OBSERVATION CXXX
(H. Huchard. — Loc. cit., p. 485.)
Artério-sclérose généralisée. — Congestions pulmonaires. — Accès d’Ângine de Poitrine. Un autre malade, âgé de quarante-cinq ans, que j’ai suivi pendant plus d’un
an et qui a succombé aux progrès d’une aortite des mieux caractérisés, M. F.., architecte, me consulte en juin 1882 pour des vertiges fréquents et quelques « accès d’asthme » dont il souffrait depuis plusieurs années et qui avaient été ainsi caractérisés par plusieurs médecins. Je suis frappé de sa pâleur tégumentaire, de la dureté athéromateuse de son pouls radial, et l’auscultation que je pratique aussitôt, me permet de constater un souffle diastolique des plus nets à la base du cœur. Plus tard, des accès d’oppression survinrent, puis de violents accès d’angine de poitrine, auxquels le malade finit par succomber au mois de novembre dernier. Les accès angineux étaient toujours accompagnés d’une congestion pulmonaire subite, disparaissant rapidement et se manifestant par une véritable pluie de râles crépitants, très fins dans toute l’étendue de la poitrine, ainsi que par l’expulsion de crachats sanglants.
Ces trois observations, que nous pourrions faire suivre de plusieurs autres, démontrent clairement combien la présence de la sclérose artérielle ajoute à la gravité du pronostic. Il est rare, du re.ste (et il est facile de le constater par les nombreuses relations d’autopsies reproduites dans ce volume), il est rare, dis-je, que dans la moitié des cas de mort par accès d’Angor on ne trouve pas des désordres dépendant de cet état chez les individus d'un certain âge. — Cependant depuis que M. H. Huchard a institué son traitement par les iodures, nombre d’angineux sclérosés ont pu revenir à la santé et nous en citerons au chapitre du traitement plusieurs exemples un inédit entre autres dont nous devons la communication à l’obligeance bien connue du médecin de l’hôpital Bichat pour ses confrères.
D’après M. Péter, tous les vieillards sont porteurs de plaques athéromateuses ou scléreuses ou calcaires de l’aorte (1) et cette proportion s’élèvera de plus en plus à l’avenir avec ce vice abject de l’alcoolisme qui, comme la tache d’huile, s’étend chaque année davantage dans nos départements du Nord et règne aujourd’hui en maître absolu dans tous ceux où la culture de la vigne n’est pas possible. — Nos hôpitaux de Paris regorgent actuellement de cardiaques que cette soif de l’alcool y a conduits et y ramène sans cesse. Aussi peut-on, dès à présent, prédire l’insuffisance de ces asiles jusqu'à ce qu’un gouvernement prévoyant et ferme prenne, à la satisfaction de tous les hygiénistes, le monopole de la vente de l’alcool comme il a pris celui du tabac, et empêche de cette façon le débit quotidien et patenté de tous ces poisons violents, bus avec
(1) Péter. — Traité des maladies du cœur, t. I, p. 301.
ÉTIOLOGIE
réti([uette apparente d’eau-de-vie (1). Au-dessous de ce mot Cognac qui s’y étale g'iorieusement. on devrait lire ce sous-titre, invisible malheureusement pour le public, mais bien réel pour les médecins :
Poison mortel pour la raison et l’intelligence !
Eau de folie, eau de mort !
2® Angine de Poitrine par lésions des Vaisseaux
du Cœur
De toutes les causes d’Angine de Poitrine ce sont de beaucoup les plus fréquentes et les plus graves. — Aussi les étudierons-nous avec le plus grand soin. — L’extension de plus en plus considérable des maladies du cœur explique comment l’affection qui nous occupe se présente bien plus souvent qu’il y a trente ou quarante ans. \CAngor, intimement lié aux lésions cardiaques, est donc destiné à suivre comme elles, une progression toujours ascendante.
Les lésions des vaisseaux du cœur pouvant donner naissance à l’Angine de Poitrine, comprennent trois divisions. Dans la première, A, l’aorte seule est enflammée ; dans la seconde. B, les artères coronaires seules sont malades ; dans la troisième. G, l’aorte et les artères coronaires sont atteintes à la fois.
La première classe d’ Aortite comprend à son tour : P l’Aortite aiguë qui est tantôti diopathique, tantôt deutéropathique ; et 2° l’Ao?’tite chronique.
h’Aortite aiguë idiopathique nait sous l’influence de causes multiples, d’un rhumatisme articulaire aigu, d’un rhumatisme à frigore, d'excès, de dispositions diathésiques variées; l’Aortite aiguë deutéropathique complique habituellement l’athérome aortique.
Nous allons passer en revue successivement ces diverses lésions avec autant d’ordre et de méthode qu’il nous sera possible, et pour que l’esprit du lecteur ne s’égare point, nous mettons sous ses yeux le tableau synoptique de ces lésions dû au D'' Liégeois :
(1) « Il n’est pas, disait dernièrement M. Rochard, d’impôt plus légitime que celui qui pèse sur un vice; il n’en est pas en même temps de plus salutaire. Si la consommation reste la même, c’est le fisc qui eo bénéficie; si elle diminue, c’est l’hygiêne qui en profite. » Souvenons-nous aussi de ces paroles de M. de Bismarck redites à l’Académie par M. Dujardiu-Beaurnetz : « Tous les mauvais alcools de l’.Allemagne sont bus en France sous forme de vin. »
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