OBSERVATION XLIII
(!)'■ IluciiAnD. — Loc. cit.) — Angine de Poitrine vaso-motrice.
J’ai été consulté tout dornièremcnt par L. B..., âgée de trente-([uatre ans, femme d'un de nos honorables confrères. Pâle, anémique, extrêmement nerveuse et im[)ressionnable, elle souffre depuis (juator/.e mois do })aipitations cardia(|ues très pénibles, contre lesquelles toutes les médications ont échoué. Oes palpitations surviennent surtout pendant la nuit, et sont d’abord suivies de (juelques sensations anginoïdes ; douleur au cœur, angoisse précordiale, sensation de cœur trop gros; puis elle éprouve quelques fourmillements dans le bras gauche, avec sensation du doigt mort.
Un jour, je la vois arriver à moi avec l’effroi peint encore sur son visage ; elle venait d’éprouver pendant iilus d'une heure, une attaque de douleur précordiale très violente avec une angoisse telle que, doux heures après, le souvenir la terrifiait encore et lui faisait toujours craindre une fin prochaine. La face était pale, bouleversée, les extrémités froides lorsque je la vis.
Elle me raconta (jue la veille, elle avait été prise un peu avant minuit d'un frisson général intense avec claquement de dents, tremblement des membres, refroidissement considérable très appréciable à la main, sueurs très froides et un peu d’état cyanotique des extrémités. Son mari, qui est médecin, constata en même temps la petitesse extrême du pouls. Puis survint une oppression très violente, une douleur très vive avec angoisse extrême et crainte de mort prochaine. La douleur ([ui existait non }>as sous le sternum, mais dans toute la région précordialo et surtout à sa partie moyenne, au niveau du (juatrième espace intercostal, était caractérisée par une sensation de plénitude, de distension du cœur, de « cœur trop gros » ; elle présentait des irradiations vers le cou, l’épaule et l’avant-bras avec engourdissement et pseudo-parésie du membre supérieur gauche. En même temps, il y avait des palpitations très vives ; le cœur venait frapper violemment la paroi précordiale, et de plus la malade présentait alors une anhélation réelle. Cet état persista pendant une heure ; une nouvelle crise moins forte se reproduisit pendant la nuit, puis le lendemain matin, mais en laissant persister une sorte d’anéantissement moral et physique pendant plusieurs jours.
L’examen plusieurs fois répété du cœur et des vaisseaux fut absolument négatif.
J’ai revu cette malade douze jours après ; elle présentait une hémianesthésie gauche incomplète, une anesthésie complète du pharynx et de l’épiglotte, une ilouleur très légère au niveau de l’ovaire gauche ; les extrémités étaient encore froides, et, à plusieurs reprises dejjuis ses crises de pseudo-angine, elle avait encore été prise de sentiment d’angoisse sans douleur vive, de plénitude et de distension cardiaque, de palpitations, avec quehjues phénomènes de syncope locale dans les deux mains. Mais un nouvel accident s’était produit : elle avait eu queh[ues crachements de sang (pie je rattachai à l’hystérie, en l’absence do tout phénomène stéthoscopique du coté des poumons. Du reste, elle avait eu déjà plusieurs hémoptysies qui n’avaient jamais laissé aucune trace, et surtout à l’àge de ([uinze, de seize et de dix-sept ans, époque à laquelle Demarquay, consulté, crut toujours à rimminence d’une tuberculose sans jamais en constater les signes.
Nous trouvons dans le mémoire de M. Liégeois une observation inédite, écrite par le I)'' L. Jacquemin, et découverte après sa mort par M. Liégeois dans sa bibliothèque. Cette observation nous semble entrer dans le cadre de l’Angine vaso-motrice, bien mieux que dans celui de l’Angine de Poitrine hystéricfue, où M. Liégeois incline à la ranger.
OBSERVATION XLIV Jacquemin)
Angioe de Poitrine vaso-motrice suivie de mort.
4 Appelé le 25 juin 1845 près de Madame J... de II..., cette femme ne présenta à mon examen que des pulsations assez énergiques, un peu de malaise et de gêne du côté gauche, tant dans la région du cœur que dans les membres thoraciques. — Point de douleur de tête, respiration bonne, anorexie, mais aucune sensibilité de l’abdomen. Il n’y avait rien de grave dans ces symptômes, je rassurai la malade, et comme elle avait une transpiration assez abondante, je pensai qu’il fallait se borner à favoriser les sueurs, — mais quel ne fut pas mon étonnement, lorsque quatre heures ajn-ès ma visite, je fus appelé en grande hâte auprès de la malade et rencontrai les symptômes suivants ;
« Spasmes presque continuels de tous les membres. Madame J... se retirait sous ses couvertures avec une expression de stupeur, disant qu’elle éprouvait un froid glacial et pourtant la transpiration continuait très abondante et la peau était même remarquablement chaude (1) ; puis à chaque instant elle retirait convulsivement ses couvertures sur sa poitrine jusqu'à la bouche, toujours dans la crainte d’avoir froid ; du reste, intelligence intacte, point de céphalalgie, seulement léger sentiment de gêne dans la région du cœur. — 11 lui est impossible d’avaler une goutte d'eau ; spasmes qui paraissent remonter du centre épigastrique jusqu’à la gorge.
« J’appris alors que la malade avait éprouvé une frayeur quelques jours auparavant et comme elle était ü’un tempérament nerveux très prononcé, voici mon diagnostic : spasmes nerveux provenant d’une frayeur et mon pronostic : maladie peu dangereuse.
« Les choses ne devaient pas en rester là, — les spasmes devinrent plus violents, la malade finit par ne plus se plaindre du froid dans le moment des spasmes, — elle se jetait de tous côtés, se cramponnait à tout ce qu’elle pouvait accrocher, poussait des cris perçants, disait que sa maladie remontait à la gorge, qu’elle étouffait, puis le visage empreint de frayeur et avec un sentiment de profonde conviction, elle s’écriait qu’elle allait mourir. Que faire cependant ?... J’avais envoyé chercher à la ville voisine (à huit kilom.) des antispasmodiques qui n’arrivaient pas ; je me décidai à faire une saignée ; le sang coula très difficilement, et à peine quelques gouttes furent-elles sorties de la veine qu’il survint une demi-syncope. Dès lors, la scène changea, la malade qui n’avait déjà plus de connaissance avant la saignée, ne la recouvra pas, les spasmes devin-
(1) Nous avons déjà noté, dans notre chapitre des symptômes, l’apparition de sueurs abondantes comme signe de début des accès chez un malade de M. .1. Renaut, de Lyon, et un malade de M. le D‘’ Raillard, de Dax. (V. obs. XXII.)
ETIOLOGIE
rcnt bien moins violents ; il n’y avait plus que quelipics soubresauts dans les membres supérieurs ; les pupilles étaient dilatées et insensibles, une grande quantité de salive visipieuso et spermeuse sortit de la bouche, le cœur ne battait plus, la malade était morte. »
Certainement, le D'' Jaccfuemin en décrivant cette observation à laquelle il ne mam[ue que l’étiquette « Angine de- Poitrine vasomotrice » n’a pas pensé à cette dernière maladie. Son attention a été attirée par les symjitômes bruyants des spasmes extérieurs. Persuadé que tout ce tapage allait s’éteindre de lui-même chez une femme hypérestbésic[ue ; il n'a pas songé un seul instant, car il eut agi plus activement et fait, en attendant mieux de la médecine révulsive énergique (ventouses sèches, sinapismes, vésicatoires instantanés], il n’a pas songé, dis-je, que ce même état spasmodique, que cet affaissement jirofond existaient aussi pour le cœur ; c[ue cet organe était en état de souffrance, c[ue le sang lui faisait défaut sans doute et que les préparatifs d’une saignée, allaient augmenter les spasmes intérieurs et extérieurs de la malade et sa frayeur de la mort. La vue du sang, et surtout du sien, chez une personne aussi nerveuse pouvait, et devait même provoquer une syncope mortelle. En réalité, il y avait chez cette malade une dépression générale, une sidération profonde, de ïolighémie cérébrale et de V olighémie cardiaque certainement ; était-ce bien à la lancette qu’il fallait avoir recours ? Nous ne le croyons pas.
Si l’ancien adage, febris solvit spasmos, est toujours vrai, nous devons dire bien haut que l’ouverture de la veine est loin d’offrir les mêmes avantages. Et nous nous rappelons à cet égard un malade qui nous a fait cruellement repentir d’avoir ou recours à la saignée.
En voici l’bistoirc en quelc[ues lignes.
C’était au début de ma prati([uo civile ; un cultivateur contracte en s’étendant pour dormir sur le sol humide, un tétanos qui, en quelques heures, envahit tout son corps. — Je le traite par l’opium et le chloroforme à hautes doses, mais A'oyant le mal me gagner de vitesse, je demande en consultation un médecin d’Angoulême ; mon confrère conseille une abondante saignée, — j’obéis à contre-cœur ; je n’avais pas tiré trois cent cinquante grammes de sang que mon malade mourait suffoqué dans un tétanisme encore plus violent. Je n’ai jamais oublié cette leçon, et excepté dans des attaques d’éclampsie, je n’ai phléhotomisé de ma vie pendant un spasme ou une convulsion !
Du reste, ce ne sont pas les observations û.'Angor Pectoris vasomotrice c[Lii nous font défaut ; elles se pressent sous notre plume et tout nous démontre cfu’à notre époque de Nervosisme latent ou avéré, cette forme de la maladie doit être une des plus fréquentes.