OBSERVATION LIX
(Inédite et communiquée par le D'oeil. LiÉaois, de Bainville-aux-Saules (Vosges) Accès nocturne d’Angine de Poitrine chez une femme atteinte d’irritation spinale.
Madame R..., de R..., est une femme d’une quarantaine d’années, mère de deux enfants, neuro-arthriti([ue, sans antécédents morbides individuels : elle dit que son jjère a été soigné à Strasbourg pour une « amaurose ».
Vigoureuse, très robuste, cette femme que ses souffrances n'ont point fait maigrir, a subi bieti des traitements : les pilules de Méglin, l'iiHlurc de potassium, le salicylate de soude, les valérianates d'ammoniaque et de zinc, le pliosphure de zinc ordonnés par son médecin, les réclames do la (puitrième page des journaux, n’ont point allégé ses misères.
Elle se plaint depuis plusieurs années d'une douleur spontanée et à la pression sur la colonne vertébrale dans l’espace compris entre la 3“ vertèbre cervicale et la 5® vertèbre dorsale, mais plus accentuée au niveau des 3“, 4® et 5® cervicales. Pour ainsi dire permanente, cette apophysialgie s’exagère tous les deux, trois, quatre, cimj jours, s’irradiant, comme les névralgies, à la nuque et à 1 occiput : les douleurs paroxystiques de l’occiput sont extraordinairement pénibles et s’accompagnent d’une sorte do frémissement du cuir chevelu.
Plusieurs fois l’accès névralgique a été suivi de douleurs d’abord, puis de gonflement du sein gauche (mamelle irritable).
Dans quelques circonstances la malade accusait seulement des douleurs de l’épaule gauche ou de tout le membre supérieur gauche.
Trois ou quatre fois enfin elle a eu de véritables accès de migraine ophthalrnique avec scotome scintillant. Tout à coup, en même temps qu’elle avait les douleurs cervicales, occipitales, brachiales, l'œil gauche s’obscurcissait, elle ne distinguait plus les objets; puis, autour d’un point noir, elle voyait « scintiller » (sic) quelque chose. Elle portait constamment le doigt à cet œil, mais elle avait beau le frotter, les zigzags lumineux persistaient. Un mal de tête horrible avec
DE l’angine de poitrine
vertiges, aphasie transitoire, fourmillements dans le membre supérieur gauche, parésie faciale [migraj.ne ophihalmique accompagnée, de Charcot et Ch. Férô) terminait en huit, douze ou seize heures toute la scène morbide.
Dans un autre accès, les phénomènes, au lieu d’intéresser l’œil, affectèrent l’oreille gauche: Madame P... accusa un « bruit de drapeau», « comme si une vessie se crevait dedans ».
Ces différents accidents que je rattachai à une cause prochaine commune, Virriiation spinale, et qui disparurent en grande partie par les vésicatoires (méthode de M. vVrmaingaud) que je fis successivement apposer par séries aux lieux apophysialgiques, devaient être remplacés plus lard par un accès d’Angine de Poitrine.
Le 3 avril 188C, jour où je la vis j>our la première fois, Madame P... m’avait bien raconté qu’elle avait, à tliverscs reprises, ressenti une « douleur au devant du sternum », mais c’était si peu de chose qu’elle n’y insistait pas. Autrement solennel devait être le paroxysme angoreux qu’elle éprouva au milieu de la nuit, fin juin. Soudain, à dix heures du soir, sans symptômes prémonitoires autres que du froid aux exlréinilés, elle est prise, en même temps que de palpitations, d’une atroce douleur en plein sternum; elle s’assied brusquement sur son lit, la poitrine serrée comme dans un étau, inca[)ahle d'articuler autre chose que je... je... je..., elle croit qu'elle va mourir, et, pendant cet accès qui dure plus de vingt minutes malgré les inhalations d’éther, elle l'essent à l’épaule gauche et le long du doigt auriculaire des élancements douloureux.
Il s’agit là d’un accès, nocturne comme chez les neurasthéniques et les arthritiques, d'Angor Pectoris indépendant de toute lésion cardio-artérielle ou de troubles gastro-hépaticiues, relevant de cette variété de neurasthénie qu’on appelle, faute de mieux, irritation spinale, accès d’Angor que je crois, dans ce cas particulier, lié comme le sont à un spasme artério-encéj)halique régional, les accès de migraine ophthahnique eux-mêmes, lié, dis-je, à un spasme des artères coronaires dont le refroidissement périphérique antérieur et concomitant me parait être une preuve indirecte. Aussi ai-je conseillé à P..., l’usage des ampoules de Boissy au nitrite d’amylo pendant les paroxysmes.
4° Angine de Poitrine Épileptique
D’après Trousseau (1), l’épilepsie serait une cause prédisposante de l’.Vngine de Poitrine ; elle éclaterait au commencement ou à la fin des accès convulsifs et la remplacerait même chez certains sujets. En voici quelques exemples.
OBSERVATION LX (Trousseau)
Accès d’Angiae de Poitrine chez un épileptique.
Un homme de quarante-cinq ans qui était sujet à des attaques d’épilepsie, éprouvait depuis six mois des phénomènes dont il me rendait ainsi compte : à l’occasion d’un exercice un peu violent, d’une forte course il éprouvait tout à
(1) Trousseau. — Clinique Médicale de l’Hùtel-Dieu. Loc. cil., t. II, p. 444.
ETIOLOGIE
coup un sentiment d’oppression douloureuse ; depuis un mois ces accidents se reproduisaient trois fois par jour, même rpiand il était au repos, et ils avaient pris une grande intensité. Ils consistaient alors en des douleurs violentes, occupant d’abord la partie antérieure du côté droit de la poitrine, formant comme une sorte de plastron, puis au bout d’une minute, elles s’irradiaient dans le bras correspondant cjui était engourdi, très douloureuse et dont la température était plus élevée que celle du bras gauche. Cet accès durait presque un (juart d’heure, puis tout absolument cessait.
Au début, il y avait une abondante sécrétation de gaz intestinaux. — La santé générale de cet individu paraissait d’ailleurs parfaite. Son appétit était bon, ses digestions étaient régulières, il ne se plaignait de rien en dehors des accidents pour les(jucls il venait me consulter et je ne constatai aucun symptôme, aucun signe de lésions organiques, soit du poumon, soit de l’appareil circulatoire.
D’après Trousseau, quoique l'excinple que nous venons do relater soit le seul ({u’il cite. l’Angine de Poitrine serait une expression de cette redoutalile et cruelle maladie. « C’est une manière d’être de sa forme vertigineuse ; c’est en doux mots une névralgie épileptiforme. « Elle a, dit-il, l’invasion lirusque du mal comitial, sa marche rapide, sa cessation soudaine et il n’est pas très rare que des malades ([ui ont autrefois éprouvé des accès d’Anrjor Pectoris jirennent plus tard de véritables attac[ues de mal comitial, de même que chez d’autres, l'Angine do Poitrine a pu être autrefois précédée d’accidents épileptiformes liien nettement caractérisés Indépendam-
ment do la brusquerie de son invasion, de la rapidité de sa marche, de la soudaineté de sa cessation, l’Angine de Poitrine présente encore, eu égard aux phénomènes qui l’accompagnent, une grande similitude avec la névralgie épileptiforme. En vous parlant de cette dernière affection je vous ai montré que la douleur qui en constitue l’élément capital est fréc[uemment accompagnée d’un mouvement congestif vers les jiarties que cette douleur occupe. Il en est de même de l’Angine de Poitrine. »
Trousseau déclare ensuite que VAngor peut être tantôt une variété de la névralgie épileptiforme, tantôt, ce qui arrive plus souvent, une variété de l’aura épileptica, et il établit une analogie entre ces deux maladies. — De même que l’aui’a épileptica a une marche tantôt ascendante, tantôt descendante vers le cerveau, t[ue l’épilepsie peut se limiter à l’aui’aet ne pas progresser vers les centres nerveux, de même aussi l’atroce douleur qui caractérise cette affection peut partir du bras, irradier au cou, au tronc avant d’arriver à la région précordiale, et d’amener hangoisse : quand l’aura
DE l’angine de rOITHINE
épileptica arrive au cerveau, l’accès terrasse le sujet, — quand l’aura de l’Angine de Poitrine partant du doigt ou de l’épaule ou du dos arrive au cœur, l’accès d’Angor éclate également. Ce praticien fait en outre remarquer que dans cette variété, l’accès est le plus souvent nocturne.
Ainsi, pour Trousseau, à côté de l’épilepsie motrice caractérisée par les convulsions et l’épilepsie cérébrale ou intellectuelle démontrée par le petit mal (vertiges, absences, ballucinations), il y aurait une épilepsie liyjiéresthésique ou sensitive dont l’Angine de Poitrine serait une modalité au môme titre que certains tics douloureux de la face.
M. Péter, complètement d’accord avec les idées de M. Trousseau, les a appuyées par l’observation suivante :
OBSrtItVATlON LXI (Péter. — • Loc. cil., t. I, p. 494)
Angine de Poitrine cliez une fille épileptique.
« Chez la fille d’une de nos célébrités médicales françaises, à la suite d’une attaque d’Angine de Poitrine lormidable oii le pouls était tombé à trentesix par minute, avec irrégularité toutes les trois pulsations, l’Angine étant guérie il y eût une violente attaque d'éclampsie, disons mieux, d'épilepsie. La jeune dame n’a jamais eu depuis, que je sache, do récidive de son Angine de Poitrine ; je ne suis pas aussi sûr qu’elle n’en aura pas do la névrose épileptiforme. »
E. Liveing (1) qui assure avoir vu souvent alterner chez le même sujet des accès d'bémicranie, de sternalgie et d’épilepsie, admet que ces divers états morbides ont entre eux une certaine parenté et croit que la migraine peut être une des formes larvées de l’épilepsie. — (ialezowski (2) et Féré (3) citent aussi plusieurs faits conlirmant l’opinion de Liveing, mais seulement en ce qui concerne la migraine ophthalmique.
MM. Axenfeld et Huebard, s'appuyant sur ce que VAngor Pectoris est une affection éminemment douloureuse, tandis que l’épilepsie ne l’est point, sur ce que dans la première, le malade garde sa connaissance tandis qu’il la perd dans la seconde, sur ce qu’enfîn dans
(1) Liveing, ou Megrim. — A contribution to the pathology of nerve storms. — London 187o, p. 201.
(2) Galezowski. ■ — Migraine ophthalmique. Arch. Méd. et étude sur la migraine de l’œil. Gaz. Hebcl. 1878.
(3) Migraine ophthalmique. Revue de .Médecine 1881, n° 8, p. 64-
ÉTIOLUGIE
l’une de ces aiïections, la mort arrive ]>ar syiico])e tandis ([ue dans l’autre c’est par asphyxie, se refusent à voir dans l’Angine de Poitrine une expression, une modalité de l’épilepsie, en un mot, une névralgie épileptiforme.
Et ils ont parfaitement raison ; il n’est pas douteux pour nous que l’illustre clinicien, en rapprochant les fusées douloureuses rayonnant dans VAngor du hras vers le cœur, ou du cœur vers le bras des auras périphéniques si fréc(uents chez les épileptic[ues et en donnant à la sternalgie en raison de son apparition soudaine et de sa forme foudroyante, le nom d’épilepsie du cœur a été emporté ti’op loin par la fougue de son imagination. — Les orateurs brillants, entraînés eux-mêmes par l’abondance de leurs idées et la richesse des images dont ils parsèment leurs discours, s’exposent souvent à dépasser les limites du vrai et du raisonnable, — une comparaison les grise et le paradoxe les séduit sans ([u’ils s’en doutent. Non, assurément, la sternalgie n’est pas une variété de l’épilepsie, mais il ne nous répugne ])oint de croire qu elle peut la remplacer et naître sous rinflucnce de la tension extrême du système nerveux accompagnant le mal comitial. Et quand nous voyons VAngor succéder à beaucoup do névralgies bénignes, de longue durée ou à des névroses qui n’ont même pas une origine spasmodique, nous inclinons fortement à croire, à admettre même que dans certains cas, il s’établit une métastase ou tout au moins une alternance entre ces deux affections. Nous ti-ouvons du reste dans la thèse de M. Capelle, sur l’Angine de Poitrine, une nouvelle preuve de cette assertion dont l’observation citée plus haut de M. Péter (épilepsie succédant à une Angine de Poitrine) semble conlirmer l’exactitude.
UBSEllVATION LXII (aurégée)
(Capelle. — Thèse inaugurale. — Paris, 1871.)
Angine de Poitrine alternant avec l’Épilepsie.
11 s’agit d’une famille dans laquelle l’Angine de Poitrine essentielle, c’està-dire non compliquée en apparence de lésions organiques, était héréditaire. Un des membres, une femme, en avait été exempte jusque-là et s'était toujours bien portée, quand apparurent à la partie supérieure du tronc, surtout à gauche, de petites tumeurs dures, douloureuses, disséminées sur le trajet des nerfs occupant les espaces intercostaux, le bord interne du hras gauche et surtout la partie latérale du cou. Ces tumeurs, semblables à des névroines, se tuméfiaient de temps en temps, rougissaient, devenaient douloureuses.
DE l’angine de poitrine
et chaque fois que ce travail inflammatoire se produisait, il annonçait une prochaine attaque d’Angor qui manquait rarement d’arriver.
Quelquefois, cependant, elle l'aisait défaut et alors, à sa place, la malade avait une attaque d’épilc[)sie.
Dans l’observation suivante due à M. Péter, nous voyons aussi VAngor alterner ou coïncider avec des accidents épileptiformes, mais chacune de ces affections a sa raison d’être et ses causes particulières spéciales, en sorte que ces maladies pouvaient exister, mais sans avoir d'aninité sympathique entre elles, comme dans les cas précédents.
OBSERVATION LXIII (Péter. — Loc. cit., t. I, p. 333)
Accidents épileptiformes par ossification des artères du bulbe et Angine de Poitrine par lésions de la crosse de l’aorte.
Un homme, âgé de soixante-quatre ans, m’avait été adressé comme atteint d’affection vertigineuse avec perte consécutive de connaissance. L’attaque débutait par une sensation d’ivresse ; le malade faisait quelques pas en avant, trébuchait comme un homme « en ribote » puis tombait, perdait connaissance et avait des secousses convulsives ; au bout de quelques minutes il revenait à lui, ignorant tout ce qui s’était passé et s’endormait. L’intelligence était restée absolument intacte. Les accidents s’étaient montrés pour la première fois il y a deux mois seulement et s’étaient reproduits trois ou quatre fois dans ce laps de temps. Jamais il n’y avait eu d’accidents nerveux jusque-là. Convaincu qu’il s’agissait dans ce cas d’accidents symptomatiques d’un trouble circulatoire par lésion vasculaire de l’encéphale, j’explorais la radiale du malade pendant qu’il me parlait et je la trouvais véritablement rigide, comme osseuse, monoliforme et flexueuse. Puis auscultant son aorte, j’y percevais le souffle au second temps de l’insutfisance aortique. Je trouvais six centimètres de matité transversale au lieu de cinq.
IMais ce n’est pas tout ; le malade se plaignait encore d’éprouver en même temps que ses accidents épileptiformes, une sensation d’angoisse presque continue avec oppression et douleurs rétro-sternales, s’exaspérant parfois sous forme d’attaques pendant lesquelles il semblait au malade « qu’il allait mourir. » Alors aussi la douleur rétro-sternale augmentait considérablement, et il y avait des irradiations douloureuses dans les épaules et les bras, allant jusqu’aux coudes et même aux petits doigts avec engourdissement, surtout dans le bras droit.
Eh bien ! cette énumération de symptômes en apparence contradictoire me fît immédiatement porter le diagnostic suivant : Dégénérescence alhéromato-calcaire généralisée du système artériel, produisant : 1° une pétrification plus ou moins avancée des valvules sigmoïdes de V aorte, d’où une moindre mobilité de celles-ci, et par suite, leur insuffisance; 2° une altération plus ou moins étendue de toute l'épaisseur de l’aorte d'où péri-aortique, périnévriie du plexus cardiaque , péricardite aortique, et enfin périnévrite diaphragmatique ; 3“ une altération athéromatique ou calcaire
ETIOLOGIE
des vaisseaux de la base de l’encéphale, el peut-êti'e plus spécialement du bulbe. — Je trouvais ainsi l’explication (étant connue l’altération artérielle révélée par l’exploration -du pouls et celle de l'aorte), je trouvais ainsi, dis-je, l’explication fort naturelle et de l’éclampsie par anémie ou famine du bulho et de l’Angine de Poitrine par aortite. — Ce malade n’avait j>as trois maladies (une insuflisance aorti(jue, de l’épilepsie et de l’Angine de Poitrine) il en avait une seule, protopatliique, la lésion de son système artériel dont les trois maladies en question n’étaient que la conséquence directe ou éloignée.
Nous ne voulons pas aller plus loin sans rendre hommage et admirer cette dialectique savante et la puissance de raisonnement de ce clinicien qui, mis en face d’un diagnostic aussi obscur, aussi compliqué, en dégage successivement les trois inconnues, comme s’il s’agissait d’un simple problème algébrique. — On va voir combien les événements et l’autopsie lui donnèrent raison. Mais quand on lit de pareils faits on peut, avec quelque justice, se demander si l’art de la médecine e.st aussi hypothétique qu’on veut bien le dire et que nos adversaires le prétendent.
Ceci se passait le 3 octobre ; les jours suivants les choses s’aggravèrent, les douleurs rétro-sternales étaient })resque permanentes, sans avoir une grande intensité, ni sans qu'il y eût d’attaque proprement dite ; la dyspnée était continue, le malade respirait lentement, avec effort et souvent expirait bruyamment, comme le font les charpentiers ou les geindres en pétrissant le pain (il disait que cela le soulageait de respirer ainsi), il y avait quelques râles sonores ; disséminés dans la poitrine, et des râles fins aux deux bases qui ne firent qu'augmenter de nombre jusqu’à la fin de la maladie.
A l’entrée du malade, il y avait une cinquantaine de pulsations par minute ; le 9 octobre, il n’y en avait plus que quarante ; le onze, que trente-six ; le 12, que trente-deux; et elles restèrent à ce chiffre jusqu’au moment de la mort (jui eût lieu pendant la visite du 14.
Le tracé du pouls recueilli au sphygmographe met en évidence l’ascension brus((ue et verticale ainsi que le dicrotisme du à l’insuffisance aortique, le plateau de la dégénérescence atheromalo-calcaire et enfin la longueur de la ligne ' horizontale du repos de l’artère qui est juste la moitié de la pulsation.
Le malade succomba par dyspnée croissante et sans apparence syncopale.
Autopsie. — Les artères radiales sont presque complètement calcaires et rétrécies de place en place, ce qui expli<|uait leur aspect monoliforme, les valvules sigmoïdes de l’aorte sont incrustées de sels de chaux de leur base d’implantation jusqu’au quart environ de leur étendue libre, de façon que solidifiées ainsi au niveau de leur articulation avec l’aorte, elles étaient hors d’état de se mouvoir sur celle-ci et ne possédaient plus de mobilité que dans le reste de leur portion libre non incrustée ; mais d’un autre côté, elles étaient également infiltrées de sels calcaires au niveau des nodules d’Aranfius, qui en étaient devenus irrégulièrement mamelonnés ; il résultait de tout ceci une double cause d’insuffisance valvulaire par difficulté d’abaissement des valvules et impossibilité de juxta position des ne Jules.
DE l’angine de poitrine
L’aorte présente des incrustations calcaires au niveau des points oii le bord de chaijue valvule siuinoîile s’en vient battre sa paroi ; elle est également incrustée au niveau de l'orifice des artères coronaires; elle est malade dans sa portion ascendante ; une large plaque calcaire existe là où elle se contourne et toutes les tuni(jues sont envahies. A la paroi antérieure de l’aorte, à deux centimètres et demi de son origine, sc trouve une grande plaque calcaire, avec altération de toute l’épaisseur du vaisseau ; la face externe de l'artère est très vascularisée à ce niveau ; les nerfs du plexus cardiaque sont englobés au milieu du foyer de phlegmasie chronitiue ; le péricarde aortique est très adhérent, de petites brides pseudo-membraneuses se rattachent au péricarde pariétal, surtout à droite, celui-ci présente çà et là quelques plaques laiteuses dans le voisinage du nerf phrénique droit. Le ventricule gauche est hypertrophié et son tissu en voie d’altération granuleuse.
Les vaisseaux du cercle artériel de Willis étaient peu altérés ; çà et là seulement aux points do bifurcation, ils présentaient de petites plaques athéromateuses et n’étaient nulle part indurés. Mais il n’en était pas ainsi de l’artère basilaire, à trois centimètres au-dessous de la protubérance oii elle naissait prématurément des vertébrales, elle était le siège, à cette origine même, d’une infiltration crétacée qui l’avait complètement envahie dans toute son épaisseur et sur tout son contour, dans l’étendue de cinq millimètres. Or, l’artère bulbaire n'était pas seulement notablement rétrécie en ces jioints dégénérés, mais de cette portion altérée naissait une dos artères qui s’en détachent à angle droit pour aller nourrir le bulbe, et l’orifice de cette artère située en plein foyer crétacé était lui-même rétréci.
Ün remarquera dans le chapitre suivant, Angine de Poitrine dyspeptique, et à la troisième observation, que des convulsions épileptiformes ont encore accompagné l’Angine de Poitrine; elles ne furent pas sans doute étrangères à la mort précipitée du sujet.
5° Angine de Poitrine Dyspeptique ou Gastrique
Ce n’est que depuis vingt ou trente ans au plus qu’on s’est bien rendu compte des sympathies étroites qui existent entre les maladies de l’estomac et celles du cœur, et qu’on a reconnu combien fréquemment les .premières retentissent sur ce dernier organe. — Cependant, de tout temps, les auteurs ont remarqué que les accès étaient souvent occasionnés par la plénitude de l’estomac et survenaient après les repas ; Butter avait même noté comme une exception, un cas insolite où les attaques étaient plus fréquentes quand le sujet était à jeun. Un malade de Macqueen (1) disait que s’il pouvait vivre sans manger il ne serait jamais malade.
(1) Macqueen. — London, Méd. Journal, 1781, p. 163.
ÉTIOLOGIE
Franck et Desportes reconnurent la même corrélation, qui a été ensuite bien établie par Beau. Un de ses élèves, M. Capelle, a fait dans sa thèse inaugurale (1) l’histoire d’un malade dont les accès s'éloignèrent à mesure ({ue l’état de son estomac s’améliorait. Les travaux de M. Potain ont jeté une vive lumière sur ce point étiologi(]ue de VAngor Pectnris, et c’est en les résumant, ainsi qu’un mémoire remarquable de M. Barié, (21 que M. Iluchard présente de la manière suivante les principaux caractères des Angines dyspeptiques.
a. Cette Angine de Poitrine est de tous les âges et de tous les sexes.
b. Les accès sont moins violents que dans l’Angine de Poitrine vraie ; leur durée est plus longue ; ils éclatent souvent après les repas, ou même seulement après l’ingestion de quelques parcelles alimentaires.
c. La douleur existe au devant du cœur et non sous le sternum ; elle consiste dans une sensation de plénitude de la poitrine plutôt que dans celle d’étreinte et de compression, sa durée est plus longue, d’un quart d’heure à une demi -heure et même davantage.
cl. Lorsque l’accès survient après le repas, ce qui est la règle, les malades éprouvent d’abord une gêne pour respirer, ils ont de Tanhélation plutôt que de la dyspnée (Barié), ils éprouvent une sensation pénible à l’épigastre ; parfois même la douleur angoreuse s’y fait sentir tout d’abord, ainsi que l’ont signalé dans l’Angine de Poitrine cardiaque et pulmonaire Leared (3), Broadbent et II. Iluchard (4), après l’apparition de l’angoisse épigastrique puis rojipression s’exagère, le pouls est petit, les extrémités se refroidissent, la douleur survient et s’accompagne alors d’un état syncopal très marqué. Cette forme d’Angor est donc caractérisée par la production d’accidents pulmonaires et cardiacfues, par l’existence d’une sorte de dyspnée ou d’anhélation qui accompagne souvent les accès douloureux.
e. On observe souvent les signes d’un retentissement de l’affection gastrique sur le cœur (palpitations, intermittences, lipothymies, symptômes asystoliques, etc.) augmentation de la matité précordiale
(1) Capelle. — Thèse inaug. Paris 1861.
{Tj Barié. — Rev. de Méd. p. 1 et 117, 1883.
(31 Leared. — Affections larvées du cœur, 1867. (4) II. Iluchard. — Union Méd., 3® série, 1879.
surtout dans le sens transversal, existence d’un bruit de galop droit et d’une insufTisance tricuspidienne plus ou moins durable, accentuation du deuxième bruit pulmonaire, etc.
f. Dans ces attacfues, même les plus sévères, la guérison est la règle, la mort e.st extrêmement rare, on l’observa cependant (1).
Au résumé, on observe souvent chez les dyspeptiques des troubles fonctionnels et pathologiques du cœur au nombre desquels figure l’Angine de Poitrine. Au début de ces accès gastriques, le cœur est rarement altéré, ce n’est qu’à la longue et après une nombreuse succession d’ictus angineux sur le cœur qu’il devient le siège de désordres profonds dans sa structure, dans ses valvules ou ses gros vaisseaux. Nous reconnaîtrons donc deux sortes d’Angine de Poitrine Gastrique, l’une simjile, sans altérations cardiaques, l’autre compliquée de lésions organi((ues. Nous les étudierons succe.ssivement.
P Angine de Poitrine Dyspeptique
S.\NS .\LTÉn.\TIüNS CARDI.VQUES