OBSERVATION XI
V... Alexandre, né à Rouen, mouleur, âgé de soixante ans, entré le 2i mars 1881, à l’hôpital Necker, salle Saint-Luc, lit n“ G.
■Malade pour la jiremiére fois il y a quatre ans. A eu à cette époque une [ireniiére attaque de rhumatisme articulaire aigu ayant duré huit jours ; revenu parfaitement à la santé ensuite. Il y a deux ans, nouvelle attaque, les douleurs sont généralisées ; il est soigné à la Charité. Le réveil de la diathèse rhumatismale semble s’être produit à cette époque sous l’influence de la réouverture d’une plaie sous l’aisselle gauche. Cette plaie provient d’une ancienne blessure par coup de feu datant de 1870. Ce i humatisme est d’origine traumatique ; il n’y a aucun signe d’affection cardiaque consécutive. L’attaque de rhumatisme s’est déclarée à la suite de tiraillements du bras qui ont fait se rouvrir la blessure.
Il y a six semaines, il est repris de nouveau de douleurs rhumatismales à la suite d’un refroidissement, celle fois. Les douleurs intéressent le cou-de-pied et le genou du côté gauche
De plus, le malade se plaint de ressenti)' de temps en temps en mai-chant depuis deux ans, époque à laquelle sa blessure s’est rouverte, une vive douleuiau niveau de la région précordiale, avec sensation d’étourdissement : le malade est obligé de s’arrêter sous peine de tomber.
Rien d appréciable à l’auscultation du cœur, rien à la poitrine qu’un peu fl’emphysème pulmonaire; pas d’atrophie musculaire bien appréciable à la suite de la plaie produite par le traumatisme.
Depuis quelques jours, à la suite d’une légère cystite, il y a un peu d’incontinence d’urine, pas de lièvre.
Le 25 mars. Matité du cœur, horizontalement douze centimètres, verticalement, le long du bord gauche du sternum, onze centimètres. Pouls, soixantequatre.
Le 28. Léger souffle systolique à la pointe.
Le 29. Le souffle n’a pas augmenté , il parait être plutôt un léger prolongement du premier bruit et ne se propage pas vers l’aisselle, en outre ce souffle n’est pas exactement systolique
Le 4 avril. Pas de douleurs articulaires, rien au cœur. Pouls, cinquante-six.
(1) Recueillie dans le service de M. Potain, en 1881, par un élève du service.
1)E l’angine GE POIFRINE
Le 28 avril. A la suite d’excès de boisson, le malade en entrant à l’iiôpital trébuche et tombe. Il a immédiatement un accès d’Angine de Poitrine. Il presse de ses deux mains la région précordiale et regarde avec anxiété l’interne de service. A ce moment, le pouls est insensible. Cet état dure une minute et le malade se sent renaître, d’autant mieux que la douleur l’a complètement dégrisé.
Le 10 mai. Plus de nouvel accès. Se porte très bien.
Le 12. Exeat.
Ce fait, dit le D’’ Lassègue, est un cas bien net de cardiopathie réllexc, car on ne peut pas invoquer ici, pour explic(uer la production d’une Angine de Poitrine, les lésions valvulaires ou péricardiques du rhumatisme. II n’y en a absolument aucune. C’e.st la blessure du bras qui a réveillé la diathèse rhumatismale, et c’est cette môme blessure, rendue douloureuse par des tiraillements, qui a jiroduit la cardiopathie.