OBSERVATION XLVI
(PÉTER, loc. cit., t. I, p. 489)
Angine de Poitrine vaso-motrice.
Au commencement d’un repas, après l’ingestion de quelques bouchées seulement, le malade fut pris d’un sentiment d’angoisse douloureuse dans la région rétro-sternale supérieure ; il n’y avait pas douleur dans les bras mais ils étaient comme alourdis, il y avait pâleur excessive de la face, refroidissement des extrémités et tendance à la syncope. Quand j’arrivai, quelques minutes après le début de l’accident, le visage n’était pas seulement d’une excessive pâleur ; mais les yeux étaient un peu excavés comme par une attaque de choléra, la voix était éteinte, la peau froide, couverte d’une sueur abondante et visqueuse, le pouls fdiforme et ralenti, battant cinquante fois seulement. (Le pouls normal du sujet est de soixante-seize.) Une douleur sourde existait encore à la région du plexus
ÉTIOLOGIE
cardiaque avec sentiment de gène, de constriction et de plénitude portant parfois le malade à faire de grandes inspirations ou à pousser des soupirs.
L’attaque avait été assez violente pour que le malade en restât deux jours très affaibli. Le pouls ne reprit son ampleur et son rythme (ju’au bout de ce temps. Quelques jours avant cette grande attacpie, le malade avait éprouvé des symptômes analogues mais très peu accentués encore. Depuis quelque temps, il était sous l'impression de vives préoccupations do famille, et la maladie d'un enfant qu'it aimait tendrement était venue mettre le comble à ses ennuis. Il ua sans dire que le personnage est très nerveux, et prend les choses à cœur, comme on dit.
OBSERVATION XLVII (D‘‘ Liégeois (1). — Mém. cite p. 190).
Troubles vaso-moteurs caractérisés par du vertige précédant un accès d’Angine de Poitrine. — Persistance de ce vertige et apparition de troubles de la vision et de coordination du mouvement dans les dix jours qui suivent le paroxysme. — Quatre jours après l’accès, hoquet rebelle.
Elise G..., domeslique, âgée de quarante- deux ans, entrée à l’hôpital le 8 février 1875. Elle est interrogée le 9 février.
C'est une femme robuste, encore abondamment réglée, mère de plusieurs enfants tous vivants. Les règles existent depuis trois jours. Elle est d’habitude très nerveuse, prête à s'emporter pour un motif futile, mais elle n’a jamais eu d’attaques de nerfs, de maux d’estomac, de douleurs a^idominales.
Le ü février, à midi, après avoir diné, lülise G..., jusque là très bien portante, prise seulement de ses règles le matin même et sans douleur, se leva pour gagner la pierre d’évier, mais elle eût un vertige ; tout tournait autour d’elle, elle ne tomba pas parce que sa maitresse arriva à temps jiour la soutenir. Elle vomit tout ce qu'elle avait mangé ; on la mit au lit. Elle eût alors une violente céphalalgie temporale droite et vomit iiresqiie toutes les demi-heures, jusqu’au 7 février au soir, veille de l’entrée à l'hôpital. (Accès de migraine ophthalmique.)
Le 6 février, à quatre heures du soir, nouveaux symptômes ; la malade ne put ouvrir les yeux, elle avait des douleurs contusives dans la région orbitaire gauche, une douleur jirofonde, des bourdonnements d’oreille, puis elle éprouva en plein cœur une sensation bizarre, comme si quelque chose la serrait ; elle s’assit brusquement et instinctivement sur son lit de crainte d’étouffer. La région cervicale gauche était raide comme dans le torticolis (ceci rappelle un peu les cas de Léoni et de M. A. Dubois), l’épaule du meme côté était endolorie et les doigts de la main gauche étaient le siège de fourmillements. 'Voilà un accès d’Angine de Poitrine.
Le cœur, sans lésions, bat à quatre-vingt-quatre.
(1) Cette observation de M. Liégeois, à cause même de l'accès de migraine ophthalmique qui précéda VAngor, doit être rapprochée de celle accompagnant l’irritation spinale relatée plus loin, que le même auteur a bien voulu nous communiquer, mais où la migraine de Tœil précéda l’Angine de bien plus longtemps.
Le 10 février, au matin, a[)parait un autre symptôme, le hoquet. N’a pas dormi la nuit. A été agitée, quoique se trouvant mieux. — Ouvre un peu les yeux. Constipation. (Quatre pilules écossaises.)
Le 1 1 février, hoquet toute la nuit ; il existe encore à la visite ; la constipation persiste. (Vingt-cinq grammes de sulfate de magnésie, inspirations d’éther nitrique.)
12 février. — Pas de sommeil, agitation, céphalalgie, ferme toujours les yeux, dit ne voir pas clair, fourmillements dans les doigts do la main gauche, intelligence très lourde, répond vite et bien aux questions.
A la contre- visite, persistance du ho(juet ; douleurs à la pression entre les attaches du sterno-cléido-mastoidien gauche. — A eu cinq selles dans l’aprèsmidi. — Ferme encore les yeux, voit trouljle, marche dillicilement, tête tourne, langue non déviée. (Potion avec sirop de morphine, injection morphinée au niveau du sterno-cléido-mastoidien.)
13 et 14, diminution du hoquet, fourmillements dans la main gauche, vide dans la tête, strabisme convergent, a peine à s’asseoir sur son lit, se penche à droite et craint de tomber de ce côté.
Ce n’est que le 21 février, après que ces divers phénomènes, hoquet, strabisme, affaiblissement de la vue, dipoplie, fourmillements dans les bras, gastralgie, se sont amendés, que la malade se trouve un peu mieux et qu’elle sort incomplètement guérie.
Cette ob.servation ne rentrerait-elle pas plutôt dans le cadre de l’Angine de Poitrine hystérique que dans celui de l’Angine vasomotrice ? il me semble qu’elle y serait mieux placée, car ces troubles divers affectant successivement l’estomac, les yeux, le cœur, sont des parésies hystériques et une image assez fidèle de ce qu’on est convenu d’appeler Vhystéricisme ?
3° Angine de Poitrine Neurasthénique
Nous proposons d’englober sous cette unique dénomination tous les Angors apparaissant sous l’inlluence de ces états divers appelés différemment selon le caprice des auteurs, ou selon le siège principal de la douleur accusée çà et là par les malades : Irritation spinale. Névrose cérébro-cardiaque. Névralgie générale. Hypocondrie, Neurasthénie ou Névropathie. Dans toutes ces affections il existe, en effet, bien des points communs qui permettent de croire qu’elles sont de la même famille et des expressions diverses de la même modalité, le Nervosisme.
L’Angine de Poitrine Neurasthénique a été très bien étudiée par M. Hérard (1), il lui assigne les caractères suivants : plus fréquente
(1) Hérard. — Nervosisme — Angine de Poitrine. — Union Médicale 1867, p. 359.
chez la femme que chez l’homme, elle peut se montrer à tous les âges, mais surtout avant la ménopause ; ses accès, d’une certaine durée, d’une demi-heure jusqu’à deux et trois heures, se répètent fréquemment et souvent périodic[uenient ; ils apparaissent surtout la nuit comme la laryngite striduleuse et l’asthme nerveux, — quant à ses manifestations, elles consistent })lutôt en un sentiment de plénitude, de tension, ou de distension du cœur qu’en une tension aiguë, un coup d’épée, de poignard, une griffe de fer. Ce poids, qui oppresse et fatigue, siège plus souvent en plein cœur qu’à gauche du sternum. Enfin très souvent des phénomènes vaso-moteurs l’accompagnent ou la précèdent. Les malades présentent des signes d’ischémie cérébrale ou tout au moins do la dy.schémie. Enfin, tous ces troubles sont passagers, - disparaissent assez facilement et la guérison en est la règle.
OBSERVATION XLVIII ( D’’ II. IIucH.\nn. — Loc. cil., p. 498 ).
Angine de Poitrine neurasthénique.
M»'<= L. S..., âgée de cinijuante-einq ans, femme distinguée, fort intelligente, très inipressionnal)le, a dos antécédents arlliriti(pies des plus accusés ; grandpère mort de goutte, père héniorrhoïdaire et ' inigraineu.x, mère ayant eu des colirpies liépatliiques. Elle a(jualre enfants : un fils de trente ans qui a eu dans son enfance des accès fréquents de faux-croup et qui, il y a trois ans, a eu des hémoptysies fort abondantes, non suivies de tidjcrculose, que j’ai toujours regardées comme d'origine arthritique; une fille, impressionnable à l’excès, hystéri(pie (accès de pleurs, météorisme abdominal, diarrhée ou consti[)ation, palpitations fréquentes, terreurs nocturnes, quelques phénomènes vagues d'anxiété précordiale, etc.) ; une autre fille également hystérique, atteinte depuis plus de trois ans d’anorexie hystérique, ayant un caractère mobile, fantasque, capricieux.
Il y a quinze ans, cette malade a déjà eu des accidents spasmodiques assez variés, parmi lescpiels il faut signaler : un état de contracture du sphincter anal tel que deux chirurgiens des plus éminents crurent à l’existence d’une fissure dont tous les effets disparurent comme par enchantement au moment où ils se disposèrent à pratiquer la dilatation de l’anus ; un spasme œsophagien qui nécessita même l’emploi du cathétérisme œsophagien. Puis, dans l’intervalle de plusieurs années, elle eut des accidents divers : spasmes de l’intestin, pseudotumeurs intestinales, concrétions muqueuses membraniformes de l’intestin, herpès génital avec douleurs très vives précédant l’éruption vésiculeuse, spasme du col de la vessie, etc. De temps à autre, accès de désespoir, urines claires limpides et abondantes et d’autres fois chargées d’acide urique et d’urates. Il y a deux ans, accès de palpitations, phénomènes du doigt mort , insomnie persistante, fatigues inexplicables, symptômes d’irritation spinale.
Il y a douze mois, pendant trente jours consécutifs, sans cause connue, elle est réveillée en sursaut presque toujours à la même heure, de une heure à deux heures du matin (la malade se couche ordinairement de onze heures à minuit) ;
DE L'ANGINE DE l’ÜlTKINE
elle se lève sur son lil, en proie à une anxiété profonde et indélinissable, a une douleur violente à la partie supérieure de la région précordiale, d’autres fois à sa partie moyenne à gauche, d’autres fois encore exactement sous le sternum. Elle éprouve rarement la sensation complète de constriction de la poitrine, mais il s’agit plutôt de la sensation d’un cœur énorme qui va faire éclater le thorax ; puis la douleur se propage au cou, aux mâchoires, à l'œsophage, oit elle produit une véritalde dysphagie pour redescendre à l’épaule, au bras droit et jiiscpi’aux deux derniers doigts, où se produit le phénomène du doigt mort. Deux fois, les irradiations sont bilatérales aux membres supérieurs. Cette attaque, qui dure une demi-heure, mais plus souvent une heure et même deux heures s’accompagne de refroidissement général, de sueurs froides, appréciables surtout à la face et à la j)aume des mains. La malade est très effrayée de cet état, d’autant plus qu’il ressemble, dit-elle, aux accès d’Angine de Poitrine extrêmement violents éprouvés par un de ses parents, le général C..., âgé de soixante-quinze ans. Mais le cœur est absolument indemne de toute lésion ; la durée des accès, leur forme, leurs allures, etc., indic[uent (pi’il s’agissait bien plutôt de pseudoangine chez une neurasthénique et arthritique. Je la rassurai do mon mieux, prédisant à ces douleurs une issue favorable. Ur, un beau jour, sans cause connue, les accès dispai’aissent pour ne plus jamais revenir. Depuis cette époque, M"’« L. S... a continué sa vie tourmentée i)ar les névralgies et les affections spasmodiques les plus diverses et les plus nombreuses.