‹ Traité de l'angine de poitrineChapitre 56 sur 110 · C. — Myocardite scléreuse · texte numérisé non relu

C. — Myocardite scléreuse

D. — Rupture du cœur.

i A. — Aiguë.

/ B. — Chronique.

(1) Nous avons cité en outre plusieurs observations de névralgie du bras gauche déterminant à la longue l’Angur Pectoris et des altérations au cœur. (Voir observ. XXV du D' Liégeois.)

ÉTIOLOGIE

6“ Lésions i ^ (A. — Thoraciques.

1 i iirriGiirs . . . \

des Organes voisins ( " f B. — Abdominales.

1° Angine de Poitrine organique par artério-sclérose

généralisée

L’artério-sclérose apparaît souvent chez les personnes d’un certain âge ; quand elle survient chez des personnes jeunes, c’e.st qu’elles sont atteintes d’une diathèse héréditaire ou acquise comme la goutte, la sypliilis, l’herpétisme, la malaria, ou qu’elles se sont adonnées à l’usage excessif des boissons alcooliques.

D’après quelques auteurs, et nous partageons leurs idées sur ce point, l’artério-sclérose généralisée, expression d’une sorte de diathèse (ibreuse, dont l’existence a été démontrée d’une manière irréfragable anatomiquement et cliniquement par les travaux de Huchard (1) et Duplaix (2), est primitive et préside toujours au développement du processus scléreux, tendant sans cesse à envahir nos organes.

Débutant par les artères et toujours par leur tunique interne, ce qui se comprend puisque c’est elle qui est en contact constant avec un sang altéré par les évolutions dyscrasiques, la sclérose envoie vers les organes des irradiations fibreuses et des éléments d’un tissu conjonctif qui, en se substituant à la longue à leur tissu propre, finira par le détruire (3).

Quand elle a donné naissance aux scléroses viscérales, l’artériosclérose est dite généralisée ; elle constitue dès ce moment un état pathologique bien défini, ayant par sa fréquence et sa gravité une véritable importance clinique. Cette gravité est considérable et très menaçante pour la vie du sujet quand elle a envahi le cœur et les gros vaisseaux (organes pour lesquels elle a une grande affinité), non-seulement par les désordres organiques qu’elle détermine dans un organe composé de pièces aussi multiples et aussi délicates, dont l’adaptation parfaite est essentielle à la santé, mais aussi par les troubles fonctionnels qu’elle y produit et dont V Angine de Poitrine est malheureusement trop souvent l’expression apparente et fatale.

Le point essentiel en pratique, comme le dit M. Huchard, serait

(1) Huchard. — Voir Gazette des Hôpitaux, 30 mai 1885 Leçon sur l’artério-sclérose.

(2) Duplaix. — Thèse sur la sclérose 1883 et Arch. gén. de Méd., février et mars 1885-

(3) Isnard, de Marseille. — De la sclérose généralisée et du rôle de l’artério-sclérose.' Paris 1866. Asselin.

non-seulement de reconnaître cette lésion primitive, mais surtout de la reconnaître de bonne heure, assez à temps pour pouvoir par un traitement approprié en arrêter les progrès et en prévenir les suites. Mais il est presque impossible, par l’examen clinique seul, de diagnostiquer d’emblée les limites certaines de l’artério-sclérose, et l’on peut bien dire hardiment que son œuvre est un travail souterrain, car il est chronique, procède lentement, par petites poussées, qui aboutissent chacune à la formation d’exsudats s’organisant en tissu fibreux, sans que l’artério-sclérose se manifeste par des symptômes très visibles. Ce n’est qu’en examinant avec soin, si le sujet est âgé ou porteur d’une dyscrasie (arthritisme, alcoolisme, syphilis), indiquant la probabilité d’une diathèse scléreuse, c’est en interrogeant scrupuleusement, minutieusement chaque organe, afin de s’assurer s’il n’est pas sclérosé, c’est en voyant si les radiales ne sont pas dures, si l’arc sénile ou gérontoxon n’existe pas, qu’on peut soupçonner, chez un homme atteint d’Angine de Poitrine, une artério-sclérose qui augmentera toujours la gravité de la maladie et qu’on se hâtera de combattre aussi vigoureusement que possible, car la sclérose généralisée est une cause d’appel incessante en même temps qu’une cause fréquente et puissante d’accès deVAngor organique. — Le pronostic, toutes les fois qu’on en constatera la présence, acquerra par cela même, une gravité beaucoup plus grande.

Il y a quelques années, M. Bucquoy avait remarqué la fréquence de l’aortite à l’époque de la ménopause, de même aussi, M. Huchard a signalé au congrès de Nancy, dans son travail sur les cardiopathies artérielles, la fréquence de l’artério-sclérose à cette époque de la vie de la femme. Cette considération pourra aider à la reconnaître ; voici du reste comment M. Huchard s’est exprimé à ce sujet (1) :

« On voit parfois se produire, au moment de la ménopause, des troubles circulatoires caractérisés par les palpitations le plus souvent nocturnes, par de la dyspnée d’effort, de l’essoufflement facile sous l’influence d’une marche un peu rapide, par des sensations fréquentes de douleur et d’angoisse précordiale, l’exagération de la tension vasculaire et de l’impulsion cardiaque, par des accès d’arythmie et de tachycardie, par divers accidents attribuables aux spasmes

(1) Les cardLopatliies artérielles et leur curabilité. H. Huchard, communication au congrès de Nancy pour l’avancement des sciences (séance du 18 août 1886).

ETIOLOGIE

artériels (doigt mort, syncopes locales, refroidissement des extrémités, etc J. La cardiopathie préparée par la lésion artérielle a pu rester latente pendant un temps plus ou moins long quand tout-àcoup, sous l'influence d’une cause légère, qui peut être une simple émotion ou une bronchite et qui est ici représentée par la seule évolution de la ménopause, éclatent des accidents asystoliques, pour cesser et revenir ensuite après plusieurs périodes successives d’augmentation ou d’accalmie. Cette cardiopathie de la ménopause, qu’il faut savoir distinguer des troubles fonctionnels du cœur engendrés souvent par VIvjstérie de retour ou de la ménopause, a été très bien décrite par mon savant collègue et ami le docteur Clément, médecin des hôpitaux de Lyon, qui la rattache à tort à un simple trouble fonctionnel du grand sympathique. Sans doute, l’origine nerveuse et vaso-motrice de l’artério-sclérose a été soutenue par Giovanni en 1877, et, sans vouloir entrer à ce sujet dans une discussion inutile, je ferai remarquer combien la symptomatologie de la cardiopathie de la ménopause répond exactement au tableau descriptif des cardiopathies artérielles. Or, d’après mon observation, la ménopause est féconde en lésions artérielles, et si elle est invoquée à si jirste Mtre par M. Bucquoy parmi les causes fréquentes de l’aortite aiguë, c’est parce qu’elle est souvent le point de départ de la sclérose vasculaire et de l’aortite chronique qui n’est elle-même qu’un épisode de l’artério-sclérose généralisée. Il y a donc une artériosclérose de la ménopause, qui tient sous sa dépendance l’aortite aiguë ou chronique avec ou sans manifestations angineuses, la sclérose des coronaires, les myocardites scléreuses, les cardiopathies enfin, qu’il faut l)ien connaître pour savoir les combattre en temps opportun. »

Avant les travaux de M. H. Huchard on considérait à peine, comme prédisposant à l’Angine de Poitrine, l’artério-sclérose du cœur ou de ses gros vaisseaux. Cet auteur est allé plus loin, et d’après lui, cet état, lorsqu’il est généralisé, met le sujet en imminence morbide d’Angor. Ainsi, quand on trouve la radiale sclérosée, on peut dire presque à coup sûr que le cœur ou ses gros vaisseaux le sont aussi partiellement ou d’une manière générale (aortite ou myocardite scléreuses). Que survienne alors une cause occasionnelle favorable, même légère, et l’Angine de Poitrine entre en scène à son tour. Heureux encore si cette révélation première d’un mal mystérieux ignoré ne tourne pas au drame, et si sa première apparition n’est pas un accès foudroyant et fatal ! Pour nous, l’artério-

sclérose du cœur ou de ses gros vaisseaux donne le secret de bien des morts subites survenant, dans ce qu’on appelle le Monde, au premier accès d’^ngor.

En voici un exemple frappant et tout récent :

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