OBSERVATION CXXXIII
(H. Léger. — Résumée. — Par le D'' Liégeois, opéré citato).
Rhumatisme. — Aortite aiguë avec légère insuffisance aortique. — Angine de Poitrine. — Péricardite sèche. — Mort subite.
P..., couvreur, trente-cinq ans, étant soldat, il tombe à l’eau ; douleurs et gonflement aux coudes, aux épaules quatre jours après ; le rhumatisme articulaire dure deux mois et laisse après lui un peu d’essoufflement. Excès alcooliques ; plus tard, il y a trois ans, accès de fièvre quarte en Afrique, guéri.s par le sulfate de quinine.
Il y a six mois, se trouvant en bonne santé, palpitations et douleur dans les deux bras, que semblait relier entre eux une barre transversale. Accès revenant périodiquement tous les dix jours à sept heures du soir, sans cause provoquante ; traité par vésicatoires et teinture de digitale.
Entré le !«“■ février 1876 à l’hôpital, service de M. Bucquoy, il y reste trois jours sans ressentir son accès douloureux.
Il reprend son travail du au 15 mars, mais une gêne épigastrique, sans oppression toutefois, le lui fait abandonner. La marche contre le vent lui est impossible.
Il rentre à l'hôpital ; gêne rétro-sternale dans la respiration, pupille gauche plus petite que la droite, battements artériels énergiques au cou, mais sans dilatation veineuse.
Pouls radial régulier, bondissant, retombant brusquement, égal des deux côtés ; le sphygmographe donne du côté gauche une ligne beaucoup moins élevée qu’à droite ; la ligne d’ascension est perpendiculaire, terminée par une pointe aiguë, sans crochet ni plateau, et la ligne de descente est aussi brusque.
Au cœur, impulsion vigoureuse, matité très étendue. Battements sourds avec ébranlement marqué de la région précordiale.
Le 4 février, léger bruit de souffle systolique et diastolique aspiratif. Le bruit de souffle systolique va se renforçant un peu vers la base qu’il franchit pour se propager le long de l’aorte ascenlante.
Le 18, léger œdème péri-malléolaire, disparaissant le 22, après l’administration de la digitale.
Le 26 au soir, il se plaint d’avoir éprouvé par trois fois dans’’la journée cette sensation de barre à la partie supérieure du sternum, qu’il compare à des crampes, à des tiraillements très douloureux, mais n’augmentant pas son oppression. Ces douleurs se propagent dans les deux bras, surtout à gauche, mais sans dépasser le coude. Elles apparaissent et disparaissent tout à coup après cinq ou six minutes de durée, tandis qu’autrefois e'ies duraient cinq ou six heures. Pendant ces petites crises, palpitations retentissantes, surtout à l’épigastre au cou et dans les membres. (Potion avec iodure de potassium, 0 gr. 75). La dyspnée considérable est soulagée par une piqûre de morphine.
29 mai. — Persistance des crises douloureuses et des symptômes locaux (Kbr. quatre grammes).
8 juin. — Les redoublements douloureux ont cessé depuis quelques jours, mais le malade se plaint constamment d’une barre à l’épigastre et d’une constriction l’empêchant de se baisser.
DE l’angine de POITniNE
Le 1 1 juin on note sur tout le trajet de l’aorte ascendante que le premier bruit est roulé plutôt que soufflant, et que le second est devenu nettement soufflant. Les crises douloureuses ne sont pas plus fré(juentes, le malade les prévoit en ressentant dans le bras gauche une douleur débutant au dedans du coude, s’étendant vers l’épaule et se prolongeant bientôt en barre transversale au devant de la poitrine. Ordinairement, la douleur prémonitoire, au lieu de débuter par le bras, commence par la poitrine.
Le 19. — Accès plus fréquents, inégalité accentuée des pupilles, double bruit de soufflet très net au niveau de la partie supérieure du sternum, signes d’emphysème et de congestion pulmonaires, vomissements.
Du 22 au 30, augmentation de la dyspnée, vomissements, état général misérable, double bruit de souffle plus accentue, sans augmentation de la matité aortique, bruit de souffle à l’auscultation des crurales. Retour des paroxysmes douloureux.
l'"' juillet. — Crises plus éloignées. Expectoration visqueuse et collante.
3 juillet. — Le malade, très irritable, n’est bien dans aucune position, souffre de partout ; membres brisés, sensation de chaleur rétro-sternale intolérable, s’étendant à toute la région antérieure du thorax, surtout vers la base de la région précordiale, et le malade y promène une vessie de glace pour se soulager un peu.
4 juillet. — Plongé dans cet état de souffrance continue, sans redoublement cependant, il se leva brusquement sur son séant en criant : « de la fraîcheur, » et il retomba mort sur son lit.
Autopsie. — Saillie énorme du cœur; péricarde pariétal sain. Après l’incision du péricarde, on trouve derrière l’aorte quelques filaments tenus avec des petits dépôts grenus, rosés, formant deux ou trois îlots au niveau de l’angle de jonction du péricarde avec la partie postérieure de l’aorte et au-devant de la branche droite de l’artère pulmonaire ; aspect légèrement hérissé tout le long de la portion péricardique de l’aorte et de l’artère pulmonaire. Derrière l’aorte, les deux feuillets du péricarde sont très vascularisés.
Cœur très hypertrophié (87.5 gr.l aux dépens du ventricule gauche.
L’aorte fait dans le péricarde une légère saillie globuleuse au niveau de laquelle on a déjà noté les signes de péricardite qui y existaient. La tunique externe est épaisse, sans taches ecchymotiques, mais l’artère est en somme peu dilatée et ne présente pas plus de quatre-vingt-deux millimètres de tour. A son intérieur, elle est remplie par un caillot non adhérent, agonique. Les valvules sont rapprochées, ne laissant pas entre elles au centre, un intervalle plus grand que deux ou trois millimètres, et l’expérience de l’eau montre aussi que l’insuffisance est peu prononcée. Ces valvules, dont le bord est un peu rigide, sont saines.
La surface interne de l’aorte est d’une teinte jaune, un peu terne, sur laquelle se détachent des îlots moins pâles, de consistance élastique, ayant pour la plupart le caractère des plaques gélatineuses et faisant un relief notable dans l’intérieur du vaisseau. La première portion de l’aorte en est toute parsemée, surtout à son origine, et ne présente pas entre ces saillies de plaques crétacées. Au-dessus de la valvule sygmoîde gauche, la paroi du vaisseau a cédé dans toute son épaisseur en formant un godet rendu irrégulier par des plaques molles un peu élastiques, surplombant sa face interne. Sur la gauche de cette
étiologie
ampoule existe une tache violacée ecchymotique. La coronaire gauche nait à trois millimètres et ne parait pas avoir changé de calibre à son origine. Audessus de son embouchure existent trois ou quatre petits points jaunes, saillants, gros comme une tête d’épingle.
L’examen microscopique des lésions de l’aorte montrait bien le processus aigu qu’elles avaient subi. La tunique interne était épaissie dans sa totalité, présentant au niveau des plaques gélatineuses, un ronflement considérable au niveau duquel seulement existaient des cellules embryonnaires dans les couches les plus superficielles. La tunique moyenne était elle-même infiltrée par places, de cellules embryonnaires et notablement plus épaisses.
Enfin, la tunique externe, participant aux mêmes altérations, présentait surtout de nombreux vaisseaux et des ilôts encore plus nombreux d’élements embryonnaires, infiltrés jusque dans ses couches les plus externes.