‹ Traité de l'angine de poitrineChapitre 64 sur 110 · OBSERVATION CXXXVI · texte numérisé non relu

OBSERVATION CXXXVI

(Poulin. — De l’aortite aiguë. — Gaz. hehd. de Méd. et de Chir. no 1, 1879, p. 6J.

Aortite aiguë. — Accès d’Angine de Poitrine. — Mort subite.

Le 16 novembre au soir, la nommée Justine Juliers entrait à l’bôpital Necker, service de M. Blachez, dans un état des plus graves.

Au moment de son arrivée, cette femme était bien oppressée ; elle accusai! une douleur excessivement vive à la région précordiale, en un mot, paraissait en proie à une crise d’Angine de Poitrine. Pourtant les symptômes alarmants cessèrent et le lendemain, à l’heure de la visite, la malade était calme.

Cette femme n’a jamais eu de rhumatisme articulaire aigu, mais depuis plus d’un an, elle se plaint de palpitations avec une sensation presque continuelle de constriction à la région précordiale. De plus, elle accuse depuis huit mois des accès d’Angine de Poitrine qui sont devenus surtout fréquents depuis quelques semaines. La malade décrit parfaitement ces crises, constituées par une douleur très vive à la région du cœur avec irradiation dans le bras. J... présente une teinte subictérique très prononcée, c’est une femme de quarante ans, paraissant d’ailleurs vigoureuse.

Le cœur est volumineux, la pointe nettement abaissée. A l’auscultation, on est frappé immédiatement par le timbre particulier des bruits. Le second bruit est éclatant, retentissant, spécialement à la base du foyer aortique. De plus, il y a un souffle systolique léger, prononcé surtout à la base, au foyer aortique. Pas de bruit de souffle appréciable au second temps, le pouls est fort, sans irrégularités, les pulsations des deux radiales sont isochrones.

L’auscultation de la poitrine révèle l’existence d’un épanchement limité à la base du côté droit ; il y a en ce point de la matité, du souffle et de l’égophonie extrêmement nets. L’épanchement, d’ailleurs, est localisé et ne remonte certainement pas jusqu’à la partie moyenne de la poitrine (vésicatoire au nivœau de l’épanchement. — Potion avec 0,20 de feuilles de digitale en infusion.

La journée du 17 se passe sans nouvel accès d’Angine de Poitrine.

Le 18, à neuf heures du soir, la malade est prise de la même crise qu’au

DE l’angine de poitrine

moment de son entrée, douleur précordiale, anxiété, etc. A minuit elle est calme, demande à boire à la religieuse puis s’affaisse tout à coup et meurt.

Autopsie. — Epanchement remplissant la moitié de la plène droite ; hypertrophie du ventricule gauche ; léger épanchement intra-péricardique. Il n’y a pas de lésion des valvules auriculo-ventriculaires. Les valvules aortiques sont épaissies, mais non déformées et relativement peu malades. En versant de l’eau par l’aorte, on constate un degré très léger d’insuffisance. A la partie centrale, entre les trois valvules, reste un petit orifice par lequel l’eau s’écoule dans le ventricule.

Dilatation nette de la portion ascendante de la crosse aortique ; la circonférence du vaisseau mesuré au niveau de la portion ascendante, donne 0™10 cent. La surface interne est irrégulière, comme chagrinée. Immédiatement au-dessus des valvules sigmoïdes, près des orifices des artères coronaires, on constate deux ou trois petits points athéromateux, présentant l’aspect et la consistance de véritables plaques d’athérome avec calcification. Au-dessus, les lésions sont plus jeunes, on voit des bosselures ou plutôt des plaques saillantes, de consistance fibreuse ; nulle part dans la portion ascendante de la crosse, celle-ci ne présente l’aspect lisse et poli babituel. Ces lésions s’observent surtout dans toute l’étendue de la crosse aortique, mais sont beaucoup plus prononcées dans la portion ascendante.

Nous avons pratiqué des coupes après durcissement dans un des points où les lésions paraissaient le plus accentuées sur un fragment pris au niveau de la portion ascendante de la crosse. L’examen de ces préparations colorées par le picro-carminate, nous montre de la manière la plus nette que nous avons eu affaire à un processus inflammatoire aigu. La tunique interne est épaissie et irrégulière. Les lésions au niveau de cette tunique ne paraissent pas tout à fait récentes. On voit de nombreuses cellules fusiformes allongées dans le sens de la direction du vaisseau ; par places seulement, se remarquent de petits îlots de cellules embryonnaires rondes. Les lésions sont plus prononcées et l’inflammation plus aiguë au niveau de la tunique moyenne. Il y a, en effet, une véritable infiltration embryonnaire de cette tunique ; les lames élastiques sont écartées et pour ainsi dire dissociées. En de nombreux points, des traînées de cellules embryonnaires, pressées, s’étendent de la tunique externe à la tunique élastique, et viennent se terminer sur les limites de la tunique interne. Les mêmes lésions inflammatoires aiguës s’observent sur la tunique externe, de plus, en ce point, se voient des coupes de vaisseaux en quantité notable.

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