‹ Traité de l'angine de poitrineChapitre 107 sur 110 · OBSERVATION CL · texte numérisé non relu

OBSERVATION CL

(Inédite el due à l’obligeance du D'' Thermes, de Paris)

Nervosisme. — Hypochondrie légère. . — • Angina minor. — Hydrothérapie. — Massage.

Guérison.

M. X...., âgé de 35 ans, nous est adressé par un de nos amis. Il se plaint d’insomnie, est devenu émotif, irritable, triste ; et cela, sans raisons sérieuses. Il n’y a chez lui ni arthritisme, ni alcoolisme, ni tabagisme, peut-être y a-t-il du théisme, car ce monsieur prend du thé à ses trois principaux repas , en tout cas, l'hérédité nerveuse existe.

A la suite d’un voyage en Algérie, nécessité par ses affaires industrielles et durant lequel, outre le mal de mer, à l’aller et au retour, il éprouva des fatigues nombreuses et dut suivre un régime alimentaire peu en harmonie avec ses goûts et ses habitudes, l’état névropathique s’aggrava, la pointe d’hypocondi ie •s’accentua ; de plus, les digestions de'vinrent lentes, difficiles, douloureuses, et le malade se plaignit de palpitations, d’essoufflements légers.

Outre un traitement anti-dyspeptique, des pratiques hydrothérapiques furent

conseillées. M. X se rendit à Houlgate où il passa un mois, sans prendre de

bains de mer, mais en se faisant doucher à l’eau de mer, en dehors de toute direction médicale.

Le malade ne parut retirer aucun bénéfice do ce traitement; les digestions

DE l’angine de poitrine

furent, il est vrai, un peu moins pénibles, mais les palpitations persistèrent, surtout après la marche ; l’insomnie ne cessa pas, le nervosisme sembla même s’accentuer, tous phénomènes qu'il faut sans doute attribuer non pas seulement aux douches à l’eau de mer, mais encore à l’excitation générale produite par le climat marin.

Puis le nervosisme s’accentua davantage ; un matin, étant au temple, à Houlgate, M. X.... se plaignit de gastralgie plus violente, de douleur précordiale, présternale, s’irradiant vers l’épaule gauche et s’accompagnant d’anxiété et d’angoisses. Le malade crut qu’il allait se trouver mal ; il n’éprouva cependant ni lipothymie, ni syncope, eut le temps de sortir, de s’asseoir au grand air. On lui fit respirer de l’éther et tout rentra à peu près dans l’ordre.

On pensa à un accès de gastralgie avec névralgie intercostale gauche.

Tel fut le récit qui nous fut fait par le malade, en octobre 1880.

En présence de ce syndrome, de l’accès subit, du siège de la douleur, de l’anxiété, de l’absence de troubles hépathiques, il nous parut que nous étions en présence d’un état névropathique — (nous ne dirons pas cérébro-cardiaque, le vertige manquait, et il faudrait encore ajouter cérébro-gastrique) — ayant déterminé une attaque d’angine idiopathique, à point de départ gastrique (1).

Nous conseillâmes, en conséquence, des pratiques hydrothérapiques légères, adoucies, combinées aux frictions et au massage gastro-intestinal, un régime hygiénique, plutôt qu’un traitement de la dyspepsie avec gastralgie.

Il y eut alors amélioration de l’état général, amendement dans les troubles fonctionnels cardiaques et dans les phénomènes dyspeptiques.

Nonobstant, trois nouveaux accès d’angine névrosique dyspeptique eurent lieu dans l’intervalle de cinq semaines ; et, fait qui attira notre attention, ils apparurent, toujours le dimanche, dans la matinée, au temple protestant, mais cette fois à Paris. Les symptômes étaient identiques à ceux constatés à Houlgate; mais, en outre, la douleur épigastrique s’irradiait vers le flanc gauche et le

pli de l’aine du même côté. Deux fois, M. X eut le temps d’arriver à notre

cabinet avant la fin complète de l’accès — le temple n’étant pas éloigné de notre domicile. Nous constatâmes alors de l’angoisse, notâmes de l’engourdissement au bras gauche, des pleurs abondants et des évacuations de gaz. Une fois même, il rejeta quelques bouchées d’aliments. Le pouls était accéléré, concentré, sans intermittences. Quant aux urines, elles étaient claires et limpides.

De ces trois accès, le premier céda assez rapidement aux inhalations de nitrite d’amyle que nous avions conditionnellement conseillées. Les deux autres suivirent leur cours et durèrent quatre à cinq minutes.

Une question se posait. Pourquoi, en dehors des conditions pathogéniques, ces accès revenaient-ils périodiquement, toujours un dimanche, dans la matinée et au temple ? De l’enquête à laquelle nous nous livrâmes, [nous pensâmes en trouver la cause occasionnelle dans l’état de plénitude de l’estomac et dans l’influence d’un milieu ambiant.

M. X , en effet, se rendait tous les dimanches au temple protestant, vers

dix heures ; mais auparavant, et vers neuf heures, il déjeunait assez copieuse-*

(I) M. Huchard vient de présenter (mars 1887) à la Société de Médecine des Hôpitaux une observation d’Angine de Poitrine, mais grave cette fois, à début identique.

TRAITEMENT

ment. Il n’avait donc pas le temps de faire une promenade après le repas comme aux autres jours de la semaine ; en outre, il se trouvait dans un milieu surchauffé — (nous étions fin novembre) — et dont l’air était vicié. Il y avait donc, selon toute apparence, troubles dans la circulation et surtout la digestion ; de là l’explosion douloureuse et celle-ci partait de l’estomac. Ajoutons que dans l’intervalle des attaques, l’état général était assez bon. Quoi qu’il en soit, nous voulûmes prendre l’avis de notre maitre, le professeur Potain. Son opinion fut qu’il s’agissait, en effet, d’une Angine de Poitrine essentielle, névralgique, chez un névropathe, sans altérations aortiques, préaortiques, ni des nerfs du plexus cardiaque. II prescrivit de continuer les pratiques hydrothérapiques, conseilla un régime hygiénique sévère et un élixir eupeptique.

Nous insistâmes, à notre tour, pour que le malade ne se rendit plus au temple, au moins pendant quelque temps.

ISous l’influence de cette hygiène thérapeutique et de cette médication simple, les fonctions digestives se régularisèrent, les palpitations cessèrent, l’état général, déjà meilleur, s’amenda encore ; un seul accès survint à la suite d’un dîner,

avec soirée, que M. X ne put éviter. L’hiver se passa sans autre encombre ;

l’hydrothérapie fut suspendue en janvier et février, pour être reprise, sans autres médicaments, en mars et en avril 1881. M. X,.... se rendit ensuite à la campagne, satisfait de sa santé.

Depuis cette époque, nous avons eu l’occasion de revoir M. X Les accès

n’étaient plus revenus, et la vie ordinaire avait été reprise.

OBSERVATION CLI (Inédite, par le Dr Thermes)

Hystérie chez un jeune homme. — Fausse Hydrophobie. — Angine de Poitrine neurasthénique. — Hydrothérapie. — Guérison datant de dix ans.

M. X..., âgé de dix ans, tempérament lymphatico -nerveux, a été mordu par un chien, en septembre 1876, dans une rue de Dieppe. Ce jeune homme, fortement impressionné, et persuadé que le chien était enragé — idée qu’un examen ultérieur vint heureusement démentir — fut pris, à partir de ce jour, d’émotivité et de crises nerveuses avec envie de mordre et crainte de l’eau.

Il est conduit à Paris, soumis à l’examen de médecins, et en particulier de M. le professeur Charcot qui conseilla les pratiques hydrothérapiques et diagnostiqua « hystérie avec fausse hydrophobie. »

Le jeune malade fait tout d’abord de l’hydrothérapie, comme externe ; mais le bruit de Paris, la nécessité de passer chaque jour devant l'église de la Trinité où existe un jet d'eau, l’excitant singulièrement, il est décidé qu’il entrera, comme interne, dans un établissement médical. Le nôtre est choisi.

Novembre. — Nous ne tardons pas à constater que M. X... présente des symptômes d’hystérie consistant en : aura partant, en général, de la partie supérieure externe de la jambe droite — région de la morsure — suivie bientôt de raideur, puis do tremblement général du corps avec mouvements cliniques, puis de résolution.

Après un repos do une à deux minutes, quelquefois d’une demi-minute seulement, excitation générale accompagnée de mouvements d’incurvation des bras, du tronc, de bonds, de sauts, de grincements de dents, avec figure grimaçante.

Cette période de contorsions et de grands mouvements, parfois ébauchée, parfois nettement dessinée, est bientôt suivie de certaines attitudes indicpiant la crainte et plus rarement de quelques hallucinations de la vue.

En outre, trois fois, dans l'intervalle des attaques, et paraissant coïncider avec l’émotivité, apparaissent les symptômes suivants :

Une douleur violente, ayant son siège le long du bord gauche du sternum, s'irradiant vers l’épaule gauche, à la partie interne du bras correspondant do l’avant-bras et même de la main, suivant le trajet du nerf cubital et s’étendant en haut jusqu’au cou et à la mâchoire inférieure. A cette douleur se joignent une angoisse, une anxiété extrêmes. Dans un cas dont nous fûmes témoin avec le professeur Charcot, le malade criait, pleurait, comprimait sa poitrine, puis allait et venait. Son visage était pâle et contracté.

Dans un autre accès, au dire des parents, le jeune homme courait, montait et descendait à chaque instant l’escalier conduisant à un appartement situé à l’étage supérieur et occupé par un médecin auquel il demandait à grands cris de le soulager disant « qu’il allait mourir. »

Une autrefois nous le vîmes pâle, anxieux, assis immobile, penché ou mieux courbé en avant et comprimant la région précordiale.

Dans ces deux accès, les mouvements respiratoires et cardiaques étaient sinon normaux, du moins à peine modifiés. La respiration était un peu accélérée et le pouls n’était ni inégal, ni intermittent, mais plus fréquent: 85 à 95.

L’accès d’Angine se terminait par l’émission d’une urine claire et abondante comme, du reste, dans l’attaque d’hystérie.

Une fois, cependant, à la suite de ces accidents, nous constatâmes un engorgement de la parotide gauche ; on eût dit un oreillon unilatéral ; et la rémission ou plutôt la cessation des accès nous parut coïncider avec cette manifestation.

Ajoutons, enfin, que les accès eurent lieu le jour. Les trois accès auxquels nous assistâmes ne furent pas les seuls, cinq ou six autres plus faibles furent éprouvés par le malade ; quoi qu’il en soit, sous l’influence du traitement qui fut exclusivement hydrothérapique : douches froides, sac à eau chaude de Cliai'man loco dolenti sur la colonne vertébrale, le sac à globe ayant exagéré le.-: douleurs, sous l’influence peut-être aussi du temps, les accès d angina rninor disparurent, les attaques d’hystérie cessèrent ainsi que tous les accidents intercurrents de la névrose qu’il serait trop long d’énumérer dans cette observation résumée. Aujourd’hui, après dix ans, il ne reste plus que la diathese nerveuse, c’est-à-dire un homme émotif et impressionnable, un nerveux.

OBSERVATION CLK

(Inédite, par le D>' ’Ihermes)

Diatnese rhumatismale. — Etat névropathique. — Accès à’Angina minor. — Traitement hydrothérapique et éiectrotliérapique. — Cessation des accès. — Morphiomanie. — Dégénérescence graisseuse du foie. — Hémorrhagie intestinale. — Mort.

M. X..., âgé de 48 ans, d’une bonne santé habituelle, fumeur très modéré, mais nerveux et rhumatisant, à la suite de contrariétés commerciales, fut pris un jour, après une marche rapide et en montant l’escalier conduisant à son appartement, d’une douleur profonde, accompagnée de constriction, de

TRAITEMENT

pression, comme si l’on enfonçait une vrille dans sa poitrine, d’anxiété et d’angoisse. Il n’y eut ni lipothymie, ni syncope. Les docteurs Martineau et Potain diagnostiquèrent une Angine de Poitrine plutôt névralgique que névritique, sans altération aortique, ni péricardique. Ils conseillèrent les anti-spasmodiques, les pratiques hydrothérapiques ; pendant l’accès, injection de chlorhydrate de morphine. Plus tard, le docteur Martineau ajouta au traitement : l’électrothérapie (bains électriques, vent et souffle électriques).

Ce malade nous fut confié. Pendant les premiers temps de ce traitement dirigé par nous— mai et juin 1881 — il ne parut pas y avoir d’amélioration; le malade eut plusieurs accès, toujours vers 10 à 11 heures du matin, dont voici la physionomie : une douleur présternale vers le bord gauche du sternum apparaît subitement ; elle s’accompagne d’une anxiété et d’une angoisse considérables. La figure est crispée, pâle ; le malade incliné en avant, assis, reste [iresque immobile ; la main gauche presse fortement la région cardiaque, tandis (jue la droite s’empare d’une seringue de Pravaz toujours prête et chargée et s’efforce de faire une injection loco dolenti. Mais voici que cette douleur interne s'irradie vers l’épaule gauche, gagne bientôt le bras, l’avant-bras et la main, en suivant le trajet du nerf cubital, si bien que le patient est forcé de laisser de côté son instrument et de remplacer par la main droite la main gauche et le bras correspondant qui ne peuvent plus conserver leur immobilité.

Durant ce temps, le pouls n’a pas subi de variation dans son rhythme, ni dans sa régularité. Il est cependant un peu plus fréquent, 90 à 95; mais il n’est ni inégal, ni intermittent.

Cependant, tous ces phénomènes ne tardent pas à s’affaiblir et, tandis que le patient s’empresse de profiter de cette accalmie pour faire son injection hypodernii({ue de chlorhydrate de morphine (dose cinq centigrammes), on voit sa figure rougir, puis des larmes abondantes couler le long de ses joues.

L’attaque est terminée, laissant après elle un découragement profond et la crainte d’un nouvel accès.

Dans l’intervalle, la santé générale est assez bonne.

Les second, troisième et quatrième accès dont nous avons été témoin n’ont guère différé du premier, sans doute parce que notre examen détournait le patient de son injection morphinique. Le malade, en effet, prévoyant l’accès par les symptômes précurseurs d’inquiétude, de malaise, d’agitation, s’empresse, chaque fois, de faire sa bienheureuse injection ; il la renouvelle même dans la journée et la nuit, si bien qu’il est devenu morphiomane.

Après trois mois de pratiques hydrothérapiques et électrolhérapiques, séparées par un intervalle d’une dixaine de jours de repos, l’amélioration s’est afîirmée. Les accès se sont éloignés, sont devenus moins forts et ont fini par disparaître. Malheureusement, ce monsieur a continué plus que jamais sa morphine ; il a dû même en augmenter la dose, et celle-ci a atteint (|uotidiennement vingt à vingt-cinq centigrammes. Pourquoi ? Pour soulager quelques douleurs névralgiques erratiques, pour faire disparaître l’insomnie, et sans doute, pour éprouver les sensations agréables de ce poison. Quoi qu’il on soit, son état général s’est peu à pou modifié en mal ; de nombreux abcès ont couvert son corps et contribué à affaiblir son organisme. Prières, conseils, menaces, refus de continuer les visites, rien n’y a fait. Bientôt le foie s’est congestionné; la dégéné-

DE l’angine de poitrine

rescence graisseuse est survenue, puis les hémorrhagies intestinales ont achevé de ruiner les forces et ont fini par emporter le malade viclime, selon le docteur Martineau, de sa morphiomanie.

M. le D'' Liégeois a dirigé vers l’Institut hydrothérapique de Géradmer la malade de notre observation lix, p. 147 et 118, dont il nous a fourni obligeamment la relation; cette femme, chez qui l’Angine de Poitrine, liée à l’irritation spinale, s’était montrée après des douleurs variées et des accidents névrosiques peu communs (mamelle irritable, migraine ophthalmique avec scotome amblyopique), a retiré, comme le prouve la note suivante, un grand bénéfice des pratiques hydriatiques :

« P..., sur les conseils de M. Liégeois, arrive à Géradmer le 14 août, dit

M. Greuell; elle éprouve encore des douleurs cervicales, des élancements douloureux dans le bras gauche, dans le sein du même côté, avec gonflement, des troubles vaso-moteurs du côté de la tête, de la véritable migraine ophthalmique gauche, avec amblyopie. Actuellement encore, M>“e p... est prise presque toutes les nuits, entre onze heures et deux heures, d’un accès d’Angor Pectoris : douleur sternale, palpitations, angoisse, élancements douloureux dans l’épaule gauche, s’étendant dans le bras, engourdissement et refroidissement, non-seulement de la main gauche, mais de toutes les extrémités.

« Nous avons donc affaire à une exagération de l’excitabilité de la portion de la moëlle s’étendant entre la troisième vertèbre cervicale et la cinquième dorsale. Et, sans nous lancer dans une théorie anatomo-pathologique, nous pouvons admettre que l’irritabilité spinale s’étendait non-seulement à toutes les paires nerveuses directement intéressées, mais par action réflexe aux nerfs cardiaques par les anastomoses que ceux-ci forment avec le pneumo-gastrique et le sympathique.

« Mais l’exagération d’excitabilité s’accompagnait aussi peut-être de l’épuisement de l’irritabilité et nous devions, dans le traitement à opposer à cette neurasthénie, utiliser en même temps les applications sédatives et excitantes de l’hydrothérapie. Voici en quoi a consisté ce traitement :

« La malade devait s’éponger à grande eau la figure, la poitrine et la nuque avant de recevoir sa douche. Celle-ci était donnée matin et soir avec de l’eau dont la température ne descendait pas au-dessous de 14°. La région cervicodorsale était douchée très-légèrement, mais le jet portait plus fort sur les régions voisines. Enfin, pour éviter autant que possible toute réaction violente, chaque douche était suivie d’une immersion dans la piscine.

« Après dix jours de traitement seulement, P... se sentît beaucoup

mieux. Les accès nocturnes ne revinrent plus qu’à deux ou trois jours d’intervalle, ils étaient moins longs et moins pénibles. Enfin, après un mois de séjour à Gérardmer, P... nous quitta très contente de sa cure que nous aurions aimé pourtant voir pi’olonger encore de quelques semaines.

« Le D*' Liégeois, à qui nous avions demandé des nouvelles de cette intéressante malade, a vu P... le 29 janvier 1887. Elle lui a déclaré que ses

TRAITEMENT

souffrances étaient maintenant si rares et si insignifiantes qu’elle se considérait comme guérie. En novembre dernier, elle a bien eu encore un accès do migraine ophthalmique, caractérisé surtout par des douleurs hémicrâniennes gauches, mais cet accès a peu duré, et depuis lors elle n’a rien ressenti de pareil. Elle éprouve quelquefois un peu de raideur de la nuque; son estomac est assez capricieux, mais, comme elle le dit elle-même, ce sont là des phénomènes bien insignifiants et auxquels il n’y a pres(jue pas lieu de prendre garde. Nous pensons cependant, avec M. Liégeois, que M'"® P... fera bien do se soumettre l’été prochain au traitement hydrothérapique pendant un mois environ pour consolider sa cure. (1) »

Parfois les accès d’Angor Névralgiques ou Névrosiques affectent un type intermittent et apparaissent aux mômes heures. Est-il besoin de dire que dans ce cas il est utile de recourir, pour rompre cette périodicité, au bromhydrate de quinine seul ou associé à l’aconitine ?

C — TRAITEMENT

I>ES ArVGÏiVES DE ,t*OITI5II\E DIATHÉSK,>EES

Ici la nature de la cause indique le traitement à mettre en œuvre :

P Les Angors arthriti[ues apyrétiques sans manifestations articulaires aiguës réclament l’emploi de la lithine, du salicylate de litbine, des préparations de colchique, l’usage des eaux de Vichy et des eaux fortement chargées de Vais, en même temps que le traitement particulier des accès : nitrite d’amyle, injections do morphine, etc., etc.

2° Dans VAngor herpétique, on aura recours à un traitement arsenical. — M. Papillaud, de Saujon, lui a dû de fort beaux succès. E. Alexander dit avoir guéri avec la liqueur de Fowler donnée à la dose de six gouttes par jour, un homme de 57 ans atteint d’une Angine de Poitrine des plus graves. Garin a recueilli un succès par le même traitement, et Tessier, de Lyon, affirme que plusieurs de ses malades lui ont dû leur cure.

Ces heureux résultats s’expliquent facilement dans cette variété d’angor; l’arsenic en effet est un excellent anti-diathésic[ue général ; mais nous nous garderons bien, d’accord avec M. Liégeois, de le conseiller dans des angines de causes organiques ; car, si ce médicament est un modérateur du cœur, un régulateur de ses batte-

(I) Liégeois et Greuell. — Bienfaits du traitement hydrothérapique dans un cas d’irritation spinale à manifestations multiples (Douleurs variées. Mamelle irritable, Migraine ophthalmique, Angine de Poitrine). Bulletin médical des Vosges, avril 1887.

ments, il est bien reconnu qu’il ralentit la circulation, et dès lors, il faut s’en abstenir quand on craint de provoquer une ischémie cardiaque fatale.

3“ Quant à l’Angine de Poitrine rhumatismale pjjrétique, le plexus cardiaque étant le siège d’une hypérémie, d’une fluxion, c’est aux émissions sanguines qu’il faut tout d'abord recourir, aux émissions sanguines locales surtout.

« Il suffit, dit M. Martinet, de voir les résultats d’une pareille médication, chez ceux de nos malades où elle a été employée. Tous accusent un soulagement immédiat, et qui augmente à mesure qu’une certaine quantité de sang s'écoule. En même temps, la constriction thoracique diminue, la respiration devient plus facile, le pouls prend un peu plus d’ampleur et sa fréquerîce est abaissée ; peu à peu tes autres symptômes s’amendent. On ne saurait trouver une meilleure preuve, ainsi que nous l’avons fait ressortir, de l’existence de la fluxion et de son siège.

» Quand on est appelé auprès d’un malade, en proie à un accès d’angine de poitrine et qu’on constate la pâleur des téguments, ces traits tirés et grippés, cct état de lipothymie, de défaillance, ce pouls misérable et irrégulier, on ne peut se défendre d’une certaine hésitation, avant de pratiquer les saignées locales ; mais pour peu qu’on veuille réfléchir à la cause organique de tous ces accidents, le mode de traitement que nous avons indiqué apparaît comme la suprême ressource ; et le résultat vient justifier la médication.

» On ne se laissera pas arrêter, non plus par le spectre de l’anémie rhuma- (imale, dont on a tant usé et abusé. Ce n’est pas la perte de quelques grammes de sang qui viendra accroître cette anémie, si tant est qu’elle existe, au degré qu’on a voulu le faire croire. Et le malade arraché au péril aura tout le temps de refaire les quelques globules qu’on aura soustraits à sa chair coulante.

» 'Voici donc la conduite qui nous paraît devoir être tenue : si l’on est appelé au début de l’attaque ou peu de temps après qu’elle a commencé, on doit faire appliquer 6 ou 8 sangsues, qu’on laissera couler au moins une heure ; la perte de sang pourra dans certains cas être proportionnée à l’état de vigueur présenté à l’état normal et avant l’attaque par le sujet, mais non à son état de faiblesse actuelle; qui n’est qu’apparente et l’une des conséquences du tétanos vasculaire.

» On pourra remplacer les sangsues par les ventouses scarifiées, au nombre de 4 à 6 ; mais leur application est difficile chez les sujets maigres, et les manœuvres qu’elles entraînent, la pression qu’elles nécessitent, doivent faire préférer, s’il est possible, l’emploi des sangsues.

» En attendant qu’on puisse recourir à l’un de ces moyens ou devant l’impossibilité matérielle d’en user, on fera promener sur la région précordiale un sinapisme, ou l’on mettra un cataplasme sinapisé aussi léger que possible.

)) Enfin, et pour continuer l’action révulsive, il serait bon d’appliquer le lendemain un vésicatoire volant à la région précordiale. Son emploi pourra être renouvelé peu de jours après, s'il en était besoin et si la douleur, quoique de moindre intensité, se faisait sentir.

TRAITEMENT

» En même temps, l’on pourra faire des frictions sèches ou avec des liquides stimulants, vinaigre aromatique, eau-de-vie camphrée, sur les membres : tout ce qui peut favoriser la circulation périphérique trouve là une indication utile.

); La médication interne devra surtout consister, au moment des accès, dans l’administration des stimulants diffusibles : l’éther en potion et même en injections sous-cutanées, l’acétate d’ammoniaque ; et dans leur intervalle, l’alcool et l'cxl ait de quinquina.

» (Juand les désordres cardiaques sont trop prononcés, que l’irrégularité et l’inégalité des battements persistent après les crises douloureuses, on doit donner la digitale, mais à petites doses ; tO à 20 centigrammes en macération. On doit suspendre et même cesser complètement l’usage du salycilate de soude, si parfois on l’avait donné au début de l’attaque de rhumatisme et dans les cas où les manifestations articulaires reprendraient une certaine activité. Nous préférerions nous servir du sulfate de quinine, à la dose de 50 centigrammes à 1 gr.

« Ehfin, une alimentation légère, le lait et les tisanes diurétiques formeront la base du traitement général. »

4® Dans l’angine de poitrine dépendante ou concomittante d’une affection goutteuse, doit-on s’attacher surtout à faire disparaitre cette dernière affection par un traitement approprié? Nous croyons que la question est fort délicate et ne peut être tranchée qu’après un examen sérieux — En principe il est toujours bon et on doit toujours tenter d’éteindre ou d’atténuer la violence de la goutte, car ces accès par leur retour trop fréquent ou trop aigu, retentissent sur le cœur, mais si on s’aperçoit crue leur atténuation augmente la violence des accès d’angor. comme cela est arrivé chez le malade do MM. Raillard et Vergeiy (V. obs. xcyîî) , il vaut mieux ne s’occuper que de l’Angor et abandonner ie traitement contre la goutte.

11 est évident au’en aes circonstances pareilles et on présence de deux maladies dont l’une e.st infiniment plus dangereuse que l’autre, :1 n’y a pas à hésiter et qu’il est du devoir du médecin traitant de provoquer le retour de l’arthritisme en aliandonnant la médication qui en arrêtait le cours, et en promenant des révulsifs énergiques aux extrémités et aussi loin que possible du cœur.

M. Huchard, dans sa leçon sur l’angor de poitrine faite au mois do mai 1886, insiste fortement en ces termes sur la nécessité de cette distinction.

« La goutte « remontée au cœur » se manifeste par des symptômes de cardialgie et d’angine de poitrine. Mais il ne faudrait [>as croire que l'angine de }ioilrine chez les goutteux soit toujours d'origine goutteuse. Los goutteii.v sont des névropathes, des arthritiques, des dyspepti(jues, des fluxionuaires, des artério -scléreux, et c’est à ces titres divers qu’ils peuvent présenter toutes les

formes d’angines de poitrine fausses ou vraies. Vous ne les confondrez pas avec l’angine de poitrine fluxionnaire et métastatique, celle-ci de nature essentiellement goutteuse qui se reconnaît à son apparition brusque, coïncidant avec la disparition des fluxions articulaires, et qui peut être heureusement modifiée par l’administration du salicylate de soude, comme Lecorché en a cité un exemple. »

Dans le premier cas, au contraire, c’est à l’iodure de potassium c[ue M. Huchard conseille d’avoir recours sans s’inquiéter par trop d’un état diatliésique dont l’Angor ne dépend point.

5° Quant aux Angors d’origine syphilitique, le traitement général sera évidemment accompagné du traitement hydrargyrique et là encore l’arsenic pourrait être avantageusement employé.

6“ Il en est de même dans le traitement des angoreux diabétiques, où relever, tonifier le malade est, après l’indication d’un régime sévère, une nécessité de premier ordre que remplit avec avantage l’arséniate de fer alterné avec l’arséniate de soude.

Si dans cette classe d’angines surtout, le médecin traitant voyait poindre quelques manifestations extérieures, telles que : eczéma, abcès, hémorrlioïdes, fistules, loin de les combattre et d’arrêter leur évolution, il fera bien de les favoriser et de les considérer comme une révulsion utile provoquée et préparée par la nature médicatrice, l’aide la plus puissante du praticien. Qu’il me soit permis à ce sujet de citer l’observation inédite suivante :

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