CHAPITRE VIII
TRAITEMENT
Pendant plus d’un siècle et jusqu’à ces derniers temps la maladie qui nous occupe était considérée comme devant déterminer infailliblement la mort. Aussi son nom semblait-il le synonyme de l’incurabilité. Le malade le croyait lui-même en se sentant atteint brusquement et profondément dans un organe essentiel, le cœur, c’est-à-dire dans ses œuvres vives, comme diraitun marin, etle médecin, en présence -des faibles moyens thérapeutiques dont il disposait pour soutenir la lutte, se décourageait au souvenir du glas funèbre accompagnant l’Angor. Or le soldat qui éprouve à l’avance le pressentiment d’une défaite prochaine n’est-il pas déjà plus qu’à moitié battu ?
Cette conscience d’un danger terrible et fatal avait amené les esprits à de telles défaillances que d'une part on énumérait à peine au chapitre « traitement « quelques remèdes banals contre l’Angor, comme les calmants et les antispasmodiques, que de l’autre on appelait aveugles ceux qui, sans se laisser aller à la dérive et combattant pour l’honneur plutôt que pour le succès, avaient réussi à sauver leurs malades. Ils les avaient guéris, donc ils s’étaient trompés ; ils n’avaient point eu affaire à des Angines de Poitrine, mais à des pneumo-gastralgies, à des asthmes spasmodiques, à des névralgies intercostales, ou à quelque algie du nerf phrénique! Cependant quand plus tard on parvint à démêler ce vaste canevas, ce syndrôme considérable qu’on appelle l’Angine de Poitrine, quand on étudia mieux ses causes, quand on cessa de l’envisager comme
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une entité morbide, quand des observateurs sagaces eurent la hardiesse sur tous les points du monde, de l’ancien comme du nouveau, de dire « j’ai soigné, j’ai guéri, » on finit par en revenir de cet ostracisme implacable contre une maladie grave souvent sans doute, mais pas toujours inexorable, et on cessa de trembler devant l’Angor et de compter les insuccès par le nombre des cas.
Avouons-le du reste, l’histoire de la médecine offre de temps en temps ce singulier spectacle de jugements téméraires qu’on considère souvent comme déflnitils sans laisser aux chercheurs le moindre espoir pour en appeler d’une sentence trop hâtive. N’a-t-on pas dit de l’Épilepsie pendant plus de quatre mille ans ce qu’on a dit de la maladie de Rougnon? La plupart de ceux qui s’en sont occupés n’inscrivaient-ils pas mentalement au-dessous de ce nom redoutable le qualificatif incurable. Pour ce mal comme pour l’Enfer du Dante, ne disait- on pas à ceux qui en étaient atteints ces tristes paroles « plus d’espérance ! » Et voici qu’après de longs siècles de recherches inutiles on emploie contre la grande névrose les divins bromures, on soulage, on éloigne un génie malfaisant, on guérit ! Mais là encore, comme pour l’Angor, des esprits chagrins s’écrient en branlant la tête : guérir l’Épilepsie, quelle aberration ! quelle outrecuidance ! quelle erreur profonde! Ce que vous avez guéri, ce n’était point le mal comitial, l’Épilepsie vraie; ce sont des accès épileptiformes, des semblants, des diminutifs de crises, des apparences convulsives. L’Épilepsie vraie, celle qui s’accompagne de
malformation crânienne, ne perd jamais ses droits, jamais! Et
cependant voici des malades qui les ont, ces déformations ; en voici d’autres chez qui le mal a été la conséquence évidente d’un épanchement cérébral ; l’hémiplégie a précédé le premier paroxysme, et les uns et les autres ont cessé d’être hantés par leurs accès. N’importe, les sages d’entre les sages s’en vont haussant les épaules devant un espoir moins décevant pour l’humanité que pour la sûreté de leur pronostic. C’est à peine s’ils daignent répondre hautement : «Vous, vous croyez à la guérison, mais ce n’est qu’une suspension pendant deux, six ou dix ans, attendez et tous verrez ! » A cela qu’objecter si ce n’est que six ou dix ans sont souvent le tiers de la vie de l’homme et que, si le calme absolu s’est fait pendant autant de temps, il existe les chances les plus favorables du monde pour la guérison ou, si l’on veut un mot moins absolu, pour que les accès s’éloignent pour toujours. Et qu’importe en définitive
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le mot au malade s’il se sent renaître à la vie, au bonheur, à la paix ?
Ce que nous venons de dire est l’image fidèle de l’opinion qu’on avait en ces derniers temps sur l’Angine de Poitrine. A ceux qui l’ont traitée avec succès, on répondait: vous vous êtes trompés, vous n’aviez à soigner que de fausses Angines; à ceux qui ont objecté que dans l’espèce on avait ressenti tous les signes les plus graves et les plus manifestes de lésions cardiaques, on ripostait par ces mots : depuis combien de temps jouissez- vous d’une paix absolue ? si votre calme ne date pas de dix ans au moins, nous n’y croyons pas ! Que dire à ces tristes paroles si ce n’est de prier ces incrédules de se mettre un instant à la place des pauvres patients et de leur demander si trois, six ou dix ans de tranquillité absolue au sortir d’un aussi foudroyant orage ne leur sembleraient pas le plus grand bonheur de la vie !
Oui, l’Angor est curable, et les observations de guérisons citées déjà et que nous verrons s’augmenter plus Icûn sont trop consolantes pour qu’on ne le répète pas bien haut. Nous devons l’assurer de suite afin de relever le courage du médecin, afin aussi c[ue dans ses gestes, son air, sa voix, son attitude, son sourire, le malade qui se croit, lui, condamné à mourir à l’instant, ne puisse jamais deviner, je dis plus, soupçonner une nuance d’abattement, d’indécision, de crainte ! Songeons qu’une angoisse terrible l’envahit, qu’il attend tout de son médecin ; qu’il l’épie, qu’il le pressent avec cette intuition profonde du condamné cherchant à lire son arrêt sur les visages qui l’entourent ! Rappelons à cet égard ces belles paroles du D'’ Huchard : « On ne saurait pour cette maladie, comme pour beaucoup d’autres, assez condamner une sorte de nihilisme thérapeutique trop en honneur, grâce auquel le médecin, s’abandonnant au plus grand découragement et au scepticisme, ne tente rien et se laisse aller à une inaction presque absolue. Nous sommes d’avis, au contraire, que dans cette affection redoutable, le thérapeute peut écarter les dangers sans cesse renaissants d’une mort subite ou rapide pendant les accès et aussi empêcher définitivement leur retour ! »
Il faut non seulement agir dans l’Angine de Poitrine mais il faut agir vite, car, sans être tout à fait l’arbitre de la vie et de la mort comme dans certaines maladies à évolution rapide, le médecin, peut avec les ressources nouvelles de la thérapeutique, soulager presque
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immédiatement son malade et diminuer tout au moins la violence et la durée de ses paroxysmes.
Passons en revue ces ressources. Elles sont de deux sortes : 1® celles qu’on oppose à l’attaque au moment même où elle se produit ; 2° celles auxquelles on a recours pour en prévenir le retour.
lo Traitement de l’Accès en général
La première pensée du médecin et le suprême désir du malade c’est de voir diminuer, apaiser, éteindre la souffrance horrible qui l’enserre. Voyez-le plutôt cherchant d’instinct, dès la première atteinte du mal, la position qü’il doit prendre afin de moins souffrir ; bientôt il la découvrira, quoiqu’elle ne soit pas la même pour tous. C’est ainsi que les uns mettent les deux mains sur la région précordiale et cherchent en la comprimant fortement, ou en s’appuyant contre un corps dur (le coin d’une table, la colonne d’un lit, le rebord d’une cheminée), à suspendre le spasme. La plupart restent immobiles, retenant leur respiration, serrant fortement de leurs mains un objet auquel il se cramponnent comme les asthmatiques ; d’autres se penchent à droite, à gauche ou en avant, le corps plié en deux. Ceux-ci ne pouvant s’étendre sans que la douleur se réveille aiguë et brûlante restent sur leur séant; ceux-là au contraire l’apaisent en appuyant leur dos contre un objet résistant ; chacun des patients s’ingénie, en un mot, à diminuer son angoisse et bien peu cependant y réussissent, mais cet espoir les soutient, il est donc utile et humain de les laisser agir à leur gré et comme d’instinct.
J’ajouterai cependant un conseil utile. Nous avons vu dans le cours de cet ouvrage que parfois l’aura angineuse partait des doigts, de la main, précédait la douleur sternale au lieu de la suivre. Eh bien, dans ces cas, ne pourrait-on pas conseiller au malade de porter constamment au-dessus de ce point initial un bracelet, une simple courroie munie d’une boucle à ardillon? aussitôt qu’il percevrait la menace d’un accès, il aurait quelque chance en serrant fortement sa courroie de le faire avorter et de l’arrêter sur place, dans un certain nombre de cas du moins ; ce moyen réussit bien à limiter les auras épileptiques et à les confiner dans un membre; pourquoi n’aurait-il pas le même pouvoir dans cette autre névrose quand le processus est lointain et l’irradiation centripète ?
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Passons maintenant en revue les médicaments à opposer à l’attaque soudaine, à cette véritable tempête, à ce cyclone cardiaque qui menace doublement la vie par l’excès de la douleur et par l’intervention possible d’une syncope mortelle.
A. — Émissions Sanguines générales. — Elles SOnt dangereuses dans la plupart des cas ; nous verrons plus tard dans quelle espèce d’angine elles peuvent être utiles, mais ce n’est que l’exception. Une saignée peut favoriser la syncope et frayer à la mort un passage en maintenant le cœur trop longtemps en diastole. Quant aux émissions sanguines locales, comme les sangsues, elles demandent un temps trop long pour être appliquées, et pendant cet intervalle l’accès peut tuer le malade ou s’éteindre de lui-même ; ce moyen est donc à rejeter ; je n’en dirai pas autant des ventouses scarifiées sur la région précordiale ou plutôt au-dessous; elles exercent une révulsion rapide, énergique et fort utile par la vive douleur extérieure qu’elles produisent dans une région déjà hyperesthésiée ; puis on a toujours sous la main les objets nécessaires pour leur application : une allumette, du papier, des verres de table ; leur apposition est facile sur cette région, et presque toujours une détente favorable suit la minute d’anxiété ressentie par le malade au moment où l’acier creuse dans sa chair un sillon sanglant.
Je crois donc les ventouses scarifiées recommandables toutes les fois que l’état général d’un sujet est assez bon pour le permettre, surtout quand on n’a pas sous la main les médicaments actifs susceptibles d’annihiler la douleur. Ces médicaments nouveaux sont le nitrite d’amyle, la nitro-glycérine et le nitrite de sodium.
A. — Nitrite d’Amyle. — Ce médicament est si précieux dans le traitement de l’Angor que son emploi est une véritable conquête thérapeutique ; il a été admirablement décrit dans son action et ses heureux effets parM. H. Huchard(l), aussi nous ne pouvons mieux faire que de reproduire ici l’étude magistrale qu’il en a faite.
«• Le nitrite d’amyle, découvert en 1844 par le chimiste français Balard, fut expérimenté pour la première fois en 1859 par Guthrie, qui éprouva sous l’influence de l’inhalation de ses vapeurs une vive coloration du visage avec augmentation des battements cardiaques. L’action physiologique et thérapeutique du médicament fut ensuite étudiée à l’étranger. j)ar Richardson, Gamgeo, Lauder-Brunton, Wood Horatio (de Philadelphie), Goodharl, Anstie, Amez-
(1) Revue de Médecine. — Huchard, loc. cit. p. 676.
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Droz, Gutlmanii, Steketec, Van Ermangen (de Louvain), etc., en France par Constantin Paul, Veyrières, Marsat, Dugau, Ozil, Bourneville, François-Franck et par nous.
« Les effets physiologiques produits par le nitrite d’amyle et que nous allons passer en revue, peuvent être ainsi résumés : dilatation des vaisseaux, diminution souvent considérable de la pression sanguine, augmentation de force et de fréquence des contractions cardiaques.
« La dilatation vasculaire, qui est le phénomène principal existe seulement pour les vaisseaux de la tête, du cou et de la poitrine, avec cette particularité qu’elle va en décroissant de la tête aux extrémités où elle est nulle. Elle ne se borne pas seulement aux vaisseaux cutanés, mais elle atteint aussi ceux des organes. Ainsi, dans plusieurs expériences relatives à l’influence que certains médicaments exercent sur la circulation de l’encéphale, Schüller a vu, à l’aide d’une ouverture pratiquée à travers la boite crânienne, une dilatation considérable des vaisseaux de la pie-mère produite chez le lapin par les inhalations du nitrite d’amyle. L’opium détermine au début une dilatation suivie peu à peu d’une contraction vasculaire, et l’ergot de seigle donne lieu au contraire à une contraction intense et durable des mômes vaisseaux. Schramm est arrivé aux mêmes conclusions en ce qui concerne le nitrite d’amyle ; il a vu sous son influence les vaisseaux de la pie-mère prendre un diamètre double et même triple du diamètre normal.
« Seuls, les vaisseaux du poumon et de la rétine résistent à cette dilatation vasculaire, comme Filehne l’a remarqué par une ouverture pratiquée au thorax d’un animal, fait qu’il explique par une action spéciale du médicament sur les centres nerveux. Pick au contraire interprète cette particularité de la façon suivante : D’après lui, le nitrite amylique passe rapidement par inhalation dans les vaisseaux capillaires du poumon sans les impressionner, puis il arrive au cœur par les veines pulmonaires et de là dans les artères de la grande circulation, pour revenir dans les artères du poumon, où il est alors dilué et presque consommé. D’un autre côté, si les vaisseaux de l’œil n’éprouvent aucune dilatation, c’est en vertu de la disposition physiologique de l’organe, d’après laquelle, pour Ludwig, le liquide sanguin 'reste soumis à une tension toujours invariable (Nothnagel et Rossbach),
« Cette dilatation des petits vaisseaux n’est pas due à une action du médicament sur les centres nerveux et sur le bulbe, comme le pense Filehne (d’Erlangen) ; la preuve, c’est que, suivant l’expérience importante de Lauder Brunton, cette dilatation persiste après une section transversale de la moelle cervicale au-dessous de l’atlas (Wood Horatio, Stoketec, Pick). Elle n’est pas due à une action réflexe ; la preuve encore, c’est que, d’après Mayer et Friedrich, après la section des nerfs vagues et dépresseurs, qui sont les agents principaux de la dilatation vasculaire réflexe, le phénomène se produit encore après l’injection directe du nitrite d’amyle dans le torrent circulatoire, et aussi après la compression complète et continue de toutes les artères encéphaliques, qui empêche le fonctionnement du cerveau.
« Il résulte de tous ces faits négatifs, que le nitrite d’amyle agit localement sur les vaisssaux et qu’il est un poison direct du muscle, comme le démontre l’expérience suivante de Pick : un muscle de grenouille curarisée se contracte parfaitement par les courants électriques, mais il ne se contracte plus si l’on place
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jiendant dix minutes le même muscle sous une cloche remplie de vapeurs amyliques. Cette action sur les vaisseaux, qui peut s’exercer par l’intermédiaire d'une excitation directe des filets nerveux dilatateurs (Amez Droz), ou encore par une influence paralysante sur les filets constricteurs ou plutôt sur les éléments vasculaires contractiles (Steketec, Pick, etc.), dépend très probablement de l’altération du sang démontrée par un assez grand nombre d’auteurs. En effet, Richardson et Wood ont vu les premiers que le nitrite d'amyle entrave le travail d’oxydation. Ainsi le phosphore sur lequel on a versé quelques gouttes de cette substance ne développe plus à l’air de vapeurs blanches ; le sang veineux perd la faculté de devenir rouge au contact de l’oxygène de l’air, et à l’autopsie des animaux soumis aux inhalations amyliques, on trouve le cœur et les artères chargés d’un sang noir et foncé. Cette action spéciale des nitrites sur le sang a été ensuite démontrée par Gamgee, Hœstermann, Jolyet et Regnard, P. Giacosa.
« Telle est, en résumé, l’action physiologique du nitrite d’amyle sur les vaisseaux, action qui s’exerce encore sur le cœur pour augmenter la force de ses contractions. Il était intéressant de bien l’étudier et de la bien connaître, pour mieux fixer ses effets thérapeutiques et comprendre l’efficacité vraiment remarquable de cet agent contre les accès angineux.
« Lauder-Brunton propose l’explication suivante : Pendant les attaques de sténocardie, cet auteur a pu prendre quelques tracés sphygmographiques qui ont toujours indiqué une augmentation considérable de la tension artérielle, laquelle diminuerait ou disparaîtrait avec la diminution ou la disparition de la douleur ; cette élévation de la tension artérielle serait elle-même, comme le paroxysme douloureux, le résultat d’un état spasmodique des artères périphériques. Donc, le remède indiqué par ces vues théoriques, devait être le nitrite d’amyle, qui a ])Our propriétés de dilater les vaisseaux et d’abaisser considérablement la pres- .sion vasculaire.
« Cette idée n’est certes pas nouvelle ; elle a été indiquée par Traube, qui établissait un rapport de cause à effet entre les troubles vaso-moteurs et les symptômes angineux, entre la contraction des vaisseaux artériels et l’élévation de la tension sanguine, entre celle-ci et l’augmentation des battements cardiaques, la sensation de douleur et d’anxiété précordiale. La même opinion a été reprise encore par Landois et Nothnagel lorsqu’ils ont décrit une forme vaso-motrice
« Mais cette théorie séduisante est passible d’objections sérieuses :
« Si, comme nous l’avons dit, et comme nous en avons même cité un exemple, il existe des cas où les troubles vaso-moteurs ont précédé et paru produire le paroxysme angineux, il s’agit d’une forme particulière appartenant bien plutôt à la catégorie des pseudo-angines. C’est là du reste une opinion très judicieusement exprimée par Gairdner ; « Ce que nous apprennent les cas de Nothnagel, dit-il, ce n’est pas que l’Angine de Poitrine typique, le plus souvent fatale, doive être regardée comme toujours due à un spasme vaso-moteur, mais plutôt que, dans certaines conditions particulières de l’organisme, un arrêt soudain de la circulation dans les extrémités, déterminé par un spasme vaso-moteur, peut devenir la cause d’une augmentation d’action du cœur, de palpitations et d’une pseudo-angine. » C’est donc non seulement une exagération, mais une erreur de croire que toutes les angines de poitrine reconnaissent pour cause un spasme des
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vaisseaux périphériques ; celui-ci est bien plus souvent consécutif à l’accès, il résulte du retentissement des grandes douleurs sur le nerf grand sympathique.
« Il n’est donc pas admissible que l’élévation de la tension artérielle existe dans tous les cas d’angine de poitrine. Le fait rapporté par Lauder-Brunton n’est pas absolument concluant à cet égard, et quand même d’autres exemples viendraient à être produits, quand il serait démontré que la contraction des artérioles périphériques et l’élévation de la tension vasculaire sont des phénomènes constants, il resterait encore à prouver, comme G. Johnston le fait remarquer justement, qu’ils sont toujours la cause des accidents angineux. Que de fois, en effet, n’observe-t-on pas cette augmentation de la pression sanguine en l’absence de toute douleur rappelant même de loin l’angor pectoris !
« Une seconde explication pour interpréter le modus operandi du nitrite d’amyle a été donnée par Johnson, qui cite même à l’appui deux cas de sa pratique où le médicament a été « remarquablement avantageux ». S’appuyant sur ce fait démontré physiologiquement, à savoir que l’irritation électrique du bout central d’un nerf mixte ou sensitif, le sciatique ou le trijumeau par exemple, détermine par influence réflexe à travers le centre vaso-moteur, une contraction générale des artérioles, d’où résulte une haute tension vasculaire, Johnson en conclut que ces deux phénomènes, loin d’être primitifs, sont secondaires et consécutifs à l’excitation douloureuse partie des nerfs cardiaques. D’après lui, le soulagement apporté souvent d’une façon si remarquable aux accès angineux par le nitrite d'amyle tient à son pouvoir anti-névralgique et non pas directement à son influence vaso-dilatatrice. Sans doute, on peut avec cet auteur, citer l’exemple si remarquable du docteur Herries Madden, de Torquay, qui fut complètement délivré de ses accès d’angine de poitrine par le nitrite d’amyle, malgré la contre-indication apparente à son emploi, l’état congestif de la face pendant le paroxysme douloureux ; sans doute encore, on peut rappeler quelques observations de Talford Jones, de Forrest, de Manzi, de Douglas Lithgow, où les douleurs névralgiques ont cédé aux inhalations amyliques ; on peut encore citer le fait de Johnston relatif à une dame atteinte depuis quinze jours de névralgie faciale très sévère qui avait résisté à tous les traitements et qui guérit très rapidement par les vapeurs d’amyle. Mais toutes ces observations sont bien peu nombreuses; et dans tous les cas, a-t-on jamais prouvé l’action directe de ce médicament sur les nerfs sensitifs, sur la sensibilité? a-t-on jamais démontré en un mot son pouvoir anti-névralgique ? Celui-ci peut bien exister, mais d’une façon indirecte, par l’intermédiaire du système circulatoire, et c’est ainsi qu’il montre son efficacité dans les accès de migraine caractérisés par un spasme artériel plus ou moins prononcé (hémicrânie angio-tonique).
« D’après nous, le nitrite d’amyle agit de la façon suivante : Il active la circulation intrà-myocardiaque dans les cas où elle est sérieusement entravée par le spasme ou l’oblitération des artères coronaires ; de plus, il agit sur les artères périphériques dont il détermine la dilatation ; en diminuant les résistances périphériques, il favorise, augmente l’énergie et le travail de l’organe central de la circulation. Nous ne partageons donc pas l’opinion de Filehne (d’Erlangen), qui admet que l’action du nitrite amylique sur le cœur se produit par suite d’une sorte de paralysie du nerf vague.
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Citons maintenant quelques observations relatives au mode d’emploi du nitrite d’amyle contre VAngor Pectoris où cet agent héroïque a donné des résultats véritablement merveilleux.
OBSERVATION CXXXIX (Résumée in Huchard. — Mémoire cité p. 98).
Lauder Brunton soignait un angoreux dont les accès étaient presque toujours nocturnes, entre deux et quatre heures du matin et durant une heure environ. Pendant les intervalles, la digitale, l’aconit et la lobélia inflata étaient administrés sans succès; pendant l’accès, l’alcool et les stimulants produisaient peu d’effet; le chloroforme calmait momentanément la douleur. Une saignée de trois ou quatre onces ou l'application de ventouses scarifiées amenaient de l’adoucissement.
Pensant que 1e soulagement produit par la saignée devait être attribué à la diminution consécutive de la tension artérielle, Lauder Brunton eut l’idée d’employer le nitrite d’amyle qui a pour action d’abaisser la pression vasculaire. On fit donc respirer au malade cinq à dix gouttes de cette substance, et immédiatement avec la production de la rougeur de la face, on remarquait la disparition de la douleur. « Généralement l’accès de la nuit suivante était supprimé ; parfois un léger accès se produisait cinq minutes après la disparition du premier, mais il cédait toujours à l’inhalation de quelques gouttes de cette substance et ne reparaissait plus. Dans tous les cas où je l’ai employé plus tard, la maladie a été complètement guérie après l’absorption d’une once de nitrite d’amyle. Dans les anévrysmes où la douleur était continuelle, elle ne cédait pas au nitrite d’amyle ; il est à remarquer que dans tous les faits où le nitrite d’amyle était impuissant, la saignée n’a pas eu plus d’effets. »
OBSERVATION CXL (Résumée in Huchard. — Mémoire cité p. 99)
Homme de trente-cinq ans, laboureur, ni syphilitique, ni rhumatisant, atteint d’affection aortique (rétrécissement et insuffisance) ; a eu il y a sept mois une attaque d’angine de poitrine qui dura quelques minutes. Les mêmes accès revinrent presque toutes les nuits jusqu’à il y a six semaines ; ils étaient arrivés à une durée de deux heures et même de cinq heures. La douleur est précédée d'une autre, qui a presque toujours son siège à la saignée du bras gauche. Les accès surviennent surtout la nuit après une journée de fatigue, et parfois dans la journée après la marche. A la première attaque, on lui fait respirer du nitrite d’amyle, qui produit d’abord un certain degré d’oppression, un étatvultueux du visage. Mais dès que l’inhalation est terminée, le malade déclare qu’il ne souffre plus et qu’il n’éprouve plus qu’un léger engourdissement du bras gauche. Le pouls, plein et lent pendant l’inhalation, devenait rapide une fois que ceUçci était terminée.
Une nouvelle attaque, s’étant produite quelque temps après, fut jugulée par l’emploi du même moyen ; plus tard cependant, on fit des injections de morphine et des inhalations de chloroforme, qui furent également suivies assez promptement de la sédation des phénomènes douloureux (Wilks, Lancet, 16 janvier 1869, page 85.)
DE l'angine de poitrine
Le D’’ Madden s’est guéri lui-même d’une Angine de Poitrine par les inhalations du nitrite d’amyle. Voici son observation abrégée :