‹ Traité de l'angine de poitrineChapitre 26 sur 110 · X..., 19 ans, domestique, entrée à l’hôpital le 6 juin · texte numérisé non relu

X..., 19 ans, domestique, entrée à l’hôpital le 6 juin

Le 6 au matin, alors que ses règles venaient de paraître, elle fut prise, en lavant un plancher, d’une douleur fulgurante dans toute la partie interne du membre supérieur gauche. Cet accès d’Angine de Poitrine qu’elle aurait déjà éprouvé plusieurs fois et en faisant de gros ouvrages, s’accompagna de douleurs également très vives dans toute l’étendue du ventre et de vomissements bilieux en même temps que d’un pouls misérable et d’un faciès grippé.

On n’est pas peu surpris, en procédant à l’examen complet de cette jeune fille, de constater une hémi-anesthésie gauche. — Les membres, le tronc, la face, du côté gauche, sont plus ou moins insensibles au toucher et à la douleur. La face antérieure du membre inférieur gauche est absolument insensible, les parties latérales, interne et externe le sont un peu moins. Le ventre est complètement insensible à droite jusqu’un peu en dehors de la ligne blanche; nous constatons la même particularité pour le thorax, le menton, la face et le nez, — la conjonctive de l’œil gauche est moins sensible que celle de l’œil droit, — une partie du front est insensible, la malade voit double.

Mêmes particularités à la partie postérieure du corps. Il n’y a pas d'hémiparésie correspondante, quoiqu’il y ait cependant un peu d’affaiblissement musculaire dans le membre supérieur et un sentiment de lourdeur dans le mollet gauche.

t)E L ANGINE DE POITRINE

Le 7 juin on explore la sensibilité électrique de la malade, (juand on pose les pinceaux sur l’avant-bras gauche, elle accuse une sensation de froid. Des piqûres sur le membre hémi-anesthésique ne font pas sourdre une goutte de sang.

L’hémanesthésie gauche a duré deux jours ; la sortie de l’hôpital a eu lieu le 1 0 juin.

OBSETfVATION XXXVIII (D'' Liégeois. — Mém. cité, p. 209)

Plusieurs accès d’Angine de Poitrine chez une hystérique, atteinte plus tard de contracture des membres supérieurs.

Femme de cinquante-deux ans, entrée à l’hôpital le 3 juin 1875. — C’est pour la f[uatrième fois qu’elle souffre de la maladie qui l'amène ici et qui est caractérisée par la contracture de tous les extenseurs des muscles inférieurs. Pas d’anesthésie, hypéresihésie ovarienne double, coïncidant comme dans les faits de M. Charcot, avec une double contracture. Ces contractures l’ont prise brusquement, il y a trois jours, à la suite de violentes contrariétés.

Elle déclare du reste, spontanément, qu’elle est très nerveuse ; elle a eu fréquemment des attaques de nerfs. Elle s’est plaint souvent de douleurs périombilicales, de crampes d’estomac, de battements de cœur ; plus d’une fois, consécutivement à des émotions, à des chagrins, elle a eu subitement des douleurs au cœur avec étouffements, douleurs dans l’épaule gauche et fourmillements dans le bras correspondant ; elle a cru, lors du dernier accès survenu il y a un mois, qu’elle succomberait. Ces accès duraient prescjue une demiheure. Les contractures persistent aussi intenses jusqu’au 1 1 juin ; l’apparition menstruelle le 12 juin ne les fait pas renaître ; elles disparaissent peu à peu, et le 2G juin cette femme quitte l’hôpital.

Jusqu’à présent nous n’avons étudié que l’A?igor hystérique simple, vierge de toute complication, mais il peut arriver c[ue des lésions organiques viennent s’ij joindre et en augmentent la gravité. Nous en trouvons un exemple dans l’observation du D’’ Landou/y.

OBSERVATION XXXIX (D*' Landouzy.)

Athérome de l’aorte, rétrécissemeiit sus-aortique, hystérie. Angine de Poitrine, dépendant uniquement de cette dernière.

K... nous avait l’année précédente consulté dans notre cabinet. — Cette dame, fort intelligente, curieuse, plus que soucieuse des choses de sa santé, nous consultait pour des palpitations qui parfois la prenaient sans cause, le plus souvent à propos d’un effort, et commençaient à lui rendre pénible la montée des escaliers. Nous trouvâmes chez cette dame, fille, sœur, tante, mère d’arthritiques incontestables, arthritique elle-même, un rétrécissement sus-aortique en même temps que des signes d’athérome de la crosse. M‘“<= K..., à cette époque, ne nous était pas apparue une femme manifestement nerveuse. A quelque temps de là, à propos de la ménopause, elle présenta une série d’accidents nerveux des plus manifestes : météorismes subits et exorbitants, crises de larmes, crises de rires, œsophagisme, névralgies- mobiles, paraplégie transitoire et soudaine,

ÉTIüLOdlE

accès de palpitations, accès de congestion pulmonaire sans fièvre, accès de perte de mémoire, accès de diincultés de parole, petites crises convulsives, etc. C’est sur ces entrefaites fpr’ello eut une attacpie sévère d’Angine de Poitrine qui m’cITrava d’aliord d’autant plus (pic la malade et son entourage (un de ses beauxfrères a succombé à une Angine de Poitrine entée sur une cardiopathie diagnostiquée par Trousseau) étaient dans la stiqicur, d’autant plus aussi que derrière cette Angine de Poitrine j’entrevoyais le rétrécissement aorticpie, dont la confirmation formelle fut donnée de])uis jiar un de nos maîtres. La lésion aortique, grâce à un traitement sévère, dans lo(picl les révulsifs ont eu la part prépondérante, s’est amendée ; en revanche, la neurasthénie s’est accentuée • entre temps est survenu un diabète, et à plusieurs reprises, sans cause apparente, sans que l’état oro-ani(jue cardio-vasculaire parut changé, de nouveaux accès d’Angine de Poitrine ont saisi la malade, au rcfios, dans son lit et sont venus se mêler à la série déjà si nombreuse do trouhles hystéri(|ues dont elle continue à souffrir par intervalles. J’avoue (jue, aujourd'hui, je m’effraye moins de ces crises d’Angine de Poitrine, enclin que je suis à les voir conditionnées plus par son nervosisme que par sa lésion aortique.

2° Angine de Poitrine Vaso-Motrice

Immédiatement après l’Angine de Poitrine hystérique, nous allons décrire l’Angine vaso-motrice, parce que toutes deux ont des rapports très étroits, ({ue souvent elles se compliquent l’une et l'autre, et qu’à n’en point douter, elles ont entre elles un air de famille c[ui ])ermet de leur applicfuer les deux vers des anciens :

Faciès non omnibus una,

Nec diversa tamen, qualem decet esse sororem !

Cette physionomie spéciale n’avait point échappé à M. P. Marie et chez les deux malades qu’il a observées, il a noté des phénomènes vaso-moteurs très nettement accusés « sensation de froid, pâleur de la face, abaissement de la température des mcmlires, diminution des battements de l’artère radiale (|ui deviennent jiresquc insensibles. ))

Mais, pour être juste, avant lui, d’autres observateurs reconnaissaient déjà une Angine de Poitrine vaso-motrice dont ils faisaient une variété particulière sous le nom d'Anrjina Pectoris vasomotoria.

« Nothnagel publia ensuite c[uelc{ucs cas nouveaux de l’affection c[ui nous occupe et chercha à en élucider le mécanisme.

(( Enlin Eulenhurg et Landois en 1868 font, dans la Wiener med. Woch. un mémoire sur les névroses vaso-motrices et notamment sur l’Angine de Poitrine : les idées qui y sont contenues se retrouvent plus tard en grande partie dans l’article d’Eulenburg dans le Ziemssen’s Hamdbuch, ([ui contient un état très complet de la question.

« C’est d’après cet auteur (jue nous allons passer rapidement en revue les symptômes qui constituent l’Angine de Poitrine vasomotrice.

« Les principaux symptômes de cette variété d’Airr/or, ou du moins ceux qui lui donnent sa symptomatologie spéciale, senties suivants :

« Tout à fait au début, sensations thermiques anormales dans les extrémités, sensations d’engourdissement, de froid, auxquelles correspondent olijectivement la pâleur et c[uelquefois la teinte cyanotique, le refroidissement, la diminution de la sensibilité de la peau des extrémités. L’artère radiale elle-même offre au doigt un calibre moindre ; scs pulsations sont faibles et sur un tracé spbygmograpbique présentent une diminution notable d’amplitude. C’est là un fait qui a été constaté un certain nombre de fois et que l’on trouve signalé dans une des observations que nous avons publiées plus haut.

« Les phénomènes que nous venons de signaler suffisent et au-delà pour prouver qu’il ne s'agit pas là de pures sensations subjectives, mais bien d’un état anormal réel de la circulation, et ce trouble circulatoire, ce n’est pas dans le cœur qu’il a son origine, car pendant toute l’attaque d’Angine de Poitrine, c’c.st à peine si le rbythme cardiaque est modifié ; tout au plus note-t-on une légère augmentation du nomlire et c[uclqucfois de l’intensité des contractions cardiaques. »

Du rcste,*iBouchut, sous le nom de Névrose du cœur, ainsi qu’il nommait VAngor Pectoris, avait déjà décrit dans la Revue Médicale, étant interne des hôpitaux, une observation où nous trouvons retracés, tous les caractères de l’Angine de Poitrine vaso-motrice :

OBSERVATION XL ( BouenuT. — Revue Médicale, 1841.)

Angiûe de Poitrine vaso - motrice.

Adélaïde Couvreur, dix-neuf ans, née à Paris, domestique dans la maison. — Cette fille, d’une bonne constitution, assez bien musclée, peau sale et huileuse, a les cheveux châtains. Elle porte depuis doux ans un eczéma de la peau du cou et de quelques autres parties du corps. Réglée pour la première fois à quatorze ans, elle voit cinq ou six jours à chaque époque. Elle n’a jamais eu de retard. Elle n’a point eu d’enfants ; c’est une orpheline abandonnée dès sa naissance ; elle ne connaît point sa famille. Sa santé a été excellente jusqu’ici ; elle s’enrhume quelquefois, n’a jamais eu d’affections nerveuses. Le dimanche,

4 août, je fus consulté par elle, dès le matin, pour un léger mal de gorge qui durait depuis plusieurs jours ; je visitai l’arrière-bouche, et n’y trouvai aucune altération.

Le soir, immédiatement après le diner, elle fut prise d’étouffement ; puis elle

ÉTIOLOGIE

ressentit une violente contriction de la poitrine ; douleur vive au-dessous du sternum et au cou ; serrement à la gorge. Elle se coucha, et je la trouvai assise sur son lit, s’agitant dans tous les sens, et })Oussant de grands cris. Face pâle, gonflée, larmoiement des yeux. La peau est fraicho ; les extrémités sont froides ; sueur générale et froide ; suffocation imminente.

Douleur pongitive excessivement aigue à la partie antérieure gauche de la poitrine. Forte contriction à la gorge ; la malade y [lorte continuellement la main pour enlever ce (pii la gêne. Respiration haute, à vingt-quatre par minute. Elle s’accompagne d'un bruit croupal assez fort ; on ne voit rien au fond de la gorge. Voix faible, déglutition dilïîcile et douloureuse. Battements de cœur faibles ; pouls régulier, un peu dur, à soixante-quinze ; les mouvements et le bruit que fait la malade rendent impossible toute auscultation. — Trente sangsues au cou. — Trois heures après, l'accès durait encore ; mais la douleur était moins vive, la constriction de la gorge moins pénible. Déglutition plus facile. Elle prend alors un julep avec :

Castoréum là gouttes.

Liqueur d’Hoffmann G —

Extrait de valérianne 0 gr. 50

Lundi 5. — L’accès a duré jus(pi'à ce matin ([uatre heures, ce qui a fait environ douze heures. En ce moment elle se trouve mieux ; la douleur n’existe plus, mais elle étouffe encore un peu. — ^Tngt-deux respirations par minute. — Pouls régulier, fort ; la respiration se fait purement dans tous les i)oints de la poitrine. — Trente sangsues aux cuisses. Julep comme hier.

Etouffements peu considérables pendant deux jours. Le jeudi, elle était parfaitement remise, et se promena tout le jour. Pas de fièvre, bon appétit.

Dix jours après, 18 août, après une légère contrariété, nouvelle attaque, symptômes analogues, à l'intensité près. Le pouls reste calme. La respiration ne dépasse pas vingt-six. — Trente sangsues aux cuisses, julep comme plus haut. — Deux heures après tout avait disparu ; le lendemain elle reprit son travail. — J’ai revu cette femme le 15 février 1840, c’est-à-dire six mois après les deux premières attaques. Elle n’en avait pas eu d’autres, et se portait à merveille.

Voilà bien les symptômes de l’Angor vaso-moteur ; violente constriction de la poitrine, douleur vive au-dessus du sternum, douleur pongitive excessivement aiguë, constriction à la g’org’e, agitation, cris, pâleur de la face, anxiété, — extrémités glacées, sueurs froides. Certes le tableau est complet.

Le D'' Huchard relate dans la Revue de Médecine, plusieurs exemples d’ Angine de Poitrine vaso-motrice.

A cette observation, nous pensons devoir joindre le résumé d’une autre publiée par Cordes dans le Deutsches Archiv für klinische Medicin., 1874. Bien que plus complexe que les précédentes, à cause de l’invasion d’un rhumatisme articulaire aigu, elle présente d’une façon intéressante certains symptômes sur lesquels nous aurons à revenir tout à l’heure :

DK l’andine de poitrine

OByERViVriON XLI ( Cordes )

Angine de Poitrine vaso-motrice.

Dame du meilleur monde, âgée de trente et un ans, ayant eu des crises nerveuses convulsives à l’âge de huit ans. — Manifestement hystérique. — Attaque do rhumatisme articulaire aigu ; gonflement du bras gauche, contre lequel on emploie les sangsues. — Huit jours apres le début de ce rhumatisme survient un accès d’Angine de Poitrine ; pendant les trois mois qui suivirent, ces accès se reproduisirent environ une douzaine de fois.

Très peu de temps avant l’accès, les extrémités, surtout les inférieures, deviennent froides, pâlissent, les ongles se cyanosent ; l’abaissement de température était généralement très sensible au toucher, et continu ; il était surtout accentué aux extrémités des membres, aux pieds et aux mains et diminuait en allant vers le tronc, qui, de môme que la tête, restait à une température â peu près normale. Rien ne pouvait réchauffer la malade ; frictions, brosse, bains de pieds chauds et excitants restaient sans effet ; ceux-ci réchauffaient bien les membres tant qu’ils y étaient plongés, mais le refroidissement survenait dès ({u’on les retirait de l’eau ; les sinapismes rougissaient la peau, mais, dès qu’on les enlevait, la rougeur qu’ils avaient déterminée disparaissait bien plus rapidement qu’à l’ordinaire.

Pendant ratta(jue, la carotide, la radiale et toutes les autres artères superficielles faciles à oliserver étaient revenues sur elles-mêmes et présentaient une forte tension. Quoique le pouls fût un peu plus rapide qu’à l'état normal. Cordes pense que cette accélération ne doit pas être mise sur le compte de l’Angine de Poitrine elle-même, mais plutôt rapportée aux mouvements continuels de sa malade, qui ne pouvait rester un instant dans la même position. La pupille gauche était élargie ; le trajet du granl sympathicjue était douloureux à gauche.

Pendant les trois mois qu’il observa la malade, il remarqua que les accès furent toujours causés uni<]uement par des impressions psychiques (chagrin, colère).

Le cœur fut toujours interrogé avec le plus grand soin, et jamais, malgré la présence d’un rhumatisme articulaire aigu, on ne constata la moindre affection de cet organe.

OBSERVATION XLII (IL riuCH.\RD. — Loc. cit.)

Angine de Poitrine vaso - motrice.

de P..., trente ans, non rhumatisante, indemne de toute affection diathésique, très impressionnable, nerveuse, a été prise, il y a trois ans pour la première fois, au moment d’un diner, d’une angoisse et d’une douleur précordiale violente avec irradiations dans l’épaule et le bras gauche. Mais depuis doux ans ces accès, qui se reproduisent presque tous les doux ou trois jours, le plus souvent sans cause, sont surtout caractérisés par des troubles vasomoteurs qui précèdent l’attaque : sensation de « froid affreux » avec claquement de dents, partant des membres inférieurs et durant parfois trois quarts d’heure ; abaissement notable de la température, puis nausées et léger état syncopal. C’est alors que survient la douleur précordiale laquelle toi'ture la malade pendant une ou deux heures. Depuis un an, les accès ont diminué d’intensité, mais ils sont plus fréquents ; ils reviennent presque tous les soirs ou pendant la nuit. L’examen des organes ne permet de constater aucune lésion.

ETIOLOGIE

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