‹ Traité de l'angine de poitrineChapitre 13 sur 110 · OBSERVATION XII · texte numérisé non relu

OBSERVATION XII

M..., de la Orand Combe, âgé de (piarante-cinq ans, se [)résente à l’hôpital Sain(-Eloi dans les premiers jours d'avril 18(i4.

Il avait eu, ([uelque temps auparavant, le bras gauche saisi dans l'engrenage d'une puissante machine cl bi'oyé jusqu’au coude, ce qui avait nécessité l'amputation do ce bras à l’union du tiers supérieur au tiers moyen. L’opération et la cicatrisation du moignon n'avaient pas présenté d'accidents. Quelque temps après, celui-ci devint le siège de douleurs assez vives qui, partant de ce moignon comme d’un centre, s’irradiaient dans l’épaule, gagnaient le côté gauche de la poitrine, atteignaient enfin toutes les parois do la cage thoracique et produisaient là un sentiment d’oppression et d’angoisse extrême accompagné de palpitations, de dyspnée, en un mot de tous les symptômes d’une Angine do Poitrine.

Ces accidents se présentaient depuis quelque temps avec un tel caractère d’intensité qu’ils apparaissaient sous la l’orme de véritables accès ; le malade se roulait par terre, perdait connaissance, et les souffrances s’épuisaient ainsi d’elles-mêmes. Los accès, depuis quelques semaines, étaient beaucoup plus fréquents et rendaient la vie intolérable au malade.

Il faut ajouter <juo, depuis leur apparition, le moignon avait considérablement augmenté de volume.

A l’examen du malade, on ne trouva rien dans la poitrine qui pût expliquer la présence de ces accès, on examina alors le moignon et l’on constata l’existence de deux petites tumeurs très circonscrites, mobiles sous la peau, que l’on pouvait atteindre très facilement, très douloureuses, surtout à la pression (jui était intolérable et qui déterminait quelques-uns des symptômes précédemment indiqués. Ces tumeurs examinées de près paraissaient siéger sur les extrémités terminales du nerf médian et du nerf , radial ; quand on pressait sur celle qui était le plus avant, le malade rapportait la douleur aux points où se termine le nerf médian, c’est-à-dire au niveau de la paume de la main et de la pulpe des doigts ; de même pour la tumeur située un peu plus en arrière, la

(1) Caizergues. Du Névrome, th, MontjJellier 1867.

ÉTIOLÜGIÈ

pression occasionnait des douleurs que le sujet croyait éprouver aux points oii se termine le nerf radial, c’est-à-dire à la partie postérieure de l’avant-bras et dorsale de la main.

Cet examen conduisit à penser à l’existence de deux névromes des extrémités terminales des nerfs médian et radial. On proposa l’ablation au malade qui, épuisé par dos douleurs intolérables, était prêt à toute opération et même la demandait avec instances.

On procéda à l’opération, mais on ne put anesthésier le malade, à catise de l’Angine do Poitrine existant^ et d'un léger bruit de souffle du cœur dénotant un commencement d hypertrophie de cet organe, déterminé probablement par la reproduction fré(|ucnte des symptômes mentionnés. On eût soin seulement de faire la section du nerf au-dessus de la tumeur afin d’épargner autant que possible au malade les souffiances qu’on ne pouvait pallier autrement. On fit ensuite l’ablation des tumeurs ; seulement on se trouva en présence d’une ossification de l’artère humérale, (jui occasionna une hémorrhagie assez forte au moment de l'opération pour produire la syncope. Cette hémorrhagie, malgré les précautions d’usage, se reproduisit à deux reprises différentes, à trois jours d’intervalle, sans toutefois avoir de suites fâcheuses.

Le malade put sortir de l’hôpital un mois après. La cicatrisation était complète et les accès d’Angine n’avait [)lus reparu. Nous en avons eu des nouvelles quinze mois après ; le moignon n’était plus douloureux, le malade n’avait plus eu d’accès, ne se plaignait plus de sa poitrine.

Page 1