‹ Traité de l'angine de poitrineChapitre 11 sur 110 · A. — CAUSES PP.ÉDISPOSANTES NON ORGANIQUES · texte numérisé non relu

A. — CAUSES PP.ÉDISPOSANTES NON ORGANIQUES

Elles renferment d’après nous cinq classes c[ue nous jiasserons successivement en revue et qui comprennent les Angines de Poitrine :

P Névralgiques,

•2" Névrosiques,

3“ Diathésiques,

4“ Toxiques,

5” Organiques.

Cette division aura l’avantage de nous faire examiner d’abord les Angors les plus simples de toutes, les Angines Névralgiques qui ont les causes et les troubles les moins graves. Nous étudierons ensuite celles qui, à ce symptôme unique, la douleur, en joignent d’autres ayant plus de retentissement sur l’économie et ([ui reconnaissent des causes plus puissantes, plus profondes. Ainsi préparé, nous aborderons l’étude de celles où la scène morbide devient plus sérieuse, plus compliquée et nous terminerons enfin par l’examen de celles qui sont dues à des désordres organiques et mettent en péril à chaque accès, ce merveilleux, mais si fragile édifice qui s’appelle l’organisme humain.

1° Angines de Poitrine Névralgiques.

Elles ont pour caractéristique, pour dominante, si je puis m’exprimer ainsi , la douleur rétro-sternale pongitive , angoissante ,

exacerbante sans que l’examen attentif du malade fasse découvrir la moindre lésion concomitante, la moindre altération organique. Aucun état diathésique, aucune cause toxique n’en justifie l’origine. Dans ces cas, et surtout lorsqu’à l’autopsie il y a absence absolue de lésion du cœur et des vaisseaux, on est bien forcé de reconnaître au mal une nature névralgique.

C’est à cette théorie que, pendant bien des années, les médecins Français les plus considérables se sont rattachés, et jiour démontrer que son origine était telle, ils s’appuyaient sur des raisons fort plausibles et sur les caractères qui lui sont communs avec les névralgies: apparition subite, élancements douloureux, irradiations plus ou moins éloignées, disparition subite, calme absolu succédant comme par enchantement à la douleur atroce. Nous examinerons à notre chapitre Pathogénie cette théorie et nous en discuterons la valeur ; mais bien que son domaine et son importance aient considérablement diminué depuis que l’étude de VAngor à été plus approfondie, nous admettons dès à présent l’existence d'une Angine névralgique, sine materiâ, reconnaissant tantôt des causes traumatiques et tantôt des causes non traumatiques.

Ainsi que le montre le tableau suivant, la première, c’est-à-dire l’Angine de Poitrine Névralgique d’origine traumatique, comprend deux variétés ; A. elle succède à des blessures de nerfs; B. elle doit son origine au plus grand traumatisme qu’ait à traverser l’organisme humain, l’accouchement.

La seconde, l’Angine de Poitrine névralgique d’origine non traumatique peut être : A. essentielle; ou B. succéder à d’autres névralgies.

/A. Blessures des nerfs.

P Par causes ]B. Traumatisme de l’accouchement

Angine J traumatiques, j (Angine de Poitrine des nouvelles de Poitrine ] ( accouchées.)

Névralgique/ 2“ Par causes lA. Essentielle,

non traumatiques /B. Succédant à d’autres névralgies.

Passons-les successivement en revue.

A. — Angine de Poitrine traumatique

succédant aux blessures des nerfs

Depuis longues années, on avait recueilli dans la science de nombreuses observations d’Épile]isies déterminées par la blessure d’un

ÉTIOLOGIE

nerf quelconque. Paul d’Avignon (1), le baron Larrey (2), Swan (3), ^IM. Letiévant (4), Pineau, de File d’Oleron i5) en ont cité des exemples remarquables ; on devait en conclure par analogie que des accès d’ Angine de Poitrine pouvaient très bien succéder à des lésions nerveuses et, cependant, ce n’est que depuis peu de temps ((Lie cette assertion a été confirmée par des faits. En voici la raison ; tandis que l’épilepsie peut survenir à la suite de n’importe quelle blessure nerveuse, quel quq soit le territoire affecté, les blessures du bras gauche sont presque les seules ([ui, jusqu’à présent du moins, ont fait naitre VAngor, ce qui explique la rareté de la dernière. Cette variété d’ Angine de Poitrine a été très bien étudiée ]>ar le D’’ Lassègue, dont nous relevons quck[ues observations (6).

OBSERVATION IX D>' Pineau

'l'hèso pour le Doctorat (op. cit.) (Résumée).

Amputation du bras gauche; cinq ans après, gastralgie, pseudo-angine de poitrine, arthralgies multiples, névralgie du moignon, névralgie ileo-scrotale, cervico-faciale, intercostale, etc.

Jeune homme, 29 ans, amputé à Saint-l’rival le 18 août 1870 à la suite d’une hlcssure par éclat d’obus. Rétablissement rapide et complet. Mais un des lils à ligature demeura trois mois dans le moignon, y déterminant une sup]Hiration continue. Aucune maladie antérieure. Mère sujette à des névralgies fréquentes.

Cintj ans ajuès, en 1875, crampes d’estomac, sensation de torsion au creux épigastritiue, perte d’appétit. Au bout de deux mois, douleurs précordiales particulières.

Pm juillet 1876, douleurs vives du moignon, [luis névralgie au côté gauche •lu cou, sensation dans la main absente (7), affaiblissement intermittent de la vue pour les objets lointains, sans douleur ou rougeur à l’œil, grande impressionnabilité depids un an, fatigue facile. Depuis un an aussi, douleurs articulaires plus marquées à gauche, erratiques, fixes ou fugaces, sans rougeur ni gonflement. Névralgie iléo-scrotale double, moins forte à gauche. Douleurs constantes dans la main absente (8).

(t) Paul d’Avignon. — Institutions chirurgicales de Heister. — Vol. suppl. V™, p. 142, article XXX.

(2) Larrej'. — Clinique Chirurgicale, 1829, T. I., p. 490.

(!) Swan. — A. treatise on diseases and injuries of the nerves. — London 1834.

(4) Letiévant. — Traité des Sections nerveuses. — Paris 1873, p. 376.

(ô) Pineau. — De quelques accidents névropathiques à distance, observés tardivement à la suite de lésions des nerfs. — Th. Paris 1877.

(6) D' Lassègue. — Des Cardiopathies réflexes d’origine brachiale. Paris. Thèses. An. 1883.

(7) Pineau. Loc. cit.

(8) AVeir-Mitchell a constaté que les excitations douloureuses ou autres du moignon ramenaient constamment ces sensations de membre absent ou les rendaient plus nettes au cas où elles existaient déjà. Il en donne dans son livre des exemples très curieux.

Le 30 mai. M. Verneuil pratique sur la partie interne du moignon une incision profonde, longue de sept à huit millimètres, lie l’humérale et enlève deux névromes gros comme des fèves et adhérents à la cicatrice et à la peau. Ils siégeaient sur le médian et le brachial cutané interne.

Après l’opération les douleurs locales diminuent, les douleurs arthralgiques diminuent continuellement, surtout à droite ; le trouble do la vue réapparaît plus fréquemment, il y a des mouches volantes.

De temps à autre, il se plaint d’angoisse à la région précordiale ; la douleur n’est ni (ransfixante, ni constrictive, mais angoissante, poignante, siégeant au niveau du cœur. Dans ces moments le malade dit (jue la paroi thoracique au niveau de la pointe du cœur se soulève violemment ; celle-ci bat à 4 centim. au-dessous du mamelon et un peu en dedans ; les bruits sont bien frappés, l’impulsion un peu forte, vibrante ; le tracé sphygmograpbiquc n’a fourni aucune indication. Le malade a remarqué que le tabac influait sur le retour de ces accès, le café au contraire ne l’a jamais excité.

3 juin. Un ])oint de névralgie intercostale gaucbe, dyspnée ; disjiarition rajiide.

A partir du 5 juin, il prend jmr jour deux grammes de bromure de [lotassiurn et deux grammes d’extrait mou de quinquina.

Amélioration rapide de tous les symptômes, sortie le 22 juin.

Le 14 juillet, il peut reprendre ses occupations.

ÜBSERVA'FION X

('l’hèse du D'' Pineau). — (Résumée).

M. X..., trente et un ans, blessé à Gravelotte le 16 août 1870 par un éclat ' d'obus au poignet gauche. Amputation du bras à la partie moyenne ; guérison rapide et cicatrisation complèle un mois après. Le moignon reste sensible au toucher, il y a bypéresthésie du côté gaucbe du tronc avec retentissement douloureux dans le moignon.

En 1873, le malade constate une petite tumeur douloureuse à la partie interne du moignon.

En 1875 il y a des irradiations douloureuses dans le cou et dans la tète du coté gauche, un point douloureux intermittent au milieu de la colonne dorsale, des bâillements, des éructations.

En 1876. il ressent de l’étouffement en parlant, des pincements au niveau de la région précordiale , son pouls est très rapide surtout après le repas. Il y a de plus endolorissement des vaisseaux du cou à gaucbe et des troubles de la vue, surtout le matin en se mettant au travail.

En juillet 1876, il consulte le professeur Potain, il se plaint d’essoufflement, de constrictions dans le haut de la poitrine, de points douloureux à la région précordiale.

« De temps en temps, dit M. Potain dans sa clinique, le malade se plaignait de douleurs au niveau du moignon, avec douleurs au niveau du cœur et palpitations. A ce moment, il y avait dilatation cardiaque. Aucun signe d’aortite, du reste. »

Il y a en outre un besoin de sommeil invincible après le repas du soir (1), des

(1). C’est un nouvel exemple de Narcolepsie symptomatique à ajouter à ceux que j’ai cités dans ma brochure de la Narcolepsie. Doin, éditeur, Paris. Voir aussi une observation parue dans le Paris Médical 1883.

ETrOLOGIE

trouilles de la vue, une sensation de compression du ventre, une grande impressionnabilité, des cauchemars fréquents.

■M. Potain constate encore un souffle extra-cardiaque, le cœur est un peu volumineux.

Il jirescrit au malade deux gramme.s de bromure de potassium par jour et les bains de Bigorre (bains de Foulon et douches tempérées terminées à la lin eu douches froides).

En juin 1877, le malade accuse une gi’andc amélioration, il n’a plus de points douloureux dorsaux ou précordiaux ; il reste encore seulement quelques irradiations. t

En juillet, M. Potain ordonne deux grammes de bromure d’ammonium par jour et les eaux de Néris.

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