 124,556 1. 54 sh.
Comme l’asile est presque constammen t au complet, il n’y a souvent pas de place pour les malades dont on réclame l’entrée, et il se passe malheureusement beaucoup de temps avant l’époque de l’admission. Les jours d’admission sont fixés au mardi et au vendredi de chaque semaine, de onze heures aune heure. A l’arrivée de chaque malade, on examine si son bulletin d’admission est en regie (2); on prend auprès des overseers et des pa-
(1) Ce qui fait, en évaluant la livre sterling à francs de notre
monnaie, 2,989,41 1 francs. A.
(2) Les demandes d’admission, d’après la loi anglaise, doivent être adressées au comité parles inspecteurs des pauvres (les overseers). Elies sont accompagnées d’un certificat signé de deux médecins, chirurgiens ou apothicaires , et n’ayant pas plus de quatorze jours de date au moment de l’admission.
Le certificat est coneu en ces termes :
« Nous soussignés , médecins , , certifions avoir
« séparément visité et personnellement examiné M ,
« âgé de , et que nous l’avons trouvé atteint d’aliénation
a mentale , et dans un état qui rend nécessaire son admission dans un « asile. »
A ce certificat , les médecins et les inspecteurs des pauvres doivent joindre leurs réponses à une se'rie de questions qui leur est remise sur une feuille imprimée. En voici le texte :
— Quel est l’âge du malade?
— Son état ?
4 l B ALIENATION MENTALE®
rents des aliénés des renseignements propres à
éclairer le chirurgien sur le quartier le plus couve-
— Sa religion?
— Est-il marié ou veuf?
A-l-il des enfants? Leur nombre? L’âge du dernier?
=— Y a-t-il longtemps qu’il est malade?
— - Le malade a-t-il de la propension 5 se porter a des actes de violence envers les personnes, et de quelle manière?
— Est-ce la première attaque de la maladie?
— La maladie est-elle continue ou intermittente ?
— Le malade a-t-il des parents qui aient été atteints d’aliénation mentale ?
— Le malade ou ses parents ont-ils été atteints du haut-mal (épilepsie) ou d’enflures aux articulations ou au cou?
Quelle cause assigner à l’invasion de la maladie?
— Le malade est-il sujet à la constipation ?
— Le malade est-il sujet à des éruptions cutanées ? — Celles-ci ontelles disparu avant l’attaque ?
— Quel est le caractère , quels sont les penchants du malade ?
— Est-il porté à déchirer ses vêtements?
—> A-t-il manifesté d'autres inclinations malfaisantes?
— Le malade était-il sobre , avait-il des mœurs et des habitudes régulières ?
— . Le malade a-t-il montré quelque penchant au suicide, et, dans ce cas, quels moyens a-t-il employés?
— Le malade a-l-il subi un traitement médical à une époque quelconque de sa maladie, et, dans le cas de l’affirmative, quels soins et quels remèdes lui a-t-on donnés.
La réponse à toutes ces questions est signée par le médecin et l’inspecteur des pauvres. L’inspecteur signe seul la réponse aux deux questions suivantes :
— Le malade sera-t-il entretenu dans l’asile aux frais de la commune?
Dans le cas de la négative, quelle portion de la dépense sera payée
par scs parents?
Le dépôt du malade dans l’asile est fait sur un mandat délivre par
ux inspecteurs des pauvres du domicile du malade. A,
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des gardiens et des filles de service, si le malade présente quelques dispositions à la violence ou au suicide: le choix du quartier une fois fait, le malade est confié aux soins du gardien ou de la fille de service; il est aussitôt dépouillé de ses habits, nettoyé, et revêtu de l’uniforme de l’asile. L ’overseer remporte les habits que vient de quitter le malade. Dans l’après-midi, le chirurgien interne le visite, s’assure de l’état général de sa santé, et prend, si cela est nécessaire, Favis du médecin; sinon, le lendemain matin, en accompagnant ce dernier dans sa visite, il lui fait part de l’état du malade; l’un et l’autre l’examinent et prescrivent le traitement physique et moral. Si la maladie est récente, on met en usage la méthode de traitement que j’ai indiquée ; modifiée d’après les circonstances, elle prévient le passage ordinaire de la maladie à l’état chronique. Si l’aliénation mentale est déjà ancienne, comme cela arrive le plus souvent, après quelques jours d’une observation attentive pour reconnaître les indications particulières que fournit l’aliéné , on essaie à le faire travailler, et à en faire, pour ainsi dire, un membre de la famille. On a pu voir, dans le chapitre du Traitement, d’après quels principes je procède. Le plus ordinairement, le médecin en chef fait l’examen phrénologique de la tête, et établit ses prévisions sur le caractère du malade; mais cet examen ne doit jamais faire négliger les précautions de la prudence , bien
que le plus souvent la conformation de la tête indique la meilleure méthode de traitement à mettre en usage , méthode que n'auraient pu suggérer les renseignements presque toujours défectueux que Fon prend auprès du malade. D’abord, on essaie le plus souvent du travail en plein air : le malade est confié à la garde particulière d’un domestique, qui le fait travailler à la terre, de manière qu’il ne puisse nuire ni à lui, ni aux autres. Peu à peu, le caractère du malade se dévoile, on reconnaît quel degré de confiance on peut lui accorder, et alors, s’il a exercé un état, on l’envoie au gardien qui exerce la même profession, et on l’engage à s’occuper. Comme il y a l’asile des maçons, des charpentiers , des ferblantiers, des chaudronniers, des cordonniers, des tailleurs, des gens qui font des balais, des tisserands, des pottle- makers (fabricants de paniers à fraises), des vanniers, des tonneliers, tous employés dans l’établissement, il est probable qu’un aliéné trouvera presque toujours à exercer l’état qu’il a appris ou celui qu’il pourrait désirer apprendre. Dans tous les cas, une légère récompense, telles qu’un peu de bière, de tabac, de thé , suivant les gouts , serviront, avec du tact, à le déterminer au travail. Toujours est-i! que sur 612 malades, 4 5/j sont journellement occupés; parmi ceux qui ne le sont pas, les uns sont en démence, d’autres dans un état de faiblesse qui ne leur permet pas de travailler, et fort peu sont naturellement paresseux. Les malades se le-
CONSTRUCTION ET ADMINISTRATION DES ASILES. 4^ i vent à six heures du matin; à huit, ils vont à la chapelle entendre les prières, et déjeunent immédiatement après. A neuf heures, ils vont au travail, à onze heures, les aliénés qui travaillent aux champs ont une ration d’un tiers de pinte de bière. Tous dînent à une heure et soupent à sept heures. Chaque malade prend par semaine un bain de propreté.
Il est inutile d’ajouter que pour maintenir l’ordre dans une administration aussi compliquée, même aujourd’hui, que toutes les parties sont réglées avec soin, il faut nécessairement l’attention constante, inquiète et vigilante du médecin en chef et de la directrice ( inatron ). Tout émane d’eux directement, rien ne peut être commandé sans leurs ordres; ils ont créé dans l’établissement les occupations diverses auxquelles se livrent les aliénés, à l’avantage de leur santé. Le plus difficile de la lèche des directeurs a été le choix d’agents propres à les seconder dans l’accomplissement de leurs desseins; s’ils n’avaient pas eu le pouvoir de choisir et de renvoyer ces agents, il leur aurait été impossible de mettre à exécution le système actuel, dont le 'succès dépend de l’attention minutieuse de chefs responsables et revêtus d’une autorité directe. La négligence dans une foule de petites choses, qui ne paraîtrait pas à un comité une cause suffisante pour motiver le renvoi d’un employé ou d’un domestique, est d’une haute importance pour le bien-être des malades. Quelques uns de ces dé-
tails sont si désagréables , qu’il n’y a que la crainte des suites d’une désobéissance pour tout ce qui touche le soin des malades , et d’un renvoi sans appel si on retombe dans la mêmefaute, qui puissent assurer une attention constante etdiiigeutedelapart des subalternes. On conçoit tout ce que ces dispositions,, pour l’exécution des travaux des malades, ont dû coûter de peines et de soins. Nous eûmes d’abord à vaincre les obstacles de la part des domestiques, qui supposaient aux travaux des malades; les gardiens avaient, en effet, beaucoup plus de mal à veiller à ce que les malades remplissent leurs occupations journalières d’oû dépendait en grande partie leur bien-être, qu’ils n’en auraient eu, les malades travaillant ou non, à faire préparer le dîner, cuire le pain, récolter les légumes par des personnes raisonnables et à gages ; ils auraient donc préféré voiries aliénés confinés dans leurs quartiers et confiés à un nombre suffisant de surveillants.
Les gardiens furent , malgré eux , forcés d’avoir recours tous les jours à l’assistance des aliénés, ayant beaucoup plus d’ouvrage qu’ils n’en pouvaient faire, quelque travailleurs qu’ils fussent eux-mêmes ; et à l’époque de l’ouverture de l’asile, en i83i , le système presque généralement adopté dans les maisons destinées aux pauvres , de payer à chacun d’eux les services qu’ils rendaient, engageait les aliénés à se refuser à un travail sans profit; mais on surmonla bientôt cette difficulté. Si les malades sont bien portants et capables de
travailler , mais qu’ils se refusent à le faire, on ne leur donne pas de bière, et on n’a pour eux aucun égard. Ils s’aperçoivent bientôt que leur bien-être dépend de leur travail , et quand ils voient ceux qui les entourent jouir des petites douceurs que leur procure leur industrie, ils demandent bientôt à travailler. Après qu’on eut en partie surmonté les préjugés qui mettaient obstacle aux travaux des malades, on lit de nouvelles objections, en apparence insurmontables, pour empêcher de faire confectionner des ouvrages qui se vendissent au dehors. On crut et on pensa que la fabrication de ces objets porterait préjudice à la vente de ceux confectionnés par les artisans. Ce sentiment fut non seulement partagé par les domestiques, mais il règne encore parmi les marchands de Londres, qui se refusent, je ne sais par quel motif, à encourager nos efforts. Le garde-magasin ( store-keeper ) chargé de prendre des renseignements auprès des commerçants pour ouvrir un débouché aux articles façonnés dans l’asile, a été traité de voleur pour avoir voulu enlever les bénéfices des artisans occupés aux mêmes ouvrages. Comme s’il était possible que le peu d’objets mis en vente par le travail des pauvres aliénés pût porter préjudice à qui que ce soit! Si cette difficulté n’eût pas été sunnontée, c’en était fait de tout notre plan. Quelque avantage que les malades auraient pu retirer de leur travail , nous n’en sommes pas aux temps où la considération de leur bien-être contre-balancerait la plus lé-
gère augmentation dans leur dépense. La soif du gain , particulière à notre époque, qui n’a d’autre principe que l’or, impose pour toute condition aux fabriques, des bénéfices à la place des pertes. Grâce à mes démarches, à mes correspondances, à la coopération pour la cause de l’humanité de personnes actives et bienveillantes, et qu’au nom de mes pauvres malades je remercie de tout mon cœur pour leur concours , le travail des aliénés est devenu profitable non seulement pour eux-mêmes, mais encore a diminué les dépenses de l’établissement, même après qu’on les eut fait jouir de quelques douceurs que l’institution n’aurait pu leur procurer sans les bénéfices de leur travail. Ces douceurs consistent en bière , thé , tabac , en habits et autres petites jouissances. Il est surtout défendu de donner de l’argent aux malades ; ce qui n’empêche pas chacun de ceux qui en gagnent de recevoir sa récompense. Les frais, par semaine, de nourriture, d’entretien, de soins médicaux et autres, les médicaments et le blanchissage, et toute aulre dépense de cette nature , s’élèvent à 5 schillings 3 pences (6 fr. 3o c.) ; et je suis convaincu qu’en diminuant le bien-être des malades, on n’obtiendra pas une grande économie pour l’établissement. Otez aux malades le stimulant qui les pousse à travailler , et vous augmenterez énormément la partie la plus dispendieuse de l’administration des asiles , la dépense des domestiques. Les charges augmenteraient encore par des dégâts
CONSTRUCTION ET ADMINISTRATION DES ASILES. /p23 qu’occasionneraient les malades, qui appliqueraient à mal faire les forces physiques qu’ils emploient avec avantage dans des travaux utiles. Il serait trop long d’énumérer les obstacles qu’ont rencontrés l’introduction successive de nouveaux métiers • il suffit de dire que tous, sans exception, ont commencé par échouer. Ce ne fut qu’en insistant pour que les domestiques, que les malades apprissent ou non, restassent avec eux jusqu’au moment où ils seraient instruits, et en faisant avec soin le choix des malades capables de faire des apprentis, que ces métiers furent successivement établis. Je n’ajouterai qu’une seule observation : jusqu’à présent il n’est résulté aucun accident grave pour avoir confié des outils aux malades ; il n’est résulté non plus rien de fâcheux des rapports des deux sexes , dans les travaux en commun dans les champs et les ateliers, sous la surveillance des gardiens et des femmes de service.
Tant que la vigilance et les précautions les plus grandes préviendront les inconvénients de ce système, nous continuerons à faire jouir les malades de ses avantages. Un accident imprévu arriverait, que je regretterais encore de le voir abandonner. Que sont, en effet, un ou deux accidents en comparaison des résultats favorables que ce système procure tous les jours à des centaines de malheureux aliénés? Est-il possible, d’ailleurs, de tenter quelque bien sans aucun inconvénient? Mais comme dans les événements ordinaires de la vie, un léger
inconvénient ne nous empêche pas de profiter des avantages qui se présentent, nous ne devrions pas non plus abandonner ceux qui découlent du plan que j’ai exposé, quand même il surviendrait un malheur imprévu, ce que je prie Dieu d’éloigner.
D’après ce que j’ai dit sur le traitement de l’aliénation mentale dans les établissements publics , il est évident qu’on n’en doit donner la direction à aucune autre personne qu’à un médecin , et à un médecin doué d’un caractère bienveillant. Je regrette vivement d’avoir appris, pendant l’impression de cet ouvrage , que le gouvernement avait envoyé, comme directeur du seul asile public de la Nouvelle-Galle- Méridionale , un homme dépourvu d’instruction médicale. Les seules notions sur la folie que possèdent cet individu et sa femme, chargée de la direction, proviennent des connaissances qu’ils ont acquises pendant qu’ils étaient gardiens dans un asile particulier.
Je n’ai rien à dire , au reste , qui puisse faire tort à leur caractère ; loin de là, ce directeur, que j’ai vu à Hanwel, paraît, autant que j’en puis juger, être mû du désir sincère de faire le bien, et regretter son défaut de connaissances médicales. Bien certainement il n’y a pas dans le puissant empire du Sud, appelé à rivaliser par la suite avec l’Europe en importance comme il l’emporte aujourd’hui en étendue, une telle surabondance de lumières et de connaissances , pour qu’un gouver-
CONSTRUCTION ET ADMINISTRATION DES ASILES. 4^7 îienient qui a sa prospérité à cœur puisse refuser l’occasion d’établir sur de bons principes , d’élever comme modèle , une institution pour guérir une maladie à laquelle il est à craindre que les habitudes et le caractère des habitants ne les prédisposent d’une manière particulière. Cette matière n’est pas sans importante ; les recherches du parlement en i8i5 nous firent connaître qu’en Angleterre, au centre des connaissances médicales, au milieu d’une population avancée en moralité, en intelligence et en bienveillance , il y avait dans les asiles des maux effrayants et révoltants pour l’humanité. Et par cette nomination, le gouvernement a donné le funeste exemple de placer ces institutions sous le contrôle de personnes tout à fait impropres à leur direction, et cela dans un pays qui n’est pas encore soumis aux règles salutaires de la morale. Ce n’est pas faire une réponse suffisante à ces objections, que de dire que le caractère de la personne nommée à cet établissement préviendra les abus. La nature de cette nomination montre qu’aux yeux du gouvernement la folie est incurable : et par la sanction d’une telle autorité, ne doit-on pas craindre que les asiles qui seront bâtis dans ce pays soient considérés plutôt comme des prisons sûres pour la garde des aliénés, que comme des hôpitaux pour leur guérison? Si l’on adopte une fois cette manière de voir, ne doit-on pas redouter de retrouver dans les futurs asiles de la Nouvelle-Galle -Méridionale {New-
South- FF aies), des atrocités et des infamies égales à celles que i8i5 a mises au jour? S’il en était ainsi , certainement le gouvernement aurait de grands reproches à se faire.