‹ Traité de l'angine de poitrineChapitre 67 sur 110 · OBSERVATION CXLIV · texte numérisé non relu

OBSERVATION CXLIV

Aortite chronique compliquée d’Angine de Poitrine et d’artério-sclérosc. — Guérison de

VAngor. — Mort par poussée d'aortite aiguë (les accès angineux, ayant totalement

disparu par la médication indurée).

Un homme âgé de cinquante-quatre ans, alcoolique, entre à l’hôpital Bichat, le 2 octobre 1885, salle Andral, n® 9, se plaignant d’une douleur rétro-sternale très violente, angoissante, apparaissant depuis un mois, aussitôt qu’il veut travailler ou marcher. La douleur a des irradiations dans le bras gauche, le cou, la face et le dos. Aussitôt qu’elle survient, elle cloue le malade sur place. Jamais elle ne se présente spontanément, il faut, pour qu’elle éclate, ainsi que nous venons de le dire, que le sujet se livre à quelque effort. S’il s’arrête et reste immobile pendant quelques minutes, elle disparait.

Le diagnostic n’était point douteux pour M. Huchard ; il avait affaire à une Angine de Poitrine vraie, symptomatique d’une affection aorti(jue plus ou moins avancée, et rien que cette circonstance, l’apparition de la douleur quand il faisait le moindre effort, sulFisait pour lui faire penser que cette Angine de Poitrine dépendait d’une aortite.

Il restait à constater l’existence de cette dernière par les signes qui lui sont particuliers. M. Huchard trouva en effet une matité aortique plus large que d’habitude ; elle occupait une étendue de six centimètr’es au lieu de deux à trois qu’elle a dans l’état normal ; le premier bruit du cœur était sec, parcheminé, le second était dangereux ; la sous-clavière saillante, faisant relief, indiquait bien une dilatation de l’aorte ; il y avait au cou des battements artériels très sensibles. Enfin cet homme présentait les signes d’une artério-sclérose évidente. Les artères étaient résistantes, la radiale dure, saillante, soule . ait le doigt en entier et décrivait des flexuosités. Toutes ces raisons entraînèrent M. Huchard à porter le diagnostic suivant :

Angine de Poitrine vraie, symptomatique, d’une artério-sclérose assez généralisée et d’une aortite chronique, se manifestant de temps à autre par des poussées aiguës.

Le malade fut gardé pendant deux mois en observation, mais quoiqu'il trouvât à l’hôpital un repos presque absolu, ses accès d’Aiigor reparaissaient le jour aussitôt qu’il s’agitait un peu ; quand tout à coup, et cela sans s’être trouvé la veille plus mal qu’à l’ordinaire, un accès violent et qui dura plusieurs heures, éclata dans la nuit ; il s’accompagna d’irradiations douloureuses dans le bras gauche. L’interne de service fit une injection sous-culanée de nitrite d’amyle à la suite de laquelle la face rougit et se congestionna ; l’accès se calma aussitôt.

Cet accès différait des autres en ce sens qu’il était survenu brusquement, la nuit, sans avoir été provoqué par aucun effort, aucun mouvement et que sa durée avait été bien plus longue que celle de ceux qui l’avaient précédé.

Dès le lendemain, M. Huchard institua le traitement ioduré de la manière que nous indiquerons un peu plus loin, et bientôt, trois semaines, un mois après, un calme considérable se produisit, les accès d’Angor s’atténuèrent, s’éloignèrent, et enfin disparurent complètement, à tel point que ceux qui n’avaient pas été témoins auparavant de ses souffrances, se figuraient difficilement avoir devant eux un angineux.

DE l’angine de poitrine

Cette amélioration ne pouvait cependant durer bien longtemps ; trois mois après, le 18 février 1886, il survint chez le malade, des symptômes dyspnéiques nettement accusés, ap, paraissant non pas spontanément comme dans l’asthme, mais provoqués par le moindre effort.

Ils décelaient la marche aggravante de l’aortite qui aime à procéder ainsi par poussées ; bientôt l’état du malade empira ; les signes caractéristiques d’une insuffisance aortique survinrent ; il se fit un épanchement dans la plèvre droite ; de l’œdème apparut aux extrémités inférieures, une pâleur extrême de la face révéla la gravité de la position ; il survint de l’albuminurie, de l’asystolie, et enfin la mort termina cet état de choses. Cependant, on put remarquer qu’en même temps que les symptômes de dyspnée se présentaient chaque jour plusieurs fois et de plus en plus accentués, il n’y avait plus que des accès fort atténués d'Angor Pectoris.

A l’autopsie, on trouva des attérations du cœur et des artères coronaires expliquant bien par l’ischémie cardiaque l’apparition des accès angineux ; l’aorte était dilatée, épaissie, enflammée dans presque toute son étendue, comme l’avait diagnostiquée M. Huchard ; elle était semée de plaques et d’ilots calcaires trop épais pour que l’iodure de potassium ait pu les faire disparaître, M. Huchard trouva en outre le cœur hypertrophié comme il l’avait annoncé ; l’artère coronaire droite était complètement oblitérée ; il était même impossible de trouver à l’intérieur l’orifice de cette artère ; pour découvrir son ancienne place, il fallut l’ouvrir en dehors et suivre aussi son trajet ; un stylet très fin et même une soie de sanglier ne purent franchir le pertuis intérieur ; 1a coronaire gauche était aussi très rétrécie. Il existait enfin une sclérose rénale assez avancée, ce qui explique l’albuminurie survenue dans les derniers temps.

M. Huchard, malgré l’investigation la plus minutieuse, ne trouva point à l’autopsie la moindre trace de névrite du pbxus cardiaque. Cet examen superficiel ne lui suffisant pas, il confia cette étude à quelqu’un dont l’expérience et l'habileté dans les recherches microscopiques sont reconnues par tous, M. Babinski, qui n’a trouvé aucune lésion dans le plexus cardiaque; mais il faut bien le dire, cet examen a été fait un peu tardivement, par conséquent dans des conditions défavorables et d’une manière incomplète.

Dans l’observation suivante, nous voyons l’abus du tabac aggraver la marche rapide d’une aortite chronique et une poussée d’aortite aiguë hâter la fin du malade.

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