‹ Traité de l'angine de poitrineChapitre 4 sur 110 · MARCHE · texte numérisé non relu

MARCHE

garde-robe, en s'habillant, en se mouchant, la moindre impression rappelle l’accès. Le seul fait de réfléchir à leur affection a suffi pour occasionner des accès chez un malade (thèse de M. Viguier, octobre 1873), de telle sorte que leur vie est un martyr continuel. C’est l’existence pleine d’angoisses du condamné à mort rêvant sans cesse <à la guillotine. Bientôt leur violence et leur durée augmentent, fleberden cite des cas où les attaques ont duré plusieurs semaines et même plusieurs mois, mais dans ces cas il est probable, ainsi que le dit Grisolle, qu’il y avait entre les paroxysmes des intervalles de repos, car la vie ne résisterait pas longtemps à des souffrances aussi aiguës. Enfin il survient un dernier accès plus terrible qui foudroie le malade ou bien les accès se succèdent rapidement, épuisent le sujet et le font expirer au milieu de tourments atroces cfu’il n’a la force ni d’accuser ni de décrire.

La mort arrive, tantôt à la fin tantôt au début de l'accès, elle est souvent foudroyante et c’est à cette maladie qu’Heberden attribue le plus grand nombre des morts subites qu’on observe chez des gens qui, soit dans leur sommeil, soit en parlant ou en marchant, s’affaissent foudroyés, surpris, terrassés par un accès terrible sans que l’autopsie puisse faire découvrir la cause de cette fin inattendue.

Marche. — Rappelons ici queJurine avait reconnu trois périodes dans la maladie qui nous occupe : invasion subite et douleur supportable dans la première; réapparition des crises sous l’influence des moindres causes dans la seconde ; mort subite ou complications de diverses affections du cœur, du poumon ou du cerveau dans la troisième. Baumes divisait en deux périodes la marche de la maladie : dans la première, la sternalgie était simple ; elle était compliquée dans la seconde. M. Desportes a admis de son côté trois périodes. Dans la première, des causes puissantes déterminent des accès de peu de durée survenant jîendant le jour et cessant promptement sans s’accompagner de troubles respiratoires ou circulatoires ; dans la seconde, les accès éclatent indifféremment la nuit et le jour sous l’influence des causes les plus légères; leur apparition est plus fréquente, leur violence plus accusée, leur durée plus grande ; dans la troisième, les symptômes morbides deviennent plus graves et conduisent à une terminaison funeste.

On le voit, dans cette division, M. Desportes ne tient aucun compte de l’état de simplicité ou de complication de la maladie et sous ce rapport elle est plus rationnelle que celle de M. Baumes qui semble ne pas admettre d’ Angine compliquée dès son début, tandis que,

DE d’angine de poitrine

d’une part, cette maladie se présente d’emblée chez des personnes atteintes d’affections organiques, et que, de l’autre, il n’est pas rare de voir une Angine de Poitrine amener la mort après quelques accès sans que l’examen du cadavre révèle des altérations pathologiques. Il est, du reste, exceptionnel de voir cette affection suivre une marche régulière et les altérations organiques qui l’accompagnent ou l’occasionnent, empêchent souvent de reconnaître nettement les uns des autres, les degrés établis par les auteurs dans sa marche.

Voilà la vérité !

M. Desportes, et quelques auteurs après lui, ont prétendu que les accès pouvaient se montrer d’une manière intermittente et avec une certaine régularité, mais cela est malheureusement fort rare, je dis malheureusement parce que l’expérience a prouvé que dans toutes les affections à type intermittent, la médication était bien plus efficace et couronnée .souvent d’un succès plus facile.

Durée. — Il n’y a rien de fixe à cet égard, tout dépend de la cause et de la variété d’Angine, car nous en reconnaîtrons de bien des sortes.

J’ai observé quatorze cas d’Angine de Poitrine à bord de l’Emhusca.de. -Je n’ai gardé pendant quelque temps, sous mes yeux, qu’un seul de ces malades, le nommé Duluc ; il re.sta à bord huit mois après le premier paroxysme sans que ce dernier se renouvelât; les autres matelots c[ui en furent atteints, débarquèrent deux mois et demi après la première observation de sternalgie. Pendant ce court intervalle j’ai noté plusieurs récidives. Les autres en ont-ils eu? je l’ignore, les ayant complètement perdus de vue, mais je ne le crois pas en songeant au genre de causes qui, selon moi, avaient déterminé la maladie et qui étaient particulières à la vie du bord. Chez le sujet d’une autre observation, Roudy, ardoisier, la maladie dura trois mois et demi environ; chez M. Pinasseau, garde-magasin, quinze mois. On peut dire en général que la mort arrive plus promptement lorsqu’il y a des complications cardiaques, mais rien n’est absolu à cet égard et M. Gintrac a vu, après dix ans de durée, l’Angine de Poitrine disparaître chez un de ses malades atteint d’aortite, bien que l’affection de ce vaisseau ait continué à suivre sa marche fatale. M. Huchard a recueilli de son côté plusieurs exemples fort encourageants.

On a dans la science des exemples d’une assez longue durée de cette affection. Gairdner a vu plusieurs sujets vivre de cinq à sept

Page 1