A ET B. — TRAITEMENT
DE L’ArVI<;i]\E DE POITRIiXE I\ÉV lî AI AiU,»EE ET DE L’AI\EOK I\ÉVIÏOSI«,»EE
A. — Dans l’Angine de Poitrine Névralgique d’origine traumatique, indépendamment des moyens que nous venons d’énumérer à employer pendant l’accès, atîn de le faire cesser le plus promptement possible, il est urgent de combattre, d’apaiser tout d’abord la névralgie brachiale initiale, puisque c’est grâce à son retentissement extrême et à s.i violence que survient l’accès d’Angor. M. Tillaux (1) nous donne à cet égard les conseils suivants :
« Commencer par des applicalions froides, des compresses imbibées de chloroforme, des vésicatoires, des injections sous-cutanées, etc. Si ces premiers moyens échouent, avoir recours à la cautérisation actuelle ou potentielle. En cas d’insuccès, faire la section sous-cutanée du nerf, si elle est praticable, eu suivant ce précepte formulé par Malgaigne : « Couper au-dessus do l’origine do toutes les branches douloureuses. »
On sait que plusieurs médecins anglais, américains et italiens, disent s’être bien trouvés de l’élongation des nerfs pour apaiser ces névralgies. Nous ne croyons pas que cette méthode ait jamais été appliquée dans cette occasion particulière, mais il est bien démontré aujourd’hui que le calme procuré par l’élongation n’est que passager et que la résection seule du nerf procure un ajiaisement durable. L’ablation des névromes douloureux adhérents à la cicatrice et à la
(I) Tilhiux. — Des affections chirurgicales des nerfs. Tlièse d’agrégation, l8üG.
DE l’angine de poitrine
peau est absolument nécessaire lorsque les élancements douloureux Unissent par amener la cardiopathie, et quand l’emploi des moyens purement médicamenteux ne suffit pas pour éteindre cette dernière. Nous avons en effet, dans notre chapitre traitant des Angines de Poitrine par causes traumatiques, donné des exemples (observation X, p. 53) où le traitement par le bromure de potassium et le séjour aux eaux de Néris conseillés par M. Verneuil et M. Potain, ont procuré la guérison. Ce ne sera donc qu’après l’inutilité de leur emploi qu’on aura recours aux opérations chirurgicales.
Je ne crois pas que l'acupuncture qui, dans les mains du D"' Riberi, (observation xiii) a donné un résultat si brillant dans une Angine de Poitrine apparue après une saignée malheureuse au pli du bras (le nerf avait, sans aucun doute, été lacéré), ait été employée depuis CO praticien ; du moins, je n’en ai trouvé aucun exemple dans les auteurs.
B. — Angine de poitrine des nouvelles accouchées. — Jusqu’ici la science n’a pu recueillir que les deux observations du D’’ Armaingaud. Mis en présence de cette dangereuse complication, l’honorable praticien de Bordeaux a employé l’appareil à courants continus du D’’ Onimus. 11 a appliqué le pôle positif au niveau du cœur, après s’être préalablement assuré que ni cet organe, ni ses vaisseaux n’étaient lésés, et le pôle négatif sur le point douloureux vertical (sixième vertèbre cervicale et les deux premières dorsales). C’est le plus fort courant ascendant que puisse donner l’appareil électro-médical Onimus. Au bout de trois minutes, disparition subite de l’accès ; le courant est maintenu pendant huit minutes encore. Mais l’Angor ne réparait plus et le bromure de potassium, à la dose de deux grammes par jour, achève la guérison.
Dans l’autre cas d’Angine de Poitrine, chez une femme récemment accouchée, M. Armaingaud avait été moins heureux et la femme était morte malgré l’emploi du bromure de potassium et des perles de térébenthine.
Mais en 1875 et en 1877 on ne connaissait pas les bons effets qu’on pouvait retirer de l’emploi des inhalations de nitrite d’amyle et on comprend aisément combien notre confrère dut se sentir désarmé en présence d’une complication foudroyante contre laquelle la tradition et la science ne l’avaient pas prémuni. Aujourd’hui, avec les nouvelles conciuètes thérapeutiques que la science fait chaque jour, on lutterait avec plus d’avantages, et les injections de morphine ou
TRAITEMENT
de tribromure d’allyle, les inhalations de nitrite d’amyle, l’administration de la trinitrine constitueront des ressources précieuses pour enrayer le mal.
Ressources immenses en effet, et je le répète, car il s’agit ici de relever au plus vite l’organisme déjà affaibli par la déglobulisation du sang pendant la grossesse; on comprend, du reste, qu’après les douleurs angoissantes, surhumaines de l’accouchement, qu’après une hémorrhagie plus ou moins abondante, tout languisse et reste affaissé dans la circulation nerveuse, et que la moindre syncope devienne mortelle. M. Armaingaud explique de cette façon bien des morts foudroyantes survenant après l’accouchement, et peutêtre n’a-t-il pas tort? Un Angor soudain, une ischémie-anémie su- ])ite, pour employer un terme cher à M. Liégeois, déterminant une syncope fatale, ne légitime-t-elle point la mort plus facilement et ))lus rationnellement qu’une emljolie se produisant sans phléliite, sans aucun signe d’inflammation et qu’on regarde trop souvent comme Tunique cause des morts subites des nouvelles accouchées?
Le danger conjuré, les premiers accès enrayés, le médecin respire et il peut recourir simultanément, en les alternant, au bromure do potassium et aux excitants diffusibles dont nous allons parler tout à l’heure.
B. — Les Angines de Poitrine névralgiques no re''-onnaissant pas de causes traumatiques, peuvent être, avons-nous dit, (sl) essentielles, ou succéder à d’autres névralgies (h).
a. — C’est principalement dans cette variété et dans l’Angine Névrosique que l’Electricité a eu des succès, surtout dans les mains de Duchenne, de Boulogne, qui s’en est servi le premier contre cette maladie en pratiquant l’électrisation cutanée de la région précordiale pendant l’accès.
Duchenne l’essaya la première fois chez un nommé Péroné, corroyeur d’une forte constitution, légèrement rhumatismal, âgé de cinquante ans, atteint sans cause connue d’une Angine de Poitrine grave et rebelle à tous les moyens précédemment employés. Le malade en était arrivé à ne pouvoir marcher et se baisser sans en avoir un accès.
La faradisation cutanée occasionna une douleur si atroce, accompagnée d’un cri si fort que Duchenne suspendit la marche de l’appareil. Mais la douleur primitive avait disparu en même temps que les fourmillements et élancements au bras gauche. Un nouvel accès
DE l'angine de poitrine
provoqué par la marche fut également interrompu instantanément par l’électrisation. En la renouvelant à des intervalles éloignés de plus en plus, l’Angor disparut et le malade put reprendre son pénible métier.
De nouvelles expériences tentées avec Aran, renouvelées par Ed. Becquerel (1), Bouillet, Van Holsbeck (2) eurent des succès confirmatifs.
Ducbennc attrilîuait ces nouveaux effets à l’énorme perturbation portée dans l’innervation avec la rapidité de l’éclair par l’électrisation ou peut-être à une action spéciale électrique sur le système nerveux.
Et cependant cette méthode de traitement a été abandonnée parce ([lie, suivant l'opinion de M. Liégeois (3), elle peut exposer à un accident redoutable, l’arrêt instantané des accidents rbytmiqucs du cccur, et parce que, d’après M. Huchard (4), elle ne peut rien contre la douleur et qu elle est même capable de la provoquer ainsi que M. Duchenne et M. Dujardin-Beaumetz en citent chacun un exemple (5).
Quant aux courants continus, ils produisent de bons résultats sans exposer aux mêmes dangers. Voici ce qu’en dit M. H. Huchard dans son mémoire.
« Eulenburg (de Berlin) emploie les courants constants, en plaçant le pôle posilit au sternum et le pôle négatif au cou sur le trajet du sympathique. Huebner (6) affirme qu’il a fait cesser les accès d’angine de poitrine par la galvanisation du sympathique et du plexus cardiaque. Lœwenfuld (7) cite le fait d’une angine de j'oitrine qui revenait à peu près tous les mois avec une intensité extrême ; les courants continus furent appliqués une minute de chaque côté du cou, sur le trajet du pneumo-gastrique, et produisirent une sédation immédiate. Ce traitement fut renouvelé dix fois en trois semaines, et depuis deux ans le malade n’eut plus une seule attaque.
n Dujardin-Beaumetz rapporte de son côté le cas d’un malade chez lequel la douleur de la main, puis de l’avant-bras et du bras précédait de quelques instants celle de la région précordiale. Aussitôt qu’on appliquait les courants continus descendants sur le membre supérieur gauche, on arrêtait la progression tle la douleur, et le patient avait été frappé de ce fait curieux que, lorsqu’on
(1) Becquerel et Bouillet. — Comptes-rendus de l’Académie des sciences, février, ISG'.i.
(2) Van Holsbeck, cité par Nivelet de Commercy. — De l’électrisation généralisée, ISB'J. (d) Ch. Liégeois. — Revue médicale de l’Est, p. 110.
(4) H Huchard. — Mémoire cité, p. 114.
(ô) Dujardin-Beaumetz. — Leçons de thérapeutique.
( i) Huebner, Deutch. Arch. fur klinische Med., XH° vol., 1874.
(7) Lowenfuld, Electrothérapie dans l’angine de poitrine (Aaerzliches Intelligenzblatt, 1881, n» 3U).
TfiAITËMENT
plaçait le courant autour de l’épaule, on coupait pour ainsi dire la névralgie brachiale dans sa marche ascendante « en formant une sorte de barrière qui s’opposait au développement des accès douloureux du côté du cœur et de la poitrine (1).
« De mon côté j’ai vu, en 1879, avec M. Maurice Raynaud, qui m’avait fait l’honneur de m’appeler, un malade goutteux atteint d’affeclion aortique et d’angine de poitrine, dont les accès douloureux ont été singulièrement amendés par l’emploi des courants continus. Ces accès étaient si violents qu’ils faisaient craindre à bref délai un dénouement funeste. »
On connaît le .succès obtenu par M. Armaingaud, de Bordeaux (2).
OBSERVATION CXLVIII (Résumée par le D'’ lIuciiiRoi
<1 Enfin, on peut employer concurremment les courants induits et les courants continus, comme il résulte d’une observation que j’ai rapportée on 1879 dans y Union médicale.
« Il s’agissait d’un malade en proie à des accès extrêmement violents et aigus d’angor pectoris, lesquels présentaient à leur suite la plupa-t des symptômes d’une paralysie du nerf pneumogastrique; dilatation de l’estomac, congeslion broncho-pulmonaire, précipitation extrême du pouls sans fièvre, etc. Le malade était mourant. M. Onimus, que nous avions fait appeler, employa l'électricité de la manière suivante :
« Courants induits, interruptions très espacées, trois secousses en deux secondes, soit 90 en une minute. Les pôles étaient appliqués, soit les deux ou un, au voisinage du pneumogastrique, soit l'un en cette région et l’autre sur la région précordiale. La durée ne dépassait pas deux minutes sans i[u’on mît un certain intervalle avant de recommencer l'électrisation. Chaque fois, on électrisait en même temps et spécialement vers la fin de la séance avec des courants continus; après cela, le pôle positif était appliqué sur la nuque, aussi haut que possible, et le pôle négatif était placé d'abord sur le cou, puis, pendant un temps plus long, sur la région précordiale progressivement du côté de la pointe et du côté de la base du cœur.
« Sous l’influence de ces pratiques d’électrisation, l'ainélioralion fut très rapide; le pouls, qui était à 150, était descendu à 90; le malade, qui était presque mourant, avait pu même se lever ; mais quatre jours après, les accidents reprirent une nouvelle acuité et l’emportèrent rapidement.
B. — « L’aimantation a été employée pour la première fois par Laënnec, qui appliquait deux plaques d'acier fortement aimantées, l’une sur la région précordiale gauche, l’autre dans la partie opposée du dos, de manière que les pôles fuisent exactement opposés et que le courant magnétique traversât la partie affectée.
« Ce moyen, ajoute Laënnec, a réussi entre mes mains plus souvent qu’aucun
(I) Diijiirdiii-lieamnetz, Leçons de clinique tliérupeutiquo, 1878, t, I. p l£;f. (7) Armaingaud, loc. cit., p 10.
DE l’angine DÈ POITRINË
autre à diminuer les angoisses de l’angor pectoris et les douleurs cardiaques, et à en éloigner le retour (Ij. »
G. — La métal! othé7-apie interne et externe a eu des succès dans les mains du D’’ Burcf, et des D’’^ Garel, de Lyon et Dubois (de Villers Bretonneux). Nous avons (pag. 106 et 107) reproduit les observations intéressantes de ce dernier. Le cas de M. Burq est relatif à un angoreux diabéticfue arthritique et névropathe à la fois. Le trouvant sensible au cuivre, M. Burq lui donna tous les jours de 4 à 16 centigrammes de bioxyde de cuivre, puis l’envoya à Vichy. Sous cette double influence, les accès d’Angor devinrent moins fréquents et le sucre disparut des urines du malade (2).
Voici l’observation du D'' Garel (3).