OBSERVATION CXXIX
(H. Huchard. Logo citato, p. 484 et 485.)
Hypertrophie du cœur par artério-sclérose généralisée. Symptômes de néphrite interstitielle. Signes de dilatation de l’aorte et d’insuffisance sigmoïdienne appréciables après les premiers accès d’Angor Pectoris.
J’ai été consulté il y a un an par M. P..., âgé de quarante-huit ans, banquier. Il présentait à ce moment une hypertrophie cardiaque considérable avec bruit de galop gauche des plus accentués. Le pouls était dur, concentré, presque bondissant ; ces caractères du pouls en l’absence d’affection aortique me firent d’abord penser à l’existence d’une néphrite insterstitielle à son début. Je constatai en effet un léger nuage albumineux dans les urines qui étaient assez abondantes et claires. Sous l’influence du régime lacté, ces traces d’albumine disparurent rapidement, et il ne me fut jamais possible, malgré des examens réitérés, d’en retrouver depuis les moindres traces.
Un jour, je fus appelé en hâte pour un « accès d'oppression formidable et d’anxiété extraordinaire », que le malade avait éprouvé le matin en se levant. J’appris alors que depuis plusieurs mois il avait eu plusieurs de ces accès, qu’on avait attribués à de l'asthme nerveux. Je ne fus pas alors de cet avis, surtout en m'appuyant sur l'état athéromateux du système artériel, sur l’existence de l’hypertrophie ventriculaire, et surtout sur la constatation que je fis alors d'une augmentation légère de la matité aortique, de battements artériels du cou, et aussi d’un réel état d’angoisse douloureuse, siégeant à la partie supérieure et antérieure du thorax. Je prévins dès ce moment la famille, et je formulai des craintes au sujet de l’imminence d’accès angineux.
Six mois après, je revis ce malade à la suite d’un voyage qu’il fit en Algérie et je constatai alors à la base du cœur l’existence d’un souffle doux, diastolique, révélateur d’une légère insuffisance aortique. Le bruit de galop n’avait pas disparu. On ne constatait pas de soulèvement anormal de la sous-clavière. Mais un symptôme nouveau s’était présenté : le malade ne pouvait marcher un peu vite sans être immédiatement arrêté par une douleur vive, pongitive, angoissante, qu’il éprouvait dans la région supérieure du cœur, avec irradiations dans le cou et la mâchoire ; il pouvait pour ainsi dire provoquer ses accès à volonté, et comme il lui arrive tous les jours d’aller prendre de son domicile, rue du Havre, le chemin de fer à la gare Saint-Lazare, il était souvent obligé, vaincu par la douleur, de s’an’êter plusieurs fois dans ce court trajet.
Dans ce cas, la constatation de l’affection aortique n’était devenue évidente qu’un assez long temps après les premières atteintes d’angine.