‹ Traité de l'angine de poitrineChapitre 18 sur 110 · OBSERVATION XX · texte numérisé non relu

OBSERVATION XX

roTHERGiLL — Citc par 'I’roussfau. — Clinique Médicale, l. II, p. .534, 4« édit.

Angine de Poitrine essentielle

Un homme d’environ trente ans, d’une assez petite taille, ayant le cou court, le tempérament robuste, accoutumé à un exercice régulier et modéré, éprouvait, lorsqu’il gi-avissait une colline, qu'il marchait vile, ou allait au grand trot de son cheval, une conslriction douloureuse ijui le forçait à s’arrêler tout à coup. • — 11 serait mort s’il avait voulu avancer. — Celte douleur s’étendait du travers de la Poiliine, le long des bras jusqu’aux coudes; elle durait assez longtemps. — hii l’estomac était plein, il soulTrait davantage. — Ni catarrhe, ni hydropisie aux poumons, aucune acrimonie passagère justifiant de pareilles sensation?.

Fothergill recommanda une diète légère, de tenir le ventre libre, de faire un exercice modéré à cheval et d’éviter les promenades longues et fatigantes ; il administra (juelques pilules de savon, des pilules gommeuses, du cinabre chalybé et un amer chalybé pendant quelques mois. Après cela, le malade prit les eaux de Bath pendant plusieurs saisons. — Le malade guérit, et vingt ans après il était encore en bonne santé.

Ici le diagno.stic est incontestable ; le mal apparaît chez un individu sain, indemne de tout mal, de toute diathèse, VAngor disparait et ne reparaît plus de la vie. — C’est un exemple convainquant, dit Trousseau, d’Angine de Poitrine idiopathique, et il est difficile, ajoute-t-il, de reconnaître d’autre cause qu’une singulière prédisposition individuelle.

OBSERVATION XXI Par le Dr Lelion (1|

Angine de Poitrine essentielle

Je suis appelé le 31 décembre au soir, près d’un monsieur d’une cinquantaine d’années, qui s’était plaint à plusieurs reprises dans la journée d’une gêne douloureuse de la région précordiale vers la base du cœur, sans angoisse ni sensation de déchirement. Il ne ressentait non plus aucune irradiation du côté du cou ou des membres supérieurs. Le pouls était calme, ainsi que la respiration. L’auscultation ne révélait aucune altération du cœur ni des gros vaisseaux ; la santé générale avait été bonne jusque là.

(I) Gazette Hebdomadaire 1882, p. (187.

etiologip:

Je prescrivis un révulsif, un sinapisme je crois, sur la région douloureuse et du sirop d'élhcr à prendre par cuillerées au moment de l’accès. Comme le malade avait de la constipation, il fut convenu (ju’il prendrait le lendemain matin un verre d'Munyadi.

Sa femme me conduisit jusqu’à la porte et j’en profitai pour l’avertir (pie malgré la bénignité apparente des accidents, on devait craindre le début d’une Angine de Poitrine encore mal caractérisée et que des syncopes graves pouvaient être la conséquence de cette affection.

Le P'' janvier, le lendemain, je revins voir le malade : sa femme me dit qu’il venait de j)rendre sa verrée et j’e»trai dans la cbambro. — 1\I..., s’était jeté sur son lit et la face était tounrée contre le mur. Je fus frappé de son immobilité et je saisis le bras pour m’assurer de l’état de la circulation ; il n’y avait plus de pouls, le malade ôtait mort.

Ainsi, voilà un sujet c|ui n’a eu ([uo des symptômes peu graves, pas d’irradiations douloureuses dans le bras, pas de dyspnée, de gêne circulatoire, pas le moindre trouble au cœur et qui meurt dés le second accès, et la terminaison fatale c.st survenue avec une rapidité extrême. A quoi peut-on attribuer cette mort si ce n’est pas à une Angine de Poitrine essentielle ’?

Quand en définitive pendant la vie on n’a diagnostiqué aucune lésion do l’aorte, que l’examen le plus attentif n’a rien révélé, qu’aucun signe extérieur n’a ap])elé l’attention du médecin, pourquoi ne pas croire à une Angine essentielle ’? — Elle doit exister moins rarement qu’on ne le croit de nos jours. Telle est notre opinion. Nous croyons par exemple, et devons ajouter, qu’après un certain temps de durée, sa répétition par trop frécfuente finira par déterminer des lésions de l’aorte ou de l’hypertrophie du cœur, altérations qui contribuent à ramener les accès et entraînent 1e malade dans un cercle vicieux. — Les adversaires de l’Angine essentielle s’en font une arme et disent qu’elles ont dû précéder les accès et leur donner naissance ; rien n’est moins jirste, ce nous semble. Croit-on d’une part, qu’un organe aussi fatigué que le cœur puisse impunément soutenir d’aussi rudes assauts, et d’un autre côté, pourquoi vouloir faire jouer le rôle de causes à des effets naturels, alors qu’à l’origine rien ne permet de leur attribuer une pai’eille prépondérance et môme de reconnaître leur existence ?

Et quand plus tard, sous l'influence d’un traitement convenable, palpitations, cssouflcment, ont disparu, quand les accès se sont évanouis, qu’il ne lœstc aucun vestige du mal, ([ue la santé renait parfaite, entière, que des années se sont écoulées depuis le dernier accès, que le malade n’était, et ne devient ni rhumatisant, ni névro-

DE l’angine de POITIUNE

pathe, force nous est bien de dire que l’on a eu à traiter une Angine de Poitrine essentielle.

Ainsi, dans une observation d’un malade traité par Duchenne, dont nous parlerons au chapitre traitement, VAngor datait de six mois, survenait au moindre effort, le sujet ne pouvait monter un escalier sans avoir un accès. — Duchenne se sert d’un puissant appareil d’induction pour l’électriser et détermine une douleur atroce à la région précordiale qui se substitua à l’Angine de Poitrine — quinze jours de ce traitement guérirent complètement cet homme, qui se livrait plus tard aux travaux les j)lus violents sans voir reparaître son mal. Croit-on que si on avait eu à faire à autre chose qu’à une Angine de Poitrine esseniielle, le mal aurait disparu sans laisser la moindre trace ? Non, ce n’est pas possible ; on est donc bien forcé dans certains cas de reconnaître son existence (P.

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