OBSERVATION XVI
X,,., âgée de vingt-sept ans, multipare. Rien de particulier à signaler dans ses deux premières grossesses.
Fendant les sept premiers mois de sa troisième grossesse, santé parfaite ; mais à partir du commencement du huitième mois, œdème assez prononcé des membres inférieurs. Examen des urines : albuminurie de moyenne intensilé constatée à cincf reprises différentes, à dix jours d’intervalle cha({ue fois ; mais aucun autre accident morbide.
Le 10 juillet 1877, accouchement dans les meilleures conditions : présentation du sommet, position occipito-iliaque gauche ; la période d’expulsion a duré deux heures ; pas d’hémorrhagie, aucun accident après la délivrance. Le lendemain, vingt-six heures après l’accouchement, à huit heures du matin, je trouve la nouvelle accouchée en très bon état et donnant le sein à l’enfant, et je la laisse quelques instants après ; mais, à peine avais-je fait cinquante pas hors de la maison, (fu'on me rappelle avec précipitation on me priant de remonter sans retard ; la malade, me dit-on, vient d’être prise subitement d’une douleur violente dans la poitrine, si violente qu’elle ne peut parler ni respirer.
Deux minutes après, je me retrouve en face de la malade et j’assiste à un accès d’Angine de Poitrine des mieux caractérisés : la malade m’explique, par des paroles entrecoupées, très saccadées, très difficiles ;à saisir, qu’en voulant se soulever dans son lit, elle a été prise subitement d’une atroce douleur dont elle me montre le siège au niveau de la partie moyenne du bord gauche du sternum, et, un peu plus à gauche, au niveau de la pointe du cœur, puis elle
ÉTIOLOGIE
me fait comprendre ([ue cette douleur s’étend à l’épaule gauche, [)uis à la partie interne du bras et de l’avant-bras du meme côté, jusqu’à l’extrémité des doigts.
Bientôt il lui devient impossible d’articuler un seul mot, elle est comme immobilisée, après m’avoir fait comprendre i>ar un dernier geste qu’elle va étouffer. La figure exprime l’angoisse et la terreur, la face est jjàle, les extrémités sont froides. Le pouls et le cœur battent ipiatre-vingts fois par minute pendant les cinq ou six premières minutes, puis descendent à soixante-douze et s’y maintiennent ; le pouls est petit, faible, mais régulier. Les mouvements respiratoires sont irréguliers, dfe quinze à dix-neuf par minute ; mais à l’auscultation aucun bruit anormal dans la poitrine, le murmure respiratoire s’entend nettement et avec tous ses caractères normaux ; cet ensemble symptomatique est, comme on le voit, très caractéristique, et les signes positifs comme les signes négatifs excluent toute idée d’embolie.
J’envoie chercher immédiatement mon appareil a courants continus du D>’ Onimus. En amendant qu’il arrive, j’ausculte de nouveau attentivement le cœur et les gros vaisseaux, qui ne présentent absolument rien d’anormal.
Puis, ce ipic je ne manque jamais de faire, dans toutes les névroses douloureuses, j’explore attentivement la colonne vertébrale, et je constate, au niveau de Vapophyse épineuse de la sixième vertèbre cervicale et des deux premières dorsales, un point douloureux très vif, provoqué par la pression, c’est-à-dire que, dès que je presse sur une de ces trois apophyses épineuses, la respiration s’accélère et devient irrégulière, entrecoupée, et l’expression de terreur de la physionomie devient plus marquée.
Ti'ois quarts d’heure après le commencement de l’accès, mon appareil électromédical arrive enfin, et j’applique le pôle positif au niveau du cœur, et le pôle négatif sur le point douloureux vertébral. Ce courant ascendant est le plus fort que puisse donner l’appareil Onimus ((juarante-dcux piles).
Trois minutes après son application, l’accès cesse brusquement, les douleurs disparaissent complètement, ainsi (jue l’angoisse et l’expression de terreur marquée sur la physionomie. Il ne reste ({u’une fatigue générale, une sensation de brisement de tous les membres. Je continue néanmoins, pendant huit minutes encore, l’application du courant.
La malade m’explii[ue très nettement tout ce qu'elle a souffert et confirme entièrement, par la nature des sensations qu’elle a éprouvées, le diagnostic, qui, du reste, ne pouvait donner lieu à aucune hésitation. Elle insiste surtout sur la conviction absolue où elle était qu elle allait mourir par impossil)iIité de respirer, les mouvements respiratoires lui ayant paru être presque suspendus pendant toute la durée de l’accès, alors qu’en réalité le nombre en était normal ; elle exprime sa douleur en disant qu’il lui semblait absolument qu’une pression formidable, exercée sur le milieu do la partie antérieure de la poitrine, la rapprochait de la colonne vertébrale, et elle déclare que si elle avait à choisir, elle aimerait mieux mourir que d’avoir un second accès.
Malgré l’ébranlement déterminé par cet accès, les suites de couches n’ont donné lieu à aucun accident ; les lochies n’ont pas été supprimées, la mère a continué à allaiter son enfant; je me suis borné à lui faire prendre, pendant les ({uatre jours qui ont suivi l’accès, deux grammes de bromure de potassium. Douze jours après l’accouchement, elle commençait à se lever, et aujourd’hui, 28 août, quarante jours après sa délivrance, elle est en état de santé parfaite.
DK l’angine de poitrine
J'insiste parliculièieinenl sur ce l'ait que cette dame, à laquelle je donne de.s soins depuis ciiu[ ans, n’a jamais eu antérieurement aucun accès d'Angine de Poitrine, j>as même tlo névralgie intorcoslale ; que je l’ai auscultée à plusieurs reprises pendant ce.s ciiu[ ans pour des bronchites légères et pour des palpitations uniquement occasionnées par un j)cu d’anémie et un certain degré de nervosisme, et qu’elle n’a jamais ])iésentô aucun trouble du côté du cœur ni des gros vaisseaux, (|u'cllc n’a jamais eu de rhumatismes articulaires, et ([ue depuis l’accès d’Angine de Poitrine que je viens de décrire, j’ai percuté et ausculté à dix reprises différentes et avec un grand soin le cœur et toute la région correspondante à l’aorte, sans trouver absolument aucun signe d’affection du cœur ou des gros vaisseaux, et qu’enfin elle ne présentait en aucun point aucun symptôme de phlébite ou de coagulation du sang. J’ajoute (ce qui a de l’importance au point de vue de l’étiologie) que ni son père ni sa mère n’ont jamais été atteints ni de la goutte, ni de la gravelle.
Ce qui, pour moi, rend cette observation particulièrement intéressante, c’est que ce n’est pas la première fois que j’ai eu occasion d’observer l’Angine de Poitrine pendant les suites de couches.