OBSERVATION XIII
Une jeune personne de vingt ans, sujette à différentes affections nerveuses, ayant été saignée au bras, éprouva au moment de la piqûre une sorte de tremblement violent et involontaire avec douleur intense au pli du bras et contraction forcée de l’avant-bras. Cette contraction a jiersisté avec ime telle violence que des attelles n’ont pu la surmonter, ni d’autres moyens. Alors la malade s’est fait recevoir à la clini(jue ; elle a offert l’état suivant : douleurs violentes, insomnie, dérangement des voies digestives par l'effet des souffrances. L’endroit de la cicatrice présente un petit nœud presque imperceptible, (jui n’est certainement pas la cause unique ou principale de la douleur. Celle-ci est continue, tantôt [>lus, tantôt moins violente, selon l’état de l’atnios{)hère. Le siège principal de la douleur la moins violente était évidemment le nerf médian et s’étendait depuis le pli du coude jusqu’aux doigts. Le caractère de cette douleur était celui de la crampe, de l’engourdissement profond. La douleur violente était au contraire lancinante ou comme celle d’une brûlure et n’était pas accompagnée de tremblements ; elle s’étendait à la fois à tous les nerfs du bras sans en excepter ceux du derme, et passait quekpiefois au tronc ou elle portait atteinte au cœur et aux poumons ; de là des symptômes de suffocation, de resserrement de la poitrine et la syncope.
Pour produire ces effets, il suffisait d’étendre et fléchir promptement l’avantbras ou tous les doigts à la fois, ou de pincer avec quelque force le doigt médius, ou de comprimer la cicatrice de la saignée, ou de frictionner légère-
(1) Riberi. — Gazette des Hôpitaux, 1840.
DE l'angine de poitrine
nient la peau du liras avec la main ou celle de la partie interne de l’avant-bras ; ou qu’on chatouillât la peau de ces parties avec un corps lanugineux ou affilé ; ou que la malade s’appuyât sur le membre affecté ; ou que la manche de sa robe pesât dessus.
Dans une circonstance et dans une foule d’autres, la douleur développée dans la cicatrice ou dans les doigts se répandait avec la célérité de l’éclair sur tout le membre, puis à l’éiiaule, à la poitrine, au cœur, et jetait la malade dans un état affreux.
Pour prévenir toute espèce de frottement, de pression, d’extension dans le membre, la malade ne marchait qu’avec l’épaule déprimée et le tronc incliné, comme si la colonne vertébrale fût atteinte de déviation latérale.
Après avoir essayé divers remèdes sans pouvoir obtenir la guérison, j’ai eu recours à l’acupuncture à l’aide d’aiguilles très fines que j’ai implantées dans le bras précisément dans le trajet du nerf médian.
Cette opération a été pratiquée douze fois dans l’espace de deux mois. Les aiguilles employées chaque fois ont été de douze à vingt pendant deux à quatre heures. A chaque acupuncture la malade éprouvait une amélioration très marquée. La guérison a été radicale au bout de ce temps, seulement la malade est restée un peu faible.
Les personnes qui n’ont pas assisté à cette cure ne peuvent se faire une idée de l’eflicacité remarquable de l’acupuncture. Qu’il me suffise de dire : 1° que le jour même de la première opération la malade a commencé à mouvoir son bras sans beaucoup souffrir ; que la douleur, de fixe qu’elle était, est devenue mobile et ne s’est plus montrée sur les endroits acupuncturés ; de sorte qu’en multipliant les points d’aiguille la douleur s’est de plus en plus éloignée et enfin elle a complètement disparu ; 2® qu’après la sixième opération, la malade n’accusait plus de douleurs que lorsqu’on comprimait avec force le nerf médian ou ses branches principales ; 3® qu’enfin après la dixième opération la malade a été en état de se servir du bras dans ses différentes occupations domestiques.
Ues observations suffisent pour démontrer la réalité d’une Angine de Poitrine névralgique d’origine traumatique ; son exi.stence ne saurait donc être discutée, seulement on remarquera que dans tous ces exemples, ce sont les traumatismes du bras gauche seuls qui donnent lieu à des accès d’Angor ; il n’y a à cette règle que trois exceptions connues dans la science, une de Desportes relatée dans son mémoire en 1811, celle citée par Blackwall (1) et l’observation recueillie par le D' Guérin (2) ; nous les reproduisons ici.
Dans l’observation de Desportes il s’agit d’un jeune homme de 25 ans, rhumatisant il est vrai, qui reçut un coup de feu à l’aine droite et eut un accès mortel d’accès d’Angine de Poitrine. On ne trouva rien à l’autopsie ni dans le cœur ni dans les vaisseaux pouvant légitimer l’apparition de VAngor.
(1) Blackwall. Oper. citât. Obs. V.
(2) D‘‘ Al. Guérin. Quelques considérations sur l’Angine de Poitrine. Th. Doct. Paris 187G.
ÉTrOLOGiR
OBSERVATION XIV (Blackwall. — Cilée par le D’’ Lassègue)
« Un cocher reçut un coup de timon à la partie externe de la poitrine ; deux mois après, Angine de Poitrine bien caractérisée avec douleur du bras gauche. La guérison liit obtenue mais au bout de fort longtemps. »
Dans ce cas, le traumatisme avait été direct et le bras gauche n’avait reçu aucune lésioji ; mais n’est-il pas probable que le cœur ou le péricarde ont été blessés ? il a dû y avoir dans run ou l’autre de ces points une irritation, un foyer inflammatoire, un trauma c(ui s’est étendu jusqu’au plexus brachial et c’e.st à un retentissement plutôt inllammatoire que nerveux ([u’est due l’apparition de VAngoi'.
OBSERVATION XV (résumée)
Dans la thèse de M. Guérin, un deuxième maître canonnier, servant d’artillerie <le terre, âgé de trentc-ciiuf ans, tut pris entre deux voilures chargées de terre et blessé assez grièvement dans la région précordiale pour être réformé. Deux ans après la blessure, le malade a ressenti de la gêne et de la douleur au mamelon gauche et fut sujet à des accès d’Angor Pectoris, qui bientôt se multiplièrent et se terminèrent au bout de trois mois par la mort. La douleur débutait toujours dans le bras gauche et s’étendait en haut au cœur, en bas vers la main ; la faradisation seule soulageait le malade. A l’autopsie, on trouva une hypertrophie générale du cœur mais sensible surtout pour le ventricule gauche. Il pèse se[)t cent dix grammes; le péricarde a triplé d’épaisseur, les orifices dos artères coronaires sont très rétrécis surtout à gauche, dépôts fdn-ineux et points d’ossification sur les valvules sigmoïdes hypertrophiées; d’ailleurs l’examen microscopique des fibres musculaires du cœur fait voir qu’elles sont considérablement augmentées de volume et qu’elles ont subi la dégénérescence gTaisseuse ainsi, du reste, que le foie et la rate.
Insufiisanco aortique très nette, le sternum est cassant, il y a une ossification avancée des cartilages costaux et des articulations chondro-sternales supérieures.
La dissection minutieuse du péricarde et de la région où est situé le plexus cardiaque fait voir une grande ipiantité de ganglions lymphatiques, hypertrophiés et indurés qui occupent tout l’espace comj)ris entre l’aorte, la branche droite de l’artère pulmonaire et le canal artériel.
Ces ganglions ont, d’après le D’’ Guérin, dû comprimer en les englobant dans leur masse les nerfs du plexus et le ganglion de Wrisberg. C’est de cette manière qu’il explique les accidents nerveux présentés par le malade, mais pour être juste, nous devons dire qu’outre la névrite cardiaque, toutes les autres causes de l’Angine de Poitrine organique existaient aussi.
Les névralgies d’origine brachiale, n’ont heureusement pas toutes des irradiations douloureuses vers le cœur et sont loin de donner en général naissance à une Angine de Poitrine; quand celle-ci vient
DE l’angine de poitrine
compliquer la scène ce n’est qu'ajirès un certain temps écoulé depuis le moment de la blessure, que VAngor apparaît, en débutant tantôt par le cœur, tantôt par le bras ; par le cœur si le malade marche vite, est émotif ou reçoit une impression vive, par le bras s’il accomplit des mouvements violents avec la main gauche.
Quoiqu’il en soit, nous pensons que le traumatisme du membre supérieur et surtout du membre supérieur gauche, peut faire naître cette maladie et que l’importance de cette cause presque méconnue jusqu’alors, grandira avec des recherches nouvelles. — Nous reconnaîtrons en outre, (car l’Angine de Poitrine est une de ces maladies dont il n’est pas prudent de délimiter le domaine) que d’autres blessures que celles du bras gauche, la contusion de l’épaule, et aussi celle de la poitrine peuvent encore lui donner naissance.
B — Angine de Poitrine traumatique
des nouvelles accouchées
Le D'' Armaingaud, de Bordeaux, a signalé dans le journal « Le Bordeaux Médical * 1877, deux cas d'y\ngor Pectoris chez deux femmes récemment accouchées sans qu’on ait jamais observé chez elles, des lésions de l’aorte ni du cœur.