OBSERVATION CXCIII
(Karl Dehio. — Journal de Médecine de Saint-Pétersbourg )
Angine de Poitrine. — Oblitération complète à gauche et presque complète à droite des
artères coronaires. — Mort.
R..., trente et un ans, fort, bien musclé, grand buveur de bière et d’une bonne santé habituelle, éprouve depuis quelques mois une douleur précordiale, compressive, atroce, avec angoisse et crainte de la mort qui le force à s’arrêter.
Le 6 septembre 1880, il eût, à la suite d’une violente discussion, un fort accès d’un quart d’heure qui se termina par une abondante expectoration rougeâtre. Le 7, nouvel accès dans la rue. 11 se fait conduire chez moi en voiture; front et extrémités couverts de sueur froide ; parole entrecoupée, faiblesse extrême. Dix minutes après, mieux qui permet de l’examiner plus complètement. Pouls à 50, faible; intermittent, choc cardiaque très faible. Peu de râles dans les poumons, respiration normale. Le foie déborde les fausses-côtes de trois travers de doigt. Cet examen fait éclater un accès plus fort que jamais ; pâleur, sueur froide, douleur suraiguë, le malade ne peut rester sur son lit ; il se débat, réclamant de l’air, battements cardiaques affaiblis, peu distincts. Salive rougeâtre à la fin de l’accès, râles nombreux, mieux au bout d’une heure.
Le 10 septembre, mort subite dans la nuit après avoir jeté un cri aigu.
Autopsie. — Un peu de liquide jaune clair dans le péricarde, cœur flasque, hypertrophié, surcharge graisseuse peu considérable siégeant surtout à la pointe du ventricule gauche. Sang noir, demi-fluide et dépôts fibrineux dans toutes les cavités cardiaques. Ventricule gauche beaucoup plus dilaté que le droit, hypeatrophié, mou, avec un peu de dégénérescence graisseuse. Valvules et endocarde sains, cependant dépôt athéromateux comme un pois dans l’aorte et à la base de l’un des nids. L’aorte présente sur l’endartère de nombreux dépôts calcaires et sclérotiques dans sa portion ascendante ; elle est dilatée et ses tuniques sont épaissies.
Coronaire droite. — Bon orifice qui affecte la forme d’entonnoir est situé au milieu d’amas sclérotiques le rétrécissant au point qu’on ne peut y admettre un fin stylet.
ÉTIOLOGIE
Coronaire gauche. — Orifice complètement oblitéré par des dépôts calcaires ; calibre normal pour les deux.
Dans ses autres portions, l’aorte ne présentait que quelques plaques de sclérose.
Le plexus cardiaque préparé et examiné avec le plus grand, soin était absolument normal.
Poumons volumineux et perméables en avant, mais congestionnés et œdématiés en arrière ; rate gorgée de sang. Foie hypertrophié, dur, avec commencement de dégénérescence graisseuse.
Reins. — La capsule se détache facilement ; mésentère et épiploon très graisseux.
[^a plupart des symptômes caractéristiques de l’^npor existent bien dans ces deux observations ; aucun n’a fait défaut ; elles en pré.sentent bien le tableau le plus fidèle ; ces deux malades en ont été bien réellement atteints et, dans les deux cas, la mort est due à une occlusion presque complète des artères coronaires. Sans doute, il y a quelques lésions aortiques, comme il en existe presque toujours dans ces cas, mais elles sont de peu d’étendue et enfin, (les autopsies le démontrent évidemment) il n’y a pas trace d’une névrite du plexus cardiaque.
De nouvelles observations empruntées au travail de M. Roussy vont démontrer encore l’influence puissante de cette cause.