OBSERVATION CXVI
(Peter. — Traité Clinique et pratique des maladies du cœur)
Angine de Poitrine chez un fumeur
Un jeune médecin éprouvait une dyspnée assez soudaine, sans douleur aucune, accompagnée d’une faiblesse générale de refroidissement brusque, de pâleur et de légers vertiges. Le pouls était faible et devenait presque insensible avec tendance lipothymique peu accentuée encore. Ces attaques d’abord légères, ne duraient que quelques minutes, sans troubles gastriques ou intestinaux et sans palpitations. Mais plus tard, les accidents s’aggravant, l’accès qui débutait encore par de la dyspnée, était accompagné d’une sorte d’anxiété, sans douleur véritable au niveau de la région cardiaque, immédiatement suivie de de lipothymie. Puis, dans des attaques plus rares, mais complètes, il y eut de véritables syncopes.
Pendant onze ans où se succédèrent ces accidents de syncope, il ne s’en pro-
(1) G. Graux. — Soc. de Méd. de Paris, 9 avril 1881.
DE l’angine de poitrine
duisit pas de nouveaux, mais le malade continuant de fumer, il a eu pour la première fois une douleur vive à la région précordiale qui a précédé la dyspnée et qui avait été elle-même précédée de fatigue cérébrale, avec difficulté dans l’assemblage des idées. Cette douleur ne dura que peu d’instants, mais la pression du doigt au niveau du troisième espace intercostal gauche provoquait une sensation de véritable souffrance.
Dans le mémoire de M. Ch. Liégeois (1), cet auteur s’exprime ainsi : « Nous avons retrouvé plusieurs cas d’Angor tabagique dans nos notes. — Le premier se rapporte à un homme de trente-deux ans fumeur de cigarettes ; il fumait jusqu’à 15 cigarettes par jour, ses fonctions digestives étaient profondément atteintes, je dus même le soumettre aux préparations de pepsine. — Le second a trait à un homme de 38 ans qui a éprouvé autrefois des accès d’asthme et des crises cardialgiques ; rahus de la pipe lui a donné de l’Angine de Poitrine. — Dans ces deux cas, la suppression absolue du tabac a fait disparaitre les accès. Dans un troisième cas, l’Angine de Poitrine me parut être l’effet de l’usage de la chique. C’était chez un vieillard de 66 ans qui avait contracté autrefois cette habitude au régiment. Il y renonça et les accès disparurent. Enfin j’ai vu à l’hôpital une petite cigarière de 22 ans, chez qui le séjour et le travail dans la manufacture déterminèrent au bout de trois mois tous les accidents de la maladie d’Herbedeen. Sortie de l’hôpital, elle reprit sa première occupation et contracta de nouveaux accès. Elle fut obligée de renoncer à sa profession. »
« M. Leudet, ajoute M. Liégeois, a établi dans une importante leçon (2), que certaines modifications physiologiques ou pathologiques peuvent provoquer l'intolérance momentanée ou permanente du tabac ; relevons au nombre de ces modifications, la dyspepsie, la gastrorrhée alcoolique, la nutrition insuffisante, l’hypo-globulie. ür, notre premier malade était dyspeptique, le second avait fait des abus de bière, le troisième avait une alimentation misérable et approchait de la cachexie de misère, le quatrième était chloro-anémique. C’est sans doute à l'absence de l’une ou de l’autre de ces conditions accessoires que les Américains du nord (Broyvn-Séquard), qui sont de grands fumeurs, doivent d’être rarement affectés de l’Angine de Poitrine. »
(1) Ch. Liégeois. — Mém. cit., p. 294.
(2) Leudet. — Clin. méd. de l’Hôtel-Dieu de Rouen, p. 571-583.
ETIOLOGIE