OBSERVATION LU
(A. Dubois. — Angine de Poitrine et Burquisme, Gaz. Méd. de Picardie, avril 1884, p. 50 et Gü).
Neurasthénique atteinte d’Angine de Poitrine (abrégée)
11 s’agit d’une femme robuste de cinquante-huit ans, ayant toujours joui d’une bonne santé, sauf lors de la ménopause, époque où elle eût quelques métrorrhagies, — elle avait eu sept enfants tous bien portants. — Vers le mardi-gras de 1882, cette dame éprouva de vives contrariétés et eût à souffrir par contrecoup de violents accès d’Angor Pectoris. « Poitrine serrée comme dans un étau, douleur sous-sternale avec irradiation dans le bras gauche, trismus de la mâchoire inférieure, opisthotonos des muscles du cou et du dos, cri rauque et étouffé au début de l’accès, — enfin, angoisse, peur de la mort. — A partir du jour du mardi-gras, ces accès, d’abord espacés, se rapprochèrent et se renouvelèrent plusieurs fois à peu d’intervalles les uns des autres et le jour et la nuit. Bientôt ses forces faiblirent et il vint un moment où elle ne pouvait plus se lever, remuer, entendre quelque bruit, sans que l’accès reparût aussitôt. Son mari et ses enfants ne la quittaient point et ne la laissaient pas aller seule au cabinet de peur qu’elle n’y mourût sans secours. — L’auscultation du cœur ne révélait aucun trouble, et cependant le danger augmentait de jour en jour.
M. Dubois s’étant assuré que la malade devenue très nerveuse (anesthésie et amyosthénie) avait l’aptitude métallique acier, la soigna par la méthode de Burcq avec des plaquettes d’acier environnant la poitrine, les membres et le bras, et de Teau ferrugineuse à l’intérieur. — Elle guérit très bien.
ÉTIOLOGIE
OBSERVATION LUI (A. Dubois. — - Loc. cil., p. 5(i et 37)
Angine de Poitrine neurasthénique. — Traitement niétallothérapique.
Homme de nature très nerveuse, d’une vivacité et d'une activité très grandes. Infatigable à la marche; le repos absolu de son corps est chose impossible. Sa figure, toujours contractée, semble agitée de mouvements spasmodic|ues ; la volubilité de sa parole est telle que souvent il est impossible à comprendre. Il a une exubérance de gestes qui ne concordent pas toujours avec sa pensée.
Son père est mort diabétique à quarante ans, sa mère est atteinte de somnambulisme, l’aînée de ses filles est aussi somnambule, son frère est mort de phthisie laryngée, des sœurs sont décédées jeunes, atteintes d’hydrocéphalie.
Homme politi([uo, le malade a eu dans ces derniers temps de nombreuses préoccupations ([ui ont fatigué son esprit et son corps. Doué d’une grande intelligence et d’une grande facilité de travail, il donnait à ses travaux au moins quinze heures par jour ; migraines parfois périodiques.
Dans les premiers jours de décembre 1881, M. X..,, pressé par le train, oublie sa valise et court à contre-vent après sa voiture pour la reprendre ; il revient sur ses pas, monte jirécipitainment en wagon où il est pris d’un accès très violent d’Angine de Poitrine qui dure environ une demi-heure et le force à se tenir debout sans [louvoir s’asseoir une minute (1).
Quelques jours après, M. X... va à une grande chasse. Pour gagner le lieu du rendez-vous, on loue un cheval ; le cheval étant rétif, ses amis et lui se mettent à jiousser la voiture par un temps mauvais et un grand vent; deuxième accès. Troisième accès au retour on wagon.
A partir do cette époque, les accès se produisent plusieurs fois par jour et par nuit. Ils le prennent jiresque toutes les nuits au milieu du sommeil le plus profond ; un changement do température, le passage d’un appariement dans un autre, des mouvements trop brusques, l’action de monter un escalier, d’écrire, de toucher du piano, de lire, rappellent les paroxysmes. Un accès a été suivi de congestion pulmonaire avec crachements striés de sang.
Voici en quoi consistaient les crises : tout à coup M. X... était pris d’une douleur sternale atroce qui l’étreint et l’immobilise ; c’est une oppression accablante, la voix est entrecoupée, son cou et sa mâchoire inférieure sont le siège d’une constriction des plus cruelles ; le faciès hagard exprime l’anxiété, la terreur. Sa tête est renversée en arrière et le rachis est fortement étendu comme dans l’opisthotonos. L’entrée do l’air dans les voies respiratoires est accompagnée d’une espèce de cri rampie et étouffé. Les crises duraient quelquefois plus d’une heure sans irradiation bien marquée de la douleur dans les membres supérieurs, pas plus dans le gauche que dans le droit, cette irradiation étant remplacée comme dans la variété de la maladie décrite par Léoni (2), par la contracture spasmodique des muscles du cou et des épaules. Pas de lésion cardiaque, — ni sucre, ni albumine dans les urines. L'insensibilité était poussée
(1) Nous avons vu dans l'observation XXII la même cause, une course précipitée, donner lieu à un premier accès d’Angor.
(2) Léoni. — Considérations sur la Névralgie des nerfs intercostaux. — Thés. doct. Paris, 1858.
DE l’angine de poitrine
à un tel point chez cet homme, qu’un vésicatoire posé du côté droit de la poitrine en arrière ne produisit aucune douleur bien qu’il soulevât une grande cloche. Du 28 octobre au 12 février 1882, bromure de potassium, sirop de morphine, cigarettes de stramonium, eau de Vichy.
Burcq qui vit ce malade (1) déclara qu’il était névropathe, anesthésique et amy asthénique, (ju’il avait une aptitude bi-métallique cuivré et or, cuivré plus (pi’or, et M. X... fut soumis au traitement suivant ; Pilules de chlorure d’oxyde d’or, armatures de cuivre s>ir les bras, les jaml)es et la poitrine, frictions avec eau de Cologne et gant de crin. — Bains de Pennes, eau de Saint-Nectaire ou de Saint-Christau.
La grande attaque no s’est plus produite à partir de l’application première du système Burcq. — Le 19 février, l’arrêt du chlorure d’or ramène la douleur presternale, — le 2 avril, le malade est complètement guéri.
OBSERVATION LTV
(Observation inédite, due à l’extrême obligeance du D'' IL Huchard).
Pseudo-Angine neuro- arthritique. — Accès pseudo-angineux d’une grande intensité, disparus et remplacés par d’autres manifestations névropathiques.
M’ue E. B..., âgée de trente ans, présente les antécédents suivants, qui m’ont été fournis par son mari, médecin.
Père, d’un tempérament très nerveux, souvent souffrant depuis de longues années, traité par les uns pour une affection hépatique, par les autres, pour une affection stomacale.
Mère, morte phthisique à trentre-trois ans, ayant eu quatre enfants, dont trois vivants ; le quatrième mort en bas âge d’une Angine diphtérique.
Grand-père paternel, mort à soixante-huit ans, d’un anévrysme.
Grand’ mère paternelle, morte d’une pneumonie, dans un <àge avancé.
Grand-père maternel, mort à soixante-trois ans, d'une affection de cœur. Avait souffert d’une gastrite.
Grand’mère maternelle, morte à quatre-vingt-un ans, d’une hémorrhagie cérébrale. (Une grand’tante goutteuse.)
Antécédents personnels. — Se plaint depuis des années de l’estumac (digestions laborieuses, crampes douloureuses avec pointes dans la région dorsale). Les saisons à Fougues et Royat n’ont amené aucune amélioration. A eu parfois des crises nerveuses légères. Vers le commencement de 1882 elle a commencé à avoir des étouffements, des oppressions, des palpitations, principalement la nuit. — Il y a un an, en décembre 1882, elle a été prise pour la première fois d’accidents simulant l’Angine de Poitrine, accidents qui se sont renouvelés toutefois presque coup sur coup, et qui ont mis un an avant de reparaître.
Description de l’accès, ayant toujours lieu le soir après le coucher, se produisant sans cause connue ni appréciable, commençant par des palpitations, de la constriction du thorax. Pouls tantôt vibrant et précipité, tantôt dépressible et ralenti. A certains moments, la pulsation parait faiMir sous les doigts au point de manquer. Anxiété extrême, sentiment de peur très vif. Le moindre
(1) Burcq. — Soc. de hioh, 15 juillet 1882.
ÉTIOLOGIE
bruit (un meuble <{ui craque, par exemple), fait sauter la malade. Douleur dans la région précordiale. La malade expliipie qu’elle sent que « le jeu des soupapes de son crcur se fait mal. » Irradiations très douloureuses et sensation d’engourdissement dans le bras et la inain gauches. L’anxiété s’accentue, la respiration fait défaut, la syncope est imminente. Il faut alors ouvrir largement les fenêtres, l’air froid, les lotions d’eau froide sur le front, les inhalations d’éther, amènent un soulagement (jui ne se fait pas trop attendre.
Souvent cette première crise est suivie d’une autre, généralement moins forte et moins longue. L’ensemble des symptômes ci-dessus décrits dure de une heure et demie à deux heures, deux heures et demie.
L’année 1883 s’est passée sans nouvelles crises aiguës, mais la malade a souffert de temps à autres d’étouffements. Souvent, sensation de constriction de la poitrine. La malade dit que « son cceur la gêne. » Eprouve une grande difficulté à monter les étages; se plaint constamment d’un point douloureux dans la région mammaire gauche, en haut et en dehors, presque sous l’aisselle, et aussi d’une sorte de serrement sous l’aisselle gauche, de môme que dans le pli du coude gauche, et aussi à la face palmaire de l’avant-bras gauche, dans la région radiale.
En outre, il existe une douleur à la cuisse droite, revenant à intervalles irréguliers, limitée exclusivement à la région antérieure et n’atteignant pas le genou. La cuisse est comme engourdie, insensible au pincement, et cependant le frôlement du linge occasionne des fi'émissemenls fort douloureux.
Depuis un mois les étouffements ont augmenté, et une nouvelle crise aiguë a eu lieu dans la nuit du 31 décembre, semblable à celles déjà décrites et qui remontent juste à un an. A cette dernière crise, la malade, vers la fin, a perçu un bruit sec de clapet, deux fois répété, dans la région du cœur ; ce bruit a été entendu par le mari. — Insomnie, cauchemars.
L’estomac digère mieux, et cependant il y a souvent de la diarrhée. Soif très vive. Urines souvent troubles ; les flocons nuageux se dissolvent dans l’eau chaude.
Ni albumine, ni sucre. Menstruation irrégulière, souvent douloureuse. Presque toujours six semaines d’intervalle entre les éj)oques. Menstrues peu abondantes, sang peu coloré, avec caillots de temps en temps.
C’est alors <jue je vois la malade pour la première fois ; les crises angineuses avaient été si douloureuses, que son mari, médecin fort distingué, avait craint pour sa vie, et (juoiqu’il n’eût rien constaté d’anormal du côté du cœur ou de l’aorte, il pensait, s'appuyant sur l’intensité des crises, (ju’il s’agissait d’une angine vraie.
J’avais déjà vu la malade un an auparavant, et en constatant son état névropalhicjue, les caractères des crises, leur spontanéité, leur longue durée, leur accompagnement avec des symptômes (jui ne se montrent pas d’ordinaire dans les angines vraies, j’avais formellement déclaré qu’il ne s’agissait que d’un Angor névrosique. Le cœur cl l'aorte étaient absolument normaux, et l’on ne parvenait à entendre qu’un léger prolongement systolique au niveau de l’orifice pulmonaire (souffle anémique), sans souffle dans les vaisseaux du cœur.
C’est dans ces conditions que je provoquai, en février 1884, une consultation avec M. Potain. Mais avant de fournir les résultats de cette consultation, je donnerai, d’après le mari de la malade, la description suivante des accès :
DE l’angine de poitrine
Depuis le l®'" févriei’ 1884, les crises nocturnes n’ont pas reparu, elles ont été remplacées par des crises diurnes, au nombre de trois, d’un caractère différent des premières.
11 faut d’abord noter, qu’en dehors des crises, l’état ordinaire de la malade se traduit par un point douloureux constant bien limité, vers la base du cœur sur le bord gauche du sternum, par des palpitations et de l’anhélation, et aussi par la dyspepsie, qui est l’état normal.
12 février (première crise). Cette crise a eu lieu vers quatre heures de l’après-midi et a été provoquée par l’ascension des étages, au retour d’une promenade en voiture. Une grande lassitude, exprimée par la malade, a été le symptôme initial ; en même temps la voix devenait faible et cassée. A ce moment, il y a de l’étouffement et des palpitations, comme dans les crises nocturnes, mais le symptôme douleur et l’irradiation vers le bras gauche, sont beaucoup moindres. Ce qui domine, c’est la tendance à la défaillance, à la syncope, et pourtant le pouls n’a paru à aucun moment faiblir comme dans les crises de la nuit.
Cet état se prolonge pendant au moins deux heures, pendant lesquelles on donne à la malade de l’air, par la fenêtre grande ouverte, et qu’on lui fait des inhalations d’éther et de nitrite d’amyle (deux ampoules, dont la première surtout, a produit un mieux-être très sensible).
15 février (deuxième crise). Crise en tout semblable à la précédente, s’étant manifestée vers cinq heures et demie du soir, aussi après l’ascension des étages. La voix faible, cassée, un sentiment d’extrême fatigue, sont encoi’e les facteurs dominants de la crise, auxquels s’ajoutent toujours l’étouffement et les palpitations, mais sans que la malade accuse de douleur angoissante vers le cœur, comme dans les crises nocturnes. Sensation do fatigue également, plutôt que de douleur dans le bras gauche. Durée environ deux heures et demie.
If) février (troisième crise). A neuf heures du matin, après une nuit mauvaise, comme toujours, c’est-à-dire interrompue par des insomnies et troublée par des cauchemars, la malade, qui est au lit, prend tout à coup èt sans que rien d’apparent ait provoqué cette manifestation, — une voix faible et cassée. A ce symptôme, qui a signalé le début des deux crises précédentes, on croit deviner les approches d’une nouvelle crise, et, dans la pensée de la faire avorter, on injecte sous la peau du bras gauche, un centigramme de chlorhydrate de morphine. Mais cinq minutes après environ, la crise, au lieu de s’atténuer s’accentue, et, tout en ayant la même physionomie que les deux précédentes, présente des caractères beaucoup plus accusés.
La figure et les bras deviennent blancs exsangues ; la malade ne peut plus respirer, malgré le courant d’air "vif qu’on établit dans la chambre ; elle dit qu’elle étouffe et qu’elle manque d’air. Elle voit la mort imminente, et sa voix entrecoupée exprime la terreur qu’elle éprouve ; elle s’accroche par les bras aux personnes présentes, demandant si on va la laisser mourir ainsi.
A (rois reprises différentes, on casse une ampoule de nitrite d’amyle, mais sans en retirer grand bénéfice.
La malade a de l’obnibulation, elle ne distingue plus l’église qui est en face et réclame que l’on parle plus fort, disant qu’elle n’entend pas ce qu’on lui dit.
Les pâleurs de la face persistent, et pendant que l’on envoie chercher un
ÉTIOLOGIE
médecin, on place la malade en travers du lit, la tête en bas. Une légère détente se produit. On administre (piel([ues cuillerées de grog chaud et du thé. Le médecin, qui arrive sur "ces entrefaites, conseille du café noir. Peu à peu, mais lentement, la face perd de sa lividité.
La malade, et c'est là un symptôme qui faisait défaut dans toutes les crises ju’écédentcs, soit nocturnes, soit diurnes, de même (pic ceux observés du côté de la vue et de l’ouïe, se plaint d’éblouissements, de maux de cœur; elle dit que la tête lui tourne. (On croit se souvenir que la pupille était alors contractée.)
Bref, il semble qu’aux symptômes ordinaires des crises, se soient ajoutés ceux d’une intoxication par la morphine. (La malade ne s’est pas souvenue très exactement de ce qui s’était passé.)
Ce n’est guère qu’au bout de trois heures que la crise proprement dite a pris fin, mais tout le reste de la journée, le mal de cœur, les nausées, les éblouissements, et aussi une certaine gêne de la déglutition, ont j»ersisté.
Le soir de ce jour, visite du U’’ Huchard qui prescrit un petit vésicatoire à appliquer sur le point douloureux de la région cardiaque et une potion au bromure de sodium. Le vésicatoire a produit un excellent effet et fait disparaître le point douloureux.
18 février. — Aujourd’hui 18 février, il n’y a même plus, ou pour ainsi dire plus, l’étouffement ni les palpitations ordinaires. Seule, persiste une certaine faiblesse et un agacement nerveux (qui parait être sous l'influence du vésicatoire). lequel a donné lieu à trois ou quatre petites crises nerveuses accompagnées de larmes. Conjonctives un peu jaunes.
En résumé, c’est l’adynamie, l'asthénie, qui ont été le caractère dominant de ces trois dernières crises.
Un lavement a provoqué aujourd’hui l’expulsion de membranes blanchâtres tortillées.
J’interromps la narration de ce fait si intéressant, pour dire que j’ai trouvé chez la malade tous les signes de la névralgie du nerf diajjhragmatique gauche avec de l’irritation spinale. Toutes les apophyses épineuses des vertèbres dorsales sont douloureuses au point qu’on peut à peine toucher la malade. M. Polain, qui la vit avec moi au commencement de février, a confirmé pleinement le diagnostic d’Angine de Poitrine, île nature névropathique, avec irritation spinale et névralgie phrénique.
G mars. — Sur mes conseils, la malade part dans le Midi, à Cannes, d’où je reçus de son mari, mon confrère, la lettre suivante :
8 J’attendais toujours pour vous écrire, espérant qu’à un moment donné, je pourrais vous annoncer que tout était absolument rentré dans l’ordre. Slalheureusement il n’en est rien. Nous n’avons pas eu de nouvelle grande crise, mais la névralgie est toujours là. Du moment présent, elle se manifeste par une altération de la voix qui survient brusquement chaque jour, à une heure différente, sous des influences diverses, ou après le repas, ou après quelques pas de promenade, ou après une émotion. Ce phénomène a une durée très variable et disparaît brusquement, également sans qu’on puisse invoquer de cause apparente. Hier, cette altération de la voix (faible, cassée), a duré toute la journée, depuis dix heures du matin jusqu’au soir. Elle avait paru se produire sous l'influence du vent; elle n’a cessé qu'aprôs le coucher.
L’étoufrement ne se monlre <jae lorsque la \oix s’altère ; il y a alors une fatigue spéciale, une sorte de courbature nerveuse, à laijuelle la malade est très sujette.
Quant aux points douloureux que vous avez si Lien découverts (sur le trajet des apophyses épineuses dorsales, sur le trajet du nerf phrénique, entre les scalènes, aux attaches du diaphragme, et au niveau du houton diaphragmatique), ils existent toujours, mais avec une intensité variable.
Comme hygiène et médication, voici ce que nous faisons ; la malade se lève tard et fait, l’après-midi, une promenade en voiture. Au milieu de la promenade, elle descend de voiture pour marcher un peu. Elle mange assez bien et digère mieux que d’ordinaire. Les nuits sont toujours mauvaises. J’applique de la teinture d’iode morphinée sur les points douloureux, je donne la macération de quinquina prescrite et sucrée avec le sirop d’écorces d’oranges amères. Enfin, je lui ai déjà fait prendre plusieurs bains de mer chauds. »
11 mars 1884. — Les crises angineuses ont complètement disparu et fait place aux accidents névropathiques. L’hypéresthésie rachidienne a presque cessé, ainsi que la névralgie phrénique, qu’il ne faut pas confondre avec les attaques d’Angor. Seule, l’aphonie nerveuse persiste, mais d’une façon intermittente ; la malade perd et recouvre la voix avec la même facilité et rapidité ; les nuits sont toujours agitées, sans sommeil, l’appétit est redevenu mauvais.
Néanmoins, la malade revient de Cannes très améliorée, au mois de mai 1885.
5 novembre 1885. — La malade a passé l’été à Fontainebleau, où j’ai été la voir. De tous les accidents si divers qui l’ont tourmentée pendant près de deux ans, l’aphonie nerveuse a persisté avec les mêmes caractères ; la malade perdant et recouvrant tour à tour subitement la voix. Cependant, un nouveau symptôme s’est déclaré : c’est une petite toux sèche, stérile, convulsive, qui se montre par accès, trois ou quatre fois dans les vingt-quatre heures.
Dans le courant des années 1885 et 1880, rien de particulier à signaler. Les phénomènes névropathiques ont cédé ; les époques ont toujours été régulières et normales, et jamais il n’a été possible de constater la moindre hypéresthésie ovarienne.
OBSERVA'nON LV
(D'' Régîsier, de Surgères) (1)
Hypocondrie et mélancolie. — Neurasthénie cérébro-gastrique. — Accès d’Angine de Poitrine. — Guérison.
M. R..., instituteur, névropathe, compte des aliénés et des épileptiques dans sa famille. Il a eu le bras traversé par un coup de feu. Il en est résulté une rétraction tendineuse et la main en griffe. Depuis cette époque, il est d’une grande impressionnabilité. Il y six mois environ, il est pris d’étouffement, de sensation de constriction dans le thorax, de douleurs irradiant jusque dans le col et quelquefois dans les membres; ce sont de véritables phénomènes angineux, moins l’intensité ; le cœur est sain, tous les organes paraissent normaux. Il se plaint cependant par moments de sensations de chaleur à l’estomac remontant jusqu’à l’œsophage. Dans ses crises, il n’a jamais d’inter-
(1) De la Mélancolie simple, ouvrage récompensé par l’Académie de Médecine de Paris 1885. — Ad. Delahaye et Crosnier, édit., Paris.
ÉTIOLOGIE
ccpüon côrchralc. Jamais il ne perd la notion de ce rpii l’entouro, ni de sa personnalité. Il ne laisse point tomber les objets qu’il tient à la main, ses idées sont épouvantablement noires. Il est mélancolique, il est en même temps bypocondriatpie, association cpio nous avons souvent rencontrée. Il tient singulièrement à la vie et cependant il parle de se tuer. Plusieurs médecins l’ont eu sous leur direction. Nous avions commencé la cure sans succès. Le bromure de potassium à doses croissantes, suivant la méthode antiépileptique, avait seul amené des résultats passagers. Nos contrères, avec tous les antispasmodiques de la pharmacopée, ne furent pas plus heureux. Lassés de faire buisson creux, ils nous le renvoyèrent découragé. C’est alors qu’éclairé [)ar des cas voisins, nous tournâmes plus spécialement l’attention du côté du tube digestif. Une sensensation de chaleur à l’estomac, irradiant en haut et en bas, quelques gaz, un peu de pesanteur épigastri([ue au moment des rei)as, (luehjues phénomènes diarrhéiques passagers, voilà tout ce cpie l’observation nous permit de constater du côté du tube gastro-intestinal, et cependant ces troubles digestifs insignifiants, presque larvés, étaient le véritable pivot pathologique.
Prescription. — Suppression absolue de toutes médications, c’est-à-dire des dragées do lactate de fer, du bromure, du phosphure de zinc, des eaux gazeuses digestives et tutti quanti, suppression de tous les aliments habituels, diète lactée. Le lait, mal supporté pendant trois jours, nécessite l’administration quotidienne d’un verre à bordeaux d’eau do Pulna. Sous l’inlluence de ce régime tous les phénomènes nenrofiathiques disparaissent. La pseudo-angine de poitrine, l’angine bâtarde du D‘' Ilucbard n’oxistc plus. Les sensations épigastriques font complètement défaut. La nébuleuse mélancolique est en voie de résolution, le malade ne pense plus à se tuer. Les conceptions hypocondria- (pies s’affaiblissent parallèlement, les cauchemars s’éloignent, la susceptibilité, l’irritabilité, l’aversion subissent une éclipse progressive, nous sommes lancés à toute vapeur. La neurasthénie, comprimée à peine par la dose quotidienne de huit grammes de hromure de potassium avant le changement de régime, est en voie de départ complet sous le coup de fouet persévérant et moèlleux de la diète lactée. Un régime mixte est institué. Des [)Otages variés sont intercalés à la même heure de la journée, la viande à peine cuite est digérée, mais le pain, même pesé à la balance, ramène les pesanteurs épigastriques, en même temps que tous les accidents névropathi(jucs ; il csf écarté jusqu’à nouvel ordre ; le vin demeure supprimé avec les mômes réserves ; l’état général qui, en dehors d’un peu d’anémie, a toujours été bon, est plus prospère (jue jamais. Nous allons continuer dans cette direction, y ajouter l’usage des douches tièdes à domicile, à température décroissante, intercaler, aussitôt que nous le pourrons, de véritables repas entre les prises de lait, en élevant tous les jours avec la balance, de quelques grammes la ration du pain. Aussitôt que nous aurons dépassé la mesure, que l’irritabilité intestinale sera tellement neutralisée, que l’incitation du viscère sur les cellules psycho-émotives sera insuffisante pour leur jeu normal et que, par conséquent, elles laisseront échapper de nouveau l’idée sombre, nous aborderons immédiatement la méthode excitante locale et générale, locale par l’adjonction du vin de moins en moins étendu, des épices, etc., générale par l’intervention des douches excitantes froides et la balnéation minérale, s’il y a lieu. Nous sommes sur d’avance du succès définitif.
DE l’angine de poitrine
La Chlorose, cette compagne presque inséparable de la neurasthénie chez la femme, a certainement dans le cas suivant aidé à l’apparition de l’Angine de Poitrine; cependant quelques auteurs ont voulu y voir un Angor hypocondriaque.
OBSERVATION LVI (Trousseau. — Loc. cit., t. II, p. 436)
Névropathie Chlorotique. — Accès d’Angine de Poitrine.
J’ai parmi mes clientes les plus anciennes et les plus intimes une clame de quarante-sept ans qui, dans son adolescence, a eu une chlorose fort opiniâtre avec douleurs névralgiques très vives et très variables dans leur siège. Depuis quelques années elle a des douleurs rhumatoïdes très mobiles, occupant tantôt les membres, tantôt les viscères et des troubles nerveux étranges qui ressembleraient à de l'hypocondrie si la personne dont je parle n’était d’ailleurs parfaitement sensée. J’ajouterai que la santé est excellente si on l’envisage au point de vue de l'exercice des fonctions de la vie organique. Depuis deux ans elle s’est aj)erçue que lorsqu’elle monte un peu rapidement un escalier, elle est prise subitement d’une douleur aiguë derrière le sternum, irradiant rapidement dans l’épaule gauche et dans tout le bras où il se produit un très léger engourdissement. La malade s’arrête et tout cesse en moins d’une minute. J’ai ausculté son cœur, ses poumons avec le plus grand soin, je dirais avec la sollicitude la plus dévouée et cela à plusieurs reprises, au moment même où elle venait d’éprouver un de ses plus forts accidents et jamais, absolument jamais, je n’ai perçu dans le rbytme du cœur, dans les bruits valvulaires, dans la région de l’aorte, dans les poumons, le plus petit signe, le plus petit phénomène différent de ce que l’on trouve dans l’état normal, à cela près d’une accélération notable des battements cardiaques.
Dans l’observation suivante l’Angine de Poitrine survient chez un homme, vivant dans une mine, atteint déjà de chloro-anémie et devenu névropathique à la suite du terrible accident dont on va lire le récit.
OBSERVATION LVII (D’’ Gauthier. — - Mém. cité, p. 96)
Angine de Poitrine par Chloro-anémie et Névropathie.
Un mineur, âgé de quarante ans, ni alcoolique, ni fumeur, ni diatbésique, d’une assez bonne santé ordinaire, quoique habituellement atteint d’anémie professionnelle, en descendant un jour dans le puits d’extraction, resta suspendu dans l’espace par suite d’une fausse manœuvre de la benne de descente. Cette position effroyablement dramatique d’un homme restant près d’une minute suspendu par la force du poignet au-dessus d’un abîme de plusieurs centaines de mètres, dût produire sur lui un choc cérébral violent.
Le surlendemain de l’accident, survinrent un sentiment do fatigue extrême, un tremblement des membres, des lipothymies, une insomnie complète, des vertiges, de l’angoisse rétro-sternale intense avec douleurs intercostales des deux côtés et irradiations vers les deux épaules, une accélération extrême des
ÉTIOLOGIE
battements du cœur (cent quarante pulsations), sans la moindre élévation thermique. A l’auscultation, du reste, on ne constatait aucune lésion organique du cœur ou des gros vaisseaux. Cet ensemble de jjhénomènes se prolongea plus d'une année ; des troubles psychiques se déclarèrent et allèrent en s’accentuant et finalement la scène se termina par le suicide.
M. Krishaber, dans sa belle étude sur la Névropathie Cérébro- Cardiaque (1), dépendance de cet état général que MM. Axenfeld et llucbard ont, avec raison, baptisé du nom générique do Neurasthénie, a compté jusqu’à huit cas d'Angor Pectoris, parmi les nombreux sujets (trente-buit) qu’il a observés et dont il faisait lui-même partie. Tantôt les malades accusent une douleur pongitive au cœur avec angoisse, mais passagère, tantôt c’est une souffrance indicible s’accompagnant des irradiations classic[ues à l’épaule, au bras, au doigt, d'étouffement, de refroidissement aux extrémités, en un mot, de symptômes vaso-moteurs.
Hammond attriluie la névropathie cérébro-cardiaque à l’irritation spinale et M. Jaccoud (2) à de l’anémie cérébro-spinale ; quelle que soit la cause première de cette névrose, les cas signalés par Krisbaber sont, dit M. Péter (3), extrêmement nets et significatifs ; il y a absence complète de douleur spontanée ou à la pression, dans l’intervalle des attacfues au niveau des points d’élection de cette douleur. Les liruits aortiques sont très purs ; il n’y a pas de dilatation du vaisseau, ni d’antécédent personnel rbumatismal ou goutteux.
Tous les névropathes cérébro-cardiaques n’ont pas nécessairement l’Angine de Poitrine, mais ceux qui en sont atteints l’ont complète, au moins dans ses symptômes sympathiques et pneumo-gastriques, ils éprouvent alors le refroidissement des extrémités et ont la sensation de mort imminente, mais jamais Krishaber n’a vu ses malades succomber à l’attaque, si violente fût-elle. Ce qu’il y a de curieux, c’est que les symptômes laryngés (sensation de constriction, de gêne, comme par le fait d’un corps étranger) sont parfois assez prononcés et assez persistants en dehors des attaques pour que le malade vienne consulter à ce sujet, se croyant atteint d’une affection du larynx.
L’Angine de Poitrine peut encore apparaître chez les sujets fati-
(1) Krishaber. — Gazette Ilebd. 187Î et Diction. Encyclopédique.
(2) Jaccoud. — Loc. cit., t. I, p. 134.
(3) Péter. — Loc. cit., t. I, p. 189.
gués par l’Irritation spinale, surtout lorsque celle-ci s’accorapagne (ce qui arrive bien fréquemment) d’anémie. Il y a, en effet, chez ce genre de malades de la prédisposition à la Ibis à l’ischémie médullaire et à l’ischémie cérébrale.
Quand la première prévaut, ce sont les symptômes de l’irritation spinale qui prédominent; quand c’est la seconde qui l’emporte, il survient, lorsque les vaisseaux cérébraux se contractent, des hypéresthésies, des névralgies, des troubles sensoriels de la vue, de l’ouïe, du goût, du toucher, d’origine méso-céphalique, des troubles cardiaques gastriques, et enfin, parfois des accès d’Angine de Poitrine.
On sait que cette maladie affecte surtout le sexe féminin ; quand les hommes en sont atteints c’est qu’ils ont hérité de leurs ascendants un tempérament Tierveux ou rhumatismal qui facilite son apparition ou bien que des excès, des veilles, des chagrins, des fatigues excessives, ou des pertes séminales ont fait naitre l’irritation spinale.
En voici un exemple.
OBSERVATION LVIII (aurégée)
(D'‘ Gros. — De l’Irritation spinale et de son traitement par les eaux de Lamalou
l'ancien 1885.)
Diathèse rhumatismale. — Irritation spinale. — Angine de Poitrine. — Guérison
X..., rentier, quaranto-liuil ans, bilioso-nerveux, bonne constitution, pas de syphilis, douleurs rhumatoïdes revenant dans les temps humides après deux attaques antérieures. — En 1874, douleur rongeante aux premières vertèbres dorsales, cuisson continue pendant deux ans, — faiblesse générale, langueur intellectuelle, dégoût du travail, sommeil et appétit bons, l’hydrothérapie exaspéra la douleur qui ne fut calmée qu’avec des frictions opiacées.
En 1876, il ressentit le soir en se couchant et sans cause appréciable une douleur très vive dans le cœur, qui fut comme traversé par une lame aiguë, suivie de palpitations énergiques, d’angoisses, d’étouffements, etc. Cette crise dura quelques minutes et ne se reproduisit (jue six mois après, pour recommencer dès lors d’une manière plus fréquente, quoique moins vive. Ce n était le plus souvent que des palpitations, des arrêts du cœur avec gêne de la respiration. En même temps la douleur dorsale revint, et avec elle la fatigue, la faiblesse, les digestions difficiles, etc. C’est alors qu’il fut envoyé à Lamalou. L’auscultation du cœur ne révèle aucune lésion organique; les bruits sont plus secs, les battements plus forts; il parait être sous l’influence d'un éréthisme nerveux : la respiration est facile, les organes abdominaux ne présentent rien de particulier. La pression des doigts sur les vertèbres dorsales exaspère la douleur, comme aussi l’application d’un tampon de la pile à courants continus (trois éléments). Pas de troubles du côté de la motilité : la marche est facile autant le jour que la nuit, il se tient debout les yeux fermés sans vaciller. La sensibilité est partout conservée. Les reflexes tendineux du genou sont abolis.
ÉTIOLOGIE
Les organes des sens ont conservé toute leur intégrité; rintelligcnce est nette, sauf la fixité de la pensée relative à la maladie. iNI. X... redoute une affection de la moelle avec paralysie à bref délai, ou une mort subite par suite de la lésion qu’il croit avoir au cœur.
Traitement. — Tous les matins, bain do piscine à .13“ c.; tous les soirs, Ijain de pieds à eau courante à 40“ c.
Eau de Laverniére on Ijoisson prise aux repas.
Les premiers bains paraissent froids, mais il en prend vile l’iiabitudc. Après le sixième bain, douches chaudes sur les extrémités inférieures. Durée dix minutes.
Vers le douzième bain les symptômes douloureux s’a[iaisenl, ainsi que les troubles cardiaques. Les digestions sont i>lus faciles et la cure se poursuit jusqu'au vingt-deuxième bain avec une amélioration sensible.
2“ Cure, la même année, en septembre; l'amélioration persiste, le malade se sent revivre, peut s’occuper sans fatigue, et les idées noires ont disparu.
Revu en 1878. Deux cures, après lesquelles le malade se considère comme guéri. Il revient encore en 187'J et 1&80, n’ayant plus rien ressenti que quelques douleurs rhumatoïdes légères; les rcflexes tendineux du genou ne sont pas revenus.