OBSERVATION XXVIII
Angine de Poitrine consécutive à une névralgie du rameau auriculaire du pneumo-gastrique, dit rameau d’Arnold.
(D'’ G.\uthier, mém. cité p. 48.)
Un de nos malades névropathe, d’origine arthritique eut, il y a huit ans, à l’âge de vingt-deux ans, un chancre induré, et présente aujourd’hui une destruction partielle de la portion postérieure des fosses nasales. L’inflammation spécifique naso-pbaryngienne s’est propagée à l’oreille moyenne par les trompes d’Eustache qui se sont obstruées, et il en est résulté une surdité très notable. Eh bien, ce malade, chez lequel il est du reste, impossible de constater à l’auscultation aucune lésion cardio-vasculaire, présente de temps en temps des symptômes bien caractérisés d’Angine de Poitrine ; chez lui, l’accès cardialgique ne réveille pas d’irradiations auriculaires, mais l’explosion de l’accès coïncide toujours avec une augmentation de la surdité.
L’unique moyen de légitimer physiologiquement l’existence dans ce cas de VAngor, est de se rappeler que le rameau d’Arnold, rameau sensitif, émanant du ganglion supérieur du pneumo-gastrique, gagne l’aqueduc de Fallope, chemine dans l’épaisseur de l’apophyse mastoïde, pour se diviser ensuite en trois filets, dont deux se répandent dans les téguments de la paroi supérieure du conduit auditif externe, et dont le troisième se rend dans la membrane du tympan. — N’est-il pas probable d’après cette disposition
ÉTIOLOGIE
anatomique qu’à l’une de ses extrémités, ce rameau participe à l’irritation de l’ouïe, exaspérée par certains moments et se manifestant par de la surdité, et ([ue cette irritation centripète se propageant par le pneumo-gastric[ue jusqu’au plexus cardiaque, détermine des accès d’.4nr/or. La névralgie du plexus succéderait à la névralgie du filet auriculaire par voie de continuité, par retentissement, comme la vibration de rcxtrémité d’une corde de harpe se ressent à l’autre extrémité.
kSi cette hypothèse ne parait pas admissible et qu’on songe à une veritalile névrite du rameau d’Arnold, ainsi c[ue parait porté à le croire le D’’ Gauthier, névrite se propageant au loin et se communiquant au plexus cardia((ue, ce serait un argument en faveur de la théorie de MM. Péter et Lancereaux (que l’Angine de Poitrine est occasionnée par une névrite du plexus cardiaque), seulement le point d’origine serait éloigné et aurait son début dans une portion du nerf vague pour venir exciter le cyclone cardiaque. Mais nous comprenons difficilement un retentissement d’origine inflammatoire apparaissant en quelques heures pour s’éteindre sur place et ne se montrer à nouveau que longtemps après. Nous préférons voir en ce fait une Angine de Poitrine d’origine purement névralgic[ue.
B. — Angines de Poitrine Névrosiques
Cette seconde classe d’Angor est très nombreuse et devient de plus en plus fréquente à une époque comme la nôtre, où le nervosisme rayonne de toutes parts, et soumet de plus en plus à son empire, toutes les classes de la Société.
Cette sorte d'Angov renferme sept classes, et il est à prévoir que notre siècle ne se terminera pas sans que d’autres variétés ne viennent augmenter ce nombre.
Ce sont :
1" L’Angine de Poitrine Hystérique ;
'1° L’Angine de Poitrine Vaso-motrice ;
3“ L’Angine de Poitrine Neurasthénique ;
4° L’Angine de Poitrine Epileptique ;
5“ L’Angine de Poitrine Gastralgique ou Dyspeptique ;
6° L’Angine de Poitrine accompagnant la maladie de Basedow- ;
7° L’Angine de Poitrine accomjiagnant les maladies Mentales.
Caractères communs. — Ces diverses sortes d’ Angines de Poitrine ont des caractères communs; énumérons-les tout d’abord avant de les étudier en particulier.
DE l’angine de poitrine
Elles se reconnaissent assez facilement quand elles ne se compliquent pas de lésions organiques, car elles ont une physionomie spéciale.
Elles se montrent à tous les âges, mais surtout avant trente ou quarante ans — chez la femme plus souvent que chez l’homme, — la vie de la femme plus émotive et son organisation plus sensible et plus délicate l’y prédisposent. — Les accès, chez les névrosiques, sont plus fréquents que chez les autres angoreux, surviennent très souvent la nuit, durent plus longtemps et se succèdent fréquemment par séries, ce qui est rare dans les autres sortes d’Angor. Enfin ils n’amènent généralement point de désordres organiques, ni de troubles considérables dans la santé, quoique en apparence leur violence soit très grande. M. Huchard (1) cite à ce propos une malade hystérique, bien observée par M. Rigal, et qui, dans un espace de deux ans, fut prise plus de deux cents fois d’accès d’Angine de Poitrine extrêmement intenses, accompagnés de l’angoisse et de l’anxiété caractéristiques. Lui-même a vu une hystérique qui a eu plus de quatre cents accès d’Angor dans une année. Le plus souvent, dans cette forme d’Angine de Poitrine, la douleur, au lieu d’avoir son siège sous le sternum, existe à la partie moyenne de la région cardiaque; elle consiste dans une sensation de plénitude, de tension, de distension du cœur, ce que les malades traduisent par les expressions de « cœur trop gros, de distension énorme de la poitrine, » cependant la sensation de barre, de griffes, d’étau, de brûlure, se manifestent aussi, et parfois nettement accusée.
Souvent, l’Angine de Poitrine névrosique s’accompagne de dyspnée ou tout au moins d’anhélation, ce qui n’a pas lieu dans la maladie de Rougnon-Heberden (2).
Dans l’intervalle des accès, il existe un bon état de santé relatif, les phénomènes cardiaques sont peu accusés et consistent seulement dans l’existence de palpitations entretenues par l’état névropathique et souvent anémique du sujet ; mais les malades peuvent souvent marcher, courir, faire un effort, sans provoquer les accès, comme cela a lieu dans l’Angine de Poitrine organique.
« L’Angine de Poitrine peut être, par exception, la première manifestation d’un état névropathique naissant. Mais dans la plupart
(1) D'' Hucliard. — Revue de Médecine, 1883, p. 489.
(2) H. Huchard. — Loc. cit , p. 490.
ÉTIOLOGIE
des cas, elle alterne avec d’autres manifestations du nervosisme, avec des troubles plus ou moins variés de la sensibilité et de la motilité, cédant la })lace à d'autres accidents nerveux et disparaissant pour ne plus jamais reparaître, après s’être traduite d’une façon désespérante en apparence, par des accès nombreux, répétés tous les jours ou même jilusieurs fois par jour. D’autres fois, au contraire, l’accès peut être unique et ne i)lus jamais se représenter. »
Dans les Angines de Poitrine névrosiques, les malades guérissent presque toujours. L’affection est plus bruyante et plus douloureuse que dangereuse, et c’est d’elle qu’on peut dire, comme de toutes les manifestations nervosiques ou hystériques : « Beaucoup do bruit pour rien ! » Telle est aussi l’opinion de M. Landouzy (1). « Malgré ses allures bruyantes et ses manifestations tapageuses, elle ne présente que ]ieu de gravité. Certaines malades en ont eu jusqu’à deux cents accès dans un an. »
Après ce coup d’œil d’ensemble jeté sur cette classe d’Angor, examinons successivement chaque espèce.
P Angine de Poitrine Hystérique
Sans ([u’ils y attachassent une grande importance, cette forme a été signalée par quelques anciens auteurs, nous en avons trouvé un exemple dans la thèse sur l’Angine de Poitrine, du D"' Millot (Thèses de Paris, 1812), nous le mentionnons.
OBSERVATION XXIX (D'' Millot)
(Dissertation sur l’Angine de Poitrine. — Thèses de Paris 1812)
Une jeune lille de vingt ans, à la suite de troubles dans la menstruation, éprouvait depuis trois années des accidents hystériques graves ; des bouffées de chaleur commencent à se propager de la partie inférieure du sternum au visage, se dissipant promptement et reviennent plusieurs fois dans la journée pendant une semaine environ ; puis quinze jours après, un paroxysme s’annonce par des vertiges, un étourdissement violent, avec menace de suffocation, sentiment de constriction intérieure et de strangulation au-dessus du sternum.
Ces accidents revinrent ainsi pendant plusieurs mois, puis se dissipèrent en partie : la malade retourna chez elle ; mais bientôt ces accès se reproduisirent, et elle rentra à ITIùtel-Diou. Le surlendemain de son entrée, la malade ayant voulu se lever, éprouva une atta((ue avec douleur très aiguë au sternum, stran-. gulation, vertiges, perte de connaissance, sinpeur, mort apparente, etc. Ce ne fut que le lendemain soir que la malade revint à elle, malgré l’emploi de moyens nombreux.
(1) Landouzy. — Progrès Médical, 1884.
DE l’angine de poitrine
D’autre part, Bouchut (1), alors interne des hôpitaux de Paris, rapporte également un exemple d’Angine de Poitrine hystérique, et chose qui en fait surtout la singularité, cette observation a pour sujet un jeune homme.
O B S E U VAT ION XXX Bouchot. — (Résumée)
.\ngine de Poitrine hystérique.
]M. X..., interne eu pharmacie, âgé de vingt-trois ans, d’un caractère extrêmement irritable et présentant tous les attributs d’un tempérament nerveux, fut pris, pendant une nuit, au mois de septembre 1839, d'une douleur aiguë à la région précordiale, suivie de perle de connaissance. 11 se débattait dans son lit en criant et en se frappant la poitrine. L’attarjuc dura près d’une demi- heure et se reproduisit avec des symptômes identiques un mois après. Etendu par terre, il frappait sur le sol avec ses poings fortement serrés et se meurtrit tout le poignet droit. Plusieurs attaques survinrent encore, mais le malade s’étant marié, cet évènement lui inspira des idées plus riantes et exerça une diversion heureuse sur lui, car son mal l’abandonna pour toujours.
Bouchut devançait déjà les opinions do nos jours ou les pressentait du moins, car tout en reconnaissant qu’il y avait véritablement de l’hystérie chez ce malade, il admettait l’exi-stenco d’un Angor Pectoris comme complication ou comme variante chez son malade.
Andral avait, de son côté, signalé un fait analogue.
OBSERVATION XXXI (In Axenfeld et Huchard. — Traité des Névroses, p. 894)
Angine de Poitrine hystérique.
Nous avons vu à la Charité, une jeune femme qui, de temps en temps, était prise d’une vive douleur à la région du cœur ; de cette région, la douleur s’irradiait en divers points du thorax et dans les bras. Ceux-ci devenaient souvent le siège d’un engourdissement qui allait quelquefois jusqu’à une paralysie complète ; la malade éprouvait par intervalles de violentes palpitations, pendant la durée desquelles le pouls devenait filiforme. Cependant, ces accidents divers disparaissaient après avoir duré de quelques minutes jusqu’à vingtquatre ou trente heures. Dans leurs intervalles, on ne trouvait plus rien d’insolite dans l’appareil circulatoire. Ces accidents étaient souvent remplacés par d’autres phénomènes nerveux, tels que ; mouvements convulsifs partiels ou généraux, alternatives d'exaltation et d'abolition de la sensibilité, symptômes de chorée.
Mac-Dowal (Edinb. Méd. Journal, 1881) pulilia en 1881 une oh.servation où il rattache V Angor à riiystérie, chez une malade indemne de toute lésion cardio-vasculaire.
(1) Bouchut. — Revue Médicale, décembre 1841.
ÉTIOLOGIE
Glascow (cité in Courrier Médical, septembre 1881, p. 222), cite un cas analogue où l’Angine de Poitrine succède à de la toux, à de la dyspnée et à des paljiitations chez une hystérique.
Aujourd’hui, l’Angine de Poitrine hystérique est unanimement reconnue, surtout dejuiis la jnihlication d’un travail estimable de M. Marie (1), où il dépeint, de main de maitre, deux cas d’Angor hystérique ([ue M. le professeur Charcot lui avait conliés.