‹ Traité de l'angine de poitrineChapitre 22 sur 110 · O B S E R V AT ION X X X I I · texte numérisé non relu

O B S E R V AT ION X X X I I

Angine de Poitrine hystérique.

Aurel... ne peut donner sur ses antécédents hérédilaii’es aucun renseignement ; elle-même jouissait d’une bonne santé jusqu'à l’àge de seize ans et demi ; elle éprouva alors des douleurs persistantes dans les articulations des membres inférieurs; et il lui arriva plusieurs fois de tomber, }iarce que, dit-elle, ses jambes fléchissaient sous elle.

C’est à cette époque qu'elle éprouva une terrible émotion en voyant écraser sous ses yeux son frère et son neveu ; à partir de ce moment, elle fut en proie à de fréquentes attaques d'hystérie convulsive.

A l’àge de dix-sept ans, elle fut prise pendant la nuit de sa première attaque d’Angine do Poitrine ; elle rend très bien coni])te do ce qu’elle éprouva alors : douleur dans le bras gauche et dans le petit doigt, oppression et suffocation (il ne peut y avoir d’erreur à cet égard, car par la suite elle éprouva trop souvent les mêmes phénomènes pour pouvoir s’y tromper).

A partir de ce moment, les attaques d’Angine do Poitrine revinrent fréquemment (huit à dix par an, aOirme la malade).

A vingt-cinq ans, la faiblesse des jambes ayant fait des progrès, la malade en arrive à ne plus pouvoir marcher ; mais ce n’est c[u’à l'age do trente ans, en 1851, (ju’elle entre à la Salpêtrière ; on la mit alors dans le service des épileptiques, tant étaient violentes ces crises d’hystérie, (jue l’on considérait alors comme de l’épilepsie vraie. Peu après, elle recouvra l’usage do ses jambes, mais pendant quelque temps encore, celles-ci restèrent agitées par un tremblement lorsqu’elle se tenait debout.

A cette époque, elle continuait à éprouver de violentes et fréquentes attaques d’hystérie qui nécessitaient souvent l’emploi de la camisole de force.

En 1858, son état s’étant notablement amélioré, elle obtint de sortir du service des épileptiques pour entrer dans une autre division ; nous trancrivons ici la note qui fut rédigée alors sur son état.

« Aurél... — Epilepsie, hystérie, est atteinte d’épilepsie depuis l’âge de vingtsix ans, accès rares et survenant pendant le jour ; de plus, attaques d’hystérie ti'ès fréquentes, à la suite desquelles elle est restée plusieurs années paraplégique et n’a guéri que par l’électricité ; en même temps, elle avait une paralysie de la langue. — Depuis ti'ois ans, accès plus rares ; par contre, nombreux étourdissements à la suite desquels elle tente de s’égratigner, de se mordre.

(1) Marie. — Deux observations d’Aiigine de Poitrine dans l’hyste'rie Rçd. de Méd. 1882, n” 4, p. 3.3U.

DE l’angine de poitrine

sans chercher à blesser les personnes epri l’entourent ; quelquefois ces étourdissements viennent sans prodromes, d’autres fois ils sont précédés d’hallucinations. — Anesthésie et analgésie du côté gauche, mais beaucoup moins marquées qu’à son entrée ; de temps à autre, accès d’asthme avec anxiété précordiale et quehjuefois sorte d’Angine de Poitrine. »

Ce certificat est daté de 1858 ! Peu à peu, les attaques d’hystérie allèrent en diminuant d’intensité et de fréquence, à tel point qu’à partir de 1869 elles cessèrent complètement, et la malade n’en avait pas eu une seule jusqu’en 1880 ; mais à cette époque, ayant éprouvé une grave contrariété, elle prit une nouvelle attaque d’hystérie, qui d'ailleurs resta isolée.

Quant aux attaques d’Angine de Poitrine, il n’en était pas tout à fait de même ; bien qu’elles fussent moins nombreuses, elles restaient encore assez fréquentes (six à sept par an) jus(ju’cn 1880. — Cependant elles semblent être en voie de décroissance' rapide, car en 1881 Aurél... n’a eu que deux attaques d’Angine de Poitrine.

Ajoutons que toujours le cœur a été soigneusement examiné et que jamais on n'a constaté le moindre signe d’une lésion de cet organe ou des gros vaisseaux.

« Dans l’après-midi du 8 mars, la malade, qui était très gaie dans la matinée, fut prise subitement d’une douleur dans le petit doigt du côté gauche avec irradiation dans l’avant-hras, le bras et même le mamelon du même côté. Elle eut à peine le temps de dire : « Ah ! que je souffre dans le petit doigt, » que la douleur envahissait la région précordiale et que l’angine commençait ; la crise a duré deux heures, de trois à cinq ; la douleur était à peine calmée que l’on transporta la malade à l’infirmerie, où une nouvelle crise la reprit de neuf à onze heures ; dans l’intervalle entre les deux crises, la malade n’a cessé de souffrir dans le petit doigt. »

9 et 10 mars. — La douleur persiste dans le petit doigt; la respiration est saccadée, pénible ; mais il n’y a pas de crise.

11 mars. — A une heure du matin, nouvelle crise ; pendant l’attaque d’Angine de Poitrine, le pouls est presque insensible à la radiale gauche, tandis qu’il est normal à droite ; nombre de pulsations, quatre-vingt-dix. Température rectale, 37», 6.

Après l’attaque, la malade fait remarquer que ses attaques sont toujours précédées par un refroidissement des membres inférieurs et de toute la partie gauche du corps, qui, dit-elle, « devient comme du marbre ». D’ailleurs, lorsqu’on la touche à ce moment, on sent nettement un abaissement de la température. — Quant à la douleur du petit doigt gauche, qui en dehors des attaques fait place à une sorte d’engourdissement, elle peut ou éclater immédiatement avant l’attaque, comme dans le cas actuel, ou bien la précéder de un, deux ou même trois jours.

Etat actuel (janvier 1882), — Aurél... éprouve toujours de l’engourdissement dans le petit doigt gauche et se plaint que tout son côté gauche est notablement plus faible que le droit ; elle a conservé son hémianesthésie gauche ; elle est légèrement dyschromatopsique du même côté, et le rétrécissement du champ visuel de l’œil gauche est notable, on a essayé d’opérer le transfert par l’application de l’aimant, mais après une séance de vingt- cinq minutes on n’a rien obtenu. — Persistance do l’ovarie gauche. Un peu de tic non douloureux de la face à gauche.

ÉTIOLOGIE

Page 1