OBSERVATION XXII
Angine de Poitrine essentielle
Accès quotidiens pendant quinze ans; mort sans aucune complication cardiaque.
(Communication orale de M. le D'' Raillard, directeur de l’établissement des Baignais, de Dax.)
M. Esp..., né à Marseille, âgé de 46 ans, directeur des forges de Pontas-les- Forges (Landes), était un méridional vif, alerte, brun, causeur, rappelant en bien des points son illustre compatriote, M. Tbiers. Il était issu d’une famille névropathique mais tout en étant lui-méme assez emporté et susceptible, il n'était point absolument nerveux pas plus qu’arthritique.
Il n’avait pas, jusqu’à l’âge de 32 ans, eu à souffrir de son état de santé, quand un jour, se trouvant à Paris, il se mit à courir pour rattrapper un omnibus dont le conducteur ne l'apercevait point. Epuisé dans cette course folle, il alla jusqu’à ce qu’il tombât sur le derrière, épuisé, essoufflé, hors d’haleine, terrassé par un manque absolu de respiration. Pour comble de malheur, gisant sur le sol, il faillit être écrasé par une voiture, émotion qui augmenta encore son malaise. Avait-il eu dans cette circonstance ce qu’on appelle le cœur foi'cé, le myocarde était-il devenu exsangue, les artères coronaires, ne pouvant avec cette agitation extrême lui fournir la quantité de sang nécessaire; quoi qu’il en soit, M. Esp... resta sujet depuis cette époque à des accès d’Angine de Poitrine que son séjour en province, à Pontas-les- Forges, fut loin de calmer.
En effet, dans ce pays essentiellement paludéen, surtout il y a quelques vingt ans, ses accès toujours diurnes prirent un type quotidien parfaitement dessiné. Ils apparaissaient toutes les après-midi, de six heures à six heures et demie, et ils ne manquèrent pas un seul jour pendant quinze ans.
Aussitôt le début de l’accès, avec la première douleur aiguë, survenait instan-
(t) Quand nous parlerons de l’Angine de Poitrine d’origine Anémique, nous reproduirons une observation du D'' J. Renaud, de Lyon, qui nous semble être tout aussi bien un Angor essentiel et qui a été suivi de mort.
étiologie
inément une sueur abondante profuse sur tout son être, sueur glacée retombant omme une véritable pluie de perles de ses cbeveux, de sa face, de son cou et laignant tout son corps. (Un malade de M. Raynaud, de Lyon, a présenté le aême signe.) Aussitôt il se trouvait dans l’impossibilité de bouger, restant immolile, craintif, anxieux malgré sa grande énergie et la quasi habitude qu’il avait ie souffrir ainsi ; ses accès présentaient, du reste, la même marche que VAngor ^ectoris typique et il restait ainsi accablé, souffrant péniblement en attendant la in de l’attaque qui durait de une à vingt minutes en tout mais en procédant souent par reprises. '
M. Esp..., fumait très peu; tous les médecins (et ils sont nombreux) qu'il conulta, lui recommandèrent d’abandonner le tabac; il obéit, mais ses accès n’en ontinuèrent pas moins et cela malgré toutes les médications instituées.
Le propriétaire de la forge (ju’il dirigeait étant M. Pidoux, frère du célèbre )rofesseur de Paris, M. Esp... eût souvent l’occasion d'être examiné par cet émilent praticien et aussi par M. Constantin Paul, d’après les souvenirs du docteur laillart; ces Messieurs, ainsi que M. Larauzat et M. Raillart, de Dax, ont été Dujours d'accord sur ce point, qu’il n’existait chez ce malade aucune lésion du œur et des gros vaisseaux. Bien des fois, pendant celte période de cinq années, es praticiens distingués ont cherché à s'en assurer et toujours leur examen a été légatif. Nous nous croyons donc, appuyé par des autorités si considérables, en roit de donner à cette Angine de Poitrine le nom d’Essentielle.
Inutile de dire que les médications les plus variées furent mises en œuvre; larmi elles on n’eût garde d’oublier le bromure de potassium, les injections de aorphine et surtout l’arsenic et les sels de quinine dans l’espérance de combattre influence de la périodicité et celle d’un pays malarien ; tout échoua, et bientôt es accès commençant toujours à la même heure devinrent de plus en plus longs.
Plus tard, une contrariété dans son ménage ou dans ses affaires, une vive imotion suffirent pour les occasionner.
Nous allons en donner un exemple. Bonapartiste ardent et convaincu, il rasembla un jour d’élection et le matin les ouvriers de sa forge, leur distribua des )ulletins de vote, les laissant libres cependant de choisir leur candidat mais en aisant une charge à fond sur le candidat de l’opposition. Il parla avec tant de haleur qu’au beau milieu de son discours, un accès d'Angor l’arrêta net, à une leure tout à fait en dehors de ses paroxysmes ordinaires.
Une seule médication, nous devons le dire cependant, modifia ou pour mieux lire suspendit ses accès. Entré à l'Etablissement des Thermes de Dax, alors sous a direction des D’’^ Larauzat et Raillart, il se soumit à la méthode calorifique générale dans des bains en caisse, mais où la température ne fut augmentée que l’une manière discrète. A mesure qu’on en élevait les degrés, on constata chez il. Esp... une sédation fort nette dans le nombre et la violence des accès. Bientôt )n poussa la chaleur jusqu’à 55 et même 58 degrés ainsi que le constatait un hermomètre placé dans l'intérieur de la caisse et alors les accès disparurent et le nalheureux patient eut un répit absolu de près de vingt jours. On essaya bien l’arriver à 60 degrés et même plus, mais il en résulta pour le malade une fatigue îxtrême et un affaiblissement c^ui obligèrent à y renoncer. Après dix ou douze ninutes de séjour dans le bain de vapeur, on lui donnait une douche froide en et brisé.
DE l’angine de poitrine
Plus lard la même médication n’obtint pas le même succès et des contrariétés domestifiues, la dilTicuIté des affaires, la perte de sa place firent redoubler le nombre et la violence des accès qui finirent par l’emporter après quinze ans de souffrance sans qu’aucun médecin, pendant ce long espace de temps, ait pu découvrir chez lui la plus légère lésion organique.
Tous ses médecins ont été unanimes à ne voir dans ce cas qu’un Angor essentiel et nous n’hésitons pas à ranger dans ce cadre cette observation inédite.
2° Angine de Poitrine névralgique succédant à d’autres névralgies
Nous avons étudié plus haut l’^npor consécutif à des traumatismes du bras gauche, nous allons le voir maintenant succéder à d’autres névralgies voisines et les remplacer en quelque sorte, de la même manière que plus loin nous le verrons succéder à une manife.station arthritique ou s’y substituer.
La thèse excellente de M. Lasségue (1), précédemment citée, nous en offre deux exemples :