‹ Traité de l'angine de poitrineChapitre 70 sur 110 · OBSERVATION CL · texte numérisé non relu

OBSERVATION CL

(W. Stokes, The diseases of the heart and aorta)

Dublin 1864, trad. de Sénac 18G4, p. 220 relatée par le professeur Peter, t. 1 , p. 144, livre cité.

Dépôts calcaires hérissés de rugosités remplissant presque complètement les sinus de l’aorte. — Valvules sigmoïdes aortiques insuffisantes. — Accès d’Angine de Poitrine. — Abus du laudanum. — Mort subite.

Jeune homme de 29 ans qui avait des attaques d’angine depuis plus de dix ans. En appliquant l'oreille contre le thorax, on percevait une sensation comparable à celle que donnerait un choc sur une vessie pleine de liijuide ; ce choc s’accompagnait d’un bruit particulier analogue à celui que l’on produit après avoir fermé le méat auriculaire par l’application et la pression du doigt sur le tragus et (pi’on cesse brusquement ; dans cette compression, ce bruit se terminait par un bruit de souffle assourdi, le deuxième bruit du cœur s’accompagnait également d’une impulsion et d’un murmure, mais celui-ci était bien plus net et bien plus bref que le murmure systolique. Ce malade éprouvait des attaqves d’Angine de Poitrine accompagnées d'accidents et de souffrances' qui atteignaient un degré d’intensité extrême.

Les accès étaieht précédés d’un malaise nerveux général, les palpitations augmentaient jusqu’à devenir tumultueuses ; en même temps, les membres supérieurs et inférieurs devenaient douloureux de haut en bas et il survenait une sensation de lassitude qui faisait désirer au malade de s’asseoir, ce qu’il n’osait faire dans la crainte de déterminer l’explosion de l’accès. Après un temps variable entre deux et trois heures, pendant lequel on cherchait en vain à le prévenir, le paroxysme débutait franchement par une sensation de constriction sternale. Il semblait qu’on approchât avec force le sternum de la colonne vertébrale et qu’on arrachât le cœur de la poitrine ; à mesure que l’accès marchait, les douleurs gravatives des membres supérieurs étaient remplacées par des douleurs comparées par le malade à celles ([ue pioduiraient des fds de fer chauffés au rouge et appliqués sur tout le trajet des nerfs cubitaux ; le cœur battait avec une violence extraordinaire, au point d’ébranler le corps entier; les carotides soulevaient avec force les téguments et l’on pouvait suivre à la superficie du corps, le trajet de toutes les branches artérielles ; à chaque battement du cœur, le corps du malade tout entier semblait offrir une expansion générale comme eut pu le faire un vaste anévrysme.

Le malade, pour obtenir quelque soulagement, renversait habituellement la tête en arrière et plaçait la colonne vertébrale dans l'extension comme dans l’opisthotonos ; les bras étendus d’abord en bas, étaient ensuite levés autant que possible au-dessus de la tête, afin de donner un point d’attache fixe’aux muscles grands pectoraux, dans l’espoir de diminuer la sensation de constriction thoracique ; la poitrine du malade, la pâleur do la face, ses yeux noirs, hagards et

d’un aspect sauvage, l’extrême intensité de l’angoisse, la sueur qui perlait d’abord en grosses gouttes et qui bientôt roulait le long du cou, tout cela formait un tableau vivant qui défie toute description et nous offrait l’image d’une souffrance qu’on ne peut imaginer ni décrire.

Lorsque l'accès était terminé, le malade retrouvait une tranquillité parfaite, il semblait sortir d’une lutte soutenue avec désespoir ; le plus petit effort musculaire suffisait pour déterminer l’invasion de l’accès ; vers la fin, les accès devinrent de plus en plus fréquents ; l’action de manger suffisait pour les ramener, aussi le malade éprouvait une grande crainte lorsqu’il s’agissait de prendre de la nourriture ; si la pensée lui venait qu'il était placé de façon à ne pouvoir prendre à volonté la position qui pourrait le soulager, cela suffisait pour déterminer un accès; la plus petite émotion morale avait le même effet ; pendant longtemps, il ne put voir aucun de ses amis, il descendait diner à cinij heures, mais si quelqu’un remarquait son arrivée, ou lui demandait de ses nouvelles, il survenait un accès.

Bien souvent, la nuit, fatigué par ses efforts pour empêcher l’accès et vaincu par le sommeil, bien qu’il restât levé, il tombait sur le sol et se relevait brusquement en proie à un accès d’une violence inaccoutumée.

L’usage des stimulants diffusibles avait toujours été suivi d’une grande amélioration et sans aucun goût réel pour les boissons fortes, ce jeune homme avait pris pendant de longues années, l’habitude de boire chaque jour 18 grands verres de })unch ; une attaque de délirium tremens le détermina à cesser cette pratique et à lui substituer l’usage de l’opium ; avec beaucoup de ménagements et de précautions, il réduisit la base de ce médicament à une pinte de laudanum par semaine, encore fallait-il que ce laudanum contint de l’opium de première qualité.

Il fut trouvé mort dans son lit.

Autopsie. — Ventricule gauche du cœur hypertrophié et dilaté à un degré extraordinaire ; l’hypertrophie est limitée au côté gauche du cœur et le ventricule droit est bien loin d’atteindre la pointe de l’organe.

Les sinus de l’aorte sont presque complètement remplis par des dépôts calcaires hérissés de rugosités ; le double murmure signalé plus haut se produisait évidemment de la manière suivante : le premier bruit doux et prolongé était dû au passage du sang sur la face ventriculaire des valvules sygmoïdes ; la rudesse du deuxième bruit au contraire dépendait du sang qui passait sur la face artérielle rugueuse de ces mêmes valvules tapissées par les produits de décomposition calcaire ; l’orifice aortique était parfaitement libre, bien que les valvules fussent insuffisantes.

M. Péter fait suivre cette observation si remarquable des paroles suivantes : « J’espère qu’ici tout est assez clair. — h’aortite, Vinsuffisance valvulaire par aortite et l’hypertrophie ventriculaire gauche par aortite et par insuffisance valvulaire. — D’autre part l’alcoolisme produisant du côté du système artériel, l’aortite, comme il produit, exagère et entretient du côté du système nerveux l’état névropathique chez un sujet peut-être prédisposé. Puis l’intoxication

ÉTIOLOGIE

par l’opium succédant à l’intoxication par Valcool. Et comme résultante de ces lésions locales, de formidables attaques d’^lngine de Poitrine. J’espère, en conséquence, que vous n’oublierez jamais ni cette corrélation anatomique entre les lésions graves de l’aorte et l’insuffisance sigmoïde, ni cette même corrélation sxjmptomatique entre l’insuffisance sigmoïde et l’Angine de Poitrine, effets tous deux alors de la maladie de l’aorte, ni enfin cette corrélation étiologique d’une part, entre les lésions athéromato-calcaires de l’aorte et l’alcoolisme d’autre part, entre l’Angine de Poitrine et l’alcoolisme, ou encore entre l’Angine de Poitrine et la narcotisation par l’opium ou par le tabac, ceux-ci produisant une décadence prématurée de l’individu et la sénilité de ses tissus épithéliaux. »

Voici une autre observation citée par M. Péter dans ses leçons de clinique médicale, t. I. p. 145.

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