OBSERVATION CXXVIII
Aortite chronique scléreuse. — Tuberculose vésicale. — Angine de Poitrine. — Mort subite.
M. B..., 45 ans, ancien élève do l’école polytechnique, savant distingué, et attaché en qualité de professeur à plusieurs établissements d’enseignement de Paris, se plaignait depuis quelque temps de congestions pulmonaires et d’accès d’étouffements se rapprochant, d’après l’avis des médecins qui le soignaient, de l’Angine do Poitrine. Il fumait presque constamment. Il avait ressenti en outre, une tension douloureuse au niveau de l’ombilic qui lui avait fait croire à l’existence d’une hernie ombilicale, — enfin, depuis plusieurs années, il s’était plaint de la vessie sans qu’il y eut d’ailleurs aucun obstacle ni aucune difficulté de la miction.
Le 10 février 1886, il a une défaillance douloureuse en faisant son cours, rentre chez lui et meurt subitement.
Par testament, M. B..., chargeait M. Cornil, professeur d’anatomie pathologique à la faculté, de l’autopsier, et laissait ensuite son corps à l’Ecole de Médecine pour servir aux dissections des étudiants. Ce double désir a été religieusement exécuté, et on a trouvé à l’autopsie (1) deux processus morbides différents ; 1“ des altérations athéi'omateuses des artères et particulièrement de l’aorte qui en était atteinte dans toute son étendue depuis son point d'origine jusqu’à sa bifurcation, plus un petit anévrysme dans sa partie antérieure abdominale ; une hypertrophie des parois cardia(]uos, des plaques athéromateuses aux artères coronaires sans rétrécissement de leur calibre, une congestion du foie, des poumons et de la rate ; 2" une éruption tuberculeuse miliaire récente très intense de la vessie, tuberculose absolument isolée, sans trace aucune dans aucun autre viscère.
Voilà donc deux ordres de lésions dont la dernière n’avait pas du tout appelé l’attention des médecins et dont la première (aorte athéromateuse dans toute son étendue, étouffements, accès d’Angor] n’a réellement incommodé le malade que dans les derniers temps de sa vie et cependant elle existait sans doute depuis longtemps, tant il est vrai que l’artério-sclérose a une marche silencieuse et que l’examen le plus attentif avec cette absence de signes extérieurs menaçants, ne suffit pas toujours pour la reconnaître !
Dans son mémoire sur les Angines de Poitrine, M. Huchard cite
(1) Gazette des Hôpitaux. — 1886, n.° 25
ÉTIOLOGIE
deux observations tout à fait concluantes en faveur de l’importance réelle de l’artério-sclérose généralisée, comme cause prédisposante de l’Angine de Poitrine :