C. — Angine de Poitrine Herpétique
Encore une diathèse qui ne semble avoir qu’une affinité bien lointaine, bien obscure, avec l’Angine de Poitrine. — Il existe peu de laits qui la démontrent nettement et ce n’est guère que l’analogie ([Lii nous guide et nous porte à croire que cette sympathie peut et doit exister. S’il est vrai que la disparition d’une hémorrhagie habituelle, d’un flux hémorrhoïdaire, comme Schmidt en donne un exemple (1), d’un ancien écoulement, d’un ulcère chronique, d’un exutoire, de la sueur des pieds, d’un flux articulaire rhumatismal ou goutteux peut faire éclater l’Angine de Poitrine, il est permis de penser qu’à fortiori la suppression d’un Favus, d’un Impétigo, d’un exanthème quelconque peut l’occasionner aussi. Du reste quelques auteurs sont affirmatifs en ce sens : Horst (2) a vu chez un de ses malades un impétigo suivre un accès d'Angor. — h'Eczémateux, dit M. Vulpian (3), celui chez lequel la diathèse a atteint toute sa puissance, peut être tourmenté sans relâche, pendant de longues années, pendant toute sa vie même par des affections diverses qui se succèdent ou se compliquent et, parmi ces affections, M. Vulpian cite l’Angine de Poitrine ; il a, dit-il, « vu des cas où ses symptômes paraissaient bien n’être que des manifestations de la Diathèse Eczémateuse.
Cela s’explique bien si on partage, à l’égard de l’Herpétisme, la même opinion que M . H uchard (4) qui ne voit dans cette diathèse qu’une branche collatérale, qu’une dépendance de l’Arthritis. — M. Vulpian reconnaît aussi que, dans certaines circonstances, la diathèse eczémateuse présente des manifestations arthritiques et si on se
(1) Schmidt. — Loc. citât.
(2) Horst. — in Uufeland's Journal, 1815, p. 119.
(3) Vulpian. — Clin. méd. de la Charité, loc. cit., p. 83.
(4) H. Huchard. — Loc. cit., p. 84.
DE l’angine de poitrine
rappelle que les sujets atteints de dermatoses se plaignent souvent de douleurs articulaires à siège variable, qui ne sont jamais aussi accusées que lorsque les éruptions cutanées s’affaiblissent ou tendent à disparaître, on en déduira qu’il existe réellement une affinité extrême entre ces deux diathèses et qu’elles ne sont que les deux branches d’un même arbre.
Pidoux n’admet-il pas, à l’encontre de Hardy et Bazin (pour qui riierpétisme est une diathèse mère), que c’est plutôt la résultante d’un produit secondaire de la Scrofule, de la Syphilis et de l’Arthritis incomplètement évoluées mais intimement unies ayant, en un mot, fait acte de fusion chez le même individu ? Pour nous, nous croyons que là est, en effet, la vérité.
M. Liégeois (Mémoire couronné, p. 277) fait la relation d’un cas qui lui a paru être une Angine de Poitrine Hybride, liée tout autant à l’arthritis qu’à l’herpétis, la malade paraissant être en possession de l’une et de l’autre diathèse.
OBSERVATION GUI (Ch. Liégeois)
Femme Arthritique et Herpétique. — Accès d’Angine de Poitrine.
L..., femme d’un sous-chef de section à la Compagnie des chemins de fer de l’Est, est âgée de trente-sept ans. Fille d’un père rhumatisant, elle est atteinte elle-même de douleurs rhumatismales erratiques, elle fait les temps, comme elle dit ; en outre, elle a beaucoup d’embonpoint, de l’obésité tout au moins abdominale, le cou court, le teint très coloré, parfois violet. Elle était réglée autrefois très abondamment. Tout ceci relève de l’arthritis.
Or, cette femme, dans les premiers jours de janvier 1883, a été prise d’un eczéma aigu généralisé qui n’a guéri qu’après trois mois de l’usage interne de l’acide arsénieux ou de l’arséniate de soude et de bains d’amidon, suivis d’onctions avec la glycérine ou le sublimé pour la tête, d’onctions avec le glycérolé à l’oxyde de zinc pour les membres.
Les caractères de l’eczéma, le succès obtenu par l’arsenic, paraissent démontrer que la dermatose se rattache à l’herpétis ; cependant, je le répète, cette femme a tous les attributs extérieurs et certains, tous les attributs morbides de l’arthritis.
Pour en revenir à l’Angine de Poitrine, je dois dire qu’en 1881, L...,
dont j’ai scruté tous les antécédents, a éprouvé au milieu d’une nuit d’été, coïncidant avec une digestion pénible, une sensation de griffe derrière le sternum, avec douleur, crainte de mourir, anhélation, fourmillements dans les doigts de la main gauche, tous accidents qui durèrent bien une heure et qui n’ont jamais reparu. J’ai ausculté à plusieurs reprises le cœur qui n’offrait rien d’anormal.
ÉTIOLOGIE
D. — Angine de Poitrine Diabétique
Parmi les auteurs qui ont signalé l’.tnqor Pectoris comme un des accidents du Diabète, nous compterons d’abord Trousseau, puis iSeegen (1) et enfin M. Vergely qui a complètement élucidé cette question (2).
Voici l’observation de Trousseau où le Diabète coïncide avec l’Angine de Poitrine. T. IL, Cl. méd,, p. 442.
OBSERVATION CIV (résumée)
Glycosurique atteint d’Angine de Poitrine.
Il s’agit d'un homme de soixante ans, fils d’un père asthmatique, présentant lui-même les caractères d’un tempérament goutteux. 11 était affecté depuis six ans de diabète sucré. Peu de jours après l’apparition de sa glycosurie, il fut atteint d’Angine de Poitrine, mais avec quelques symptômes assez insolites. C’était la nuit, vers une heure du matin, que se montraient les accès, sans être occasionnés par une mauvaise digestion ou par des rêves pénibles. La douleur se manifestait très vive dans les muscles du bras gauche et de là s’irradiait dans la jioitrine, un peu au-dessus du cœur ; l’accès augmentait jrendant une heure ou deux et décroissait ensuite lentement pour se terminer à l’autre. Ces accès se représentaient pendant plusieurs jours de suite ; une jiériode de tranquillité de plusieurs semaines leur succédait parfois, puis ils reparaissaient. Pendant leur durée, le malade pouvait faire des inspirations profondes, il n’avait point de menaces de suffocation. Et cependant il ne pouvait ni gravir un plan incliné, ni monter un peu vite un escalier sans être obligé de s’arrêter pour s’asseoir, autrement il serait tombé. Le cœur et les gros vaisseaux examinés avec le plus grand soin n’offrirent aucun phénomène anormal.
OBSERVATION CV (D’’ Vergely, de Bordeaux)
Angine de Poitrine Diabétique
La première fois que mon attention fut éveillée sur ce point, ce fut chez un malade âgé de cinquante-deux ans, dont j’avais reconnu le diabète en 1875, parce qu'il présentait une polydypsie et une polyurie des plus manifestes.
C’est un homme d’une vigoureuse constitution, d’une haute stature, et qui pèse cent dix-huit kilogrammes. Dès que je fus mis sur la voie de son mal par
(1) Seegen. — Des diabètes mellitus. Berlin 1875. (21 Vergely. — Op. citât., p. 334-369.
BE l’angine BE poitrine
les symptômes cai-actéristiques que j’indiquais tout à 1 heure, je le soumis au traitement approprié : marche forcée, alimentation mixte, sucre et féculents en très petite quantité, cure aux eaux do Vichy. Sous l’influence de ce traitement, la soif, la polyurie diminuèrent; le poids diminua lentement; l’énergie, les forces revinrent en partie. M. X... reprit son apparence habituelle de vigueur, et il ne réclama mes soins qu’à des intervalles très éloignés.
Dans les premiers jours du mois de novembre 1878, il assistait, dans une grande salle non chauffée, mal close, à une vente publique, lorqu’il fut saisi d’une violente douleur sternale avec l’impression de griffes de fer qui lui étreignaient la poitrine; elle suspendit sa respiration, le cloua sur place et le mit pendant deux minutes dans l’impossibilité de remuer.
L’accès passé, il regagna son domicile, se sentant tout brisé et chancelant. Le lendemain, nouvel accès de douleur ayant le même point de départ, et se propageant dans le petit doigt gauche. Il eut ainsi douze accès, chacun suivi d’un sentiment de fatigue extrême et d’une moiteur générale.
C’est alors (jue je fus appelé auprès de M. X... Je lui trouvais le faciès très altéré, les yeux cernés, les traits tirés, la face pâle. Le malade me raconte les douleurs qu’il a éprouvées, leur violence, qui est telle, qu'il succombera si elles se renouvellent. La femme du malade me fait le même récit, en me retraçant les angoisses éprouvées par son mari, l’accablement, la sueur qui s’emparaient de lui à la fin de l’accès. Cette douleur a pour siège les premières pièces du sternum, la région sus-mamellaire gauche; de là elle s’étend à l’épaule gauche, le long du bras et de l’avant-bras, jusqu’au petit doigt ; griffes de fer, constriction atroce du thorax, rapidité foudroyante de l’attaque, sentiment d’une fin j>rochaine, rien ne manque au tableau. Cette vivacité de la douleur cède bien vite; mais M. X... garde en permanence une sensation de meurtrissure, d’endolorissement, qui occupe tout le côté gauche de la poitrine et la partie supérieure du thorax des deux côtés.
L’examen de la région douloureuse ne révèle rien de particulier à l’oeil nu. A la pression, les espaces intercostaux sont un peu sensibles. En suivant le trajet des phréniques, en comprimant le rebord des fausses-côtes près de l’épine sternale, on ne détermine pas do douleur. Rien aux apophyses épineuses. Le pouls est régulier à quatre-vingt-seize. Le cœur soulève avec force la paroi thoracique. La percussion de cet organe donne une matité verticale de onze centimètres et une matité transversale de douze centimètres. Le premier bruit est mal frappé, affaibli, de sorte que le petit silence a à peu près disparu. Ce prolongement du premier bruit est surtout marqué au niveau de l’orifice pulmonaire. L’état des poumons est normal ; les fonctions digestives s’opèrent bien. L’examen des urines, quelques jours avant, avait donné douze grammes de sucre par litre.
Je prescris du bromure de potassium à doses croissantes jusqu’à huit grammes par jour ; les douleurs s’amendent un peu, puis elles reviennent avec leui' intensité première.
Le 31 décembre, vingt-cinq grammes d’eau-de-vie allemande amènent un nouvel amendement de quarante-huit heures.
Le 2 janvier 1879, il a eu des douleurs depuis neuf heures du soir jusqu’au matin. Elles avaient pour point de départ le sternum, l'épigastre, le moignon
ÉTIOLOGIE
de l'épaule, le creux de l’aisselle. Ces douleurs sont très vives et le jettent dans un profond accablement. Il remarque que ces douleurs reviennent à peu près exactement vers neuf heures du soir. — Je prescris huit pilules par jour, contenant chacune ; sulfate de quinine, dix centigrammes ; opium brut, un centigramme.
Dans la nuit du 2, accès moins fort ; durée, une heure. Dans la journée du 3. accès de trois quai’ts d’heure moins fort que le précédent.
La nuit il a pu goûter un peu de repos ; il est fatigué, abattu ; il n’a plus d’appétit.
5 janvier. — Dans la journée du 4, il n’a eu que de petits accès ; mais dans la nuit du 4 au 5 il a eu un accès très douloureux ; pouls à quatre-vingtdouze. Le cœur et les poumons sont toujours dans le même état.
Dans la nuit du 5 au G, petite douleur sternale. Injection de quatre milligrammes de morphine. Deux heures après, éclate un violent accès qui dure jusqu’à minuit. — V'ésicatoire à la région sternale.
Le 7, un petit accès limité au bras gauche; pouls à cent douze. — Pas de médicaments.
Le 8, accès qui, après une période aiguë d’une extrême violence, a laissé le malade endolori.
Traitement. — injection sous-cutanée de un centigramme de chlorhydrate de morphine ; potion avec bromure de potassium, (juatre grammes ; sirop de chloral, vingt grammes ; sirop de thébaique, vingt grammes; sirop de fleurs d’oranger, quatre-vingts grammes.
9. — La nuit du 8 au 9 a été bonne ; pas de douleur. Le cœur donne douze centimètres de matité verticale avec neuf de matité transversale. A la base, bruit pendulaire. L’analyse des urines ne donne que quatorze grammes vingthuit de glycose par litre. Poids de l’urine pour vingt-quatre heures, treize cents grammes.