OBSERVATION CXXXIX
(’Walter-Moxon. — Croonian lectures on the influence of the circulation on the nervous système. The Lancet 1881. In Mémoire cité du D’’ Liégeois)
Aortite aiguë chez une enfant. — Accès d’Angine de Poitrine suivis de mort.
Il s’agit d’une enfant de onze ans qui succomba à des accès répétés à'Angor Pecloris et à l’autopsie de laquelle on trouva une aortite des mieux caractérisées, sans altération des artères coronaires ni des valvules aortiques. Les nerfs cardiaques étaient en rapport immédiat avec les parties enflammées.
Ainsi que cela arrive souvent quand la maladie a duré un certain temps, il y avait ici une névrite cardiaque accompagnant l’aortite.
Il n’est pas rare de rencontrer, comme nous l’avons noté dans l’observation du D’’ Poulin, des plaques fibreuses, athéromateuses ou calcaires suivant l’âge de la maladie et la constitution du sujet.
OBSERVATION CXL (D'' Liégeois. — Mémoire cité)
Aorlile à frigore — Douleurs rétro-sternales. — Signes de rétrécissement aortique reconnu après quelques jours. — Accès d’Angine de Poitrine pendant des efforts de
défécation.
Jeune homme de vingt-deux ans, artilleur dans un régiment à Paris, pas de syphilis ni de rhumatisme, fume peu.
Le 30 novembre 1876, en rentrant de l’exercice où il avait eu chaud, il se iléshabille dans la chambrée, près d’une fenêtre grand’ouverte, et reçoit en jdeine poitrine le vent froid du nord. Un quart d’heure après, il est pris d’un violent frisson accompagné de ce qu’il appelle un point de côté gauche au niveau du cœur avec vives douleurs au creux épigastrique ; en même temps ijue ces symptômes douloureux, il avait des palpitations et de l’essoufflement.
Le médecin du régiment envoya cet artilleur à rinfirmerie où il lui fit appliquer un vésicatoire sur la région précordiale, au-dessus du mamelon gauche ; et après quinze jours, la fièvre étant continue, il l'envoya à l’hôpital Saint- Martin, dans le service de M. le médecin principal Molard.
Le diagnostic inscrit sur la feuille de maladie par M. Molard, fut : « Rétrécissement aortique ; herpès circiné dans le triangle sus-claviculaire droit, (cette dermatose contagieuse existait, parait-il, au 3e d’artillerie).
De fait, le malade qui a eu, comme on le voit, des symptômes d’aortite subaiguè révélés jusqu’à présent par des douleurs rétro-sternales, de l'essoufflement, quelques palpitations sans douleurs dans le trajet des nerfs phréniques, présente le 14 décembre 1876, époque à laquelle je l’examine, une hypertrophie considérable du ventricule gauche, et au foyer des bruits aortiques au premier temps, un bruit de souffle rude se propageant du côté de la carotide ; le pouls radial petit, serré, est à 120.
DE l’angine de poitrine
Le 16 décembre, cet homme, au moment où il faisait des efforts très modérés de défécation, est pris tout à coup d’une douleur sternale des plus intenses, s’étendant à l’épaule gauche et à la partie interne du coude correspondant ; il est dans une angoisse indicible, le fantôme de la mort se dresse devant lui. Assis sur la chaise percée, il baisse le corps en avant, les deux poings crispés de chaque côté des cuisses. Son accès à'Angor a duré cinq minutes.
Ne l’ayant jamais revu, je ne sais ce qu’il est devenu.
OBSERVATION CXLI (résumée)
(H. Léger. — Opéré citato, p. 104-105)
Aortite aiguë. — Mort dans le premier accès d’Angine de Poitrine.
X..., trente-quatre ans, ménagère, n’a jamais été malade, sans accidents rhumatismaux, était venue à la consultation pour des malaises et une dyspnée légère, dont on n’avait pas trouvé la cause, quand elle revient quelques jours après complètement anhélante et réclamant son admission.
Face pâle, sueurs froides, lèvres bleuâtres, douleur très vive dans le côté droit, difficulté de respirer, pas de fièvre, pouls petit, rapide, égal des deux côtés. Pas de matité pleurétique, murmure vésiculaire pur, exagéré, masquant l’auscultation du cœur, où on ne perçoit pas de bruit de souffle. Vomissements bilieux.
La douleur devenant intolérable se prolonge dans le bras droit et jusqu'au bout des doigts ; lèvres livides, mort apparente, conjurée par des ventouses sur la poitrine. La respiration la ranime un instant, mais une douleur vive survient au cou du côté droit, la pression sus-claviculaire au niveau du phrénique est très douloureuse des deux côtés, surtout à droite. Puis survient une douleur horrible à l’épigastre, qui va, dit-elle, la faire mourir de suite. Une injection de morphine ne la calma point, les inspirations deviennent rares et la malade meurt.
Autopsie. — On trouve: 1“ dans le péricarde, 200 grammes de sérosité ;
2® une altération aortique très marquée ; valvules épaisses, indurées mais suffisantes. Elles ont une coloration jaunâtre, s’étendant par ilôts sur la base de la valve mitrale postérieure. Orifice aortique rétrécie, admettant à peine le , petit doigt. Au-dessus, l’aorte est jaunâtre, épaisse, marbrée d’ilots ; malbeu- j reusement, l’embouchure des artères n’a pas été examinée. î
Dans beaucoup de cas d’Angine de Poitrine, dit M. Léger, les crises doulou- ^ reuses de l’aortite ressemblent en tout point à celles de l’Angine de Poitrine. | Elle; en offrent toutes les variétés d’intensité, de durée et d'irradiations... On t a voulu établir une différence entre ces accès douloureux survenant dans l’aor- > tite et les accès d’Angine de Poitrine, sous la dépendance d’une autre cause, i La différence est si difficile à saisir, s’il en existe quelqu’une, que nous renonçons à vouloir l’établir. Ce qui présente sans conteste un caractère particulier dans l’aortite, c’est la manière d’être de ces accès qui n’éclatent pas subitement | sans signes précurseurs au milieu d’une santé parfaite, mais qui viennent se | surajouter tout à coup à une dyspnée gênante, à un sentiment de lourdeur, de | poids permanent, quelquefois à une brûlure ou une déchirure dans la région j rétro-sternale ou épigastrique accompagnée d’une angoisse extrême, de sueurs J froides et de craintes de la mort. Tels sont les signes caractéristiques de l’aor- >
ETIOLOGIE
lite, ses symptômes primitifs, mais cpiand il s’y joint des irradiations douloureuses à l’f^paule, au bras, à la main gauche, il devient tout à fait impossible de déclarer, comme le dit M. Châtelain, où finit la douleur de l’aortite et où ommence l’Angine de Poitrine. Ce qui est d’autant plus difficile que l’aortite (et on en trouvera plusieurs exemples dans les observations que nous citons), limitée et même parfois diffuse, ne se révèle par aucun de ces symptômes ; sa première manifestation est un accès d’Angine de Poitrine, et il arrive que cette première attaque emporte le malade. Plusieurs cas d’Angine de Poitrine, considérée comme essentielle, sont dus à cotte altération existant à l’état latent. Plus souvent, cependant, les accès deviennent plus fréquents, apparaissent après le rejjas, après une émotion, se rapprochent, ébranlent et minent l’état général jusqu’à ce que la mort arrive subitement.
OBSERVATION CXLIl (personnelle)
Aortite chronique avec poussée d’aortite aiguë. — Angine de Poitrine. — Mort.
Le 1 1 août 1860, je suis appelé dans la nuit au village de Chaumontet, auprès du sieur Roudy, ardoisier, 48 ans, nervoso-sanguin, robuste jadis, mais présentement assez débilité. Voici les symptômes que j’observe ; la face est pâle, bouille, teri'euse, les lèvres et les gencives ne sont pas cependant décolorées ; le malade est assis sur une chaise, les yeux fermés, la poitrine et le cou découverts, les traits exprimant une angoisse très pénible, la respiration est fréquente mais peu profonde, non point que l'air pénètre avec dilïiculté dans la poitrine, mais parce qu’il craint en dilatant la poitrine de rendre la douleur plus aiguë — cris plaintifs, inarticulés, se succédant sans cesse. J’interroge le malade et lui demande où il souffre, il me fait signe qu’il ne peut parler et me désigne te côté gauche du sternum et le côté gauche du cou. C'est avec sa main droite qu’il m’indique les points douloureux; le bras gauche étant engourdi et douloureux, le malade ne le remue qu’avec crainte. Le pouls est à 80.
J’apprends de sa femme qu’il est malade depuis vingt-cinq jours, qu’il s’est ilécidé avec peine à consulter un médecin. Sa maladie a débuté un jour qu’il gravissait une de ces petites échelles dont les ardoisiers se servent pour couvrir 1 ,'s toitures ; il ressentit une violente douleur au cœur, resta immobile, et ne redescendit péniblement à terre que lorsque le mal se calma, après être resté pendant quelques minutes dans une anxiété extrême. Un quart d’heure après, il ne ressentait aucun mal, à l’exception d’un sentiment de fatigue dans la poitrine. Ses crises se renouvelèrent peu de jours après. La marche les provoquait; d’une vivacité sans égale, il ne put bientôt plus supporter une émotion ou se mettre en colère sans ressentir dans le cœur comme un coup d’épée et avoir un accès. Ses forces diminuèrent, bien que dans l’intervalle des accès, son appétit se soutint. Le médecin appelé par lui, constatant une insuffisance des valvules et de l’irrégularité dans le pouls, prescrivit d’abord des granules de digitaline et de la valériane en infusion. Puis, l’anémie se dessinant de plus en plus, de la bouffissure se montrant au visage, il y joignit du sirop de quina au Bordeaux et des préparations ferrugineuses ; il n’avait jamais été témoin d’un paroxysme.
Pendant les trois jours qui précédèrent la nuit où je fus appelé, R.,, eut
DE l’angine de poitrine
quatre crises, dont les unes survinrent pondant qu’il gravissait les escaliers conduisant à sa chambre, les autres à la lin des repas ou lorsqu’il montait sur son lit. Le dernier accès s’est montré à six heures et demie du soir, après avoir bien dîné, seulement, de plus qu’à l’habitude, il a éprouvé une grande suffocation et des contractions douloureuses de l’estomac suivies de vomissements muqueux. Cette attaque a duré un quart d’heure et le malade est resté calme jusqu’à huit heures et demie, mais en voulant remonter sur son lit, le mal reparaît. C’est alors qu’on m’envoie chercher, étant bien plus près que son médecin habituel, qui demeurait à Angoulême.
J’attendis un quart d’heure, mais l’attitude du malade, son état d'angoisse, m’avaient fait reconnaître une Angine de Poitrine. Roudy put enfin me répondre par monosyllabes, à voix basse et en se hâtant ; bientôt des éructations survinrent, et le malade calmé put me raconter son histoire. Je percutai la région du cœur ; son volume n’a que légèrement augmenté, cependant ses contractions, modérées sans doute par la digitaline, sont énergiques et appréciables à la main. J'auscultai, et reconnus un bruit de souffle suivant immédiatement le premier temps et pouvant être ainsi noté ; tic-ouh-tac, ce qui me révélait un rétrécissement de l’orifice de l’aorte. Pour mieux me convaincre que c’est bien le cœur gauche qui est atteint, je mets mon oreille sur le côté droit de la poitrine, et ce bruit disparait pour faire place au tic-tac naturel du côté droit. Pour en être plus certain encore, je cherche et je trouve le prolongement de ce bruit morbide dans les artères. D’autres signes me prouvent encore qu’il n’y a point de rétrécissement de l’artère pulmonaire, les veines du cou ne sont point distendues comme elles devraient l’être si cette disposition pathologique existait. Les lèvres ne sont pas violacées, le visage n’est pas marbré de taches, enfin les pieds ne sont pas œdématiés et les poumons sont sains.
Je demandai à Roudy s’il n’avait pas eu d’antécédents goutteux ou rhumatismal, il m’assura que non ; donc pas d’endocardite arthritique. J’avais donc réellement affaire à une Angine de Poitrine : la violence de la douleur, l’engourdissement du bras gauche, l’anxiété profonde du malade me le démontraient, mais qu’elles étaient sa cause, sa nature, il y avait sûrement un rétrécissement aortique, mais cela suffisait-il pour l’occasionner? N’y avait-il pas ime véritable aortite ? Celle-ci n’avait-elle pas déterminé à son tour un rétrécissement, une oblitération peut-être des artères coronaires, en s’étendant jusqu’à elles ? Autant de points indécis presque impossibles à reconnaître, à préciser. La digitaline avait bien pu ralentir, régulariser les battements du cœur, diminuer son état maladif et retarder un moment la réapparition des attaques, mais elle était insuffisante contre la cause première du mal, l’affection cardiaque qui, à en juger par le tableau que j’avais sous les yeux, devait être grave. Il y avait là une épine maladive existant sans doute depuis plusieurs années. L’état d’anémie profonde de Roudy et la pauvreté de son sang, en laissant le système nerveux prédominer à son aise, avaient dû aussi favoriser l’apparition de la névrose.
Fort embarrassé, et cela se comprend, à une époque (nous étions en 18G0) où la pathogénie de VAngor était bien plus obscure que de notre temps, et où la médication était loin d’être aussi riche qu’aujourd’hui, je conseillai des pilules d’opium et de belladone, à doses fractionnées, mais répétées toutes les demi-heures, un liniment chloroformé sur la région du cœur, une immobilité
ÉTIOLOGIE
complète, un silence absolu et la station assise, J’espérais, sans troj> y compter, que les narcotiques calmeraient la douleur, mais deux heures après, on m’appelle de nouveau pour visiter Roudy, repris de la même manière et avec la même violence qu’auparavant. J’accours ; la scène morbide était la même, seulement le pouls plus petit était plus fréquent. J’essaye les inhalations d’éther et de chloroforme, elles ne sont pas supportées par le malade. J’applique au-dessous du sein des ventouses que je scarifie légèrement, des sinapismes aux pieds, le calme revient. J’en profite pour établir sur le point douloureux un vésicatoire instantané, au moyen de l'ammoniaque, puis je le panse avec de la morphine, et je laisse enfin, vers huit heures et demie du matin, mou malade plus calme ; il a même pu se coucher. Mais le reste de la journée n’est qu’une alternative cruelle de crises aiguës suivies de périodes de calmes de moins en moins longues. Le malade s’impatiente, s’agite, pousse des cris inarticulés, se plaint d’élancements au cœur. Les vomissements muqueux reparaissent, la respiration s’accélère, devient de plus en plus incomplète, le pouls est petit, fréquent, de plus en plus irrégulier, la douleur acquiert un degré de violence inouïe, les extrémités se refroidissent et Roudy expire à trois heures et demie de l’aprèsmidi dans cet état que M. Muchard a si ingénieusement appelé Etat de mal Angineux et dont nous citerons plus loin une très belle observation.
Je n’hésite pas à croire que chez lui il y avait inflammation et rétrécissement de l’aorte, et peut-être oblitération des artères coronaires, ce qui aura précipité ^a lin.
Du reste, on voudra bien remarquer l’analogie qui existe entre notre observation et l’observation suivante si complète et si concluante, relativement à l’influence étiologique de l’aortite sur l’Angine de Poitrine, relatée par MM. Hucbard et Pennel, dans la Revue de Médecine.
Nous allons la reproduire ici en entier, car elle montre combien il est difficile parfois de constater l’existence d’une aortite même avancée. On verra ainsi combien le rôle de cette maladie peut rester effacé, et son action occulte pendant la vie, bien que ses effets aboutissent à une véritable transformation des tissus aortiques, que dis-je, à leur destruction quasi complète, clairement démontrée par les altérations observées après la mort.
OBSERVATION CXLIII (Docteurs H. Huchard et Pennel. — Loco citato.)
Angine de Poitrine chez un syphilitique et alcoolique ; aortite chronique avec poussée d’aortite aiguë. — Mort rapide. — A l’autopsie, aortite oblitérante, en plaques, ayant déterminé le rétrécissement des artères émergeant de la crosse aortique et surtout celui d’une artère coronaire. • — Anomalie artérielle. — Mécanisme de la mort par ischémie cardiaque.
Le nommé G..., Adrien, âgé de trente-deux ans, chauffeur, entre à l’hôpital Ténon, service de M. Huchard, salle Barlh, numéro 18, le 6 février 1883.
DE l’angine de poitrine
C’est un homme de taille moyenne, rob'uste, fortement musclé. 11 a contracté la syphilis en 1871, époque à laquelle il fut soigné à l'hôpital du Midi pour un chancre infectant. Le traitement consista en pilules d’hydrargyre à prendre chaque jour. Bien que le malade ait suivi ce traitement seulement pendant deux mois, il ne parait jamais avoir présenté d’accidents secondaire ou tertiaire. Militaire pendant cinq années, dont deux passées en Afrique, il se livrait fréquemment à, des excès alcooliques et buvait beaucoup d’ab.sinthe.
Ün ne note aucun accident de malaria ou de rhumatisme dans ses antécédents pathologiques.
Il est venu à l’hôpital pour des douleurs vagues qu’il ressent depuis un mois dans la poitrine, douleurs survenant pendant son travail, accompagnées d’irradiations dans le bras gauche, le coude et les deux derniers doigts de la main gauche. Ces douleurs obligent le malade à s’arrêter quelques instants, puis tout se passe, et le travail peut être assez rapidement repris. Il n’a jamais éprouvé ni palpitations ni dyspnée. Depuis que ces sortes d’accès douloureux ont apparu, l’appétit a notablement diminué, le sommeil est devenu moins bon, et, quand il se présente à l’hôpital le 6 février, nous le trouvons dans l’état suivant :
N’étaient les douleurs et une sorte d’oppression vague qu’il accuse dans la poitrine, notre homme parait bien portant, robuste et vigoureux, sans œdème des membres inférieurs, sans cyanose ni pâleur de la face. Le pouls est bon, calme, régulier, normal ; l’artère radiale ne présente pas la dureté de l’athérome ; la peau est fraiche, il n’y a pas de fièvre; la langue est couverte d’un léger endidt saburral, l’appétit médiocre. Les poumons et le cœur sont en parfait état ; ni à la pointe, ni à la base dans la région aortique, on ne consatle de phénomènes anormaux ; il n’y a pas trace d'hypertrophie cardiaque.
Les urines sont claires, assez abondantes, sans albumine.
Le matin, au lever, le malade a des pituites fréquentes, et son sommeil est troublé par des cauchemars et des visions presque constantes.
Il est d’abord soumis au régime lacté pendant trois jours, durant lesquels l’oppression précordiale s’amenda sensiblement. Le samedi 10 février, il demande à manger, car il a, dit-il, grand appétit; la permission lui en est accordée, et dans la journée il mange avec plaisir, puis descend avec ses voisins au jardin, où il joue même avec entrain.
Le dimanche 1 1 février, à la visite du matin, il se plaint de nouveau à l’interne du service de gêne dans la région précordiale avec quelques douleurs légères dans le bras gauche. Il mange cependant à onze heures avec assez d’appétit; mais la surveillante a remarqué pendant le déjeuner, que le visage de cet homme, ordinairement coloré, était manifestement devenu pâle. Puis il descend encore au jardin et fume plusieurs cigarettes, en se plaignant toujours d’un poids sur la poitrine. A une heure environ, il remonte dans la salle, située au deuxième étage, et pour faire ce trajet, les étouffements qu’il ressent le contraignent de s’arrêter trois fois en route. Il se couche alors et, depuis une heure jusqu’à trois heures, cause avec les personnes qui lui rendent visite. Pendant ce temps, la gêne respiratoire avait diminué. A trois heures, il va dans le salon des malades, fume encore et joue avec des camarades. A cinq heures, il dine sans trop se plaindre. Vers sept heures et demie, il dit au garçon de la salle
ÉTIOLOGIE
qu’il a un poiils énorme au devant du cœur et fait appeler la surveillante. Quand cette dernière arrive, vers huit heures du soir, elle trouve le malade dormant paisiblement. A neuf heures, il s’éveille brusquement, il se plaint d’une violente angoisse, éprouve une douleur atroce avec sensation d’étouffement dans la région précordiale, se tordant dans son lit et appelant à l’aide ; une surveillante de nuit lui applique un sinapisme au devant du cœur ; à peine est-il placé : « Otez-moi cela, je soul'fre horriblement dans le dos, j’étouffe, » Pendant ce temps, le malade devenait violacé et portait constamment les mains au devant de la poitrine comme pour y arracher un poids insupportable. Cet état (le crise douloureuse, avec angoisse, se prolongea, avec des répits divers, jusque vers onze heures et demie du soir ; à aucun moment durant celte attaque terminale le malade ne se plaignit de douleurs dans le bras. C’était toujours à la poitrine et surtout à la région précordiale, sous le sternum, qu’il accusait de terribles souffrances. A onze heures et demie seulement, on pense à demander l'interne de garde. Celui-ci arrive aussitôt; mais 1e malade ne parlait déjà plus, il était cyanosé et couché sur le côté ; il fit encore trois ou quatre inspirations profondes et succomba malgré des injections d’éther qui lui furent immédiatement pratiquées.
A Vautopsie, faite trente-deux heures après la mort, on remarque la couleur encore violacée du cadavre ; la face parait boullie.
L’ouverture du thorax est faite suivant le procédé ordinaire, en enlevant un jdastron sternal. On trouve les poumons fortement congestionnés, laissant écouler un sang très noir à la coupe. Ce qu’il y a de particulier, c’est l’absence d’ecchymoses pleurales et pjéricardicjues, tandis qu’ü existe sur le trajet de l’aorte, depuis sa naissance jusqu’aux piliers du diaphragme, une injection énorme se traduisant par un lacis vasculaire extrêmement marqué. En outre, dans la gaine de l’artère, au niveau du péricarde péri-aorticjue, on trouve de ( ecchymoses au nombre de quatre, situées l’une entre la naissance du tronc brachio-céphalique et la carotide primitive gauche, et trois autres plus bas, à deux centimètres environ l’une de l’autre, placées toutes dans la gaine du vaisseau, mais à sa partie postérieure. Elles sont d’une grande netteté ; leur surface est à peu près égale à celle d’une lentille.
En disséquant l’aorte, on trouve une vascularisation très marquée des organes qui l’avoisinent ; cependant la congestion ne parait pas atteindre le voisinage des nerfs pneumo-gastriques.
A la partie terminale de la crosse aortique, au moment où elle devient verticale, il existe dans son intérieur une grande plaque ü’aortite, longue de trois centimètres et demi suivant l’axe du vaisseau et large de deux centimètres à peu près. Cette plaque est située à la partie latérale gauche et un peu en arrière de l’aorte; elle fait une saillie très marquée dans l’intérieur du vaisseau et n’est nullement calcaire ; elle présente une consistance gélatino-fibreuse, de couleur gris blanchâtre, à bords irréguliers et surélevés. Une coupe fraiche examinée au microscope a montré une prolifération très abondante du tissu conjonctif au niveau de la tunique interne, et un épaississement marqué de la tunique moyenne ; la tunique externe est elle-même légèrement épaissie, et le tissu conjonctif y est plus abondant qu’à l'état normal. Il n'existe pas au niveau de la plaque d’aortite, de dégénérescence graisseuse ou calcaire.
DE l’angine de poitrine
En continuant d’inciser le vaisseau dans la direction du ventricule gauche, on trouve une autre plaque d’inflammation au niveau précis de la naissance de la carotide primitive gauche ; aussi le calibre de cette artère est-il très rétréci et ne présente-t-il plus que le tiers à peine de l’ouverture normale. Cette plaque fait le tour complet de la carotide, mais ne s’étend pas à plus d’un demi centimètre dans son intérieur. Elle est aussi fibreuse et non calcaire.
Plus bas encore, nous remarquons à la naissance de l’aorte, dans toute la largeur du vaisseau, sur une hauteur de trois centimètres, dépassant de un centimètre et demi le bord libre des valvules sigmoides, une surface boursouflée de couleur gris blanchâtre, à bord supérieur sinueux, un peu dure au toucher, mais non calcaire. Il semble donc qu’on ait affaire à de l’aortite relativement récente.
Celte inflammation de l’aorte a produit un rétrécissement considérable du calibre des artères coronaires. Ces artères elles-mêmes offrent une particularité importante : ainsi on ne trouve qu’une seule coronaire naissant au niveau du bord libre des valvules ^igmoîdes ; elle a son ouverture tellement diminuée sous l’influence de l'inflammation de l’endartôre qu’à peine on peut y passer la pointe d’un très fin stylet de trousse. Immédiatement après, le calibre s’élargit et reprend son diamètre normal. Cette artère coronaire nourrit à la fois et le sillon auriculo-ventriculairo et les deux sillons interventriculaires droit et gauche ; à peine née, elle se bifurque; une branche suit le sillon auriculo-ventriculaire et donne un gros raftieau au sillon postérieur du cœur ; l’autre nourrit le sillon antérieur. On trouve plus haut dans l’aorte, à deux centimètres au-dessus de l’artère coronaire, l’ouverture extrêmement petite d’un autre vaisseau, mais qui ne paraît pas se rendre dans les parois cardiaques.
Le cœur lui-même ne présente aucune altération. Pas de caillots. Le muscle cardiaque est sain ; il ne parait pas anémié ; cependant il a une apparence pâle et présente à son extérieur un peu de surcharge graisseuse. Pas de lésions inflammatoires sur la mitrale ou la tricuspide. Les valvules aortiques sont parfaitement suffisantes et ne portent pas la moindre trace d’inflammation.
Le muscle cardiaque, examiné au microscope, a été trouvé absolument sain.
Tous les autres organes sont très congestionnés : les reins, le foie, la rate, la pie-mère, le cerveau, le bulbe ; mais ils ne présentent aucune altération.
Le plexus cardiaque n’a pas été examiné au microscope, mais nous devons affirmer de la façon la plus formelle, qu’à l’œil nu, il a été impossible de constater la moindre trace d’inflammation ou d’hypérémie péri-aortique. Les ecchymoses qui ont été trouvées en avant de l’aorte n’étaient que l’effet de troubles asphyxiques qui avaient terminé l’accès ; elles ne peuvent en aucune façon être invoquées comme cause de l’attaque angineuse.
Dans une des intéressantes leçons qu’il professe chaque année à l’hôpital Bichat, M. Huchard a cité une autre observation que nous relatons ici, où l’aortite se complique d’artério-sclérose (1):
(1) H. Huchard. — Leçon sur les Angines de Poitrine faite à l’hôpital Bichat, le 1 6 mai 1886.
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