‹ Traité de l'angine de poitrineChapitre 106 sur 110 · OBSERVATION CXLIX · texte numérisé non relu

OBSERVATION CXLIX

Le malade observé par M. Garel était un homme de cinquante -quatre ans, porteur d’alïection cardio-aortique (souille systolique à la pointe et dédoublement du second bruit, souille diastolique à la base) et qui, atteint d’angine de poitrine à accès répétés, présentait une anesthésie du bras gauche ; l’application du laiton et surtout de l’or, d’un aimant et de courants électriques faibles ramenait, chez cet homme, assez rapidement la sensibilité dans les parties anesthésiées.

Pendant que l’on faisait ces expériences dans un but de curiosité scientiüque plus que de thérapeutique, on remarqua que les accès angineux avaient perdu de leur intensité. C’est alors que l’administration de 10 à 15 centigrammes d’oxyde d’or en pilules, et ensuite de 10 à 20 centigrammes d’oxyde de cuivic, diminua considérablement la violence et la fréquence des attaques d’angor, en même temps qu’elle fit revenir la sensibilité dans les parties anesthésiées. La suppression de cette médication était marquée, au contraire, parla réapparifioii des accès.

Mais dans les angors névralgiques, comme dans les névrosiques, nous possédons, dans le bromure de potassium, lechloral, les injections de morphine, l’aconitine, le nitrite d’amyle, aidés ou non par l’hydrothérapie, des ressources médicales autrement actives que les précédentes.

D. — Chloral. — On a également songé au chloral avec l’espoir de

(1) Laënnec, t. III, p. 3s2.

(2) Burq. — La métallothe'rapie à Yicliy, Paris, 1880.

(3) J. Garel (de Lyon), Contribution à letude de la métallothérapie interne (Revue médicale de médecine et de chirurgie, t. IV, 1880, p. 431-444).

ïuaitement

calmer la douleur et de procurer du sommeil aux sujets atteiuis d’Angor névralgique. Le cliloral, en effet, a des propriétés anliconvulsives encore plus certaines que ses propriétés anesthésiques et somnifères. Donné à dose sufïisante, on obtient avec lui en très peu de temps une sédation générale très prononcée et assez rapide ; mais on lui préfère aujourd’hui, à cause de l’énergie et de la rapidité de leur action, les injections de morphine et le nitrite d’amyle; aussi le chloral est-il généralement abandonné. Son usage n’était pas du reste sans inconvénient. M. lluchard lui reproche de provoquer « un ralentissement qui ne peut être imputé à une excitation des nerfs ])neumogastri([ues, puisc[u’il se produit même après la section de ceux-ci, ni à une excitation des appareils modérateurs cardiaques, puisc(u’après leur parésie déterminée par l’atropine, les battements du cœur continuent toujours à se ralentir sous l’influence du chloral, mais bien plutôt à une diminution de l’excitabilité des ganglions moteurs cardiaques ou encore à une sorte de parésie du centre vaso-moteur bulbaire (Vulpian).

» Enfin ce médicament donne encore lieu à deux phénomènes importants, à la dilatation des vaisseaux périphériques par parésie vaso-dilatatrice, et à la diminution souvent considérable de la tension sanguine. Il ne faut cependant jamais oublier que le chloral détermine non seulement un ralentissement, mais aussi certain affaiblissement des contractions cardiaques, qu’à toutes doses il est un poison du cœur, et qu’il arrête cet organe en diastole ; d’où la contre-indication de son emploi dans tous les cas de dégénérescence ou de débilité du cœur, d’où encore le précepte de ne jamais l’ordonner à doses massives ; aussi nous pensons que les doses de un à deux grammes en potion ou en lavement sont ordinairement sufüsantes ». « A cette dose, du reste, son action de ralentissement sur le cœur n’est ])as appréciable, dit M. Liégeois (li, et cependant son action vaso-motrice parésique devient déjà évidente. »

E. — Bromure de Potassium. — Pour ceux qui regardent l’Angine de Poitrine comme une névrose du nerf vague, ou du moins de celles de ses branches qui se distribuent au cœmr ; pour ceux qui expliquent les irradiations douloureuses de l’accès dans les bras, dans la poitrine et dans le cou par la participation au spasme des nombreux rameaux d’origine spinale venant de la région cer-

(I) cil. Lli'gei.i'i. — l'ievue méd. de l’Est, 1883. p. 115.

i)È l’angine DÈ POITRINË

vicale et de la partie supérieure dorsale de la moëlle, le bromure de potassium devait apparaitre comme une ancre de salut en raison de ses propriétés sédatives si universellement reconnues. Ceux pour qui l’Angor est un processus irritatif, un éréthisme réel, dont le point de départ est dans les centres spinaux d’où partent les filets venant former le plexus cardiaque, ont cru de leur côté trouver dans le bromure de potassium un médicament providentiel faisant succéder le calme le plus complet au plus violent orage. Il y avait spasme, hyperkinésie du cœur, donc il était indiqué et devait réussir!

Mais les partisans de la théorie de l’Angor par ischémie cardiaque répondent au contraire que l’emploi du bromure de potassium est dangereux dans cette maladie parce qu’il paralyse le cœur, aussi bien que les autres muscles, qu’il en ralentit les battements et le prédispose à la syncope. Selon eux, dans une affection où l’indication suprême est de donner au myocarde de l’énergie, de l'activité, de la vigueur, le bromure de potassium, en déterminant au contraire l’oligémie cardiaque et en diminuant la contractibilité des vaisseaux y afférents ou en émanant, ne peut qu’aggraver les accès et les rendre plus violents.

L’exposition impartiale et rapide de ces deux opinions contradictoires , nous démontre déjà dans quelles circonstances et dans quelles variétés d’Angine de Poitrine le bromure de potassium trouvera principalement son application utile. Ce sera surtout dans les Angers Névrosiques et Névralgiques que ses effets thérapeutiques seront le plus favorables quand il s’agit de ralentir, comme le fait la digitale les battements du cœur et de rendre moins énergiques les fonctions du myocarde. Il sera utile également dans les cas s’accompagnant d’arythmie fonctionnelle du cœur, c’est-à-dire quand il y a fréquence ou intermittence du pouls et palpitations d’ordre nerveux. Il est, au contraire, théoriquement dangereux dans l’Angor de cause organique en favorisant l’ischémie cardiaque (Ch. Liégeois).

Nous ne devons pas omettre ici que plusieurs praticiens dans les Angors névralgiques et névrosiques ont eu l'idée d’a.s.socier le chloral et le bromure de j^otassium dans un sirop quelconque, dans l’espérance qu’ils obtiendraient de cette union dos effets sédatifs bien plus accentués que ceux obtenus par un seul de ces médicaments.

F. — Inhalations d’oxygène. — Quelques auteurs ont eu à s’applaudir d’avoir eu recours pendant les accès aux inhalations d’oxygénc

traitement

Nous citerons parmi ceux-là Reid (1). On a expliqué ces effets heureux par son action directe sur les centres accélérateurs du cœur (E. Cyon) (2), qui ranime la circulation d’après Aune (3) et G. Hayem (4).

G. La découverte et l’application du chloral et du bromure de potassium ont laissé dans l’ombre les anti-spasmodiques qui constituaient jadis la principale ressource de nos prédécesseurs, par exemple, les préparations de zinc (oxyde, lactate et valérianate) aujourd’hui bien déchues de leur ancienne renommée, l’acide prussique, qu’avec Elliotson on considérait comme un sédatif des systèmes nerveux et circulatoires, tandis que Trousseau et Pidoux en font un excitant des centres nerveux et lui refusent toute influence sur la circulation, Vaconitine bien moins efficace dans la maladie qui nous occupe que dans les névralgies faciales. Bien dédaignés sont également aujourd’hui Tassa fœtida, le musc, le castoreum en poudre ou en teinture, la valériane et le camphre qui ralentissent la circulation et favorisent la syncope que le médecin s'attache surtout à prévenir.

La mélisse, la liqueur d’Hofmann, l’ammoniaque ou l’acétate d’ammoniaque, peuvent être prescrits utilement car tous ces agents sont ou des antalgiques ou des excitants de la circulation générale (5).

M. Ch. Liégeois, dans l’angine névralgique de la maladie de Basedow, préfère aux médicaments, dont il craint les effets cardiovasculaires, la sinapisation de la région précordiale (6) ; nous savons que ce moyen lui a parfaitement réussi chez la jeune fdle de notre observation lxxviii, p. 149-150, dont nous lui avons emprunté la relation et à propos de laquelle il vient de publier tout récemment une revue clinique et thérapeutique des plus complètes. (7)

(1) Reid. — Oa the use of oxygène gaz in Ang. Pect. in Transac., of the Association of Physicians. Dublin 1877, t. I, p. 101.

(7) Cyon. — Acad, des Sc., ?0 février 1882.

(3) Aune. — Effets pbys. des inbal. d’oxygène. Tb. doct. Paris 1880.

(4) Hayem. — Acad, des Sc., 2 mai 1881.

(5) Ch. Liégeois. — Revue médicale de l’Est, p. 86.

(6) Ch. Liégeois. — Traitement du goitre exophlhalmique. — Revue générale de clinique et de thérapeutique. Paris, 1887,

(7) Ch. Liégeois. — Observation d’un cas de goitre exophthalmique. — Analyse du fait au triple point do vue symptomatique, étiologique et thérapeutique. Revue médicale de l’Est, 1887.

H. — Hydrothérapie. — C’est encore dans les angines névrosiques que réussissent les bains tièdes ou frais conseillés par Laënnec comme un des meilleurs moyens pour prévenir les accès, et l’hydrothérapie, que divers auteurs ; MM. Béni-Barde, Keller, Thermes, Delmas vantent comme leur ayant donné des succès inespérés dans des cas rebelles, mais qui probablement étaient des angors hystériques, neurasthéniques, anémiques ou hypocondriaques. Ainsi, M. Péter (1) conseille d’employer d’abord le drap mouillé, puis les lotions à l’éponge, en troisième lieu les douches en jet sur la colonne vertébrale, le tronc et les membres, et enfin les bains de piscine.

A côté de ces partisans de l’hydrothérapie, il est des auteurs qui la proscrivent de la manière la plus formelle. Ainsi, pour M. G. Sée, partisan de l’ischémie cardiaque, c’est un moyen dangereux qui peut ramener les accès, et même provoquer un arrêt du cœur.

D’où vient cette divergence d’opinions entre des médecins également recommandables ? De ce que les partisans de l’hydrothérapie l’ont préconisée dans toutes les variétés d’angine sans appuyer suffisamment sur la distinction entre les angines par causes organiques et celles qui n’en dépendent point.

L’hydrothérapie doit être absolument bannie du traitement des premières, car elle exposerait aux plus grands désastres et les paroles suivantes d’un auteur fort compétent, M. Delmas, nous le font bien comprendre : (2) « Sous le premier choc de l’eau froide, les mouvements du cœur, très précipités pendant quelques secondes à peine, vont ensuite se ralentissant de plus en plus. Et il faut tenir compte de cette double action dans tous les cas où une lésion cardiaque peut être soupçonnée. Alors l’application de l’eau froide serait dangereuse. » Il est bon en outre, d’après ce médecin distingué, de ne pas employer de l’eau à trop basse température ou d’en appliquer le jet trop brusquement ou d’une façon trop prolongée, car le ralentissement du cœur, assez long à se produire, dure d’autant plus longtemps que la douclie a été plus longue.

M. H. Huchard fait aussi à ce sujet quelques recommandations utiles à rappeler : « N’employer que des douches légères de très courte durée, à jet brisé, et arriver progressivement à la douche froide

(1) Péter. — Clinique médicale.

(2) Delmas. — Journal de Médecine de Bordeaux, 30 mai 1886.

TRAITH AIENT

à 24°. Ne doucher qu’en dehors des accès ; ne pas diriger au début le jet sur la paroi précordiale, mais l)ien sur les membres inférieurs et si on se hasarde à lancer le jet à la région précordiale, ne faire que l’effleurer. »

Dans tous les cas agir avec une prudence excessive surtout au début; en un mot, explorer le terrain, l’idiosyncrasie, car de même que dans la pratique on trouve des individus réfractai^’es à l’action des iodures, des bromures, ou du nitrite d’amyle, de même aussi on rencontre des sujets dont les accès c{uoique d’origine absolument névrosique reparaissent aussitôt qu’on les douche, surtout quand on se sert d’eau froide.

Mais en général, d’après M. Huchard, le froid semble soulager cette classe d’angoreux, et il a, dans trois cas, diminué l’intensité de la douleur en employant les pulvérisations d’éther sur la paroi précordiale et préaortique aussi bien que sur la région cervicale de la moelle.

Dans les trois observations inédites qui suivent et que nous devons à l’obligeance du D"" Thermes, nous voyons l’hydrothérapie, unie il est vrai à d’autres moyens, soulager rapidement le premier des malades et améliorer grandement le second, morphiomane invétéré qui refuse de cesser les injections et finit par mourir.

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